Un aperçu historique du mobilier néo-Renaissance : ce que les auteurs du xixème siècle ont pu dire de ce type de mobilier





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date de publication16.10.2016
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Un aperçu historique du mobilier néo-Renaissance : ce que les auteurs du XIXème siècle ont pu dire de ce type de mobilier.

Le goût de l’ancien nous viendrait d’Allemagne, en effet, selon Henri Clouzot1 les artistes allemands en ce tout début du XIXème siècle furent les précurseurs de la copie. C’est un cadeau d’Outre Rhin. « Ce vieux goût allemand tient des compatriotes de Goethe qui les premiers imaginent des appartements dans un vieux goût ancien. » 2

Victor Champier, relate dans son article consacré au mobilier moderne, une évolution du goût dans le mobilier, on voit dans un premier temps un style dit « Pompéien », où des meubles présentent une ornementation à l’antique, le public ayant assez de ce goût, demande autre chose aux fabricants. On sent vite une lassitude envahir les esprits, dès lors, les gens eurent par effet de mode l’envie de meubler leur habitation dans le style gothique. « Faites nous du gothique, disait-on, c’est le style national, l’expression d’une société croyante ; nous voulons du gothique ! »3 On fit donc du gothique. Mais, au même moment un bouillonnement intellectuel saisit les auteurs Romantiques de l’époque, le peuple lisait le génie du Christianisme de Chateaubriand, les Romans chevaleresques de Walter Scott, et les poésies de Lord Byron.

Les années 1830 ont marqué un tournant important dans l’histoire du mobilier. Ainsi, lorsque le néo-gothique eut son temps de gloire, le néo-Renaissance fit son apparition. Le style gothique ne pouvait pas s’insérer dans les appartements modernes à cette époque, du fait de l’inadaptation de ce style qui était perçu comme « trop religieux » avec la vie moderne. D’autre part, selon Clouzot, « ce style ne fournissait peu de modèles pour que l’industrie n’en ait pas promptement fait le tour. » C’est toutes ces raisons qui expliquent le déclin du style gothique qui durera « qu’une dizaine d’années. » (1825-1840). Au contraire le XVIème siècle est à même de proposer d’avantage de modèles, par exemple, les châteaux de la Renaissance, les meubles du XVIème siècle provenant de la Bourgogne ou d’Ile-de-France. D’autre part, la richesse iconographique, maniériste, convient plus au goût du second empire. Toutes ces évocations, vont être primordiales pour les acteurs de l’art de cette époque. Dès lors, des auteurs comme Henri Clouzot et Victor Champier font démarrer ce courant artistique en 1834, notamment lors de l’Exposition sur les produits de l’Industrie où un dénommé Henri Chenavard se proposa d’exposer en plus de ses beaux tapis, de somptueux meubles du XVIème siècle. Les appréciations du Jury furent unanimes.4 « M. Chenavard présente des meubles qui reproduisent les formes du XVIème siècle et même plus anciennes. Ce genre pour renaître avait besoin d’une incohérence d’idée qui réclamât à l’usage des édifices du XIXème siècle, les ameublements de la féodalité, pour des citoyens ivres d’égalité. Le caprice romantique passera, mais en attendant, l’industrie peut l’exploiter avec succès : ainsi le fait M. Chenavard. »

Il est clair qu’à travers ces remarques, Henri Chenavard sera considéré par ses contemporains comme étant le « père » des arts appliqués à l’industrie. Grâce à cet homme de culture et aux goûts éclectiques, les industries françaises s’adonneront à la copie de meubles Renaissance. Ils seront conçus avec l’apport d’une nouvelle énergie : les machines-outils (après 1851). De ce fait, la fabrication se fera en un temps record, du jamais vu depuis que l’homme a commencé à façonner le bois de ses propres mains. Cette nouvelle bourgeoisie qui prend une place importante dans cette société, doit se meubler rapidement sans le secours d’un mobilier ancestral, acquis par héritage jusque sous l’ancien régime. Ce constat a apporté un élan considérable dans le passage de l’art appliqué à l’industrie.

Une nouvelle génération d’ornemanistes qui ne sont autres que les suiveurs de Chenavard, s’orienteront exclusivement vers la Renaissance et « l’étude des originaux se fait plus attentive et plus savante. Elle s’attaque résolument aux meubles et c’est de ce moment qu’on peut dater le triomphe du style Néo-renaissant. »5 Selon Henri Clouzot, Charles Liénard en est le protagoniste le plus marquant (1810-1870). A l’inverse de Chenavard, malgré qu’il en soit le précurseur, Liénard  « s’applique à en suivre un seul celui de la Renaissance. » Il eût recourt aux meilleurs modèles, aux estampes du XVIème siècle, aux meubles d’époque que Sommerard accumulait depuis 1833 dans le vieil hôtel des Abbés de Cluny. On note également des propos similaires chez Victor Champier, où il dira que « Liénard est reconnu comme étant le chef incontesté des artistes de l’industrie de 1840 à 1860 et le rénovateur des arts décoratifs en notre siècle. » Soulignons aussi qu’à partir de 1835, Liénard est le dessinateur parisien qui a le plus fourni de dessins pour les fabricants parisiens, il en était le fournisseur attitré.

Après lui, les suiveurs continueront à produire d’innombrables recueils du XVIème siècle dans les styles français, allemands, et italiens (Feuchère, Klagman, Clerget etc.…). Il serait intéressant d’y trouver à travers ces modèles d’ornements, un chef de file comme Liénard par exemple.

Entre 1834 et 1844 on voit ô combien ce goût pour la Renaissance est compris du grand public. Victor Champier le fait remarquer, si bien, que lors de l’Exposition de 1849, le nombre d’exposants pour la section meuble avait doublé, on est passé de 60 en 1844 à 120 en 1849. On sent subitement une forte montée pour les bois sculptés, ça devenait une généralité à ce point que le jury crut devoir signaler cette tendance « comme un danger».

Entre 1850 et 1878 le mobilier néo-Renaissance connaîtra son heure de gloire. De grandes personnalités feront rayonner le style et leurs fabrications seront d’une qualité exceptionnelle, parmi eux, nous pouvons citer Henri Fourdinois, Sauvrezy, Grohé, Ribaillier, et bien d’autres. D’ailleurs, lors de l’Exposition Universelle de 1878, les critiques de l’époque ont décerné « la meilleure note à la Renaissance. » Nos deux auteurs, Tronquois et Lemoine6 l’ont également souligné, dans un article sur les meubles à bon marché et les meubles de luxe, faisant suite à cette exposition de 1878 : « les meubles de la Renaissance ont eu la faveur du public » ; ils-en donnent l’origine : « réjouissons-nous que la voie nous a été ouverte par l’école Romantique d’il y a cinquante ans alors que régnait la Renaissance-Troubadour. » Dans ce passage la critique fait référence au style gothique.

De quel type de meuble parle t- on au XIXème siècle ?

Il semblerait que le style Henri II soit à l’honneur, car nous savons tous que les meilleures réalisations apparaissent à la seconde moitié du XVIème siècle, c’est-à-dire, dès l’intronisation d’Henri II en 1547. Son prédécesseur François 1er avait comme particularité, d’avoir un mobilier dont la structure est relativement moyenâgeuse sur laquelle venait se greffer les nouveaux décors venus d’Italie. A l’inverse, sous Henri II, le mobilier présente une allure antiquisante avec une modénature empruntée à l’antiquité par le biais des italiens. Notons que ce terme Henri II est mainte fois cité par les auteurs de l’époque. En effet, Edouard Charton7établit un constat, notamment à propos du cabinet d’Henri Fourdinois : « le meuble de M. Fourdinois composé dans le style du temps d’Henri II, peut-être, comparé sans trop de désavantage, aux productions de cette élégante époque […]. »

Nous serions tentés de trouver des analogies avec les originaux du XVIème siècle, mais finalement nous pouvons affirmer avec certitude que les meubles néo-Renaissances sont le fruit d’un art de réminiscence dit de pastiche, comme il était souvent évoqué au XIXème siècle. De ce fait, au lieu de copier servilement un meuble Henri II, on l’idéalise selon les canons de la Renaissance. On réinterprète les idées reçues de la Renaissance, afin de les adapter aux formes modernes. Etant donné qu’il y a peu d’originaux comme modèles, les Ornemanistes ont dû « piocher » ailleurs. Le propos d’Edouard Charton8 résume très bien ce constat, il dira du buffet d’Henri Fourdinois qui fut présenté à l’Exposition Universelle de 1851 à Londres : « pour l’époque on parlerait plus de « Renaissance contemporaine », il cite plus loin : « c’est-à-dire, le style du XVIème siècle modifié avec goût et avec talent et continuant librement la tradition nationale dans la large voie tracée […] . »

Henri Clouzot l’a très bien compris également, il apporte son point de vu qui me paraît important et dans lequel il présente des idées similaires, à celles d’Edouard Charton. « Cette néo-Renaissance  en effet, n’est pas une copie servile. Les dessinateurs empruntent des motifs, des détails plutôt que des modèles complets. Ils « pigent » les idées pour les adapter aux formes modernes, à des objets, la plupart du temps, très étrangers aux constructions classiques et antiques de la fin du XVIème siècle. » En fait, les gens de l’époque recherchent du beau et du bon meuble neuf, ils veulent que ces meubles soient « luxueux, brillant, au besoin quelque-peu tapageur en rapport avec la prospérité générale. »

Il est d’autant plus clair, que le lien Ornemaniste et Ebéniste est pour ainsi dire établi, Victor Champier9 le souligne d’ailleurs dans un article : « la plupart des fabricants s’entourèrent d’artistes capables de leur fournir des œuvres curieuses et inédites. »

Artisans et Ornemanistes ont de toute évidence compris ce que le public recherche, c’est-à-dire, le « beau » dans l’œuvre. En fait, sous ces innombrables réalisations ou du moins les plus remarquables, l’Esthétique est à mon sens un critère indispensable pour cette nouvelle élite bourgeoise. Il suffit de regarder les productions d’un Fourdinois, d’un Grohé, ou bien d’un Sauvrezy, pour y déceler un équilibre dans la composition architecturale et ornementale. Bref, des œuvres qui peuvent rivaliser avec les originaux. J’irai même plus loin encore en faisant allusion aux théories de Platon, sur la notion du beau, du vrai et du bien, nous y ajouterions pour l’époque la notion d’utile. J’ai pu recenser certaines critiques sur la vision de l’Esthétisme dans l’art, notamment, chez l’auteur Francis Aubert10. C’est ainsi, qu’il décrit avec précision, un corpus d’œuvres ayant été exécutées par H. Fourdinois, voici ce qu’il dit : « chacune de ces parties est tout harmonieux, élégant, et original comme l’ensemble dont il est une fraction » ; « et c’est ainsi que la loi de l’art, l’harmonie, l’accord des parties ou encore l’unité dans la variété, doit être appliquée : il faut que l’ensemble saisisse, frappe, retienne et charme le spectateur […].» ; « ajoutons que cette manière d’être beau, qui est la seule, est commune à toutes les productions de l’art […] . »





1 H. Clouzot, Du goût de l’ancien chez les modernes, In Mercure de France, Paris, Déc. 1916.

2 Ibidem.

3 V. Champier, Le mobilier moderne, Paris, 1883.

4 C. Dupin, Rapport du jury central sur les produits de l’industrie française exposés en 1834, t. II, Paris, 1836.

5 H. Clouzot, Le style Renaissance en France au XIXème siècle, Paris, 1936.

6 E. Tronquois et H. Lemoine, Rapports sur les meubles à bon marché et les meubles de luxe, ouvrages du tapissier et du décorateur/ Ministère de l’agriculture et du commerce, Exposition Universelle internationale de 1878 à Paris, groupe III, cl. 17 et 18, Paris, 1880.

7 Magasin pittoresque, t. XXX, p. 393-394, Paris, 1862.

8 Magasin pittoresque, t. XIX, p. 339, Paris, 1851.

9 Revue des arts décoratifs/ Union centrale Musée des arts décoratifs : Les artistes de l’industrie : Constant Sévin, Paris, 1888-1889.

10 J. Mesnard, Les merveilles de l’art et de l’industrie : Antiquité, Moyen Age, Renaissance, et Temps modernes, Paris, 1869.




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