Quel est l’impact de la démographie sur l’emploi ?





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date de publication18.05.2017
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Quel est l’impact de la démographie sur l’emploi ?
Des politiques migratoires à la réforme des retraites revendiquée comme une mesure impopulaire, et donc courageuse, mais indispensable, en passant par le « contrat d’avenir », dispositif d’incitation financière à gonfler les extrémités de la pyramide des âges de la main d’œuvre, la campagne présidentielle est marquée par l’anxiété suscitée par l’impact de la démographie sur l’emploi, qui est souvent présentée comme une tendance propre aux scrutins les plus récents. Pourtant, cette anxiété se manifestait déjà il y a un siècle à travers la Ligue pour l’accroissement de la population française fondée par A. Bertillon ou la publication de Fécondité par E. Zola, aussi c’est peut-être les Trente Glorieuses qu’il faut considérer comme une parenthèse d’insouciance démographique liée à des conditions exceptionnelles de dynamisme démographique et économique, et envisager comme une contrainte constitutive des sociétés contemporaines l’impact de la démographie sur l’emploi. La démographie désigne à la fois un champ d’études (les variations des effectifs et de la structure des populations) et la science qui le prend pour objet. L’emploi est l’activité professionnelle rémunérée et le statut qui lui est associé. Dans quelle mesure et par quels mécanismes les données démographiques conditionnent-elles la quantité et la qualité de l’emploi ?
I) Les contraintes démographiques…


  1. Les flux démographiques déterminent l’emploi.

En équilibre partiel, les flux démographiques se traduisent par des variations de l’offre de travail, de façon immédiate en ce qui concerne les flux migratoires, et différée mais prévisible pour les naissances. On peut ainsi non seulement estimer l’évolution la plus probable de la population active, qui augmenterait d’environ 10% au cours des 50 prochaines années (doc.4), mais aussi d’envisager plusieurs scénarii. Comme leurs effets se cumulent chaque année, les comportements démographiques ont ainsi des effets quantitatifs considérables sur l’offre de travail lorsque l’échéance s’éloigne : à l’horizon 2060, un écart de l’indicateur conjoncturel de 0,3 enfants entraîne une différence de près de 10% sur la population active projetée.

Les flux démographiques affectent forcément par cet effet quantitatif l’équilibre du marché du travail, exercent une pression à la baisse sur les salaires en équilibre partiel*, dans des proportions d’autant plus fortes que l’élasticité de la demande de travail est forte et l’élasticité de l’offre de travail faible, ou alors du chômage si le salaire est rigide en situation non concurrentielle. Ainsi, entre des pays qui connaissent un contexte macroéconomique similaire, les différences de pression démographique peuvent se traduire par des différences de tension sur le marché du travail : c’est une des explications avancées par exemple à l’écart de chômage aujourd’hui entre la France et l’Allemagne ou le Japon, où le vieillissement démographique est plus avancé et le déclin de la fécondité plus accusé.

Les flux démographiques ont également des effets qualitatifs et durables sur l’emploi. L’impact des flux démographiques est une question fondatrice des sciences sociales : l’économie politique classique, et plus particulièrement T. Malthus, s’inquiétait de la diminution de la productivité du travail avec la croissance démographique, étant données la loi des rendements décroissants et les capacités limitées du « grand banquet de la Nature ». Le développement de l’Ecole de Chicago a été stimulé par l’intensité de la question sociale sur la capacité d’absorption par l’emploi comme instance d’intégration de migrants nombreux et concentrés dans des villes où le changement social est accéléré. Ainsi, W. Thomas et F. Znaniecki (Le paysan polonais en Europe et aux États-Unis, 1918-1920) soulignent que le travail est un lieu de confrontation aux normes des sociétés d’accueil, par exemple concernant le rôle et le statut des femmes, les ouvriers d’origine rurale polonaise étant choqués par le comportement des femmes américaines. Rétroactivement l’emploi est potentiellement affecté par cette « désorganisation sociale » inhérente aux migrations. Plus généralement, les variations de la population active reflétant avec retard l’accroissement naturel conditionnent l’entrée en emploi, et par répercussion le destin des générations (L Chauvel, 1998) : les baby-boomers ont d’autant mieux profité d’un contexte économique porteur qu’ils sont entrés sur un marché du travail marqué par la pénurie de main d’œuvre liée aux générations creuses nées entre les deux guerres ; inversement les générations nées dans les années 60 ont d’autant plus souffert d’un contexte économique dégradé que les opportunités d’emploi et de carrière sont partiellement bouchées par les générations nombreuses précédentes. L’effet pied à l’étrier est déterminé par le contexte macroéconomique et démographique.


  1. Le vieillissement démographique affecte l’emploi

Les contraintes démographiques ne correspondent pas seulement aux flux de population mais aussi à la structure par âge qui en émane. L’impact du vieillissement démographique sur l’emploi est ainsi la question sociale dominante des sociétés en fin de transition démographique. Les retombées comptables sur le système de retraite et les réformes consécutives sont bien connues. Mais le recul de l’âge de la retraite et la structure de la population a également des effets sur l’organisation du travail en entreprise, et peut en constituer un axe (doc.8).

Cette contrainte est davantage thématisée dans les entreprises de grande taille et/ou pratiquant une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Ces variables explicatives sont susceptibles de capturer l’approfondissement de la rationalisation, de la taylorisation, de la bureaucratisation. Or, cette rationalisation s’appuie en partie sur la progression salariale à l’ancienneté, qui attache le salarié à l’entreprise, l’incite à l’accumulation de capital humain spécifique (« Age, Experience, and Wage Growth » American Economic Review, 1976). Comme dans ce modèle le salaire est en moyenne égal à la productivité du travail car la sous-rémunération des jeunes compense la surrémunération des plus âgés, le vieillissement démographique gonfle la masse salariale au-dessus de son niveau d’équilibre.

La gestion explicite de la pyramide des âges s’impose plus souvent par ailleurs dans les entreprises les plus innovantes (doc.8) : le cas des usines Peugeot étaye cette tendance (S. Beaud et M. Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, 1999). L’introduction des nouvelles formes d’organisation du travail engage une individualisation des relations de travail, une intensification du travail par la polyvalence même si les contraintes physiques sont allégées par la robotisation, une montée en qualification des tâches qui entrent en contradiction avec les pratiques et les représentations des « vieux OS », et suscitent souvent leur résistance explicite ou latente. La direction de Peugeot cherche alors à substituer les « jeunes intérimaires » plus dociles et mieux préparés aux NFOT par leurs conditions de socialisation –scolarité plus longue, identité ouvrière affaiblie, désyndicalisation. Les auteurs suggèrent que le management joue en quelque sorte les « jeunes » contre les « vieux ». On voit ici que la gestion de la pyramide des âges peut entretenir des conflits générationnels et fragiliser l’intégration par l’emploi.


  1. Les variables démographiques structurent le marché du travail.

Les catégories en usage chez Peugeot qui associent le « jeune » à l’intérim et le « vieux » à l’OS recoupent des réalités statistiques : la segmentation du marché du travail se fait largement selon des variables démographiques comme l’âge, mais aussi le genre et l’origine ethnique. La sociologie du genre documente la féminisation du segment externe du marché du travail, pour reprendre la terminologie de M. Piore et P. Doeringer (Internal labor markets and manpower adjustment, 1971). La division du travail à l’usine est genrée, l’attribution des postes de travail et de métiers aux ouvrières se fait en fonction de qualités supposées féminines comme la minutie, la patience, avec une dévalorisation des emplois féminins dans les représentations, dans la hiérarchie et par la rémunération (M. Guilbert, Les fonctions des femmes dans l’industrie, 1966). Le temps partiel, communément considéré comme un moyen pour les salari-é-s de concilier l’emploi et la vie familiale, apparaît sous le regard sociologique comme un outil de relégation sur le segment externe du marché du travail (M. Maruani et C. Nicole-Drancout, La flexibilité à temps partiel, 1989), allant souvent de pair avec le fractionnement des horaires de travail, la précarité des contrats, l’absence de perspectives de carrière.

Par conséquent, les jeunes, les femmes et les immigrés sont davantage touchés par le chômage et le sous-emploi (doc.2). Ce désavantage s’observe également au niveau des salaires, comme le montrent de façon récurrente les travaux statistiques conduits depuis l’article de R. Oaxaca (« Male-female wage differential in urban labor market », 1973). Plusieurs mécanismes se cumulent pour transformer les caractéristiques démographiques en handicaps face à l’emploi. D’une part, les écarts de salaire relèvent d’effets de structure si les groupes désavantagés sont moins qualifiés, expérimentés, et donc moins productifs que la moyenne. Cet effet de structure relève d’une ségrégation qui associe aux caractéristiques démographiques des trajectoires scolaires et professionnelles différenciées. L’analyse toutes choses égales par ailleurs permet de dégager par la régression linéaire des salaires une décote correspondant à la discrimination, qui vient soit d’un effet de signal associé à la variable démographique discriminée, soit de préférences discriminatoires. Si un groupe démographique est en moyenne moins productif qu’un autre, et que l’asymétrie d’information empêche l’employeur d’observer la productivité des salariés, il peut être rationnel de résorber partiellement le risque d’antisélection en considérant l’appartenance à ce groupe comme un signal de moindre productivité. (G. Becker, The Economics of Discrimination, 1957)
La démographie produit donc des chocs et des structures qui ont potentiellement un impact considérable sur l’emploi. Mais lui sont-ils exogènes ?
II)… ne sont pas univoques.


  1. Comment mesurer l’ « impact » de la démographie ? Les difficultés méthodologiques...

Les variables démographiques sont diverses, et leur combinaison ne produit pas forcément les effets attendus. Le cas des femmes d’origine maghrébine, qui cumulent deux appartenances à des groupes discriminés, atteste de cette complexité de l’intersectionalité dans la mesure où leur désavantage sur le marché du travail est moindre que pour les hommes d’origine maghrébine (C. Delphy).

Par ailleurs, les variables démographiques condensent des effets que l’analyse sociologique et économique doivent différencier, tels l’effet d’âge et l’effet de génération. Le vieillissement démographique ne fait pas mécaniquement varier la structure par âge de le population, car les taux d’activité des seniors varient selon les générations, ce qui exige d’incorporer des variantes aux projections démographiques (doc.4).

Les effets d’équilibre général peuvent amplifier ou atténuer l’onde de choc en équilibre partiel d’un mouvement démographique. Ainsi, le maintien plus tardif en activité peut produire un « effet horizon », c’est-à-dire qu’un phénomène touchant d’abord l’offre de travail ne s’exerce pas toutes choses égales par ailleurs, car il modifie les conditions de demande de travail, les politiques de main d’œuvre des entreprises, et aussi le volume de la production. Plus généralement, les chocs démographiques positifs stimulent non seulement l’offre de travail, mais aussi la demande de biens et services, ces deux effets jouant en sens inverse et laissant donc le sens de l’effet net du choc démographique sur l’emploi théoriquement indéterminé (A. Sauvy, La machine et le chômage, 1980). Des expériences naturelles comme le rapatriement des Pieds-Noirs en 1962 ou l’exode de Cubains en 1980 analysé par D. Card ("The Impact of the Mariel Boatlift on the Miami Labor Market", Industrial and Labor Relations Review, 1990) tendent à montrer que les effets d’équilibre général dominent les effets d’équilibre partiel, et que les migrations sont neutres, voire ont un effet faiblement positif sur le volume de l’emploi ni le niveau des salaires.


  1. … conduisent à envisager l’impact de l’emploi sur la démographie

Dès lors qu’on porte l’analyse de l’impact démographique en équilibre général, il faut envisager l’effet rétroactif de l’emploi sur la démographie. T. Malthus, traditionnellement assimilé au déterminisme démographique auquel il a donné son nom, n’apparaît pas strictement « malthusien » dans l’extrait du doc.1, où il envisage une causalité circulaire et un ajustement entre comportements démographiques et production plus souple que les prophéties catastrophistes du début de l’Essai sur le Principe de Population qui ont marqué ses contemporaines et la postérité. ,Cet extrait nous invite donc à envisager deux formes de malthusianisme : un malthusianisme politique et pessimiste qui pousse à l’abolition de lois sociales comme les Poor Laws ou à des politiques drastiques de contrôle de naissance comme en Inde ou en Chine contemporaines, et un matlhusianisme épistémologique qui donne à la relation démographie / emploi / production toute sa complexité.

C’est cette deuxième forme de malthusianisme qui paraît a posteriori plus féconde : ainsi R. Easterlin insiste sur l’influence de la conjoncture de l’emploi sur les procréations, au fondement de cycles démographico-économiques (Birth and Fortune, The Impact of Numbers on Personal Welfare, 1980) : des phases de forte croissance économique et démographique alternent avec des phases de ralentissement économique qui incitent à la réduction des naissances. De manière transversale, on retrouve cette influence de l’emploi sur la démographie à travers les différences de fécondité entre groupes socioprofessionnels. On peut les interpréter comme le résultat de cultures de classes incorporées dans l’habitus (P. Bourdieu) ou d’arbitrages coûts-avantages sous des contraintes et paramètres différenciés (G. Becker, Traité sur la famille, 1981), toujours est-il que l’approche sociologique et l’approche économiciste de la famille ont en commun de considérer la relation démographie / emploi comme bilatérale.


  1. L’impact de la démographie sur l’emploi doit être rapporté à son contexte.

La démographie fait système avec des agrégats macroéconomiques et des institutions. Ainsi, le marché du travail a absorbé une croissance de la population active vigoureuse au XIXème et XXème siècle par la combinaison de gains de productivité, de la réduction du temps de travail et de la hausse des salaires qui stimule la demande de biens et services. (O. Marchand & C. Thélot, Le travail en France (1800-2000), 1997).

L’approche comparative met en relief l’incidence des institutions. La typologie dressée par A.-M. Guillemard (doc.5) à propos de l’emploi des seniors se rapproche de la typologie des Etats-Providence dressée par G. Esping-Andersen (Les trois mondes de l’Etat-Providence, 1990). On retrouve les modèles libéral, social-démocrate et corporatiste-conservateur, ce dernier se présentant comme le moins favorable à l’emploi des seniors. En effet, en liant la protection sociale à l’activité professionnelle de l’individu ou de son conjoint, par le principe de « l’ayant-droit », il désincite à la mobilité professionnelle en cours de carrière, et aussi à l’activité féminine. L’étude de T. Piketty "L'impact des incitations financières au travail sur les comportements individuels : une estimation pour le cas français" (1998) met par exemple en exergue l’impact de l’allocation parentale d’éducation, symptomatique du modèle corporatiste-conservateur en ce que son niveau est suffisamment élevé pour inciter à l’inactivité la conjointe d’un actif occupé, sans qu’elle ne puisse être autre chose qu’un revenu d’appoint.

Cependant, la typologie d’A.-M. Guillemard n’est pas une simple transposition des modèles d’Etat-Providence, car elle les articule aux pratiques des entreprises. Ainsi, le Japon, en général incorporé au modèle libéral en raison du caractère résiduel de la protection sociale, se distingue cependant des pays anglo-saxons par les instruments d’intégration sur le marché du travail. L’organisation du travail toyotiste originaire de ce pays est propice à cette intégration, dans la mesure où la circulation horizontale de l’information qu’elle privilégie, la polyvalence, le travail en équipes semi-autonomes, les relations durables de sous-traitance facilitent le transfert des compétences et le partage de l’expérience entre les seniors et les plus jeunes. On peut s’interroger aussi sur l’influence potentielle des différences dans l’articulation entre formation et hiérarchie entre la France et l’Allemagne , rangées dans la même catégorie par A.-M. Guillemard. L’accent mis sur la formation et l’expérience professionnelle, le rôle spécifique de la hiérarchie intermédiaire en Allemagne pose des conditions plus favorables à l’emploi des seniors (M. Maurice, F. Sellier & J.-J. Silvestre, Politique d'éducation et organisation industrielle en France et en Allemagne, 1982).

Le contexte économique et socio-historique s’apparente donc à un filtre qui amortit plus ou moins l’impact de mouvements démographiques.
Dès lors qu’on a relativisé l’impact de la démographie sur l’emploi, il faut se demander pourquoi le débat et les politiques publiques se focalisent sur cet impact. La démographie en tant que science y contribue.

III) La démographie comme science sociale joue un rôle décisif dans la construction des normes d’emploi
Les normes d’emploi résultent de politiques publiques. Or, la démographie est l’une des sciences influant sur ces politiques, c’est peut-être là que l’on peut déceler son impact le plus fort quoique diffus.


  1. La démographie contribue à l’évolution des politiques de l’emploi

Comme les autres sciences sociales, la démographie s’est développée en réponse à une question sociale, ici l’hygiénisme et la peur du déclin à la fin du XIXème siècle en France (doc.6). Les démographes apparaissent bien ici comme des « entrepreneurs de morale », à l’instar des médecins mobilisés aux côtés des associations anti-alcooliques au moment de la Prohibition (H. Becker, Outsiders, 1963), voire comme des « entrepreneurs de cause », à l’instar des linguistes, didacticiens, psychologues etc… oeuvrant à L’invention de l’illetrisme (B. Lahire, 1999).

Les politiques de l’emploi, comme les autres politiques publiques, ne découlent pas mécaniquement des problèmes préexistants, il faut analyser la mise sur agenda des questions liées à l’emploi comme résultant d’interactions, de stratégies, de rapports sociaux. Les démographes sont des acteurs de ce processus.

Ainsi, la mise en relation de la montée du chômage dans les années 70 avec le dynamisme de l’accroissement naturel et des migrations par la démographie a motivé des politiques malthusiennes contre le chômage conçu alors comme un excès d’offre : interruption de l’immigration de travail, aide au retour, préretraites, ou encore plus tard A.P.E. et dans une certaine R.T.T. La thématisation du vieillissement démographique légitime les réformes des retraites en 1993, 2003, 2010. Depuis une quinzaine d’années, les publications scientifiques en démographie en particulier et dans les sciences sociales plus généralement tendent à ajouter, voire à substituer le taux d’emploi au taux de chômage comme indicateur de performance des marchés du travail et contribuent ainsi à modifier les politiques d’activation des dépenses passives.


  1. Les catégories démographiques structurent le référentiel des politiques de l’emploi

A un niveau plus structurel, la démographie construit des catégories qui exercent un « effet de réel ».

Ainsi, si on peut dire avec P. Bourdieu que « La “jeunesse” n’est qu’un mot » (1978), force est de constater que les catégories d’âge, définies et délimitées par la démographie, et qu’on retrouve dans l’ensemble des documents, ont ancré les politiques de l’emploi, décomposées en public cible, des emplois jeunes au C.P.E., jusqu’au « contrat de génération » actuellement débattu. L’Etat impose des catégories qui s’incorporent aux habitus, P. Bourdieu paraphrasant M. Weber observe qu’il détient le « monopole de la violence symbolique légitime ». En ce qui concerne l’emploi, la démographie apparaît comme un instrument de cette capacité de l’Etat à naturaliser les catégories de son action.

La notion même d’emploi a été construite sous l’influence des catégories démographiques. Ainsi, parce qu’elle participe de la systématisation du genre comme principe de classement, la démographie a contribué à l’amalgame par les politiques publiques et les représentations de l’emploi avec les formes de travail les plus masculines, laissant dans l’ombre le travail domestique, qui n’a été véritablement objet des sciences sociales que sous l’influence du féminisme, stimulant des travaux comme ceux de A. Chadeau & A. Fouquet (« Peut-on mesurer le travail domestique ? », Economie et Statistique, 1981).

Le mythe de l'entrée des femmes sur le
marché du travail est aussi partiellement dû à l’emprise de la démographie sur les représentations du travail et de l’emploi, comme l’ont montré J. Scott & L. Tilly (Les femmes, le travail et la famille, 1978)


  1. La démographie comme superstructure des rapports sociaux de domination à l’œuvre dans l’emploi ?

En empruntant les termes marxiens pour analyser la naissance de la démographie (« classes dominantes », « lutte »), R. Lenoir suggère que la démographie est un élément de la superstructure du mode de production capitaliste. C. Delphy a posé cette question dans une optique féministe (« Travail ménager ou travail domestique ? », 1978) : en assimilant « l’emploi » à des modalités de travail spécifiquement masculines, on dissimule l’exploitation du travail féminin à l’intérieur des ménages.

Cet usage de la démographie pour modeler l’emploi est symptomatique des modalités spécifiquement contemporaines du pouvoir, qui selon M. Foucault s’exerce par le « biopolitique », c'est-à-dire par le contrôle diffus, non-brutal, non-coercitif, latent, mais encore plus efficace des populations. Les statistiques sur la population sont une ressource décisive du « biopolitique », et c’est dans cette perspective qu’A. Desrosières (La politique des grands nombres, 1993) et H. Le Bras (L’invention des populations, 2000) font une socio-histoire de la statistique et de la démographie.

Cette critique des usages sociaux de la démographie est portée par P. Askenazy (Les décennies aveugles : emploi et croissance, 1970-2010, , 2011) sur le terrain des politiques de l’emploi depuis le développement d’un chômage de masse : les politiques ciblées comme les politiques malthusiennes accréditent l’idée de différences d’employabilité entre les individus, contribuent à la stigmatisation de leurs supposés bénéficiaires, et confortent les inégalités d’accès à l’emploi qu’elles sont supposées traiter.


Sciences sociales

2002 Temps de travail et temps de loisir.

2003 Le marché du travail est-il un marché comme les autres ?

2004 Comment rendre compte des différences de parcours et de comportement entre hommes et femmes ?

2005 Les politiques publiques permettent-elles de lutter contre les inégalités sociales ?

2006 L'entreprise, organisation économique ou organisation sociale ?

2007 L'éducation est-elle efficace ?

2008 Le salaire n'est-il que le prix du travail ?

2009 Y a-t-il des limites à l’extension des échanges marchands ?

2010 La famille : quel acteur économique ?

2011 Consommation et utilité
Sociologie

2002 À l’observation des sociétés occidentales contemporaines, peut-on dire que l’individualisme constitue un obstacle à la construction du lien social ?

2003 Pouvoir politique et légitimité dans les démocraties contemporaines

2004 Le temps est-il un objet sociologique ?

2005 Dans quelle mesure la prise en compte du genre modifie-t-elle l'analyse du monde social ?

2006 La place du travail dans les mobilisations collectives (+ un sujet sur la régulation sociale)

2007 La place du raisonnement statistique dans l'analyse des phénomènes sociaux

2008 Assiste-t-on à un recul de la conflictualité dans la société française ?

2009 La mobilité sociale est-elle encore un outil pertinent pour analyser les sociétés contemporaines ?

2010 Travail et loisirs

2011 L’âge est-il une variable sociologique pertinente ?
Economie

2002 Investissement et taux d'intérêt

2003 Equilibre budgétaire et stabilisation macroéconomiques

2004 L'épargne des ménages : déterminants microéconomiques, déterminants macroéconomiques

2005 Le prix

2006 Salaires, productivité, emploi : théories économiques et évolutions récentes dans les pays développés

2007 L'offre : théories et politiques

2008 Les déterminants de l’investissement

2009 Faut-il encourager la concurrence ?

2010 Organisation du marché du travail et emploi

2011 Dépenses publiques et activité économique.
BCE (HEC - Audencia)

2005 : La croissance de l’emploi est-elle compatible avec la réduction de la durée du travail

2006 : Est-il rationnel de baisser les taux d’intérêt pour relancer l’activité économique ?

2007 : Efficacité et équité sont-elles compatibles ?

2008 : Existe-t-il une culture d’entreprise ?

2009 : A quelles conditions une organisation devient-elle une institution ?

2010 : Comment évaluer l’efficacité d’une politique publique ?

2011 : Croyances collectives et intérêts particuliers.
BCE (ESSEC) :

2005 : Le travail crée-t-il toujours des liens sociaux ?

2006 : Efficacité économique et justice sociale.

2007 : Existe-t-il un modèle social français ?

2008 : La place du risque dans les sociétés contemporaines.

2009 : Fonctionnement des marchés et comportement des individus.

2010 : A quoi servent les banques ?

2011 : Migrations et marché du travail


Commentaires / erreurs :

Doc.2 Sous-emploi : deux significations

Doc.4 simulation. Dans le haut du tableau, le taux d’activité des 15-69 ans est une hypothèse de la simulation, pas un résultat.
COMMENTAIRES à FAIRE en DISTRBUANT le CORRIG3 :

Donner des chiffres synthétiques

Les noms des docs (a vérifier sur le rapport)

Croisement éco-socio.

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