Calendrier des séances de cinémas p9 Les tsiganes pendant la seconde guerre mondiale p11 «Une mémoire française : les tsiganes pendant la seconde guerre mondiale, 1939-1946»





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date de publication18.05.2017
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PROJET MEMOIRE
« Une mémoire française : les tsiganes pendant la seconde guerre mondiale, 1939-1946 »
SOMMAIRE

Rappel du contexte : point de départ du projet p2
Définition du projet p2
Les objectifs du projet p3
Les bénéficiaires de l'action p3
Organisation de l’action p4
L’exposition des Alliers p4
Le film « Liberté » de Tony Gatlif p8

Calendrier des séances de cinémas  p9

Les tsiganes pendant la seconde guerre mondiale p11

« Une mémoire française : les tsiganes pendant la seconde guerre mondiale, 1939-1946 »


Rappel du contexte : point de départ du projet
Le centre social accompagne les familles issues de la communauté des gens du voyage dans leurs différentes démarches d’insertion, afin de leurs permettre d’accéder à leurs droits et à leurs devoirs, d’accéder à des conditions de vie plus décentes (habitat, santé…), et de faciliter leur insertion sociale et professionnelle.
Pourtant citoyens français, les gens du voyage restent encore soumis à des particularités au niveau législatif (carnet de circulation, inscription sur les listes électorales…), ils font souvent l’objet de préjugés et de discriminations de la part de la population sédentaire ("gadgés").
Afin de faciliter leur insertion sociale dans le tissu local, de permettre aux familles de sortir de leur rôle de "victime", de les valoriser et de leur permettre de connaître et de faire reconnaître leur Histoire, il nous a semblé important de participer à la mise en place, en 2010, au niveau national, d’un évènement culturel tourné autour de l’histoire des « Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-1946 » dans le cadre d’une initiative initiée par la Fnasat : Fédération Nationale des Associations Solidaires d’Action avec les Tsiganes et les gens du voyage.


Définition du projet :
Mise en place, sur le territoire du Nord Charente, de rencontres cinématographiques autour du sujet intitulé "Une mémoire française : Les Tsiganes pendant la seconde guerre mondiale, 1936-1946", (dans le cadre d’une démarche commune impulsée au niveau national par la Fnasat).


Les objectifs du projet :
Objectifs généraux :

  • Contribuer à un devoir de mémoire

  • Valoriser l’histoire et la culture tsigane

  • Favoriser l’implication des familles, les rendre actrices dans la mise en place de ce projet

  • Faciliter l’insertion sociale des familles gens du voyage

  • Favoriser la rencontre et les échanges entre les deux communautés

  • Créer une dynamique partenariale au niveau du territoire


Objectifs opérationnels :

  • Faire connaître et reconnaître une histoire oubliée : la spécificité du traitement des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale, ses origines ainsi que le contexte plus général du génocide tsigane en Europe

  • Porter à la connaissance du plus grand nombre ces faits trop souvent occultés

  • Rendre hommage aux victimes et à leurs familles, des épreuves endurées au cours de cette période

  • Susciter le débat et les échanges autour de ce thème au sein de la communauté et de la population du Nord Charente



Les bénéficiaires de l'action


  • Les familles gens du voyage du Nord Charente investies dans la démarche et toutes les autres familles du Nord Charente

  • Les élèves des collèges et lycées concernés

  • L’ensemble des habitants du territoire qui seront informés de la manifestation publique et invités à y participer


Organisation de l’action
Afin de réaliser ce projet, deux supports principaux vont être utilisé.

Il s’agit de :

  • l’exposition des Alliers

  • le film « Liberté » de Tony Gatlif

  • le mini reportage réalisé par les jeunes du Centre Social Le Chemin du Hérisson


L’exposition des Alliers
Le grand public ignore sans doute qu’en France environ 6000 tsiganes furent internés dans des camps pendant la seconde guerre mondiale.

L’exposition retrace cette histoire, celle des tsiganes charentais retenus jusqu’à fin mai 1946 dans l’un de ce camp, celui des Alliers à Angoulême.

Elle ne manquera pas de nous interroger sur les responsabilités des gouvernements successifs, avec cette législation spéciale qui, hier avec les carnets anthropométriques aujourd’hui devenus carnets de circulation, a fait des gens du voyage des citoyens à part.

Cette exposition va circuler dans les collèges et lycées du nord Charente, soit 7 collèges (Ruffec, Aigre, Villefagnan, Mansle, Confolens, Roumazières, Chabanais) et 2 lycées (Confolens, Chasseneuil).

Chaque établissement bénéficiera de l’exposition durant 2 jours.

Chaque animatrice préparera avec les différents établissements l’organisation de l’animation de l’exposition. Ainsi, une intervention du chemin du hérisson aura lieu à la fin du deuxième jour dans chaque établissement.

Quelques éléments explicatif concernant l’exposition du camp des Alliers
La situation et les conditions de vie 
Au départ le camp a été crée pour les réfugiés espagnol, en août 1939, il y avait 800 réfugiés espagnols sur le camp des Alliers. Ce camp servait alors à interner des réfugiés espagnols chassés de leurs pays. Ils furent victimes d’une tragédie de l’histoire avec leur déportation à Mauthausen en août 1940.

Ce camp est situé au sud d’Angoulême, en bordure de la voie ferrée. Il avait une superficie d’un hectare soixante cinq, entouré de plusieurs rangées de fils barbelés.

A l’intérieur du camp, il y avait :

- 8 baraquement de 40mX8m en planches disjointes pour les habitations

- 3 baraquements plus petits pour le corps de garde, les cuisines, l’infirmerie…

Les premiers tsiganes sont arrivés sur le terrain des Alliers en novembre 1940.

En décembre 1940, la tempête arrache les toits en carton bitumé et il pleut à l’intérieur. Par temps de pluie, les alentours des baraques se transforment en véritable bourbier.

En décembre 1941, l’inspection générale des camps note à propos des baraques : « la plupart sont dans un état de délabrement extrême et ne peuvent constituer même pour des nomades qu’un abri insuffisant ».

Les fosses d’aisances sont pleines et inutilisables. L’eau potable fournie par des puits ne peut plus être utilisée faute de pompes en état. Les douches prévues initialement ne fonctionnent pratiquement jamais.

Dans de telles conditions, les vêtements ne sont plus entretenus, ni changés : l’état vestimentaire est extrême. Les maladies cutanées : gale, impétigo sont nombreuses. Une épidémie de typhoïde ainsi que deux cas de méningite, entraînant la consigne du camp pour plusieurs semaines en 1941.

Les hivers et le froid mettent en évidence une insuffisance de poêles et une pénurie constante de charbon et de bois de chauffage malgré des demandes de la direction restées sans suite. Les familles se partagent une à deux couvertures pour cinq six personnes.

La nourriture est extrêmement réduite, à tel point que le Préfet écrit en octobre 1941 au Directeur pour lui dire qu’elle est nettement insuffisante.
Officiellement, il n’y a pas eu de mort à l’intérieur des camps mais il y eu de nombreux morts sur la commune de ST Michel ou se situait l’hôpital.
Les effectifs 
C’est par familles entières que les tsiganes ont été internés. Les registres des Archives Départementales démontrent qu’environ 450 tsiganes furent internés à des périodes variables en fonction des transferts avec les autres camps des départements voisins. Cependant les effectifs régulièrement présents ne dépasseront pas 350 personnes dont près de 60% étaient des enfants.

Les évasions étaient nombreuses et régulières. Elles varieront entre dix et vingt pour cent des tsiganes internés : « les départs clandestins se produisent en ce moment à peu près tous les huit jours », écrit le directeur en avril 1942.

Privés de leur carte d’alimentation, les évadés s’exposaient encore plus aux dénonciations et revenaient au camp, en famille, encadrés par deux gendarmes.
L’encadrement du camp
Le directeur du camp commandait onze personnes pour encadrer les tsiganes présents. Deux gendarmes et cinq gardes civils assuraient les permanences et les gardes. Ils étaient assistés d’un économe et d’une infirmière. Deux religieuses dirigeaient l’école « sous contrôle de l’Inspection d’Académie » alors que vingt enfants « impossibles » avaient été dirigés vers le centre du Père Bideau.
La vie quotidienne et le travail
Le règlement du camp précise :

« Il est interdit de sortir du camp. Toutefois pour les nomades devant assurer leur subsistance par le travail, des autorisations de sortie peuvent également être délivrées dans des cas exceptionnels ».

Le camp est fermé la nuit de 21 heures à 7 heures. Les femmes munies d’un laissez passer peuvent sortir pour faire les commissions à partir de 10 heures.

Certains tsiganes pouvaient donc s’absenter pour le travail. Ainsi en septembre 1942, il étaient quarante cinq à travailler à l’extérieur du camp soit pour l’occupant, à la poudrerie et à la fonderie de Ruelle, dans l’agriculture ou pour le compte de la ville d’Angoulême.

Sur place, à l’intérieur du camp, trois personnes assuraient le travail de jardinage, d’entretien et la cuisine de la cantine, tandis que les femmes et les enfants continuaient leurs petits métiers traditionnels de vannerie.

L’administration da camp avait mis en place un régime de punitions avec comme sanction, mise à l’eau et au pain sec avec consigne pendant 15 jours.
La fin de l’internement
Il aurait paru logique, pour aujourd’hui, que les tsiganes aient été libérés dès la fin de des hostilités mais ce ne fut pas le cas.

La nouvelle administration du gouvernement de la libération maintiendra l’existence et le fonctionnement de ce camp jusqu’en mai 1946.

Angoulême a été libéré en août 1944.

L’Armistice a été signé le 8 mai 1945.

Le camp des Alliers a été libéré seulement fin mai 1946.

Ainsi, non seulement le camp des Alliers fut le dernier a libérer les tsignes mais il fut aussi celui dont la durée de fonctionnement fut la plus longue en France.

Des familles rejoignirent seules à pieds les lieux où elles avaient été arrêtées. D’autres trouvèrent refuge dans les grottes des Eaux Claires à Ma Campagne. Tous leur biens : roulottes, chevaux, étaient perdus. Ils n’auront aucune aide, aucun dédommagement, ils ont dû recommencer leur vie à zéro, plus méfiants que jamais envers les « gadgés ». Ainsi, la non reconnaissance de cet état de fait est contributive a cet état de pauvreté. Aujourd’hui, il existe un rapport de méfiance entre la communauté des gens du voyage et les « gadgés.

Le film « Liberté » de Tony Gatlif

Date de sortie : 24 Février 2010

Réalisé par : Tony Gatlif

Avec : Marc Lavoine , Marie-Josée Croze , James Thierree ...

Durée : 1h51min

Pays de production : france

Titre original : Liberte

Distributeur : UGC Distribution

Synopsis : Théodore, vétérinaire et maire d’un village situé en zone occupée pendant la seconde guerre mondiale, a recueilli P’tit Claude, neuf ans, dont les parents ont disparu depuis le début de la guerre. Mademoiselle Lundi, l’institutrice fait la connaissance des Tsiganes qui se sont installés à quelques pas de là. Ils sont venus pour faire les vendanges dans le pays. Humaniste et républicaine convaincue, elle s’arrange, avec l’aide de Théodore, pour que les enfants Tsiganes soient scolarisés. De son côté, P’tit Claude se prend d’amitié pour Taloche, grand gamin bohémien de trente ans qui se promène partout avec son violon sur l'épaule. Mais les contrôles d’identité imposés par le régime de Vichy se multiplient et les Tsiganes, peuple nomade, n’ont plus le droit de circuler librement : Théodore cède alors un de ses terrains aux bohémiens, désormais sédentarisés. Tandis que les enfants Tsiganes suivent les cours de Mademoiselle Lundi, P’tit Claude est de plus en plus fasciné par le mode de vie des Bohémiens – un univers de liberté où les enfants sont rois. Mais la joie et l’insouciance sont de courte durée : la pression de la police de Vichy et de la Gestapo s’intensifie et le danger menace à chaque instant. Comme ils l’ont toujours fait depuis des siècles, les Tsiganes devront reprendre la route…

Ce film sera diffusé dans les cinémas de Ruffec, Confolens et Chasseneuil.

La journée sera consacrée au scolaire et le soir au grand public.

Les tsiganes pendant la seconde guerre mondiale

Quelques repères historiques

En France, les persécutions contre les Tsiganes ont commencé bien avant l'Occupation allemande. Dès les mois de septembre et octobre 1939, la circulation des nomades(1) est interdite dans plusieurs départements. En Indre-et-Loire, les nomades sont même expulsés. Le 6 avril 1940, un décret-loi interdit la circulation des nomades sur l'ensemble du territoire métropolitain pendant toute la durée de la guerre. Comme pendant la première guerre mondiale, ils sont soupçonnés d'espionnage.

Le ministère de l'Intérieur charge les préfets de les assigner à résidence en dehors des agglomérations mais à proximité d'une brigade de gendarmerie. L'invasion allemande ne permet pas l'application du décret dans tous les départements.

Les Tsiganes d'Alsace-Lorraine sont les premières victimes de l'Occupant qui les expulsent, dès juillet 1940, vers la zone libre où ils sont progressivement internés dans les camps d'Argelès-sur-Mer, Barcarès et Rivesaltes avant d'être transférés en novembre 1942 dans le camp de Saliers (Bouches-du-Rhône) spécialement créé par le gouvernement de Vichy pour l'internement des Tsiganes. En zone occupée, une ordonnance allemande du 4 octobre 1940 exige leur internement dans des camps administrés et surveillés par les autorités françaises. Dans chaque département, les préfets demandent à la gendarmerie de recenser puis de regrouper les nomades et de les surveiller.

La plupart des familles qui sont alors internées ont été assignées à résidence en avril 1940.

Dans un premier temps, les Tsiganes sont regroupés dans des lieux très hétéroclites : un château désaffecté, une carrière ou un ancien cinéma. L'ordonnance allemande du 22 novembre 1940 interdisant l'exercice des professions ambulantes dans 21 départements de l'Ouest de la France permet l'arrestation de nouveaux nomades et forains que les Allemands assimilent aux Tsiganes contrairement aux autorités françaises. Les Tsiganes circulant en Charente et Charente-Inférieure sont internés dans le camp des Alliers à Angoulême. Le 27 novembre, 201 nomades refoulés de la Seine-Inférieure se trouvent détenus à Linas-Montlhéry dans la Seine-et-Oise. Devant l'afflux des internés, les petits camps installés dans l'urgence et la précarité en octobre sont remplacés par des camps plus structurés. A la fin du mois de décembre 1940, environ 1700 nomades et forains étaient internés dans 10 camps. Dans l'Est de la France, les Tsiganes subissent l'internement à partir du mois d'avril 1941. A l'automne 1941, environ 3 200 personnes étaient internées dans 15 camps. Les plus importants se situent à Jargeau (Loiret), Poitiers (Vienne), Moisdon-la-Rivière (Loire-Atlantique) et Coudrecieux (Sarthe). En novembre 1941, les Allemands décident de réorganiser l'ensemble des camps d'internement pour nomades - appellation officielle -, afin de réduire les frais de fonctionnement et pallier le manque de personnel de surveillance. Les internés sont transférés dans des camps à vocation régionale.

De nombreux forains obtiennent à cette occasion leur libération. Des familles sont libérées tout en étant assignées à résidence tandis que d'autres connaissent à nouveau la détention dans de nouveaux camps. Des Tsiganes ont ainsi connu 4 ou 5 camps d'internement. L'internement comme la libération dépendaient du bon vouloir des autorités françaises et allemandes. Il n'y avait pas de politique globale mais des décisions discrétionnaires.

Le plus grand camp d'internement pour nomades, le camp de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) entre en service le 8 novembre 1941. Ses internés proviennent de quatre camps. L'effectif le plus élevé est atteint le 18 août 1942 avec 1018 internés. Les derniers Tsiganes ne furent libérés du camp des Alliers qu'à la fin du mois de mai 1946 lorsque le décret de cessation des hostilités abrogea le décret d'assignation à résidence auquel les autorités issues de la Libération se sont référées pour cautionner l'internement des nomades.

Environ 6 500 hommes, femmes et enfants ont été internés entre 1940 et 1946 dans 30 camps d'internement français en raison de leur appartenance réelle ou supposée au peuple tsigane. Les familles ont vécu ces 6 années dans la plus grande précarité matérielle et morale. Leur sort ne suscita que de l'indifférence tant de la part de la population française que des œuvres caritatives pourtant très présentes dans les camps d'internement. On ne reconnut aux Tsiganes que le droit d'être internés en famille, les hommes étant rarement séparés de leurs femmes et leurs enfants.

Cette sédentarisation forcée servit aux autorités françaises qui tentèrent de socialiser les Tsiganes.

Les adultes furent obligés de travailler pour des entreprises françaises mais aussi allemandes dans le cadre de l'organisation Todt ou le Service du Travail Obligatoire. On scolarisa les enfants, souvent dans l'enceinte même du camp. L'accent fut également mis sur leur éducation religieuse. Dans les cas les plus extrêmes, les enfants furent séparés de leurs parents et placés à l'Assistance Publique ou dans des institutions religieuses pour les extraire définitivement d'un milieu jugé pernicieux. Lorsqu'ils étaient libérés, les Tsiganes se trouvaient en but au mieux à l'indifférence au pire à l'hostilité des populations. Ils regagnaient seuls et à pied le lieu où ils avaient été arrêtés en espérant retrouver leur roulotte et le peu de biens qu'ils possédaient. La plupart n'ont rien récupéré et durent recommencer leur vie à zéro. Nombre d'entre eux n'ont eu d'autre choix que de se sédentariser.

Bien que les Tsiganes de France aient échappé à l'Auschwitz Erlass du 16 décembre 1942 qui ordonnait la déportation à Auschwitz des Tsiganes du Grand Reich, un certain nombre connut les camps de concentration et d'extermination nazis. Des hommes furent déportés en Allemagne comme en 1943 depuis le camp de Poitiers après avoir été livrés aux Allemands par les autorités françaises qui pensaient ainsi remplir les quotas de travailleurs qu'exigeaient les autorités d'occupation dans le cadre du Service du Travail Obligatoire. Des familles furent raflées par les Allemands comme celles qui vivaient dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais.

Après la guerre, rares furent les Tsiganes qui ont obtenu une carte d'interné ou de déporté politique, les démarches administratives étant insurmontables pour des gens illettrés et plus méfiants que jamais envers l'Administration française. Ils n'ont ainsi reçu aucune indemnisation pour les années passées dans les camps français, ni même de compensation morale puisque cette réalité n'a laissé aucune trace dans la mémoire collective. Ce n'est que depuis quelques années que des historiens et des militants associatifs ont exhumé ces événements tragiques, et que des plaques commémoratives rappellent que des camps d'internement pour nomades ont existé en France.

1 (Le nomadisme des Tsiganes a toujours été combattu par les autorités françaises qui l'ont identifié comme le principal obstacle à leur intégration dans la société française. La loi du 16 juillet 1912 sur l'exercice des professions ambulantes et la circulation des nomades a permis d'identifier et de surveiller les Tsiganes non sédentaires en les dotant d'une pièce d'identité spéciale, le carnet anthropométrique. Toutes les mesures anti- tsiganes qui ont été prises en France tant par les autorités françaises que par les autorités allemandes définissaient les Tsiganes comme les porteurs du carnet anthropométrique. Les Tsiganes sédentarisés et par conséquent non identifiés comme tels n'ont pas été inquiétés.)

Les camps en France
- 27 lieux ont été identifiés.

Ces camps sont loin de la frontière allemande. Ils sont dans les terres.

Les camps étaient organisé de manières très diverses : il pouvait s’agir de camps avec des baraquements délimités par des barbelés avec une organisation administratives à l’intérieur ou tout simplement, les camps pouvaient être des lieux de regroupement.

Les camps se situaient dans la zone occupée. Il s’agissait de camps mixtes.

Ils étaient instaurés par l’Etat français.

Ils ont été gérés par l’Etat français dans le cadre de la demande de l’occupant.
Pour ces nomades, c’est camps représentaient un ensemble de privations :

  • privation de liberté

  • privation de circulation

  • privation de travail



Le cadre de l’internement au XXème siècle
La catégorie juridique "Nomade" dans la loi de 1912

La loi du 16 juillet 1912 sur l'exercice des professions ambulantes et la réglementation de la circulation des nomades est un élément essentiel de compréhension de la continuité des traitements législatifs, administratifs et policiers des Tsiganes en France au cours de ce siècle. En vigueur jusqu'en 1969, elle a régi la vie des nomades et les a relégués dans une position de citoyens de seconde zone tenus de faire viser, à chacun de leurs déplacements, des papiers spécifiques portant leur signalement anthropométrique. Abrogée en 1969, elle fut remplacée par une loi, toujours en vigueur, qui ne constitue qu'un assouplissement des dispositions antérieures.

La législation élaborée au début du siècle fut aussi le cadre juridique de l'internement des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Le décret-loi du 6 avril 1940 interdit "la circulation des nomades sur la totalité du territoire métropolitain", au titre que leurs incessants déplacements peuvent constituer pour la défense nationale un danger très sérieux.

Sont assignés à résidence, puis internés les "individus errants, généralement sans domicile, ni patrie, ni profession effective (...) qu'il ne faut pas confondre avec les forains...", en d'autres termes les nomades, c'est-à-dire, édicte le décret-loi, "toutes les personnes réputées telles dans les conditions prévues par l'article 3 de la loi de 1912".

Ainsi, les catégories sans cesse mobilisées de la fin de la Troisième République à la veille de la Quatrième sont celles de la loi de 1912. Au-delà des éléments de conjoncture, l'historicité de catégorisations et de pratiques, la préexistence d'un système d'ordre, expliquent que le relais s'opère sans solution de continuité entre la république finissante et le régime de Vichy, et que le sort inique fait aux Tsiganes perdure un temps après la Libération, dans l'indifférence générale.

Les déportations en France
Contrairement à ce qui se passa dans d'autres territoires occupés les Allemands ne donnèrent jamais l'ordre de déporter les Tsiganes internés en France. Il n'y eut donc pas de déportations de masse, mais des Tsiganes ont bien été déportés individuellement pour d'autres motifs.

Parmi les Tsiganes recensés à Auschwitz, 145 français ont pu être identifiés, tous arrivés au camp par le convoi Z de janvier 1944. Des arrestations massives sur ordre d'Himmler ont eu lieu à partir d'octobre 1943 en Belgique et dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais (ces deux départements étant rattachés au commandement militaire de la Belgique).

Des familles entières furent raflées puis conduites à la caserne Dossin à Malines en Belgique d'où elles furent déportées vers Auschwitz. "On avait des caravanes et des chevaux, ils sont venus nous ramasser avec des camions. Ils nous ont mis dedans et nous ont amenés dans un camp à Malines en Belgique. Il y avait plusieurs gitans ramassés, même ceux de la Belgique. On est restés longtemps là-bas, on était malheureux, malheureux. On mourait de faim, on mourait de soif. On ne savait pas quoi faire […]. Ils nous mettaient sur un bout de table et nous battaient avec des bouts de bois et avec des fouets." Témoignage de Paprika Galut (survivante du convoi Z) recueilli par Marie Christine Hubert. Paprika a été interpellée le 23 décembre 1943 à Hénin Liétard (Hénin- Beaumont) à l'âge de 18 ans.


Le génocide des tsiganes en Europe

Les Tsiganes ont de tout temps été persécutés par les Etats et ce tant en Europe Orientale qu'en Europe Occidentale. Ils ont été réduits en esclavage en Roumanie, mis aux galères en France et déportés dans les colonies en Angleterre. Ils étaient persécutés parce qu'ils étaient différents, différents par leur apparence, différents par leur mode de vie et différents par leur culture. Ces persécutions atteignirent leur paroxysme pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Nazis entreprirent de les exterminer jugeant qu'ils étaient indignes de vivre dans la nouvelle société qu'ils s'apprêtaient à construire au motif qu'ils étaient des asociaux irréductibles de par leur appartenance à une race "hybride" et inférieure. Ces persécutions ont pris des formes différentes selon les pays : internement, stérilisation, massacres, déportation et extermination dans les chambres à gaz. Le camp d'Auschwitz est connu de tous pour symboliser le génocide des Juifs, ce fut aussi le camp dans lequel furent exterminés la plupart des Tsiganes.

Allemagne

Depuis la fin du XIXème siècle, les Tsiganes allemands, majoritairement sédentaires, étaient devenus l'objet de toutes les attentions de ceux qui dénonçaient le "fléau tsigane" (anthropologues, linguistes, folkloristes) et notamment des services de polices qui entreprirent de les recenser et de les mettre sous étroite surveillance. Ces mesures n'avaient qu'un seul objectif : marginaliser toujours plus les Tsiganes.

L'arrivée des Nazis au pouvoir ne marqua pas une rupture avec la politique précédemment poursuivie. Ils achevèrent de fédérer les différentes législations anti-tsiganes des Länder, assimilèrent les Tsiganes aux asociaux, ce qui leur permit de toucher les sédentaires et mirent au point une définition raciale des Tsiganes devant permettre l'éradication définitive du "fléau tsigane".

Depuis le XIXème siècle, la "race tsigane" était présentée comme une race étrangère et inférieure. Les Nazis définissant la citoyenneté allemande d'après des critères raciaux entreprirent de définir racialement les Juifs et les Tsiganes afin de les exclure de cette citoyenneté. Le Centre de recherches en hygiène raciale et biologie des populations créé en 1936 au sein des Services de Santé du Reich mais dépendant du ministère de l'Intérieur et dirigé par le docteur Robert Ritter reçu la mission de recenser tous les Tsiganes du Reich en utilisant l'anthropométrie et la généalogie. En 1944, 30 000 expertises avaient été établies ; la quasi-totalité des Tsiganes du Reich avaient été recensés et fichés. Les données accumulées lors de ces expertises permirent au docteur Ritter d'établir une classification précise des Tsiganes en août 1941.
L’indifférence collective
L'indifférence collective au sort des Tsiganes internés dans les camps français, 1940-1946

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'internement des Tsiganes en France se déroula dans l'indifférence générale. On aurait pu penser, grâce à la recherche entreprise depuis les années soixante-quinze sur le régime de Vichy, que le sort réservé aux Tsiganes français ne demeure plus un drame ignoré. Il n'en est rien.

A l'inverse des communautés tsiganes, qui gardent en mémoire cette période tragique, où l'âme d'un peuple s'est fracturée, la mémoire collective, telle qu'elle émane des pouvoirs publics, de l'opinion courante, ou du discours historique dominant, témoigne aujourd'hui encore, à quelques exceptions près, d'un refus de savoir.





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