Littérature québécoise





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Les diligences il y a quarante ans – Quinze lieues en patins.


Il y a quarante ans, un voyage, en hiver, entre Montréal et Québec, n’était pas une petite affaire. Le voyage durait deux jours et demi, selon l’état de la route.

Le service d’hiver, entre Montréal et Québec, se faisait par la diligence de la « malle », les diligences proprement dites et les voitures extra (sic).

Dans la diligence de la « malle », il y avait place pour six ou huit voyageurs. Les autres diligences en contenaient autant. Il n’y avait que les gros bonnets qui voyageaient par l’extra.

L’extra était une carriole trainée par deux chevaux attelés en flèche. Dans l’extra les relais étaient moins nombreux et le voyage ne durait pas aussi longtemps que dans les diligences. Le personnage qui se payait le luxe d’un extra était très considéré dans les auberges sur la route. C’était, ordinairement, un député, un juge ou un gros bonnet du commerce. Il avait le droit de garder toujours le milieu de la route. Lorsqu’il passait quelque part, le conducteur criait, aux équipages des cultivateurs : « Rangez-vous, laissez passer l’extra » ! Le tarif de l’extra était, pour deux passagers, un écu par lieue.

Un passager seul dans une carriole à un cheval payait trente six sous par lieue.

Les voyageurs par les diligences payaient $10 pour le passage entre Montréal et Québec, le coucher et les repas en plus.

À six heures du matin, une trompette se faisait entendre, en face de l’hôtel Rasco. C’était le signal du départ de la diligence de la ligne Rouge. Cette ligne appartenait à MM. Gauvin et Hough de Québec.

Les diligences de la ligne Verte partaient des écuries de la rue Saint-Gabriel, presque en face des bureaux de la Patrie1.

La ligne Verte avait été organisée en opposition à la ligne Rouge par MM. Timothée Marcotte de d’Eschambault, Jos. Giroux et Henri Harnois de Berthier.

Les voitures faisaient des relais à toutes les cinq lieues. Le premier relai était à l’auberge Deschamps au bout de l’île et les autres étaient à Saint-Sulpice, Berthier, Rivière-du-Loup, Trois-Rivières, Champlain, Sainte-Anne de la Pérade, d’Eschambault, la Pointe-aux-Trembles et Québec. Les voyageurs qui n’étaient pas dans la diligence de la « malle » couchaient à Trois-Rivières, le courrier de la « malle » ne s’arrêtait pas plus d’une heure à Trois-Rivières. Lorsqu’un député se rendait à Québec pour la session il apportait avec lui toutes les provisions qu’il lui fallait pour la durée de ses travaux parlementaires. Ces provisions [consistaient en] un petit baril de lard, des porcs-frais rôtis, des pommes de terre, du pain de ménage, de la melasse, etc. M. le député louait une chambre dans une maison privée à Québec et se nourrissait lui-même. Dame il fallait économiser, en ce temps-là, car la députation ne recevait aucun salaire.

L’ex-échevin Homier nous disait, ce matin, qu’il avait vu un député préparer ses bagages et ses vivres pour la session. Parmi ces vivres était un quart de la grosseur d’un quart à clous rempli de crêpes toutes cuites !

Le Canadien, de cette époque, savait voyager avec économie. Lorsqu’un cultivateur apportait ses denrées à Montréal, il payait à l’aubergiste trois sous pour le privilège de se coucher sur le plancher avec sa robe en peau de buffle.

M. C. A. Dumaine, de la maison Dumaine et Halpin1, tenait pendant les quatorze ans qui ont précédé la construction du Grand Tronc, une ligne de diligence entre Montréal et Québec.

* * *

Un mot maintenant sur les patineurs du bon vieux temps. La présente génération n’ignore pas que M. A. G. Lord1 était, il y a trente ans, le champion de nos patineurs. Pendant l’hiver de 1860, le Saint-Laurent se gela tout en glace vive de Montréal à Trois-Rivières. La surface du fleuve n’offrait pas la moindre rugosité. Le 3 mars 1860, M. A. G. Lord, accompagné par un de ses amis M. Dickson Sawtel, partit en patins, de Montréal, à trois heures et demie de l’après-midi et arriva à Berthier à sept heures le même soir, une distance de 45 milles, en trois heures et demie. Un dégel survenu pendant la nuit obligea les deux amis à remonter à Montréal en voiture.

10 novembre 1884
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