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Djemmah s’y meut avec des ondulations de cygne… À Dieu vat !

Les îles Lipari.

Mercredi, 12 février. – Ce matin, à peu près vers la même heure où nous avons passé, hier, en vue de la Corse, nous passons en vue du Stromboli…

Je ne voudrais pas, amie, avoir l’air de découvrir la Méditerranée ni de disputer aux géographes, topographes, ethnographes et photographes de la maison Bædecker and C° le record de la précision géographique, topographique, ethnographique et photographique. Rien, au surplus, ne ressemble à un archipel comme un autre archipel ; et ce que je vous dirais des Lipari ne différerait pas sensiblement, aux noms près, de ce que je pourrais vous dire des Cyclades, des Baléares ou même des Bissagos. Seriez-vous bien avancée de savoir que l’archipel de Lipari forme un groupe de treize îles, qu’une de ces îles a pour nom Alicudi, une autre Felicudi, et qu’aux temps fabuleux, Salini s’appelait Didyme ? Et puis les verrai-je aujourd’hui des mêmes yeux que je les verrai demain, que d’autres les verront ou les auront vues, et, de ces aperceptions diverses, quelle sera la vraie ? Un paysage est, pour moi, vous le savez, un phénomène plutôt subjectif qu’objectif, plus en moi qu’en dehors de moi, et le charme essentiel en réside moins dans la vision dont il m’éblouit que dans l’émotion dont il me pénètre. Je le sens plus que je ne le vois. Et j’y apporte le même parti-pris égoïste que devant un tableau, dont les détails me laissent indifférents, si, de l’ensemble, il se dégage une impression qui corresponde à mon actuel « état d’âme ».

Il est probable que mon « état d’âme », tandis que nous évoluions à travers le labyrinthe des Lipari, n’était pas celui de l’odieux photographe qui, hier, m’avait gâté mon coucher de soleil, et qu’il voyait sous un autre angle, comme disent les algébristes, le quarteron d’îlots – treize à la douzaine – disséminés autour de nous. Je l’apercevais, à quelques pas de moi, pérorant au milieu d’un petit cercle de passagers ahuris par sa faconde tartarinesque, et, avec des gestes à la Gaudissart, leur faisant les honneurs de « son » archipel à grand renfort de boniments où le bric-à-brac de la mythologie fraternisait ingénument avec le bric-à-brac de l’histoire. Et ce qu’il proférait avait, dans sa bouche, je ne sais quoi de péremptoire, de formel et de définitif. Impossible, après l’avoir entendu, de mettre en doute la suspecte légende d’Éole seigneur-suzerain des Vulcanies1 et geôlier des Vents qu’il y tenait captifs dans des outres jusqu’à ce qu’il lui plût de les lâcher, meute hurlante, à travers les espaces. C’était arrivé ! « Oui, messieurs, dans des outres ! » articulait-il… « Ils n’avaient qu’à dire : ouf ! les Vents, pour faire éclater leur fragile prison et prendre la poudre d’escampette !… Mais ils n’avaient pas conscience de leur force, et ils restaient docilement dans leur peau de bouc !… Sauf un, néanmoinsss, qui ne voulut jamais se plier à ce vasselage… Celui-là, vous le devinez bien, hé ?… C’est le mistral !… Le vent de Marseille, troun de l’air !… Le vent de Marseille dans une outre, vous ne le voudriez pas, pécaïre !… Il ne dérageait pas de voir sa suprématie méconnue, le vieil Éole ! Mais il n’eut garde de faire le malin avec un gaillard qui, d’un souffle, pas même d’un souffle, d’un léger soupir, eût mis en déroute toute la rose des vents. « Il se plaît à Marseille – dit-il après trois sommations demeurées sans résultat – qu’il y reste ! Mais qu’il y reste à tout jamais, comme Prométhée sur son Caucase… ce sera son châtiment ! » Et c’est depuis ce jour que le mistral a fait de Marseille et de son territoire son champ d’opérations exclusif, et qu’il y est devenu comme qui dirait le vent national ! De temps à autre, quand l’ennui le prend, il risque bien une pointe vers Arles, vers Avignon, et même vers Valence, histoire de mettre à bas quelques centaines de cheminées et de démolir deux ou trois ponts sur le Rhône !… Mais où finit la Provence, la maraude finit. Et, chaque fois, une force invincible ramène le maraudeur dans le périmètre marseillais, où, par la volonté d’Éole, il doit être emprisonné jusqu’à la consommation des siècles ! C’est, sous une autre forme, le supplice de l’outre, auquel il s’était dérobé. »

Si agaçant que soit le personnage, il y aurait mauvaise grâce à ne pas reconnaître que sa légende, d’un joli fumet provençal, en vaut bien une autre. Elle vaut, tout au moins, celle dont je m’ingéniais moi-même à poétiser ces îles Lipari, qui, pour la plupart, ont l’aspect peu poétique d’énormes verrues. Mon imagination se complaisait à y voir les vestiges épars de quelque mystérieuse ville d’Ys engloutie dans une tourmente ou de quelque Sodome incestueuse précipitée à l’abîme par le feu du ciel, cités géantes, ornées d’édifices et de monuments aux faîtes si altiers que, la mer n’étant pas assez profonde pour les recouvrir, ils émergeaient à sa surface. Et ce Stromboli, que nous frôlions, m’apparaissait, avec son aigrette de fumée bleuâtre, comme la cheminée d’une forge colossale, dont le foyer, sans cesse éteint par le flot envahisseur, était rallumé sans cesse par des chauffeurs cyclopéens, éternellement voués à ce supplice du feu, comme Ixion à celui de la roue !… L’admirable tableau, n’est-ce pas ? pour une féerie « artiste » – ce noble rêve de Gustave Flaubert ! Et comme il remplacerait avec avantage cet odieux « Royaume des poissons », cet inamovible défilé de sirènes aux appas débordants, dont les maîtres du genre (?) nous affligent les yeux et nous offensent le goût… depuis Martainville !

Charybde et Scylla.

Midi. – Le déjeuner touche à sa fin. Un tintement de cloche. Le commandant se lève.

– Mesdames, messieurs, dit-il, nous entrons dans le détroit de Messine… Le spectacle vaut bien que, pour une fois, on lui sacrifie le café !

En un clin d’œil, tout le monde fut sur le pont, à jouer du codack ou de la jumelle. Seul, le photographe ne démarrait pas… Il marmottait, le nez sur sa tasse :

– Un roublard, le commandant ! Il nous la fait au pittoresque pour gratter sur le sucre et le moka !… Mais prends garde que j’y coupe !

Puis, avec un haussement d’épaules où il entrait autant de mépris des autres que de satisfaction de soi :

– Le détroit de Messine ?… Une jolie foutaise !… Il y a longtemps que j’en ai soupé !

Et le butor me tirait par la jaquette, car le hasard qui me l’avait donné pour voisin de cabine me l’avait aussi donné pour voisin de table… Il essayait de me retenir, disant :

– Hé ! bagasse, qu’ils s’en aillent, si ça les amuse !… Mais vous, restez avé moi !… Il n’y a pas de paysage qui vaille un bon mazagran !… Je lâcherais les sept merveilles pour tailler une bavette avec un qui me botte !… Et vous me bottez, vous, parole de Marseillais !… Non ?… Vous en tenez pour Messine, comme les autres ?… Moi, ça ne me dit rien… C’est vrai que je sais mon
détroit par cœur, comme la Juliette !… Une idée !… Voulez-vous que je vous le raconte ?… J’ai de la description, et, pour la couleur, je ne crains personne !… Quand je vous aurai brossé ma petite marine, ça sera comme si vous aviez vu !… Ça colle, hé ?

Cette invite fut soulignée par un formidable coup de poing qui fit voler en éclats la tasse et la soucoupe du photographe, et tacha d’éclaboussures jaunâtres son plastron immaculé… Il lâcha ma jaquette… J’étais libre… Merci, mon Dieu !

Ah ! que ne puis-je dire, comme ce Tartarin exaspéré : « J’ai de la description, et pour la couleur, je ne crains personne ! » En ce milieu du jour d’une divine sérénité, noyées dans une atmosphère aux transparences de nacre, où dansent, sous le soleil, d’impalpables molécules d’or, les deux rives du détroit offrent aux yeux extasiés un panorama magique dont la plume d’un Théophile Gautier, unie au pinceau d’un Ziem, pourrait seule fixer les lignes délicates et broyer le coloris somptueux. C’est beau comme l’estuaire de la Seine à Quillebeuf, beau comme la Corne d’Or, beau comme les bouches de la Neva, beau comme l’entrée de la grande lagune à la nuit tombante. Posés en sentinelles au seuil du défilé mouvant, Charybde et Scylla se regardent comme chiens de faïence, en des attitudes inoffensives de fauves apprivoisés auxquels on aurait limé les ongles et scié les crocs. Cy finist la légende farouche. Et là-bas, à l’extrême horizon, le colosse Etna, cuirassé de neige de la base au sommet, semble un rideau de rêve tiré sur quelque monde imaginaire, mettant entre le bleu du ciel et le bleu de la mer une note blanche d’une douceur infinie !

Grâces soient rendues aux Messageries maritimes qui, par l’intelligente organisation de leurs transports, nous ont ménagé de telles surprises. J’avais fait la même route en allant inaugurer le canal de Suez, et du détroit de Messine, pas plus que du détroit de Bonifacio, entrevus, la nuit, à la clarté falote de quelques phares épars, aucune image sensible ne s’était fixée dans la chambre noire de mon souvenir. C’est que, alors, on appareillait au soleil levant et, grâce à ce départ matinal, la terre ferme, oubliée depuis Marseille, n’apparaissait plus aux regards impatients des passagers qu’aux approches d’Alexandrie. Toute la poésie du voyage se noyait dans les ombres nocturnes, telles ces tragédies mal venues où tout ce qu’il y a d’intéressant se passe à la cantonade. En ce temps-là, les photographes bavards et descriptifs avaient beau jeu : ils tenaient l’emploi des Théramène, – médiocre compensation. Aujourd’hui, l’appareillage a lieu le soir, et les horaires sont combinés de telle sorte que chaque jour apporte un nouvel aliment à cette soif d’émotions artistiques dont on est altéré, et que la monotonie du parcours s’atténue dans l’incessante variété du paysage. Par cette louable préoccupation de complaire aux touristes épris de pittoresque, les Messageries Maritimes ont acquis les mêmes titres à leur reconnaissance que cet ingénieur de génie dont l’âme « artiste » conçut cet incomparable chef-d’œuvre panoramique : le chemin de fer du Saint-Gothard.

Après un rapide tribut payé, par acquit de conscience, à l’admiration, tous les passagers qui, sur l’appel du commandant, ont quitté la table à la minute psychologique du café, sont retournés à leur demi-tasse. Moi, je n’y songe guère, tant je suis fasciné par la magie de ce décor fuyant, de cette glissade lente entre deux rives incendiées de soleil, qui fait flamber, à droite, les toits blancs de Messine, et, à gauche, les toits rouges de Reggio, dont la physionomie barbaresque évoque la Chioggia de l’archipel vénitien. Et je reste là de longues heures, hypnotisé par l’azur aux fines transparences, où les voiles des bateaux-pêcheurs battent à la brise comme des ailes de goélands, et si limpide que les moindres accidents de la côte, de plus en plus abrupte, s’y reflètent avec un relief intense, et qu’on y peut suivre la fumée grise du paquebot rejoignant, dans son vol oblique, la fumée bleuâtre de l’Etna. Peu à peu, avec le jour tombant, le canal s’élargit. Des horizons plus vastes apparaissent. La pointe de la botte italienne se détache à vue d’œil du cothurne sicilien ; graduellement, elle s’amincit et s’effile comme la pointe d’une bottine de femme qui chausserait du trente-deux. Pareilles à ces gazes qui, dans les féeries, masquent les changements de décor, des brumes montent des gorges de Calabre. Le peu qu’on aperçoit encore de la terre s’estompe dans le crépuscule, puis se dissout dans la nuit. Nous ne la reverrons plus qu’à Port-Saïd… dans trois jours !

De je ne sais où.

Vendredi, 14 février, la nuit. – Oui, de je ne sais où !… Entre le ciel et l’eau, si vous voulez !… C’est tout comme.

Je commence à sentir l’oppression nostalgique de la mer. Cette charmeuse a cela de décevant qu’elle reste comme un livre fermé pour ceux qui ne vivent pas avec elle en intime et quotidien commerce. Les marins seuls, les professionnels, en peuvent reconnaître chaque flot, comme on reconnaît chaque arbre d’une route souvent parcourue. Ces flots qui me portent en ce moment, ils m’ont porté déjà. Ce sont pourtant flots anonymes, comme ceux du Pôle, où ne m’a jamais poussé mon goût d’aventures. Ils gardent par devers moi l’incognito le plus hermétique. Il n’en est pas un seul à la crête duquel je puisse accrocher un souvenir ! Chateaubriand appelait Paris un vaste désert d’hommes. Qu’eût-il dit de la mer, ce sahara, qui, lorsqu’elle n’éveille pas la radieuse sensation de l’infini, éveille l’angoissante sensation du néant ?

Nous sommes depuis hier dans les eaux ioniennes. En y entrant, je me suis rappelé l’émotion quasi religieuse qui m’envahit, à cette même place, lorsque, tout frais émoulu des études classiques, je m’en allais en pèlerinage vers la source immortelle de toute Beauté ! Ce n’était pas la Grèce de Canaris ni de Byron qui m’attirait alors, mais la Grèce d’Homère et d’Hérodote, de Sophocle et d’Aristophane, de Lycurgue et de Platon, de Démosthène et de Périclès, de Miltiade et de Léonidas, de Zeuxis et de Praxitèle. Que n’aurais-je pas donné pour retrouver en mon âme, après tant de jours vécus, une étincelle de la foi divine de mes vingt ans ? Je n’y ai trouvé que des cendres ! Et j’ai bien senti que je ne monterais plus à deux genoux, comme Gérard de Nerval, les marches sacrées du Parthénon, et que je n’aurais plus, comme lui, de larmes à répandre sur un fût de colonne brisé ! Et puis, la Grèce contemporaine nous a gâté la Grèce antique, et le Roi des Montagnes a dépouillé de son prestige le Roi des Rois !

Minuit. – Une flamme rouge s’allume à l’horizon septentrional,

Étoile d’or parmi les étoiles d’argent !

C’est la Crète…

Demain, nous serons à Port-Saïd.

Port-Saïd.

Samedi, 15 février. – Port-Saïd… quatre heures d’arrêt !

Quelle joie, amie, après cinq jours de prison cellulaire flottante, de fouler enfin, ne fût-ce que quelques minutes, le plancher de la belle Ottero !

Au surplus, pendant cette halte, le bord serait inhabitable. Ce n’est pas uniquement pour des convenances postales qu’on mouille sept fois entre Marseille et Tamatave, mais aussi pour faire du charbon. On n’a pas plus tôt jeté l’ancre que d’énormes chalands, bondés de houille, nous accostent, et, de leurs flancs endeuillés, surgit une légion de fantômes noirs, échappés de l’enfer du Dante, qui s’élancent à l’assaut du Djemmah – comme au troisième acte de l’Africaine – et, avec des cris de bêtes et des bondissements de clown, l’envahissent par toutes les issues et par toutes les ouvertures. En un clin d’œil, les gros meubles sont rentrés dans leur étui, les autres descendus à la cale ; on boucle toutes les portes, on ferme tous les sabords. La prison devient cloître. Sur le pont, la subtile poussière noire vous prend à la gorge, vous brûle les yeux ; dans les dessous, on suffoque. En haut, l’ophtalmie ; en bas, l’asphyxie. Il n’y a qu’à fuir. Fuyons.

Aux temps lointains où j’ai visité Port-Saïd, ce n’était, à proprement dire, qu’un chantier colossal, une immense cité ouvrière, un chaos de baraques en planches, disséminées, sans souci de l’alignement, le long d’une plage de sable en perpétuelle torréfaction. Aujourd’hui, c’est une grande et belle ville, d’aspect avenant, percée selon les règles les plus modernes de l’haussmanisation, avec de larges rues, pleines de soleil et d’air – ceci tempérant cela – de vastes boulevards bordés de maisons d’ordre composite, qui rappellent, par la fantaisie de leurs architectures et l’incohérence de leurs coloris, celles de nos stations balnéaires à la mode. La population, où manque l’élément aborigène, est comme une carte d’échantillons de tous les types africains et asiatiques, depuis le noir de suie jusqu’au jaune d’ambre, marée hétéroclite, que le flot judaïque traverse sans s’y mêler, gardant, comme la Saône à sa jonction avec le Rhône, sa couleur propre et son immuable physionomie. Et ce sont des cris, des glapissements, des nasillements, des onomatopées, des appels, des interpellations échangées dans les idiomes les plus bizarres, en une cacophonie d’accents où s’affirme la suprématie du marseillais. Ce qui domine pourtant parmi ces jargons babéliques, c’est le français, et – ne le saurait-on pas – on devinerait que cette ville si vivante, si pimpante, si gaie, est une création française. Nous y récoltons au passage les sympathies que Ferdinand de Lesseps y a semées, et dont les Anglais, seigneurs suzerains de l’endroit, pourraient à juste titre concevoir quelque jalousie. Car, à Port-Saïd, les Anglais ne sont rien moins que populaires. D’ailleurs, ils s’exhibent peu, du moins les soldats : la rencontre d’un habit rouge est un événement. Il est vrai que les clergymen abondent : or, le clergyman est plus à craindre que le soldat et la Bible est une arme plus redoutable que l’épée.

Deux sirènes vous guettent au bas de l’échelle du steamer : la prostitution, une prostitution haillonneuse à l’usage des matelots mis en appétit par un jeûne prolongé – tirons un voile ! – et la roulette.

La première de ces enjôleuses n’a pas fait ses frais avec mes compagnons de traversée. Quelques-uns se sont pris aux beaux yeux de la seconde, et presque tous, – c’était facile à prévoir – y ont laissé de leurs plumes. Dans ce coupe-gorge, tous les chats sont gris, tous les fez sont rouges, et le fez d’un Grec n’a rien qui le distingue de celui d’un Turc inoffensif. Mon photographe s’y est fait étriller dans les grandes largeurs, – les Marseillais ne font rien à demi. Un usage local veut qu’au moment où la bille commence sa course giratoire, on jette un tapis de drap sur le cylindre, comme si l’œil hypnotiseur des pontes pouvait influencer le destin ! Après quelques coups malheureux, Marius – c’est le nom de l’homme à l’objectif – exigea qu’on découvrît le cylindre ; et comme on arguait du règlement pour se dérober à son injonction, il osa porter sur le tapis suspect – oh ! combien ! – une main sacrilège. Tumulte. Vociférations. En un clin d’œil, toute la tablée est debout. Et tandis qu’une vingtaine de mains se lèvent, menaçantes, vers cet empêcheur de jouer en rond, une vingtaine d’autres, furtivement, ramassent les mises éparpillées, qui ne réintègrent pas toutes le gousset légitime. Le photographe, voyant la sienne émigrer vers une poche étrangère, tombe à bras raccourcis sur le clephte, qui se livre, en sourdine, à ce petit travail de prestidigitation. C’est le signal d’une mêlée générale. Branle-bas de combat. Les horions pleuvent dans un ouragan de jurons cosmopolites. Soudain, sur un geste maçonnique du « manager », quatre solides gaillards barbouillés de cirage – celui du capitaine Fortempeigne – se détachant du mur où ils étaient en faction, cariatides géantes, assaillent le bon Marius, l’empoignent à bras-le-corps, le soulèvent comme une plume, et, malgré ses imprécations et ses ruades, le jettent à la porte, qu’ils verrouillent derrière lui. Et le bon Marius, après s’être vainement escrimé des pieds et des poings contre l’obstacle, se résigne à secouer sur le seuil de cette caverne la poussière de ses godillots, et s’éloigne en proférant d’une voix tonnante :

– Tas de lâches ! Je la ferai fermer, votre sale boîte !… Je vais de ce pas porter plainte à mon consul !

La cloche du
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