De l’Académie Française et de celle des Inscriptions et Belles Lettres





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Victor DURUY - HISTOIRE DE FRANCE - Dixième Période - Chapitre XXXIX -

François Ier (1515-1547)
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La cour de François Ier. — Durant son séjour en Italie, François 1er avait été frappé des merveilles que la Renaissance y enfantait, et il s’était promis d’importer en France l’art nouveau, comme sa plus précieuse conquête. Il décida plusieurs des grands artistes italiens à le suivre au delà des monts, et acheta aux autres quelques-uns de leurs chefs-d’œuvre. Ce qui valait mieux que l’or donné aux artistes, c’étaient les égards du jeune conquérant pour les maîtres de l’intelligence. La tradition, qui le représente tenant Léonard de Vinci dans ses bras, au moment où le grand artiste rend le dernier soupir (1519), est malheureusement fausse. Mais ce qui est vrai, c’est qu’il l’appelait son père; c’est qu’il recevait un tableau de Raphaël avec l’appareil des pompes royales; c’est qu’il aimait toutes les choses de l’esprit, et que le savant, le poète, l’artiste, traités par lui comme des hommes utiles à l’Etat, ne se trouvaient point déplacés dans la cour brillante dont il s’entourait.
Cette cour de France, qui a exercé sur les mœurs publiques, sur les lettres, sur l’esprit de la nation et jusque sur les nations étrangères, une si longue et trop souvent une si pernicieuse influence, date de François ler. Avant lui, elle n’existait pas. De graves conseillers entouraient seuls Louis XII, et la chaste Anne de Bretagne n’autorisait autour d’elle que des plaisirs tranquilles et rares. François ler voulut être toujours suivi d’une troupe si nombreuse que l’on comptait autour de la demeure royale rarement moins de 6000 et quelquefois jusqu’à 18 000 chevaux. Les nobles n’y vinrent pas seuls s’y assouplir à l’obéissance, sous les regards du maître. François, qui prétendait qu’une cour sans dames était une année sans printemps et un printemps sans roses, attira par l’éclat de ses fêtes, les châtelaines, jusqu’alors oubliées au fond de leurs manoirs féodaux. « Du commencement, dit très-bien Mézeray, cela eut de fort bons effets, cet aimable sexe ayant amené à la cour la politesse et la courtoisie, et donnant de vives pointes de générosité aux âmes bien faites. Mais les mœurs se corrompirent bientôt; les charges, les bienfaits se distribuèrent à la fantaisie des femmes, et elles furent cause qu’il s’introduisit de très-méchantes maximes dans le gouvernement. »
Trois femmes surtout exercèrent dans cette cour, sous le règne de François Ier, une influence désastreuse: la propre mère du roi, Louise de Savoie, la comtesse de Châteaubriant, sœur de Lautrec, et la duchesse d’Etampes, qui, pour nuire au Dauphin auprès de son père, alla jusqu’à livrer aux ennemis de la France les secrets de l’Etat.

/…/

La réforme.
— Ce schisme dans l’Église était produit par l’irrésistible mouvement qui, au seizième siècle, emportait les esprits hors des horizons battus. L’antiquité retrouvée avait ouvert à la pensée des sentiers inconnus. Tandis que Christophe Colomb et Vasco de Gaina découvraient et livraient à. l’activité des hommes de nouveaux mondes.
Copernic découvrait et livrait à leurs méditations les vraies lois de l’univers.
Comment s’étonner que ce siècle, qui voyait ces grands résultats de l’audace et de l’intelligence humaines, se soit abandonné à la redoutable puissance de la pensée!

Emerveillé de toutes ces nouveautés, il se mit à douter de beaucoup de choses anciennes. L’esprit de curiosité et d’examen se porta sur tout; il transforma les arts, les lettres, les sciences, l’état social; il voulut transformer aussi les institutions religieuses, qui, au témoignage du dernier des Pères de l’Église fléchissaient sous le poids des abus.

En vain, au quinzième siècle, les conciles de Bâle et de Constance s’étalent proposés de corriger la discipline et les mœurs; en vain

le cardinal Julien disait à Eugène IV : « Je vois que la cognée est à la racine, l’arbre penche, et au lieu de le soutenir, pendant qu’on le pourrait encore, nous le précipitons à terre. »

L’Eglise ne voulut point se réformer elle-même, mais quatre vingts ans ne s’étaient pas écoulés qu’une révolution lui enlevait la moitié de l’Europe…
C’est à la fin de l’année 1517 que Luther avait commencé la lutte avec Rome: en 1520, la rupture était accomplie; en 1525, l’électeur de Saxe, le landgrave de Hesse-Cassel, les ducs de Mecklembourg, de Poméranie, de Zell, et un grand nombre de villes impériales avaient accepté les idées du réformateur; et ce qui était redoutable, le grand maître de l’Ordre teutonique avait sécularisé un des plus vastes domaines

de l’Eglise, la Prusse, dont il s’était déclaré duc héréditaire.

Commencement de la Réforme en France.
Les nouvelles opinions se glissèrent de bonne heure en France; leurs premières conquêtes furent parmi les lettrés. Tous nos grands jurisconsultes de ce siècle, soit en secret, soit ouvertement, acceptèrent la Réforme. Une partie même de la cour y penchait. Louise de Savoie semblait n’y être point contraire. Sa fille Marguerite, reine de Navarre, bel et libre esprit, auteur de mystères et de nouvelles, professait ouvertement le principe des réformateurs allemands; la duchesse d’Etampes, amie du roi, se piquait de les protéger.
Lefebvre d’Etaples, Louis Berquin, savants connus et estimés de François, soutenaient des thèses en leur faveur: le premier avait commencé six ans avant Luther. Enfin le poète favori de la cour, Clément Marot délaissait ses élégies et ses épigrammes pour traduire les psaumes de David, que les réformés de Paris allaient chanter au Pré aux Clercs.
François, loin de s’effrayer d’abord de ces symptômes, voulait s’attacher le roi de l’érudition et des lettrés de ce siècle, Erasme, de Rotterdam, qu’on accusait d’avoir préparé les voies à Luther par ses attaques contre les moines. Mais lorsque les paysans allemands, tirant les conséquences sociales des nouvelles doctrines, voulurent renverser toute autorité, François I pensa que la Réforme, qui était une révolte contre le pape, était bien près de conduire, en politique, à une révolte contre le roi; et s’il resta l’ami intéressé des protestants allemands, il ne voulut point que leurs doctrines gagnassent ses États.
Victor DURUY - HISTOIRE DE FRANCE - Dixième Période - Chapitre XXXIX -

François Ier (1515-1547)

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Premières persécutions contre les protestants.

— Pendant la captivité du roi, deux luthériens avaient été brûlés dans la capitale. Il avait arrêté ces exécutions, mais, en 1528, une statue de la Vierge fut mutilée à Paris. François déclara que, « s’il savait un sien membre infecté de cette doctrine, il l’arracherait de peur que le reste n’en fût corrompu, et il fit poursuivre dès ce jour les novateurs. Berquin, qui refusa de se rétracter, fut brûlé sur ta place Maubert (1529); à Vienne, à Séez, à Toulouse, il y eut d’autres exécutions. La nécessité de ménager les protestants d’Allemagne adoucit la persécution.
Mais en 1536, six malheureux furent encore suppliciés sur diverses places de Paris, en présence de la cour.

/…/

Massacre des Vaudois (1545).
François s’affaiblissait. Ce n’était plus le brillant chevalier de Marignan ou de Pavie, l’ami de Léonard de Vinci et d’Érasme. Ruiné avant l’âge par les excès, il était à cinquante et un ans un vieillard morose. La plus grande tache de son règne se rapporte à ces années malheureuses.
Tant que durait la guerre avec Charles-Quint, François Ier ménageait les dissidents; l’édit de Coucy avait même ordonné, en 1535, la suspension de toute poursuite pour fait de religion. La paix conclue, les hommes durs et de funeste conseil, comme Montmorency et le cardinal de Tournon, reprenaient l’avantage.
Après le traité de Crespy, ils attribuèrent les revers du roi, ses souffrances mêmes, au relâchement de ses rigueurs. Il se laissa persuader d’ordonner de nouveaux supplices.

A Meaux, quatorze bûchers furent dressés en un même jour (1546); mais l’exécution la plus odieuse fut celle de toute une population inoffensive, les Vaudois, dont les croyances étaient vieilles de plus de trois siècles. Ils avaient été condamnés, en 1540, comme hérétiques. On avait sursis à l’exécution en faveur des paysans paisibles qui payaient régulièrement l’impôt et ne montraient que des mœurs pures et simples, dans les deux petites villes de Mérindol et de Cabrières, et dans une trentaine de villages des Alpes et de Provence. Mais, en avril 1545, des ordres précis et rigoureux arrivèrent de la Cour au parlement d’Aix. Le baron de la Garde, assisté du président d’Oppède et de l’avocat général Guérin, entra inopinément avec des soldats sur le territoire de ces malheureux: 3000 furent massacrés ou brûlés dans leurs habitations ; 660 envoyés aux galères; le reste dispersé dans les bois et les montagnes, où la plupart moururent de faim et de misère. Il ne demeura pas une maison, pas un arbre, quinze lieues à la ronde.


Mort du roi (1547)

François Ier, qui peut-être ne connut pas tous les détails de ce drame exécrable, approuva ce qui s’était fait, et ordonna de continuer la persécution. Les affaires du dehors n’en allèrent pas mieux. C’était le temps où Charles- Quint, débarrassé de la guerre de France et assuré de la paix avec les Turcs, tournait ses forces contre les protestants de l’Allemagne, et, sous prétexte de tuer l’hérésie, cherchait à tuer les libertés germaniques; la bataille de Mühlberg parut mettre l’empire à ses pieds.
François Ier ne vit pas ce grand succès de son rival; il était mort trois semaines auparavant, au château de Rambouillet, à l’âge de cinquante-deux ans (31 mars 1547).

Ce fut, en bien comme en mal, un prince remarquable. Il eut de brillants défauts, pour lesquels la France a eu de tout temps trop de faiblesse. Sa galanterie allait jusqu’à la débauche, sa magnificence jusqu’à la profusion, son courage jusqu’à la témérité. Il fut violent, capricieux, livré à d’indignes favoris; au besoin même injuste, perfide, cruel et toujours absolu dans ses volontés. Mais il montra quelquefois de la vraie grandeur, comme le jour (c’était avant le massacre des Vaudois) où il pardonna aux Rochelais révoltés, « ne voulant pas, disait-il, avoir, ainsi que l’empereur, du sang de ses sujets sur les mains». Il aima les choses de l’esprit, il eut le goût des choses de l’art, et, malgré son despotisme et ses fautes, son nom sera toujours cité avec honneur dans ce grand siècle d’où date la civilisation moderne.
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