Première partie





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Rondo en canon sur le cri d’un marchand. Même les mélodies tristes prenaient en lui une allure réjouie. En passant devant la blanchisserie de sa rue, il jeta, comme d’habitude, un coup d’œil dans la boutique, et vit la petite roussotte, au teint mat, rosé par la chaleur, qui repassait, ses bras grêles nus jusqu’à l’épaule, son corsage ouvert ; elle lui lança, comme d’habitude, une œillade effrontée ; pour la première fois, ce regard glissa sur le sien, sans l’irriter. Il rit encore. Dans sa chambre, il ne retrouva aucune des préoccupations qu’il y avait laissées. Il jeta à droite, à gauche, chapeau, veste et gilet ; et il se mit au travail, avec un entrain à conquérir le monde. Il reprit les brouillons musicaux, éparpillés de tous côtés. Sa pensée n’y était pas ; il les lisait des yeux seulement ; au bout de quelques minutes, il retombait dans la somnolence heureuse du Luxembourg, la tête ivre. Il s’en aperçut deux ou trois fois, essaya de se secouer ; mais en vain. Il jura gaiement, et, se levant, il se plongea la tête dans sa cuvette d’eau froide. Cela le dégrisa un peu. Il revint s’asseoir à sa table, silencieux, avec un vague sourire. Il songeait :

« Quelle différence y a-t-il entre cela et l’amour ? »

Instinctivement, il s’était mis à penser bas, comme s’il avait eu honte. Il haussa les épaules :

« Il n’y a pas deux façons d’aimer... Ou plutôt, si, il y en a deux : il y a la façon de ceux qui aiment avec tout eux-mêmes, et la façon de ceux qui ne donnent à l’amour qu’une part de leur superflu. Dieu me préserve de cette ladrerie de cœur ! »

Il s’arrêta de penser, par une pudeur à poursuivre plus avant. Longtemps, il resta à sourire à son rêve intérieur. Son cœur chantait dans le silence :

– Du bist mein, und nun ist das Meine meiner als jemals...

(« Tu es à moi, et maintenant je suis à moi, comme je ne l’ai jamais été... »)

Il prit une feuille, et, tranquille, écrivit ce que son cœur chantait.

*

Ils décidèrent de prendre un appartement en commun. Christophe voulait qu’on s’installât tout de suite, sans s’inquiéter de perdre un demi-terme. Olivier, plus prudent, quoiqu’il n’aimât pas moins, conseillait d’attendre l’expiration de leurs loyers. Christophe ne comprenait pas ces calculs. Comme beaucoup de gens qui n’ont pas d’argent, il ne s’inquiétait pas d’en perdre. Il se figura qu’Olivier était encore plus gêné que lui. Un jour que le dénuement de son ami l’avait frappé, il le quitta brusquement, et revint deux heures après, étalant triomphant quelques pièces de cent sous qu’il s’était fait avancer par Hecht. Olivier rougit, et refusa. Christophe, mécontent, voulut les jeter à un Italien, qui jouait dans la cour. Olivier l’en empêcha. Christophe repartit, blessé en apparence, en réalité furieux contre lui-même de sa maladresse à laquelle il attribuait le refus d’Olivier. Une lettre de son ami vint mettre un baume sur sa blessure. Olivier lui écrivait ce qu’il ne pouvait lui exprimer de vive voix : son bonheur de le connaître et son émotion de ce que Christophe avait voulu faire pour lui. Christophe riposta par une lettre débordante et folle, qui rappelait celles qu’il écrivait, à quinze ans, à son ami Otto ; elle était pleine de Gemüt et de coq-à-l’âne ; il y faisait des calembours en français et en allemand ; et même, il le mettait en musique.

Ils s’installèrent enfin. Ils avaient trouvé dans le quartier Montparnasse, près de la place Denfert, au cinquième d’une vieille maison, un logement de trois pièces, et une cuisine, fort petites, qui donnaient sur un jardin minuscule, enclos entre quatre murs. De l’étage où ils étaient, la vue s’étendait, par-dessus le mur d’en face, moins élevé que les autres, sur un de ces grands jardins de couvents, comme il y en a encore tant à Paris, qui se cachent, ignorés. On ne voyait personne dans les allées désertes. Les vieux arbres, plus hauts et plus touffus que ceux du Luxembourg, frissonnaient au soleil ; des bandes d’oiseaux chantaient dès l’aube, c’étaient les flûtes des merles, et puis le choral tumultueux et rythmé des moineaux ; et le soir, en été, les cris délirants des martinets, qui fendaient l’air lumineux et patinaient dans le ciel. Et la nuit, sous la lune, telles les bulles d’air qui montent à la surface d’un étang, les notes perlées des crapauds. On eût oublié que Paris était là, si la vieille maison n’eût constamment tremblé du grondement des lourdes voitures, comme si la terre avait été remuée par un frisson de fièvre.

L’une des chambres était plus large et plus belle que les autres. Ce fut un débat entre les deux amis à qui ne l’aurait pas. Il fallut la tirer au sort ; et Christophe, qui en avait suggéré l’idée, sut, avec une mauvaise foi et une dextérité dont il ne se serait pas cru capable, faire en sorte qu’il ne gagnât point.

Alors, commença pour eux une période de bonheur absolu. Le bonheur n’était pas dans une chose précise, il était dans toutes à la fois ; il baignait tous leurs actes et toutes leurs pensées, il ne pouvait se détacher d’eux, un seul instant.

Durant cette lune de miel de leur amitié, ces premiers temps de jubilation profonde et muette, que connaît seul « celui qui peut, dans l’univers, nommer une âme sienne »...

... Ja, wer auch nur eine Seele sein nenni auf dem Erdenrund...

ils se parlaient à peine, à peine ils osaient parler ; il leur suffisait de se sentir l’un à côté de l’autre, d’échanger un regard, un mot qui leur prouvait que leur pensée, après de longs silences, suivait le même cours. Sans se faire de question, même sans se regarder, ils se voyaient sans cesse. Celui qui aime se modèle inconsciemment sur l’âme de celui qu’il aime ; il a si grand désir de ne pas le blesser, d’être tout ce qu’il est, que, par une intuition mystérieuse et soudaine, il lit au fond de lui les mouvements imperceptibles. L’ami est transparent à l’ami ; ils échangent leur être. Les traits imitent les traits. L’âme imite l’âme – jusqu’au jour où la force profonde, le démon de la race, se délivre brusquement et déchire l’enveloppe de l’amour, qui le lie.

Christophe parlait à mi-voix, il marchait doucement, il prenait garde de faire du bruit dans la chambre voisine du silencieux Olivier ; il était transfiguré par l’amitié ; il avait une expression de bonheur, de confiance, de jeunesse, qu’on ne lui avait jamais vue. Il adorait Olivier. Il eût été bien facile à celui-ci d’abuser de son pouvoir, s’il n’en avait rougi, comme d’un bonheur qu’il ne méritait pas : car il se regardait comme très inférieur à Christophe, qui n’était pas moins humble. Cette humilité mutuelle, qui venait de leur grand amour, était une douceur de plus. Il était délicieux – même avec la conscience qu’on ne le méritait pas – de sentir qu’on tenait tant de place dans le cœur de l’ami. Ils en avaient l’un pour l’autre une reconnaissance attendrie.

Olivier avait réuni ses livres à ceux de Christophe ; il ne les distinguait plus. Quand il parlait de l’un d’eux, il ne disait pas : « mon livre ». Il disait : « notre livre ». Il n’y avait qu’un petit nombre d’objets qu’il réservait sans les fondre dans le trésor commun : c’étaient ceux qui avaient appartenu à sa sœur, ou qui étaient associés à son souvenir. Christophe, avec la finesse de tact que l’amour lui avait donnée, ne tarda pas à le remarquer ; mais il ignorait pourquoi. Jamais il n’avait osé interroger Olivier sur ses parents ; il savait seulement qu’Oliver les avait perdus ; et à la réserve un peu fière de son affection, qui évitait de s’enquérir des secrets de son ami, s’ajoutait la peur de réveiller en lui les douleurs passées. Quelque désir qu’il en eût, une timidité singulière l’avait même empêché d’examiner de près les photographies qui étaient sur la table d’Olivier, et qui représentaient un monsieur et une dame en des poses cérémonieuses, et une petite fille d’une douzaine d’années, avec un grand chien épagneul à ses pieds.

Deux ou trois mois après leur installation, Olivier prit un refroidissement ; il lui fallut s’aliter. Christophe, qui s’était découvert une âme maternelle, veillait sur lui, avec une affection inquiète ; et le médecin, qui avait, en écoutant Olivier, trouvé un peu d’inflammation au sommet du poumon, avait chargé Christophe de badigeonner le dos du malade avec de la teinture d’iode. Comme Christophe s’acquittait de la tâche avec beaucoup de gravité, il vit autour du cou d’Olivier une médaille de sainteté. Il connaissait assez Olivier pour savoir que, plus encore que lui-même, il était affranchi de toute foi religieuse. Il ne put s’empêcher de montrer son étonnement. Olivier rougit. Il dit :

« C’est un souvenir. Ma pauvre petite Antoinette la portait, en mourant. »

Christophe tressaillit. Le nom d’Antoinette fut un éclair pour lui.

« Antoinette ? dit-il.

– Ma sœur », dit Olivier.

Christophe répétait :

« Antoinette... Antoinette Jeannin... Elle était votre sœur ?... Mais, dit-il, regardant la photographie qui était sur la table, elle était tout enfant, quand vous l’avez perdue ? »

Olivier sourit tristement :

« C’est une photographie d’enfance, dit-il. Hélas ! je n’en ai pas d’autres... Elle avait vingt-cinq ans, lorsqu’elle m’a quitté.

– Ah ! fit Christophe, ému. Et elle a été en Allemagne, n’est-ce pas ? »

Olivier fit signe de la tête que oui.

Christophe saisit les mains d’Olivier :

« Mais je la connaissais ! dit-il.

– Je le sais bien », dit Olivier.

Il se jeta au cou de Christophe.

« Pauvre petite ! Pauvre petite ! » répétait Christophe.

Ils pleurèrent tous deux.

Christophe se ressouvint qu’Olivier était souffrant. Il tâcha de le calmer, l’obligea à rentrer ses bras dans le lit, lui ramena les draps sur les épaules, et, lui essuyant maternellement les yeux, il s’assit à son chevet ; et il le regarda.

« Voilà donc, dit-il, pourquoi je te connaissais. Dès le premier soir, je t’avais reconnu. »

(On ne savait s’il parlait à l’ami qui était là, ou à celle qui n’était plus.)

« Mais toi, continua-t-il, après un moment, tu le savais ?... Pourquoi ne me le disais-tu pas ? »

Par les yeux d’Olivier, Antoinette répondit :

« Je ne pouvais pas le dire. C’était à toi de le lire. »

Ils se turent, quelque temps ; puis, dans le silence de la nuit, Olivier, immobile, étendu dans son lit, à voix basse raconta à Christophe, qui lui tenait la main, l’histoire d’Antoinette ; mais il ne lui dit pas ce qu’il ne devait pas dire : le secret qu’elle avait tu – et que Christophe savait peut-être.

*

Dès lors, l’âme d’Antoinette les enveloppa tous deux. Quand ils étaient ensemble, elle était avec eux. Il n’était pas nécessaire qu’ils pensassent à elle : tout ce qu’ils pensaient ensemble, ils le pensaient en elle. Son amour était le lieu où leurs cœurs s’unissaient.

Olivier évoquait son image, souvent. C’était des souvenirs décousus, de brèves anecdotes. Ils faisaient reparaître dans une lueur passagère un de ses gestes timides et gentils, son jeune sourire sérieux, la grâce pensive de son être évanoui. Christophe écoutait, se taisant, et il se pénétrait des reflets de l’invisible amie. Par la loi de sa nature qui buvait plus avidement que toute autre la vie, il entendait parfois dans les paroles d’Olivier des résonances profondes, qu’Olivier n’entendait pas ; et il s’assimilait mieux, qu’Olivier même, l’être de la jeune morte.

D’instinct, il la remplaçait auprès d’Olivier ; et c’était un spectacle touchant de voir le gauche Allemand retrouver, sans le savoir, certaines des attentions délicates, des prévenances d’Antoinette. Il ne savait plus, par moments si c’était Olivier qu’il aimait dans Antoinette, ou Antoinette dans Olivier. Par une inspiration de tendresse, il allait, sans le dire, faire visite à la tombe d’Antoinette ; et il y apportait des fleurs. Olivier fut longtemps avant de s’en douter. Il ne l’apprit qu’un jour où il trouva sur la tombe des fleurs fraîches ; mais ce ne fut pas sans peine qu’il parvint à avoir la preuve que Christophe était venu. Quand il essaya timidement de lui en parler, Christophe détourna l’entretien, avec une rudesse bourrue. Il ne voulait pas permettre qu’Olivier le sût ; et il s’y entêta jusqu’au jour où, au cimetière d’Ivry, ils se rencontrèrent.

De son côté, Olivier écrivait à la mère de Christophe, à l’insu de celui-ci. Il donnait à Louisa des nouvelles de son fils ; il lui disait l’affection qu’il avait pour lui, et combien il l’admirait. Louisa répondait à Olivier des lettres maladroites et humbles, où elle se confondait en remerciements ; elle parlait toujours de son fils, comme d’un petit garçon.

*

Après une période de demi-silence amoureux – « un calme ravissant, jouissant sans savoir pourquoi », – leur langue s’était déliée. Ils passaient des heures à voguer à la découverte dans l’âme de l’ami.

Ils étaient bien différents l’un de l’autre, mais tous deux d’un pur métal. Ils s’aimaient parce qu’ils étaient si différents, tout en étant les mêmes.

Olivier était faible, débile, incapable de lutter contre les difficultés. Quand il se heurtait à un obstacle, il se repliait, non par peur, mais un peu par timidité, et beaucoup par dégoût des moyens brutaux et grossiers qu’il fallait employer pour vaincre. Il gagnait sa vie en donnant des répétitions, en écrivant des livres d’art honteusement payés, suivant l’habitude, des articles de revues, rares, jamais libres, et sur des sujets qui l’intéressaient médiocrement : on ne voulait pas de ceux qui l’intéressaient ; jamais on ne lui demanda ce qu’il pouvait faire le mieux : il était poète, on lui demandait des articles de critique ; il connaissait la musique, on voulait qu’il parlât de peinture ; il savait qu’il n’en pouvait rien dire que de médiocre : c’était justement cela qui plaisait ; ainsi, il parlait aux médiocres la langue qu’ils pouvaient entendre. Il finissait par se dégoûter et refuser d’écrire. Il n’avait de plaisir à travailler que pour de petites revues, qui ne payaient pas, et auxquelles il se dévouait, comme tant d’autres jeunes gens, parce qu’il y était libre. Là seulement, il pouvait faire paraître tout ce qui, en lui, valait de livre.

Il était doux, poli, patient en apparence, mais d’une sensibilité excessive. Une parole un peu vive le blessait jusqu’au sang ; une injustice le bouleversait ; il en souffrait pour lui et pour les autres. Certaines vilenies, commises il y avait des siècles, le déchiraient encore, comme s’il en avait été la victime. Il pâlissait, il frémissait, il était malheureux, en pensant au malheur de celui qui les avait subies, et combien de siècles le séparaient de sa sympathie. Quand il était le témoin d’une de ces injustices, il tombait dans des accès d’indignation, qui le faisaient trembler de tout son corps, et parfois le rendaient malade, l’empêchaient de dormir. C’était parce qu’il connaissait cette faiblesse qu’il s’imposait son calme : car lorsqu’il se fâchait, il savait qu’il passait les limites et disait alors des choses qu’on ne pardonnait pas. On lui en voulait plus qu’à Christophe, qui était toujours violent, parce qu’il semblait qu’Olivier livrât, plus que Christophe, dans ses moments d’emportement, le fond de sa pensée ; et cela était vrai, il jugeait les hommes sans les exagérations aveugles de Christophe, mais sans ses illusions, avec lucidité. C’est ce que les hommes pardonnent le moins. Il se taisait donc, évitait de discuter, sachant l’inutilité de la discussion. Il avait souffert de cette contrainte. Il avait souffert davantage de sa timidité, qui l’amenait quelquefois à trahir sa pensée, ou à ne pas oser la défendre jusqu’au bout, voire même à faire des excuses, comme dans la discussion avec Lucien Lévy-Cœur, au sujet de Christophe. Il avait passé par bien des crises de désespoir, avant de prendre son parti du monde et de lui-même. Dans ses années d’adolescence, où il était plus livré à ses nerfs, perpétuellement alternaient en lui des périodes d’exaltation et des périodes de dépression, se suivant d’une façon brusque. Au moment où il se sentait le plus heureux, il pouvait être sûr que le chagrin le guettait. Et soudain, en effet, il était terrassé par lui, sans l’avoir vu venir. Alors, il ne lui suffisait pas d’être malheureux ; il fallait qu’il se reprochât son malheur, qu’il fît le procès de ses paroles, de ses actes, de son honnêteté, qu’il prît le parti des autres contre lui-même. Son cœur sautait dans sa poitrine, il se débattait misérablement, l’air lui manquait. – Depuis la mort d’Antoinette, et peut-être grâce à elle, grâce à la lumière apaisante qui rayonne de certains morts aimés, comme la lueur de l’aube qui rafraîchit les yeux et l’âme des malades, Olivier était parvenu, sinon à se dégager de ces troubles, du moins à s’y résigner et à les dominer. Peu de gens se doutaient de ses combats intérieurs. Il en renfermait en lui le secret humiliant, cette agitation déréglée d’un corps débile et tourmenté, que considérait, sans pouvoir s’en rendre maîtresse, mais sans en être atteinte, une intelligence libre et sereine –
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