Première partie





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Il est aussi peu en la puissance de toute la

faculté terrienne d’en garder la liberté

françoise de parler, comme

d’enfouir le soleil en terre,

ou l’enfermer

dedans un

trou.

*

Christophe s’habituait peu à peu à l’air de la liberté illimitée. Des sommets de la pensée française, où rêvent les esprits qui sont toute lumière, il regardait à ses pieds les pentes de la montagne, où l’élite héroïque qui lutte pour une foi vivante, quelle que soit cette foi, s’efforce éternellement de parvenir au faîte : ceux qui mènent la guerre sainte contre l’ignorance, la maladie, la misère ; la fièvre d’inventions, le délire raisonné des Prométhées et des Icares modernes, qui conquièrent la lumière et frayent les routes de l’air ; le combat gigantesque de la science contre la nature ; plus bas, troupe silencieuse, les hommes et les femmes de bonne volonté, les cœurs braves et humbles, qui, au prix de mille peines, ont atteint à mi-côte, et ne peuvent aller plus haut, rivés à une vie médiocre, se brûlant en secret dans d’obscurs dévouements ; plus bas, au pied du mont, dans l’étroit défilé entre les pentes escarpées, la bataille sans fin, les fanatiques d’idées abstraites, d’instincts aveugles, qui s’étreignent furieusement et ne se doutent point qu’il y a quelque chose au-delà, au-dessus de la muraille de rochers qui les enserre ; plus bas, les marécages et le bétail vautré dans son fumier. – Et partout, çà et là, le long des flancs du mont, les fraîches fleurs de l’art, les fraisiers parfumés de musique, le chant des sources et des oiseaux poètes.

Et Christophe demanda à Olivier :

« Où est votre peuple ? Je ne vois que des élites, bonnes ou malfaisantes. »

Olivier répondit :

« Le peuple ? Il cultive son jardin. Il ne s’inquiète pas de nous. Chaque groupe de l’élite essaie de l’accaparer. Il ne se soucie d’aucun. Naguère, il écoutait encore, au moins par distraction, le boniment des bateleurs politiques. À présent, il ne se dérange plus. Ils sont quelques millions qui n’usent même pas de leurs droits d’électeurs. Que les partis se cassent la tête entre eux, le peuple n’en a cure, à moins qu’en se battant ils ne viennent à fouler ses champs : auquel cas il se fâche et étrille au hasard l’un et l’autre partis. Il n’agit pas, il réagit, peu importe dans quel sens, contre les exagérations qui gênent son travail et son repos. Rois, empereurs, républiques, curés, francs-maçons, socialistes, quels que soient ses chefs, tout ce qu’il leur demande, c’est de le protéger contre les grands dangers communs : la guerre, le désordre, les épidémies – et, pour le reste, qu’il puisse en paix cultiver son jardin. Au fond, il pense : “Est-ce que ces animaux-là ne me laisseront pas tranquille ?”

« Mais ces animaux-là sont si bêtes qu’ils harcèlent le bonhomme et qu’ils n’auront pas de cesse qu’il ne prenne enfin sa fourche et ne les flanque à la porte – comme il arrivera, quelque jour, de nos maîtres de l’heure. Jadis, il s’est emballé pour de grandes entreprises. Cela lui arrivera peut-être encore, quoiqu’il ait jeté sa gourme depuis longtemps ; en tout cas, ses emballements ne durent guère ; vite, il revient à sa compagne séculaire : la terre. C’est elle qui attache les Français à la France, beaucoup plus que les Français. Ils sont tant de peuples différents qui travaillent depuis des siècles, côte à côte, sur cette brave terre, que c’est elle qui les unit : elle est leur grand amour. À travers heur et malheur, ils la cultivent sans cesse ; et tout leur en est bon, les moindres lopins du sol. »

Christophe regardait. Aussi loin qu’on pût voir, le long de la route, autour des marécages, sur la pente des rochers, parmi les champs de bataille et les ruines de l’action, la montagne et la plaine de France, tout était cultivé : c’était le grand jardin de la civilisation européenne. Son charme incomparable ne tenait pas moins à la bonne terre féconde qu’à l’effort opiniâtre d’un peuple infatigable, qui jamais, depuis des siècles, n’avait cessé de la remuer, de l’ensemencer et de la faire plus belle.

L’étrange peuple ! Chacun le dit inconstant ; et rien en lui ne change. Les yeux avertis d’Olivier retrouvaient dans la statuaire gothique tous les types des provinces d’aujourd’hui ; de même que dans les crayons des Clouet ou des Dumoustier, les figures fatiguées et ironiques des mondains et des intellectuels ; ou dans la peinture des Lenain, l’esprit et les yeux clairs des ouvriers et des paysans d’Île-de-France ou de Picardie. La pensée d’autrefois circulait à travers les consciences d’aujourd’hui. L’esprit de Pascal était vivant, non seulement chez l’élite raisonneuse et religieuse, mais chez d’obscurs bourgeois, ou chez des syndicalistes révolutionnaires. L’art de Corneille et de Racine était vivant pour le peuple ; un petit employé de Paris se sentait plus proche d’une tragédie du temps du roi Louis XIV que d’un roman de Tolstoï ou d’un drame d’Ibsen. Les chants du Moyen Âge, le vieux Tristan français, avaient plus de parenté avec les Français modernes que le Tristan de Wagner. Les fleurs de la pensée, qui, depuis le XIIe siècle, ne cessaient de s’épanouir dans le parterre français, si diverses qu’elles fussent, étaient parentes entre elles ; et toutes étaient différentes de tout ce qui les entourait.

Christophe ignorait trop la France pour bien saisir la constance de ses traits. Ce qui le frappait surtout dans ce riche paysage, c’était le morcellement extrême de la terre. Comme le disait Olivier, chacun avait son jardin ; et chaque lopin était séparé des autres par des murs, des haies vives, des clôtures de toute sorte. Tout au plus s’il y avait, çà et là, quelques prés et quelques bois communaux, ou si les habitants d’un côté de la rivière se trouvaient forcément plus rapprochés entre eux que de ceux de l’autre côté. Chacun s’enfermait chez soi ; et il semblait que cet individualisme jaloux, au lieu de s’affaiblir après des siècles de voisinage, fût plus fort que jamais. Christophe pensait :

« Comme ils sont seuls ! »

*

Rien de plus caractéristique, en ce sens, que la maison où habitaient Christophe et Olivier. C’était un monde en raccourci, une petite France honnête et laborieuse, sans rien qui rattachât entre eux ses divers éléments. Cinq étages, une vieille maison branlante qui s’inclinait sur le côté, avec ses planchers qui craquaient et ses plafonds vermoulus. La pluie entrait chez Christophe et Olivier qui logeaient sous le toit ; on avait dû se décider à faire venir les ouvriers, pour rafistoler tant bien que mal la toiture : Christophe les entendait travailler et causer, au-dessus de sa tête. Il y en avait un, qui l’amusait et l’agaçait ; il ne s’interrompait pas un instant de parler tout seul, rire, chanter, dire des balivernes, siffler des inepties, causer avec soi-même, sans cesser de travailler ; il ne pouvait rien faire, sans annoncer ce qu’il faisait :

« Je vas encore mettre un clou. Où est-ce qu’est mon outil ? Je mets un clou. J’en mets deux. Encore un coup de marteau ! Là, ma vieille, ça y est... »

Lorsque Christophe jouait, il se taisait un moment, écoutait, puis sifflait de plus belle ; aux passages entraînants, il marquait la mesure sur le toit, à grands coups de marteau. Christophe exaspéré finit par grimper sur une chaise, et passa la tête par la lucarne de la mansarde pour lui dire des injures. Mais à peine l’eut-il vu, à califourchon sur le toit, avec sa bonne figure joviale, la joue gonflée de clous, qu’il éclata de rire, et l’homme en fit autant. Christophe, oubliant ses griefs, se mit à causer. À la fin, il se rappela pourquoi il s’était mis à la fenêtre :

« Ah ! à propos, dit-il, je voulais vous demander : est-ce que mon piano ne vous gêne pas ? »

L’autre l’assura que non ; mais il le pria de jouer des airs moins lents, parce que, comme il suivait la mesure, cela le retardait dans son travail. Ils se quittèrent bons amis. En un quart d’heure, ils avaient échangé plus de paroles que Christophe n’en dit, en six mois, à tous ceux qui habitaient sa maison.

Deux appartements par étage, l’un de trois pièces, l’autre de deux seulement. Pas de chambres de domestiques : chaque ménage faisait son propre service, sauf les locataires du rez-de-chaussée et du premier, qui occupaient les deux appartements réunis.

Au cinquième, Christophe et Olivier avaient comme voisin de palier l’abbé Corneille, un prêtre d’une quarantaine d’années, fort instruit, d’esprit libre, de large intelligence, ancien professeur d’exégèse dans un grand séminaire, et récemment censuré par Rome, pour son esprit moderniste. Il avait accepté le blâme, sans se soumettre au fond, mais en silence, n’essayant point de lutter, refusant les moyens qui lui étaient offerts d’exposer publiquement ses doctrines, fuyant le bruit, et préférant la ruine de ses pensées à l’apparence du scandale. Christophe n’arrivait pas à comprendre ce type de révolté résigné. Il avait essayé de causer avec lui ; mais le prêtre, très poli, restait froid, ne parlait de rien de ce qui l’intéressait le plus, mettait sa dignité à se murer vivant.

À l’étage au-dessous, dans l’appartement identique à celui des deux amis, habitait une famille Élie Elsberger : un ingénieur, sa femme, et leurs deux petites filles de sept à dix ans : gens distingués, sympathiques, vivant renfermés chez eux, surtout par fausse honte de leur situation gênée. La jeune femme, qui faisait vaillamment son ménage, en était mortifiée ; elle eût accepté le double de fatigue pour que personne n’en sût rien : c’était encore là un sentiment qui échappait à Christophe. Ils étaient de famille protestante, et de l’Est de la France. Tous deux avaient été, quelques années avant, emportés par l’ouragan de l’Affaire Dreyfus ; ils s’étaient passionnés pour cette cause, jusqu’à la frénésie, comme des milliers de Français sur qui, pendant sept ans, passa le vent furieux de cette sainte hystérie. Ils y avaient sacrifié leur repos, leur situation, leurs relations ; ils y avaient brisé de chères amitiés ; ils avaient failli y ruiner leur santé. Pendant des mois, ils n’en dormaient plus, ils n’en mangeaient plus, ils ressassaient indéfiniment les mêmes arguments, avec un acharnement de maniaques ; ils s’exaltaient l’un l’autre ; malgré leur timidité et leur peur du ridicule, ils avaient pris part à des manifestations, parlé dans des meetings ; ils en revenaient, la tête hallucinée, le cœur malade ; et ils pleuraient ensemble, la nuit. Ils avaient dépensé dans le combat une telle force d’enthousiasme et de passions que, lorsque la victoire était venue, il ne leur en restait plus assez pour se réjouir ; ils en étaient demeurés vidés d’énergie, fourbus, pour la vie. Si hautes avaient été les espérances, si pure l’ardeur du sacrifice que le triomphe avait paru dérisoire, au prix de ce qu’on avait rêvé. Pour ces âmes tout d’une pièce, où il n’y avait place que pour une seule vérité, les transactions de la politique, les compromis de leurs héros avaient été une déception amère. Ils avaient vu leurs compagnons de luttes, ces gens qu’ils avaient crus animés de la même passion unique pour la justice – une fois l’ennemi vaincu, se ruer à la curée, s’emparer du pouvoir, rafler les honneurs et les places, et piétiner la justice : chacun son tour !... Seule, une poignée d’hommes restés fidèles à leur foi, pauvres, isolés, rejetés par tous les partis, et les rejetant tous, se tenaient dans l’ombre, à l’écart les uns des autres, rongés de tristesse et de neurasthénie, n’espérant plus en rien, avec le dégoût des hommes et la lassitude écrasante de la vie. L’ingénieur et sa femme étaient de ces vaincus.

Ils ne faisaient aucun bruit dans la maison ; ils avaient une peur maladive de gêner leurs voisins, d’autant plus qu’ils souffraient d’être gênés par eux, et qu’ils mettaient leur orgueil à ne pas s’en plaindre. Christophe avait pitié des deux petites filles, dont les élans de gaieté, le besoin de crier, de sauter et de rire, étaient, à tout instant, comprimés. Il adorait les enfants, et il faisait mille amitiés à ses petites voisines, quand il les rencontrait dans l’escalier. Les fillettes, d’abord intimidées, n’avaient pas tardé à se familiariser avec Christophe, qui avait toujours pour elles quelque drôlerie à raconter, ou quelque friandise ; elles parlaient de lui à leurs parents ; et ceux-ci, qui avaient commencé par voir ces avances, d’un assez mauvais œil, se laissèrent gagner par l’air de franchise de leur bruyant voisin, dont ils avaient maudit plus d’une fois le piano et le remue-ménage endiablé, au-dessus de leurs têtes : (car Christophe, qui étouffait dans sa chambre, tournait comme un ours en cage.) – Ce ne fut pas sans peine qu’ils lièrent conversation. Les manières un peu rustres de Christophe donnaient parfois un haut-le-corps à Élie Elsberger. Vainement, l’ingénieur voulut maintenir le mur de réserve, derrière lequel il s’abritait : impossible de résister à l’impétueuse bonne humeur de cet homme qui vous regardait avec de braves yeux affectueux. Christophe arrachait de loin en loin quelques confidences à son voisin. Elsberger était un curieux esprit, courageux et apathique, chagrin et résigné. Il avait l’énergie de porter avec dignité une vie difficile, mais non pas de la changer. On eût dit qu’il lui savait gré de justifier son pessimisme. On venait de lui offrir au Brésil une situation avantageuse, une entreprise à diriger ; mais il avait refusé, par crainte des risques du climat pour la santé des siens.

« Eh bien, laissez-les, dit Christophe. Allez seul, et faites fortune pour eux.

– Les laisser ! s’était écrié l’ingénieur. On voit bien que vous n’avez pas d’enfants.

– Si j’en avais, je penserais de même.

– Jamais ! Jamais !... Et puis, laisser le pays !... Non. J’aime mieux souffrir ici. »

Christophe trouvait singulière cette façon d’aimer son pays et les siens, qui consistait à végéter ensemble. Olivier la comprenait :

« Pense donc ! disait-il, risquer de mourir là-bas, sur une terre qui ne vous connaît pas, loin de ceux qu’on aime ! Tout vaut mieux que cette horreur. Et puis, pour quelques années qu’on a à vivre, cela ne vaut pas la peine de tant s’agiter !...

– Comme s’il fallait penser toujours à mourir ! disait Christophe, en haussant les épaules. Et même si cela arrive, est-ce que ce n’est pas mieux de mourir en luttant pour le bonheur de ceux qu’on aime, que de s’éteindre dans l’apathie ? »

Sur le même palier, dans le petit appartement du quatrième étage, logeait un ouvrier électricien, nommé Aubert. – Si celui-là vivait isolé du reste de la maison, ce n’était point tout à fait sa faute. Cet homme, sorti du peuple, avait le désir passionné de n’y plus jamais rentrer. Petit, l’air souffreteux, il avait le front dur, une barre au-dessus des yeux, dont le regard vif et droit s’enfonçait comme une vrille ; la moustache blonde, la bouche persifleuse, un parler sifflotant, la voix voilée, un foulard autour du cou, la gorge toujours malade, irritée encore par sa manie perpétuelle de fumer, une activité fébrile, un tempérament de phtisique. Mélange de fatuité, d’ironie, d’amertume, qui recouvraient un esprit enthousiaste, emphatique, naïf, mais constamment déçu par la vie. Bâtard de quelque bourgeois qu’il n’avait pas connu, élevé par une mère qu’il était impossible de respecter, il avait vu bien des choses tristes et sales dans sa petite enfance. Il avait fait toutes sortes de métiers, voyagé beaucoup en France. Avec une volonté admirable de s’instruire, il s’était formé seul, au prix d’efforts inouïs ; il lisait tout : histoire, philosophie, poètes décadents ; il était au courant de tout : théâtre, expositions, concerts ; il avait un culte attendrissant de la littérature et de la pensée bourgeoise : elles le fascinaient. Il était imbibé de l’idéologie vague et brûlante qui faisait délirer les bourgeois des premiers temps de la Révolution. Il croyait avec certitude à l’infaillibilité de la raison, au progrès illimité – quo non ascendam ? – à l’avènement prochain du bonheur sur la terre, à la science omnipotente, à l’Humanité-Dieu, et à la France, fille aînée de l’Humanité. Il avait un anticléricalisme enthousiaste et crédule qui traitait toute religion – surtout le catholicisme – d’obscurantisme, et voyait dans le prêtre l’ennemi-né de la lumière. Socialisme, individualisme, chauvinisme, se heurtaient dans sa tête. Il était humanitaire d’esprit, despotique de tempérament, et anarchiste de fait. Orgueilleux, il savait les manques de son éducation, et, dans la conversation, il était très prudent ; il faisait son profit de ce qu’on disait devant lui, mais il ne voulait pas demander conseil : cela l’humiliait ; or, quelles que fussent son intelligence et son adresse, elles ne pouvaient pas tout à fait suppléer à l’éducation. Il s’était mis en tête d’écrire. Comme nombre de gens en France qui n’ont pas appris, il avait le don du style, et il voyait bien ; mais il pensait confusément. Il avait montré quelques pages de ses élucubrations à un grand homme de journal en qui il croyait, et qui s’était moqué de lui. Profondément humilié, depuis lors, il ne parlait plus à personne de ce qu’il faisait. Mais il continuait d’écrire : ce lui était un besoin de se répandre et une joie orgueilleuse. Il était très satisfait de ses pages éloquentes et de ses pensées philosophiques, qui ne valaient pas un liard. Et il ne faisait nul cas de ses notations de la vie réelle qui étaient excellentes. Il avait la marotte de se croire philosophe et de vouloir composer du théâtre social, des romans à idées. Il résolvait sans peine les questions insolubles, et il découvrait l’Amérique, à chaque pas. Quand il s’apercevait ensuite qu’elle était découverte, il en était déçu, un peu amer ; il n’était pas loin d’en accuser l’intrigue. Il brûlait d’un amour de la gloire et d’une ardeur de dévouement, qui souffrait de ne pas trouver comment s’employer. Son rêve eût été d’être un grand homme de lettres, de faire partie de cette élite écrivassière, qui lui apparaissait revêtue d’un prestige surnaturel. Malgré son désir de se faire illusion, il avait trop de bon sens et d’ironie pour ne pas savoir qu’il n’avait aucune chance pour cela. Mais il eût voulu vivre au moins dans cette atmosphère de pensée bourgeoise, qui de loin lui semblait lumineuse. Ce désir, bien innocent, avait le tort de lui rendre pénible la société des gens avec qui sa condition l’obligeait à vivre. Et comme la société bourgeoise, dont il cherchait à se rapprocher, lui tenait porte close, il en résultait qu’il ne voyait personne. Aussi Christophe n’eut-il aucun effort à faire pour entrer en relations avec lui. Il dut plutôt, très vite, s’en garer : sans quoi, Aubert eût été plus souvent chez Christophe que chez lui. Il était trop heureux de trouver un artiste à qui parler musique, théâtre, etc. Mais Christophe, comme on l’imagine, n’y trouvait pas le même intérêt : avec un homme du peuple, il eût préféré causer du peuple. Or c’était ce que l’autre ne voulait, ne savait plus.

À mesure qu’on descendait aux étages inférieurs, les rapports devenaient naturellement plus lointains entre Christophe et les autres locataires. Au reste, il eût fallu avoir je ne sais quel secret magique, un
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