Première partie





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« L’arbre empoisonné du monde produit deux fruits plus doux que l’eau de la fontaine de la vie : l’un est la poésie, et l’autre est l’amitié. »

Il s’intéressa dès lors à Christophe et Olivier. Discrètement, connaissant leur fierté, il se fit remettre par Mooch le volume des poésies d’Olivier, qui venait d’être publié ; et, sans que les deux amis fissent une démarche, sans qu’ils eussent même soupçon de ses projets, il obtint pour l’ouvrage un prix d’Académie, qui tomba fort à point, au milieu de leur gêne.

Quand Christophe apprit que ce secours inattendu leur venait d’un homme qu’il était disposé à juger mal, il eut remords de ce qu’il avait pu dire ou penser ; et surmontant son aversion pour les visites, il alla le remercier. Sa bonne intention ne fut pas récompensée. L’ironie du vieux Weil se réveilla en présence du jeune enthousiasme de Christophe, quoiqu’il fit effort pour la lui cacher ; et ils s’entendirent assez mal ensemble.

Le jour où Christophe, reconnaissant et irrité, remontait dans sa mansarde, après la visite à Weil, il y trouva, avec le bon Mooch, qui venait rendre à Olivier quelque service nouveau, un article de revue désobligeant sur sa musique, par Lucien Lévy-Cœur – non pas une franche critique, mais d’une bienveillance insultante, qui, par un jeu de persiflage raffiné, s’amusait à le mettre sur la même ligne que des musiciens de troisième ou de quatrième ordre, qu’il exécrait.

« Remarques-tu, dit Christophe à Olivier, après le départ de Mooch, que nous avons toujours affaire aux juifs, uniquement aux juifs ? Ah çà, serions-nous juifs, nous-mêmes ? Rassure-moi ! On dirait que nous les attirons. Ils sont partout sur notre chemin, ennemis ou alliés.

– C’est qu’ils sont plus intelligents que les autres, dit Olivier. Les juifs sont presque les seuls chez nous, avec qui un homme libre peut causer des choses neuves, des choses vivantes. Les autres s’immobilisent dans le passé, les choses mortes. Par malheur, ce passé n’existe pas pour les juifs, ou du moins il n’est pas le même que pour nous. Avec eux, nous ne pouvons nous entretenir que d’aujourd’hui, avec ceux de notre race que d’hier. Vois l’activité juive, dans tous les ordres : commerce, industrie, enseignement, science, bienfaisance, œuvres d’art...

– Ne parlons pas de l’art, dit Christophe.

– Je ne dis pas que ce qu’ils font me soit toujours sympathique : c’est même odieux, souvent. Du moins, ils vivent et ils savent comprendre ceux qui vivent. Nous ne pouvons nous passer d’eux.

– Il ne faut rien exagérer, dit Christophe, gouailleur. Je saurais m’en passer.

– Tu saurais vivre, peut-être. Mais à quoi te servirait, si ta vie et ton œuvre restaient inconnues de tous, comme elles le seraient probablement sans eux ? Sont-ce nos coreligionnaires qui viendraient à notre secours ? Le catholicisme laisse périr, sans un geste pour les défendre, les meilleurs de son sang. Tous ceux qui sont religieux du fond de l’âme, tous ceux qui donnent leur vie à la défense de Dieu – s’ils ont eu l’audace de se détacher de la règle catholique et de s’affranchir de l’autorité de Rome –, aussitôt ils deviennent à l’indigne horde qui se dit catholique, non seulement indifférents, mais hostiles ; elle fait le silence sur eux, elle les abandonne en proie aux ennemis communs. Un esprit libre, quelle que soit sa grandeur – si, chrétien de cœur, il n’est pas chrétien d’obéissance – qu’importe aux catholiques qu’il incarne ce qu’il y a de plus pur dans leur foi et de vraiment divin ? Il n’est pas du troupeau, de la secte aveugle et sourde, qui ne pense point par soi-même. On le rejette, on se réjouit de le voir souffrir seul, déchiré par l’ennemi, appelant à l’aide ses frères, pour la foi desquels il meurt. Il y a dans le catholicisme d’aujourd’hui une puissance d’inertie meurtrière. Il pardonnerait plus aisément à ses ennemis qu’à ceux qui veulent le réveiller et lui rendre la vie... Que serions-nous, mon pauvre Christophe, quelle serait notre action, à nous, catholiques de race, qui nous sommes faits libres, sans une poignée de libres protestants et de juifs ? Les juifs sont dans l’Europe d’aujourd’hui les agents les plus vivaces de tout ce qu’il y a de bien et de mal. Ils transportent au hasard le pollen de la pensée. N’as-tu pas eu en eux tes pires ennemis et tes amis de la première heure ?

– Cela est vrai, dit Christophe ; ils m’ont encouragé, soutenu, adressé les paroles qui raniment dans la lutte, en montrant qu’on est compris. Sans doute, de ces amis-là, bien peu me sont restés fidèles : leur amitié n’a été qu’un feu de paille. N’importe ! C’est beaucoup que cette lueur passagère, dans la nuit. Tu as raison : ne soyons pas ingrats !

– Ne soyons pas inintelligents surtout, dit Olivier. N’allons pas mutiler notre civilisation déjà malade, en prétendant l’ébrancher de quelques-uns de ses rameaux les plus vivaces. Si le malheur voulait que les juifs fussent chassés d’Europe, elle en resterait appauvrie d’intelligence et d’action, jusqu’au risque de la faillite complète. Chez nous particulièrement, dans l’état de la vitalité française, leur expulsion serait pour la nation une saignée plus meurtrière encore que l’expulsion des protestants au XVIIe siècle. – Sans doute, ils tiennent, en ce moment, une place sans proportion avec leur valeur réelle. Ils abusent de l’anarchie politique et morale d’aujourd’hui, qu’ils ne contribuent pas peu à accroître, par goût naturel, et parce qu’ils s’y trouvent bien. Les meilleurs, comme cet excellent Mooch, ont le tort d’identifier sincèrement les destinées de la France avec leurs rêves juifs, qui nous sont souvent plus dangereux qu’utiles. Mais on ne peut leur en vouloir de ce qu’ils rêvent de faire la France à leur image : c’est qu’ils l’aiment. Si leur amour est redoutable, nous n’avons qu’à nous défendre et à les tenir à leur rang, qui est, chez nous, le second. Non que je croie leur race inférieure à la nôtre : (ces questions de suprématie de races sont niaises et dégoûtantes.) – Mais il est inadmissible qu’une race étrangère, qui ne s’est pas encore fondue avec la nôtre, ait la prétention de connaître mieux ce qui nous convient, que nous-mêmes. Elle se trouve bien en France : j’en suis fort aise ; mais qu’elle n’aspire point à en faire une Judée ! Un gouvernement intelligent et fort, qui saurait tenir les juifs à leur place, ferait d’eux un des plus utiles instruments de la grandeur française ; et il leur rendrait service, autant qu’à nous. Ces êtres hypernerveux, agités et incertains, ont besoin d’une loi qui les tienne et d’un maître sans faiblesse, mais juste, qui les mate. Les juifs sont comme les femmes : excellents, quand on les tient en bride ; mais leur domination, à celles-ci et à ceux-là, est exécrable ; et ceux qui s’y soumettent donnent un spectacle ridicule. »

*

Malgré leur mutuel amour et l’intuition qu’il leur donnait de l’âme de l’ami, il y avait en eux des choses que Christophe et Olivier n’arrivaient pas à bien comprendre, et qui même les choquaient. Dans les premiers temps de l’amitié, où chacun fait effort pour ne laisser subsister de lui que ce qui ressemble à son ami, ils ne s’en aperçurent pas. Mais peu à peu l’image des deux races revint flotter à la surface. Ils eurent de petits froissements, que leur tendresse ne réussissait pas toujours à éviter.

Ils s’égaraient dans des malentendus. L’esprit d’Olivier était un mélange de foi, de liberté, de passion, d’ironie, de doute universel, dont Christophe ne parvenait pas à saisir la formule. Olivier, de son côté, était choqué du manque de psychologie de Christophe ; son aristocratie de vieille race intellectuelle souriait de la maladresse de cet esprit vigoureux, mais lourd et tout d’une pièce, qui ne savait pas s’analyser, et qui était la dupe des autres et de soi. La sentimentalité de Christophe, ses effusions bruyantes, sa facilité d’émotion, semblaient à Olivier quelquefois agaçantes et même légèrement ridicules. Sans parler d’un certain culte de la force, de cette conviction allemande en l’excellence morale du poing, Faustrecht, dont Olivier et son peuple avaient de bonnes raisons pour n’être pas persuadés.

Et Christophe ne pouvait souffrir l’ironie d’Olivier, qui l’irritait souvent jusqu’à la fureur ; il ne pouvait souffrir sa manie de raisonner, son analyse perpétuelle, je ne sais quelle immoralité intellectuelle, surprenante chez un homme aussi épris qu’Olivier de la pureté morale, et qui avait sa source dans la largeur de son intelligence : car elle répugnait à toute négation, et se plaisait au spectacle des pensées opposées. Olivier regardait les choses, d’un point de vue en quelque sorte historique, panoramique ; il avait un tel besoin de tout comprendre qu’il voyait à la fois le pour et le contre ; et il les soutenait tour à tour, suivant qu’on soutenait devant lui la thèse opposée ; il finissait par se perdre lui-même dans ses contradictions. À plus forte raison, déroutait-il Christophe. Cependant, ce n’était chez lui ni désir de contredire, ni penchant au paradoxe ; c’était une nécessité impérieuse de justice et de bon sens : il était froissé par la sottise de tout parti pris ; et il lui fallait réagir. La façon crue dont Christophe jugeait les actes et les hommes immoraux, en grossissant la réalité, choquait Olivier, qui, bien qu’aussi pur, n’était pas du même acier inflexible, mais se laissait tenter, teinter, toucher par les influences extérieures. Il protestait contre les exagérations de Christophe, et il exagérait en sens inverse. Journellement, ce travers d’esprit le conduisait à soutenir contre ses amis la cause de ses adversaires. Christophe se fâchait. Il reprochait à Olivier ses sophismes et son indulgence. Olivier souriait : il savait bien quelle absence d’illusions recouvrait cette indulgence ; il savait que Christophe croyait à beaucoup plus de choses que lui, et qu’il les acceptait mieux ! Mais Christophe, sans regarder ni à droite ni à gauche, fonçait, comme un sanglier. Il en avait surtout à la « bonté » parisienne.

« Le grand argument dont ils sont si fiers pour “pardonner” aux gredins, c’est, disait-il, que les gredins sont assez malheureux de l’être, ou qu’ils sont irresponsables... Mais d’abord, il n’est pas vrai que ceux qui font le mal soient malheureux. C’est là une idée de morale en action, de mélodrames niais, d’optimisme stupide, comme celui qui s’étale béatement dans Scribe et dans Capus, – (Scribe et Capus, vos grands hommes parisiens, les artistes dont est digne votre société de bourgeois jouisseurs, hypocrites, enfantins, trop lâches pour oser regarder en face leur bassesse)... Un gredin peut très bien être un homme heureux. Il a même les plus grandes chances pour l’être. Et quant à son irresponsabilité, c’est une autre sottise. Ayez donc le courage de reconnaître que la Nature étant indifférente au bien et au mal, et par là même méchante, un homme peut être criminel et parfaitement sain. La vertu n’est pas une chose naturelle. Elle est l’œuvre de l’homme. Qu’il la défende ! La société humaine a été bâtie par une poignée d’êtres plus forts et plus grands. Leur devoir est de ne pas laisser entamer leur ouvrage héroïque par la racaille au cœur de chien. »

Ces pensées n’étaient pas, au fond, très différentes de celles d’Olivier ; mais, par un secret instinct d’équilibre, il ne se sentait jamais aussi dilettante que quand il entendait des paroles de combat.

« Ne t’agite donc pas, ami, disait-il à Christophe. Laisse le monde mourir. Comme les compagnons du Décaméron, respirons en paix les jardins embaumés de la pensée, tandis qu’autour de la colline de cyprès, enguirlandés de roses, Florence est dévastée par la peste noire. »

Il s’amusait pendant des journées à démonter l’art, la science, la pensée, pour en chercher les rouages cachés ; il en arrivait à un pyrrhonisme, où rien de ce qui était n’était plus qu’une fiction de l’esprit, une construction en l’air, qui n’avait même pas l’excuse, comme les figures géométriques, d’être nécessaire à l’esprit. Christophe enrageait :

« La machine allait bien ; pourquoi la démonter ? Tu risques de la briser. Et te voilà bien avancé, après ! Qu’est-ce que tu veux prouver ? Que rien n’est rien ? Parbleu ! Je le sais bien. C’est parce que le néant nous envahit de toutes parts que je lutte. Rien n’existe ?... Moi, j’existe. Il n’y a pas de raison d’agir ?... Moi, j’agis. Ceux qui aiment la mort, qu’ils meurent s’ils veulent ! Moi, je vis, je veux vivre. Ma vie sur un plateau de la balance, la pensée sur l’autre... Au diable, la pensée !... »

Il se laissait emporter par sa violence ; et, dans la discussion, il disait des paroles blessantes. À peine les avait-il dites qu’il en avait le regret. Il eût voulu les retirer ; mais le mal était fait. Olivier était sensible ; il avait l’épiderme facilement écorché ; un mot rude, surtout, de quelqu’un qu’il aimait, le déchirait. Il n’en disait rien par orgueil, il se repliait en soi. Il n’était pas sans voir non plus, chez son ami, de ces soudaines lueurs d’égoïsme inconscient, qui sont chez tout grand artiste. Il sentait qu’à certaines heures, sa vie ne valait pas cher pour Christophe, au prix d’une belle musique : (Christophe ne prenait guère la peine de le lui cacher !) – Il le comprenait, il trouvait que Christophe avait raison ; mais il était triste.

Et puis, Christophe avait dans sa nature toutes sortes d’éléments troubles, qui échappaient à Olivier et qui l’inquiétaient. C’étaient des bouffées brusques d’humour baroque et redoutable. Certains jours, il ne voulait pas parler ; ou il avait des accès de malice diabolique, il cherchait à blesser. Ou bien, il disparaissait : on ne le revoyait plus de la journée et d’une partie de la nuit. Une fois, il resta deux jours de suite absent. Dieu sait ce qu’il faisait ! Il ne le savait pas trop lui-même... En vérité, sa puissante nature, comprimée dans cette vie et ce logement étroits, comme dans une cage à poulets, était par moments sur le point d’éclater. La tranquillité de son ami le rendait enragé : il avait envie de lui faire du mal. Il lui fallait se sauver, se tuer de fatigue. Il battait les rues de Paris et la banlieue, en quête vaguement de quelque aventure, que parfois il trouvait ; et il n’eût pas été fâché d’une mauvaise rencontre, qui lui permît de dépenser le trop-plein de sa force, dans une rixe... Olivier, avec sa pauvre santé et sa faiblesse physique, avait peine à comprendre. Christophe ne comprenait pas mieux. Il s’éveillait de ces égarements, comme d’un rêve éreintant – un peu honteux, inquiet de ce qu’il avait fait et de ce qu’il pourrait encore faire. Mais la bourrasque de folie passée, il se retrouvait comme un grand ciel lavé après l’orage, pur de toute souillure, serein et souverain. Il redevenait plus tendre que jamais pour Olivier, et il se tourmentait du mal qu’il lui avait causé. Il ne s’expliquait plus leurs petites brouilles. Tous les torts n’étaient pas toujours de son côté ; mais il ne s’en regardait pas comme moins coupable ; il se reprochait la passion qu’il mettait à avoir raison : il pensait qu’il vaut mieux se tromper avec son ami, qu’avoir raison contre lui.

Leurs malentendus étaient surtout pénibles, lorsqu’ils se produisaient le soir, et que les deux amis devaient passer la nuit dans cette désunion, qui était pour tous deux un désarroi moral. Christophe se relevait pour écrire un mot, qu’il glissait sous la porte d’Olivier ; et le lendemain, à son réveil, il lui demandait pardon. Ou même, dans la nuit, il frappait à sa porte : il n’aurait pu attendre au lendemain. Olivier ne dormait pas plus que lui. Il savait bien que Christophe l’aimait et n’avait pas voulu l’offenser ; mais il avait besoin de le lui entendre dire. Christophe le disait : tout était effacé. Quel calme délicieux ! Ils dormaient bien, après !

« Ah ! soupirait Olivier, qu’il est difficile de se comprendre !

– Aussi, qu’est-il besoin de se comprendre toujours ? disait Christophe. J’y renonce. Il n’y a qu’à s’aimer. »

Ces petits froissements, qu’ils s’ingéniaient ensuite à guérir, avec une tendresse inquiète, les rendaient presque plus chers l’un à l’autre. Dans les moments de brouille, Antoinette reparaissait dans les yeux d’Olivier. Les deux amis se témoignaient des attentions féminines. Christophe ne laissait point passer la fête d’Olivier, sans la célébrer par une œuvre qui lui était dédiée, par des fleurs, un gâteau, un cadeau, achetés, Dieu sait comment ! – (car l’argent manquait souvent dans le ménage). – Olivier s’abîmait les yeux à recopier la nuit, en cachette, les partitions de Christophe.

Les malentendus entre amis ne sont jamais bien graves, tant qu’un tiers ne s’interpose pas entre eux. – Mais cela ne pouvait manquer d’arriver : trop de gens en ce monde, s’intéressent aux affaires des autres, afin de les embrouiller.

*

Olivier connaissait les Stevens, que Christophe fréquentait naguère ; et il avait subi l’attraction de Colette. Si Christophe ne l’avait pas rencontré dans la petite cour de son ancienne amie, c’était qu’à ce moment Olivier, accablé par la mort de sa sœur, s’enfermait dans son deuil et ne voyait personne. Colette, de son côté, n’avait fait aucun effort pour le voir : elle aimait bien Olivier, mais elle n’aimait pas les gens malheureux ; elle se disait si sensible que le spectacle de la tristesse lui était intolérable : elle attendait que celle d’Olivier fût passée. Lorsqu’elle apprit qu’il paraissait guéri et qu’il n’y avait plus de danger de contagion, elle se risqua à lui faire signe. Olivier ne se fit pas prier. Il était à la fois sauvage et mondain, facilement séduit ; et il avait un faible pour Colette. Quand il annonça à Christophe son intention de retourner chez elle, Christophe, trop respectueux de la liberté de son ami pour exprimer un blâme, se contenta de hausser les épaules, et dit, d’un air railleur :

« Va, petit, si cela t’amuse. »

Mais il se garda bien de l’y suivre. Il était décidé à ne plus avoir affaire avec ces coquettes. Non qu’il fût misogyne : il s’en fallait de beaucoup. Il avait une prédilection tendre pour les jeunes femmes qui travaillent, les petites ouvrières, employées, fonctionnaires, qu’on voit se hâter, le matin, toujours un peu en retard, à demi éveillées, vers leur atelier ou leur bureau. La femme ne lui paraissait avoir tout son sens que quand elle agissait, quand elle s’efforçait d’être par elle-même, de gagner son pain et son indépendance. Et elle ne lui paraissait même avoir qu’ainsi toute sa grâce, l’alerte souplesse des mouvements, l’éveil de tous ses sens, l’intégrité de sa vie et de sa volonté. Il détestait la femme oisive et jouisseuse : elle lui faisait l’effet d’un animal repu, qui digère et s’ennuie, dans des rêveries malsaines. Olivier, au contraire, adorait le
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