Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres





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Donne-moi ton corps, ta beauté, je te donnerai mon âme, mon esprit, et, à nous deux, nous ferons un personnage».

Par vengeance, De Guiche envoie Christian à la guerre en disant : «C'est mon Roi que je sers en servant ma rancune» (page 237).

Le siège d'Arras conduit à la famine, à la mort de Christian et au désespoir de Roxane, qui ne s'en remet pas.

Quinze ans après, dans le couvent où elle s'est retirée après la mort du bien-aimé, alors que de Guiche connaît le désabusement (page 291), elle vit encore dans le deuil mais reçoit la visite de Cyrano. Il a encore beaucoup d'ennemis et il tombe dans un lâche traquenard ; agonisant, il vient comme d'habitude. Dans l'émouvante scène finale (la pièce s'achève toujours devant un public en larmes), la lettre répétée par cœur par Cyrano fait comprendre à Roxane qu'il fut l'auteur des belles lettres envoyées du front par Christian ; il lui déclare son amour, fait le bilan de sa vie («Oui, ma vie / Ce fut d'être celui qui souffle - et qu'on oublie !») ; ainsi apparaît le malentendu terrible entre deux personnes qui avaient tout pour s'aimer et sont passées l'une à côté de l'autre ; enfin, deux des héros meurent en scène.
Bien que né dans le sérail de la plus bourgeoise des bourgeoisies, ‘’Cyrano de Bergerac‘’ demeure la plus grande réussite de théâtre populaire à ce jour connue et le dernier acte, avec son couvent et ses feuilles mortes, est aussi émouvant qu'un finale de Verdi. Elle n'est pas un simple drame historique mais l'épanouissement posthume du drame romantique, un chef-d'œuvre inattendu qui surgit alors que l'âge industriel s'imposait avec insolence.

Rostand est, en effet, d'abord un romantique, un autre Musset et un nouvel Hugo qui, comme eux, a le goût de l'Histoire et des costumes, mélange les larmes et le rire, le sublime et le grotesque, la grandeur et la tendresse, la verve et la fantaisie, l'émotion et le panache. Il empruntait ses idées sur le théâtre au mouvement romantique de 1830, à la définition du théâtre donnée par Victor Hugo dans la préface de ‘Cromwell’’ en 1827. Comme dans les drames romantiques, l'action est située dans un passé suffisamment lointain, qui sert de toile de fond à des préoccupations contemporaines, Ce passé, on veut le ressusciter, le rendre avec sa couleur locale, son grouillement, car les personnages sont représentés en entier et non sous forme d'abstractions condensées comme dans la tragédie classique française ; il leur faut donc aussi un environnement scénique entier. Les unités de temps et de lieu ne sont plus respectées, au profit d'une action qui se déploie dans le temps et dans l'espace, Quant au héros romantique, tout comme le héros de la tragédie antique, il est puni pour avoir défié les valeurs de la Cité mais, pour les romantiques, elle a tort et c'est l'individu qui a raison.

Aux prestiqes romantiques, Rostand ajoutait encore le pétillement de l'esprit boulevardier, ayant assimilé les leçons d'Eugène Scribe qui a codifié «Ia pièce bien faite», ensemble de recettes encore appliqué par les scénaristes de Hollywood. Il fut probablement, au tournant du siècle, l'auteur le plus adulé des lettres françaises. Ce Méridional, né à Marseille en 1868, publia à l'âge de vingt-deux ans son premier recueil de vers, bénéficia de solides amitiés dont celle de Sarah Bernhardt pour qui il écrivit trois pièces dont ‘’L'aiglon’’. Mais la célébrité lui vint vraiment avec ‘’Cyrano de Bergerac’’, dont la première, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, le 28 décembre 1897, fut un triomphe, Coquelin ayant droit à quarante rappels, Rostand étant décoré de la Légion d'Honneur sur la scène même.

La pièce était donc tout à fait anachronique en 1897, alors que le théâtre en Europe était dominé par les figures d'Henrik Ibsen, d'August Strindberg, de Tchékhov et de Wedekind, dont les oeuvres évoluent du naturalisme au symbolisme, tandis que, plus hardis encore, Jarry a fait représenter ‘’Ubu-Roi’’ l'année précédente, que Claudel a déjà écrit ‘’Tête d'or’’, que Lugné-Poe met en scène ‘’Salomé’’ d'Oscar Wilde, qu'André Antoine dirige depuis dix ans le Théâtre-Libre et propose de nouveaux rapports entre le théâtre et le public. Mais cette avant-garde est encore marginale. Les auteurs à succès sont, en France, Georges Feydeau, Henri Bataille, Henri Bernstein et Victorien Sardou, en Angleterre, George-Bernard Shaw, qui présentent des pièces à thèse.

Les critiques ont font la fine bouche devant la reprise de ‘’Cyrano de Bergerac’’ par le Théâtre du Nouveau Monde de Montréal. Pour l'un, «Dans son genre habile et séduisant, "Cyrano" est une sorte de chef-d'œuvre pour un public moyen» ; pour un autre, ‘’Cyrano de Bergerac’’ est «un gros boulevard romanesque, Ie tyrannosaure théâtral français qu'on s'acharne à revisiter régulièrement» pour consacrer «l'habileté d'un genre» ; Rostand serait par ailleurs «un piètre dramaturge» dont Jacques Copeau avait dénoncé le bonheur partagé (celui du ménage à trois), l'équilibre entre l'amour et la guerre, entre l'individuel et le collectif, brefs instants d'intimité et cœur du drame inséré dans la fresque sociale.
Déroulement : Malgré les ruptures spatiales et temporelles après chaque acte, la pièce est très homogène, très cohérente, bien structurée. Les cinq actes, bien équilibrés d'un point de vue spatial (chaque acte présente un lieu différent), distillent les informations motrices afin de tenir le spectateur en haleine par une intensité dramatique évoluant en crescendo jusqu'à la chute, ou l'apothéose, finale. On est sensible aujourd'hui à l'habileté dramatique de cette oeuvre théâtrale qui n'a pas d'unité de lieu ni d'unité de temps mais maintient une unité d'action, un lien logique d'une situation à l'autre, le fil d'une même idée, même si on peut avoir l'impression qu'elle ne commence qu'à l'acte Il ; l'acte I, qui peut paraître un hors-d'œuvre par son théâtre dans le théâtre (théâtralité exacerbée que crée cet homme-parole qu'est Cyrano qui a toujours besoin d'un public), est une véritable exposition où Cyrano est présenté avant d'arriver, où apparaît déjà la rivalité amoureuse autour de Roxane entre Christian et de Guiche, Ensuite, un quiproquo est créé, maintenu et prolongé sur la personne qui l'aime réellement, Et le climat dramatique intense est fondé sur le romantisme des occasions perdues, sur une histoire de solitudes qui auraient pu être évitées ou, au contraire, un éloge de la solitude.

Puis la pièce devient une catastrophe en deux temps :

- Acte IV : la mort de Christian, le camp retranché des cadets de Gascogne faméliques (pages 219-282), qui met d'abord en scène une attente, une drôle de guerre, qui est encore très théâtral car ils jouent à la guéguerre.

- Acte V : la mort de Cyrano, le couvent, la théâtralité enfin abandonnée, la découverte de la vérité, le recueillement, le pathétique du mélodrame dans cette antichambre de la mort, la gazette de Cyrano (pages 283-316).

Rostand donne des didascalies d'une qrande précision : psychologie, intonations, déplacements, tout est noté en détail.
Intérêt littéraire
Pièce à la construction habile, ‘’Cyrano de Bergerac’’ se distingue aussi par l'éblouissement du verbe, la virtuosité stylistique de l'auteur qui jongle admirablement avec les styles apparemment les plus inconciliables et la facilité du dialogue alors que c'est une pièce en vers, le dernier surgeon de la comédie en vers, déjà désuet à la création.

D'autre part, Rostand, un des maîtres de la langue française, doté d'une érudition et d'un vocabulaire qui n'ont d'égaux que son goût pour le mot ronflant et la rime bien sonnante, en montre la beauté incandescente. La virtuosité verbale commande l'œuvre entier de Rostand dont elle est la raison d'être et l'unique intérêt. Jacques Copeau a dénoncé ce don funeste entre tous à la sincérité poétique : l'ingéniosité littéraire. On peut voir dans le style d'Edmond Rostand, son appropriation unique des ressources de la langue, une rhétorique.

Pourtant, comment ne pas être sensible au langage luxuriant, éblouissant, surtout celui qui est prêté à Cyrano, soldat et poète qui emploie un style héroïque, qui consacre des tirades et des envolées quasiment lyriques à son fameux nez, qui est un fin rhétoriqueur, qui a choisi la parole et qui discourt très souvent et très longuement, qui transforme même sa mort en mots, le texte qu'a à dire le comédien étant monstrueux, un des plus longs du répertoire : mille quatre cents alexandrins (plus que le rôle d'Hamlet, presque autant que les cinq actes d'une pièce de Racine), des monologues-fleuves, le rôle exigeant une endurance de marathonien et séduisants les comédiens en quête de performance.

Cette langue a d'abord des caractéristiques anciennes. Dans la syntaxe : l'antéposition du pronom complément d'objet («cette ivresse, c'est moi qui l'ai su causer»), l'emploi de l'imparfait du subjonctif (page 181). Dans le lexique :

- mots anciens ou recherchés (l'érudition de Rostand étant immense) : «aigre» : liqueur faite au jus de cédrat, de limon ou de bigarade, de l'eau et du sucre ; «angélique» : plante agréable, confite dans le sucre ; «balthazar» : repas somptueux, festin ; «barcelonnette» : berceau (page 186) ; «béguins» : coiffe de toile de certaines religieuses ; «bélître» : homme de rien, ignorant ; «bourguignotte» : casque de soldat en usage du XVe au XVIle siècle ; «brocarder» : railler, piquer ; «cadédis» : juron gascon ; «canons» : vêtement ornemental couvrant cuisse et genou ; «céans» (page 92) : ici ; «cédrat» : fruit (citrique) du cédratier ; «Céladon» : personnage de ‘’L'astrée’’ d'Honoré d'Urfé, synonyme de soupirant ; «chester» : fromage anglais à pâte dure ; «chyle» : bile, graisse provenant de l'alimentation ; «colichemarde» (page 46) : lame d'épée d'origine allemande, en usage au XVIe siècle ; «courre» (page 133) : courir ; «cuculle» : vêtement d'étoffe grossière chez certains religieux ; «cucurbite» : partie inférieure et ronde de l'alambic ; «dariole» : feuilleté à la crème ; «dépouilles opimes» (page 138) : armes du général ennemi tué et dépouillé par un général romain ; «désentripaille» (page 59) : étripe ; «diane» : fanfare, sonnerie de réveil au point du jour ; «diantre !» (page 183) : «diable !» ; «essorille» (page 59) : coupe les oreilles ; «étuviste» : gardien de bains publics ; «fébriciter» (page 302) : avoir la fièvre ; «fraise» : grande collerette plissée, en forme de roue ; «galoubet» : flûte aiguë de Provence et du Languedoc ; «gaster» : estomac ; «giroflée» : fleur (en langage populaire, une gifle laissant la marque des cinq doigts) ; «godron» : pli rigide sur le col ou la fraise ; «hanap» : grand vase à boire utilisé au Moyen Âge ; «Hippocameléphantocamélos» : animal composite, fantastique ; «isocaèdre» : corps solide à vingt faces ; «Laridon» : chien de cuisine dans la fable de La Fontaine ‘’L'éducation’’ ; «litharge» : mauvais savon ; «maugrébis» (page 220) : juron ; «mazette» : homme sans habileté ; «mûrons» : mures ; «myrmidon» : homme très petit ou de peu d'importance ; «nasigère» (page 47) : porteur de nez ; «nasarde» : chiquenaude sur le nez, raillerie ; «ortolan» : oiseau ; mets délicat ; «panache» : plumes ornementales du chapeau (au figuré : ce qui a de l'éclat, du brio, air de bravoure) ; «pentacrostiche» (page 133) : poème formé de cinq acrostiches ; «pertuisane» : longue lance ou pique, en usage du XVe au XVIle siècle ; «pétuner» (page 73) : fumer, faire usage du «pétun», c'est-à-dire de tabac ; «placet» : billet demandant justice, grâce ou faveur ; «raisiné de Cette» : confiture de fruits de Cette (ou Sète) ; «reître» : terme péjoratif pour désigner un soldat ou un mercenaire ; «rivesalte» : vin blanc doux des Pyrénées ; «rossoli» : liqueur d'Italie ; «Scaramouche» : l'un des personnages de l'ancien théâtre italien, tout de noir vêtu ; «soubreveste» : casaque de toile des mousquetaires ; «spadassin» (page 47) : homme d'épée, bretteur habile, assassin à gages ; «sublunaire» (page 47) : sous la Lune, donc, par plaisanterie, d'ici-bas, de la Terre ; «théorbe» : instrument de musique ancien ressemblant au luth ; «tire-laine» : voleur, pickpocket ; «tortil» : en héraldique, couronne de baron ; «ventrebieu !» = «ventrebleu !» : juron.

- mots familiers : «il perche» (d’autant plus que c’est la duègne qui parle, page 91), «bobo» (page 123), «pif» (page 150).

- créations : «récalcitrer» (page 57), «à l'improvisade» (page 76), «défuncter» (page 145), «estomaquer» (page 150), «sot à m'en tirer de la honte» (page 154), «stranguler» (page 186), «postère» (page 207).

- mots d'auteur, trouvailles, «pâtisseries verbales», le triomphe de ce qu'on appelle «l'esprit français», cette exaltation de l'esprit et du langage étant ici la volonté de reconquérir une prééminence perdue : jeux de mots et calembours parfois vieillis, plaisanteries parfois douteuses : «il va rendre sa lame» (page 60), «Samson-votre mâchoire» (61) (Samson, dans la Bible, a pris celle d'un âne pour continuer à se battre), «de lettres Vous n'avez que les trois qui forment le mot sot» (page 74), «pour des yeux vainqueurs, je les trouve battus» (page 115), «ridicoculise» (page 115), «Je crains que le fin du fin ne soit la fin des fins» (page 191), la succession «cheyant […] choix […] chois» (page 207), «une Fâcheuse», la Faucheuse, la Mort (page 298) ;

- phrases à double entente : «Vous jouez donc des tours aux gens» (page 172), «n’être aimé que pour ce dont on est un instant costumé» (page 264), «Chacun de nous a sa blessure : j'ai la mienne / Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne» (page 303), «Elle ose regarder mon nez, cette Camarde» (page 315 : la mort est appelée la camarde parce qu’une tête de mort n’a pas de nez) ;

- habileté des répligues : Christian se moquant de Cyrano en multipliant les emplois du mot «nez» (pages 147-149), «Une dame m'attend - Je suis donc à Paris» (page 208).

- pointes (page 228, souci de «mourir en faisant un bon mot, pour une belle cause !») : «tous les mots sont fins quand la moustache est fine» (page 125).
Les tons sont variés. Quelques fois, on trouve la simplicité (le tutoiement de Cyrano par Roxane, page 121). Mais, plus souvent, le texte déploie la truculence, la fierté, la grandiloquence, la préciosité des dialogues et des lettres amoureux (pages 180, 191). Il y a de nombreuses allusions mythologiques («Thalie» [page 60], «manteau de Thespis» [page 66], «Orphée et les bacchantes» [page 103], «Hercule» [page 186]) ou historiques (Cléopâtre, César, Bérénice, Tite [page 88], Regiomontanus, Archytas [page 211]).

Ce qui est le plus remarquable, c'est une poésie riche en images, en figures de style :

- Comparaisons et métaphores qui créent des équivalences inattendues dont le caractère commun est d'associer des termes aux références éloignées les unes des autres. C'est en demeurant constamment sur cette corde raide, en jouant sans cesse sur la marginalité de la polysémie qu'Edmond Rostand donne un style à Cyrano. À chaque figure, à nombre d'épithètes, il y a un indice qui renvoie au même code de la marginalité polysémique, à une même rhétorique :

- page 85 : «J'errais dans un méandre» ;

- page 93 : «une énorme grive» (pour désigner Lignière) ;

- page 96 : «
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