Téléphonie mobile : les faces sombres





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Téléphonie mobile : les faces sombres


Téléphonie mobile : les faces sombres

Saviez-vous que 57 téléphones mobiles sont vendus chaque seconde en moyenne dans le monde ? Alors, pour comparer, on a à peu près cinq naissances par seconde dans le monde. Voici donc notre deuxième volet que nous consacrons au téléphone mobile. Je vais vous raconter le processus de fabrication et vous allez le constater, il est totalement mondialisé et il soulève de très nombreuses questions éthiques.
Voici une carte qui montre le taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le monde par région, exprimé en nombre d’abonnements pour 100 habitants en 2013. Vous le constatez, il existe d’importantes disparités en terme d’accès aux téléphones mobiles. L’Afrique sub-saharienne est loin derrière alors que le nombre d’abonnements dans les pays de la communauté des États indépendants excède le nombre d’habitants. Et si l’on se place à l’échelle mondiale et que l’on prend une moyenne, le taux de pénétration est de 93 %, ce qui signifie qu’il y a sur la terre 93 abonnements à la téléphonie mobile pour 100 habitants soit quasiment autant d’abonnements que d’habitants. Alors comment en est-on arrivé à de tels chiffres ?
Revenons quelques instants sur l’histoire du téléphone : le 3 avril 1973, dans les rues de New-York, Martin Cooper, ingénieur chez Motorola, passe le premier appel téléphonique depuis un portable – un prototype – qui pèse 1,5 kilos. Dix ans plus tard, c’est toujours Motorola qui lance sur le marché le DynaTAC, premier téléphone mobile en série. Il pèse un kilo, fait 25 cm de long et possède 35 minutes d’autonomie et il coûte pratiquement 4 000 dollars de l’époque. En 1993, en France, est lancé le Bi-Bop, le mobile de France Telecom et dans le monde, à la même époque, on compte alors 0,6 abonnements pour 100 habitants. C’est en 2002 que le nombre d’abonnements à la téléphonie mobile passe devant le nombre de lignes fixes : il y a alors 18 abonnements à la téléphonie mobile pour 100 habitants dans le monde. Et Apple, en novembre 2007, lance son premier iPhone, un téléphone qui combine les fonctions d’un téléphone mobile et d’un assistant numérique personnel. Et on compte alors 51 abonnements à la téléphonie mobile dans le monde cette année-là pour 100 habitants. En 2013, nous l’avons dit, on compte 93 abonnements pour 100 habitants et cette même année 2013, il s’est vendu environ 860 millions de téléphones basiques et 940 millions de Smartphones.

Alors ces chiffres permettent de faire mesurer que cette industrie - qui est récente - est énorme, sophistiquée et à impacts multiples.
Alors comment fonctionne-t-elle ? Voyons tout d’abord les éléments qui composent nos téléphones portables et ensuite d’où ils viennent. Décomposons un Smartphone. La coque contient entre autre du magnésium, du nickel. Les écrans ont besoin d’yttrium, d’indium mais aussi du lanthane, du praséodyme, de l’europium, du gadolinium, du terbium. Ces trois derniers éléments sont utilisés pour les couleurs des écrans. Les parties électroniques contiennent du tantale, de l’antimoine, du praséodyme, du néodyme, du gadolinium et du terbium. Et la batterie a besoin de lithium, de cobalt et d’aluminium. Enfin, les Smartphones contiennent aussi de l’or, de l’argent, du palladium. En tout, ce sont au total environ 60 éléments chimiques différents et plus de 500 pièces qui composent nos mobiles.
Alors, parmi les nombreux éléments chimiques que vous voyez là, certains ont été placés sur la liste des matières premières critiques par l’Union européenne. Pourquoi ? Parce qu’il existe un risque de pénurie et ce, pour deux raisons. D’abord parce que ces ressources sont non renouvelables donc épuisables. Par exemple, l’antimoine présent dans l’électronique des téléphones est menacé d’épuisement aux alentours de 2020. Cette estimation tient compte des conditions d’extraction et des réserves connues en 2009. Deuxième raison : il y a en fait peu de pays producteurs. Par exemple, la Chine produit 87 % de l’antimoine mondial, 58 % de l’indium, 86 % du magnésium.
Et puis, il y a aussi la question de l’origine des matériaux et de leur mode d’extraction. Prenons, pour comprendre, l’exemple du tantale. Le tantale, on en a besoin pour la fabrication des condensateurs qui permettent de stocker l’énergie donc de conserver les données quand le téléphone est déchargé. Le tantale est donc essentiel, d’autant plus qu’il permet de fabriquer des condensateurs miniaturisés. Alors, où trouve-t-on du tantale ? Cette carte nous montre les principales mines dans le monde en 2011. Les principaux pays producteurs sont l’Australie qui assurait 10 % de la production mondiale officielle en 2009, le Brésil pour 22 %, le Canada pour 3 %, en Afrique, le Mozambique pour 14 % et surtout le Rwanda et la République démocratique du Congo qui à eux deux couvrent 40 à 50 % de la production mondiale de tantale. Donc allons voir maintenant de plus près la République démocratique du Congo. En R.D.C., les minerais de coltan et de cassitérite dans lesquels on trouve le tantale peuvent être extraits sans moyens mécaniques, de manière manuelle. Les mineurs travaillent dans des conditions difficiles et dangereuses : difficultés d’accès aux mines ouvertes, galeries non étayées sur des sols instables, l’oxygène est rare, la chaleur supérieure à 43 degrés pour une moyenne de 12h de travail par jour et un salaire qui varie de un à cinq dollars par jour. Ensuite, il y a l’instabilité qui est chronique en République démocratique du Congo : on sait que divers groupes rebelles viennent s’attaquer aux mines pour en contrôler l’exploitation. Citons par exemple les Forces démocratiques de libération du Rwanda, la Nduma Defense for Congo et les Raïa Mutomboki. La vente de ces minerais finance l’achat d’armes et donc contribue à la poursuite du conflit. D’ailleurs ces minerais de la région des grands lacs sont appelés « minerais de sang » à l’image des « diamants de sang ». Sous la pression de nombreuses ONG, certaines compagnies renoncent à acheter du tantale venant des mines de RDC. Des réglementations internationales ont été mises en place pour limiter le commerce. Les États-Unis ont d’ailleurs voté en 2010 la loi portée par le sénateur Dodd et le représentant Frank : elle exige que les sociétés américaines et les sociétés étrangères opérant aux États-Unis rendent compte de l’origine des minerais utilisés dans leurs produits.

Par ailleurs, il existe un risque de rupture d’approvisionnement du tantale, qui n’est évidemment pas une ressource renouvelable. Les réserves mondiales de tantale actuellement connues correspondent à 153 000 tonnes et si on prend en compte la demande actuelle, il n’y aura plus de tantale d’ici 75 ans. Or, le dynamisme de la téléphonie mobile fait que la demande en tantale devrait s’accroître dans les années à venir au rythme de 5 % par an. Alors, certes, la quantité de tantale par condensateur est faible mais en 2011, on a quand même fabriqué 9,3 milliards de condensateurs rien que pour les téléphones.
Poursuivons notre démonstration. Les éléments chimiques et minerais utilisés dans la fabrication des mobiles sont donc très nombreux, dispersés à travers le monde et leur demande augmente sans cesse. Et l’assemblage de ces téléphones – vous allez le voir - est un véritable puzzle international.

Prenons l’exemple de l’iPhone 3G d’Apple, qui n’est plus fabriqué mais dont les diverses étapes de production permettent de bien comprendre la complexité de l’assemblage mondial. Les écrans sont fabriqués au Japon, en Allemagne l’appareil de photo et le GPS, en Corée du Sud les processeurs, aux États-Unis le système mémoire, l’antenne à courte portée, le circuit audio et enfin le tout est assemblé en Chine. Et si on regarde le coût de production au sens fabrication, c’est-à-dire sans prendre en compte la publicité ni même la marge bénéficiaire, 34 % de ce coût correspond à la construction des écrans au Japon contre seulement 3,6 % pour l’assemblage des pièces en Chine. Arrêtons-nous un instant sur cette étape de l’assemblage. Dans le cas de l’iPhone d’Apple, une partie des produits est assemblée en Chine par une entreprise taïwanaise, Hon Hai Company, qui commercialise sous le nom plus connu de Foxconn. Elle emploie plus d’un million de personnes, principalement en Chine mais aussi au Brésil, en République Tchèque et encore dans d’autres pays. Apple est loin d’être seul à passer par les usines de Foxconn : il y a aussi BlackBerry, Sony, Nokia, Microsoft et d’autres encore. Or cette entreprise, dont vous voyez ici les implantations sur la carte de Chine, est connue pour les conditions de travail abominables qu’elle impose à ses salariés : les salaires sont faibles, les journées de travail sont de 12 heures, six jours par semaine, surpopulation dans les dortoirs, interdiction de parler de ces conditions à la presse, de prendre des photos avec un risque constant d’être licencié. Tout cela, on le retrouve dans ces fausses publicités trouvées sur Internet et qui dénoncent très bien ces conditions de travail abominables.
Alors, évidemment, lorsqu’on est un fervent utilisateur du téléphone mobile, voire un vrai aficionado de cet objet devenu un doudou pour adultes désormais et bien ce n’est pas très confortable d’apprendre dans quelles conditions ces objets sont fabriqués. Mais, au moins, cela permet aux consommateurs que nous sommes de connaître le prix humain et les conséquences de notre achat. Et encore, je ne vous ai pas parlé de la pub, du tracking, c’est-à-dire du flicage numérique, le suivi de nos choix privés - pour ne pas dire de nos vies privées - que permettent désormais ces merveilleux téléphones mobiles.
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Pour préparer cette émission, nous avons consulté de très nombreux rapports, notamment venant de l’Union Internationale des Télécommunications, de la Banque mondiale. Vous pouvez retrouver toutes les références sur notre site et je vous signale la parution du Ramses 2015, le Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies, publié comme chaque année par l’Ifri.


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