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Venez, mes amis ! nous avons gagné la partie. Enfin nous sommes quelque chose de mieux que les Troisville, et voici deux Troisville nommés pairs de France, un autre est député de la Noblesse (il prenait les Grands Collèges électoraux pour les assemblées de son ordre). Vraiment on ne pense pas plus à nous que si nous n’existions pas ! J’attendais le voyage que les princes devaient faire par ici ; mais les princes ne viennent pas à nous, il faut donc aller à eux...

– Je suis enchanté de savoir que vous pensez à produire notre cher Victurnien dans le monde, dit habilement le Chevalier. Cette ville est un trou dans lequel il ne doit pas enterrer ses talents. Tout ce qu’il peut y rencontrer, c’est quéque Normande ben sotte, ben mal apprise et riche. Qué qu’il en ferait ?... sa femme. Ah ! bon Dieu !

– J’espère bien qu’il ne se mariera qu’après être parvenu à quelque belle charge du Royaume ou de la Couronne, dit le vieux marquis. Mais il y a des difficultés graves.

Voici les seules difficultés que le marquis apercevait à l’entrée de la carrière pour son fils.

– Mon fils, reprit-il après une pause marquée par un soupir, le comte d’Esgrignon ne peut pas se présenter comme un va-nu-pieds, il faut l’équiper. Hélas ! nous n’avons plus, comme il y a deux siècles, nos gentilshommes de suite. Ah ! Chevalier, cette démolition de fond en comble, elle me trouve toujours au lendemain du premier coup de marteau donné par monsieur de Mirabeau. Aujourd’hui, il ne s’agit plus que d’avoir de l’argent, c’est tout ce que je vois de clair dans les bienfaits de la Restauration. Le Roi ne vous demande pas si vous descendez des Valois, ou si vous êtes un des conquérants de la Gaule, il vous demande si vous payez mille francs de Tailles. Je ne saurais donc envoyer le comte à la Cour sans quelque vingt mille écus...

– Oui, avec cette bagatelle, il pourra se montrer galamment, dit le Chevalier.

– Hé ! bien, dit mademoiselle Armande, j’ai prié Chesnel de venir ce soir. Croiriez-vous, Chevalier, que, depuis le jour où Chesnel m’a proposé d’épouser ce misérable du Croisier...

– Ah ! c’était bien indigne, mademoiselle, s’écria le Chevalier.

– Impardonnable, dit le marquis.

– Hé ! bien, reprit mademoiselle Armande, mon frère n’a jamais pu se décider à demander quoi que ce soit à Chesnel.

– À votre ancien domestique ? reprit le Chevalier. Ah ! marquis, mais vous feriez à Chesnel un honneur, un honneur dont il serait reconnaissant jusqu’à son dernier soupir.

– Non, répondit le gentilhomme, je ne trouve pas la chose digne...

– Il s’agit bien de digne, la chose est nécessaire, reprit le Chevalier en faisant un léger haut-le-corps.

– Jamais ! s’écria le marquis en ripostant par un geste qui décida le Chevalier à risquer un grand coup pour éclairer le vieillard.

– Hé ! bien, dit le Chevalier, si vous ne le savez pas, je vous dirai, moi, que Chesnel a déjà donné quelque chose à votre fils, quelque chose comme...

– Mon fils est incapable d’avoir accepté quoi que ce soit de Chesnel, s’écria le vieillard en se redressant et interrompant le Chevalier. Il a pu vous demander, à vous, vingt-cinq louis...

– Quelque chose comme cent mille livres, dit le Chevalier en continuant.

– Le comte d’Esgrignon doit cent mille livres à un Chesnel, s’écria le vieillard en donnant les signes d’une profonde douleur. Ah ! s’il n’était pas fils unique, il partirait ce soir pour les îles avec un brevet de capitaine ! Devoir à des usuriers avec lesquels on s’acquitte par de gros intérêts, bon ! mais Chesnel, un homme auquel on s’attache.

– Oui ! notre adorable Victurnien a mangé cent mille livres, mon cher marquis, reprit le Chevalier en secouant les grains de tabac tombés sur son gilet, c’est peu, je le sais. À son âge, moi ! Enfin, laissons nos souvenirs, marquis. Le comte est en province, toute proportion gardée, ce n’est pas mal, il ira loin ; je lui vois les dérangements des hommes qui plus tard accomplissent de grandes choses...

– Et il dort là-haut sans avoir rien dit à son père, s’écria le marquis.

– Il dort avec l’innocence d’un enfant qui n’a encore fait le malheur que de cinq à six petites bourgeoises, et auquel il faut maintenant des duchesses, répondit le Chevalier.

– Mais il appelle sur lui la lettre de cachet.

– Ils ont supprimé les lettres de cachet, dit le Chevalier. Quand on a essayé de créer une justice exceptionnelle, vous savez comme on a crié. Nous n’avons pu maintenir les cours prévôtales que monsieur de Buonaparte appelait Commissions militaires.

– Hé ! bien, qu’allons-nous devenir quand nous aurons des enfants fous, ou trop mauvais sujets, nous ne pourrons donc plus les enfermer ? dit le marquis.

Le Chevalier regarda le père au désespoir et n’osa lui répondre : – Nous serons forcés de les bien élever...

– Et vous ne m’avez rien dit de cela, mademoiselle d’Esgrignon, reprit le marquis en interpellant sa sœur.

Ces paroles dénotaient toujours une irritation, il l’appelait ordinairement ma sœur.

– Mais, monsieur, quand un jeune homme vif et bouillant reste oisif dans une ville comme celle-ci, que voulez-vous qu’il fasse ? dit mademoiselle d’Esgrignon qui ne comprenait pas la colère de son frère.

– Hé ! diantre, des dettes, reprit le Chevalier, il joue, il a de petites aventures, il chasse, tout cela coûte horriblement aujourd’hui.

– Allons, reprit le marquis, il est temps de l’envoyer au Roi. Je passerai la matinée demain à écrire à nos parents.

– Je connais quelque peu les ducs de Navarreins, de Lenoncourt, de Maufrigneuse, de Chaulieu, dit le Chevalier qui se savait cependant bien oublié.

– Mon cher Chevalier, il n’est pas besoin de tant de façons pour présenter un d’Esgrignon à la Cour, dit le marquis en l’interrompant. Cent mille livres, se dit-il, ce Chesnel est bien hardi. Voilà les effets de ces maudits Troubles. Mons Chesnel protège mon fils. Et il faut que je lui demande... Non, ma sœur, vous ferez cette affaire. Chesnel prendra ses sûretés sur nos biens pour le tout. Puis lavez la tête à ce jeune étourdi, car il finirait par se ruiner.

Le Chevalier et mademoiselle d’Esgrignon trouvaient simples et naturelles ces paroles, si comiques pour tout autre qui les aurait entendues. Loin de là, ces deux personnages furent très émus de l’expression presque douloureuse qui se peignit sur les traits du vieillard. En ce moment, monsieur d’Esgrignon était sous le poids de quelque prévision sinistre, il devinait presque son époque. Il alla s’asseoir sur une bergère, au coin du feu, oubliant Chesnel qui devait venir, et auquel il ne voulait rien demander.

Le marquis d’Esgrignon avait alors la physionomie que les imaginations un peu poétiques lui voudraient. Sa tête presque chauve avait encore des cheveux blancs soyeux, placés à l’arrière de la tête et retombant par mèches plates mais bouclées aux extrémités. Son beau front plein de noblesse, ce front que l’on admire dans la tête de Louis XV, dans celle de Beaumarchais et dans celle du maréchal de Richelieu, n’offrait au regard ni l’ampleur carrée du maréchal de Saxe, ni le cercle petit, dur, serré, trop plein de Voltaire ; mais une gracieuse forme convexe, finement modelée, à tempes molles et dorées. Ses yeux brillants jetaient ce courage et ce feu que l’âge n’abat point. Il avait le nez des Condé, l’aimable bouche des Bourbons de laquelle il ne sort que des paroles spirituelles ou bonnes, comme en disait toujours le comte d’Artois. Ses joues plus en talus que niaisement rondes étaient en harmonie avec son corps sec, ses jambes fines et sa main potelée. Il avait le cou serré par une cravate mise comme celle des marquis représentés dans toutes les gravures qui ornent les ouvrages du dernier siècle, et que vous voyez à Saint-Preux comme à Lovelace, aux héros du bourgeois Diderot comme à ceux de l’élégant Montesquieu (voir les premières éditions de leurs œuvres). Le marquis portait toujours un grand gilet blanc brodé d’or, sur lequel brillait le ruban de commandeur de Saint-Louis ; un habit bleu à grandes basques, à pans retroussés et fleurdelisés, singulier costume qu’avait adopté le Roi ; mais le marquis n’avait point abandonné la culotte française, ni les bas de soie blancs, ni les boucles. Dès six heures du soir, il se montrait dans sa tenue. Il ne lisait que la Quotidienne et la Gazette de France, deux journaux que les feuilles constitutionnelles accusaient d’obscurantisme, de mille énormités monarchiques et religieuses, et que le marquis, lui, trouvait pleines d’hérésies et d’idées révolutionnaires. Quelque exagérés que soient les organes d’une opinion, ils sont toujours au-dessous des purs de leur parti, de même que le peintre de ce magnifique personnage sera certes taxé d’avoir outrepassé le vrai, tandis qu’il adoucit quelques tons trop crus, et qu’il éteint des parties trop ardentes chez son modèle. Le marquis d’Esgrignon avait mis ses coudes sur ses genoux, et se tenait la tête dans ses mains. Pendant tout le temps qu’il médita, mademoiselle Armande et le Chevalier se regardèrent sans se communiquer leurs idées. Le marquis souffrait-il de devoir l’avenir de son fils à son ancien intendant ? Doutait-il de l’accueil qu’on ferait au jeune comte ? Regrettait-il de n’avoir rien préparé pour l’entrée de son héritier dans le monde brillant de la Cour, en demeurant au fond de sa province où l’avait retenu sa pauvreté, car comment aurait-il paru à la Cour ? Il soupira fortement en relevant la tête. Ce soupir était un de ceux que rendait alors la véritable et loyale aristocratie, celle des gentilshommes de province, alors si négligés, comme la plupart de ceux qui avaient saisi leur épée et résisté pendant l’orage.

– Qu’a-t-on fait pour les Montauran, pour les Ferdinand qui sont morts ou ne se sont jamais soumis ? se dit-il à voix basse. À ceux qui ont lutté le plus courageusement, on a jeté de misérables pensions, quelque lieutenance de Roi dans une forteresse, à la frontière. Évidemment il doutait de la Royauté. Mademoiselle d’Esgrignon essayait de rassurer son frère sur l’avenir de ce voyage, quand on entendit sur le petit pavé sec de la rue, le long des fenêtres du salon, un pas qui annonçait Chesnel. Le notaire se montra bientôt à la porte que Joséphin, le vieux valet de chambre du comte, ouvrit sans annoncer.

– Chesnel, mon garçon...

Le notaire avait soixante-neuf ans, une tête chenue, un visage carré, vénérable, des culottes d’une ampleur qui eussent mérité de Sterne une description épique ; des bas drapés, des souliers à agrafes d’argent, un habit en façon de chasuble, et un grand gilet de tuteur.

– ... Tu as été bien outrecuidant de prêter de l’argent au comte d’Esgrignon ? tu mériterais que je te le rendisse à l’instant et que nous ne te vissions jamais, car tu as donné des ailes à ses vices.

Il y eut un moment de silence comme à la Cour quand le Roi réprimande publiquement un courtisan. Le vieux notaire avait une attitude humble et contrite.

– Chesnel, cet enfant m’inquiète, reprit le marquis avec bonté, je veux l’envoyer à Paris, pour y servir le Roi. Tu t’entendras avec ma sœur pour qu’il y paraisse convenablement... Nous réglerons nos comptes...

Le marquis se retira gravement, en saluant Chesnel par un geste familier.

– Je remercie monsieur le marquis de ses bontés, dit le vieillard qui restait debout.

Mademoiselle Armande se leva pour accompagner son frère ; elle avait sonné, le valet de chambre était à la porte, un flambeau à la main, pour aller coucher son maître.

– Asseyez-vous, Chesnel, dit la vieille fille en revenant.

Par ses délicatesses de femme, mademoiselle Armande ôtait toute rudesse au commerce du marquis avec son ancien intendant ; quoique sous cette rudesse, Chesnel devinât une affection magnifique. L’attachement du marquis pour son ancien domestique constituait une passion semblable à celle que le maître a pour son chien, et qui le porterait à se battre avec qui donnerait un coup de pied à sa bête : il la regarde comme une partie intégrante de son existence, comme une chose qui, sans être tout à fait lui, le représente dans ce qu’il a de plus cher, les sentiments.

– Il était temps de faire quitter cette ville à monsieur le comte, mademoiselle, dit sentencieusement le notaire.

– Oui, répondit-elle. S’est-il permis quelque nouvelle escapade ?

– Non, mademoiselle.

– Eh ! bien, pourquoi l’accusez-vous ?

– Mademoiselle, je ne l’accuse pas. Non, je ne l’accuse pas. Je suis bien loin de l’accuser. Je ne l’accuserai même jamais, quoi qu’il fasse !

La conversation tomba. Le Chevalier, être éminemment compréhensif, se mit à bâiller comme un homme talonné par le sommeil. Il s’excusa gracieusement de quitter le salon et sortit ayant envie de dormir autant que de s’aller noyer : le démon de la curiosité lui écarquillait les yeux, et de sa main délicate ôtait le coton que le Chevalier avait dans les oreilles.

– Hé ! bien, Chesnel, y a-t-il quelque chose de nouveau ? dit mademoiselle Armande inquiète.

– Oui, reprit Chesnel, il s’agit de ces choses dont il est impossible de parler à monsieur le marquis : il tomberait foudroyé par une apoplexie.

– Dites donc, reprit-elle en penchant sa belle tête sur le dos de sa bergère et laissant aller ses bras le long de sa taille comme une personne qui attend le coup de la mort sans se défendre.

– Mademoiselle, monsieur le comte, qui a tant d’esprit, est le jouet de petites gens en train d’épier une grande vengeance : ils nous voudraient ruinés, humiliés ! Le Président du Tribunal, le sieur du Ronceret, a, comme vous savez, les plus hautes prétentions nobiliaires...

– Son grand-père était procureur, dit mademoiselle Armande.

– Je le sais, dit le notaire. Aussi ne l’avez-vous pas reçu chez vous ; il ne va pas non plus chez messieurs de Troisville, ni chez le duc de Gordon, ni chez le marquis de Casteran ; mais il est un des piliers du salon du Croisier. Monsieur Félicien du Ronceret, avec qui votre neveu peut frayer sans trop se compromettre (il lui faut des compagnons), eh ! bien, ce jeune homme est le conseiller de toutes ses folies, lui et deux ou trois autres qui sont du parti de votre ennemi, de l’ennemi de monsieur le Chevalier, de celui qui ne respire que vengeance contre vous et contre toute la noblesse. Tous espèrent vous ruiner par votre neveu, le voir tombé dans la boue. Cette conspiration est menée par ce sycophante de du Croisier qui fait le royaliste, sa pauvre femme ignore tout, vous la connaissez, je l’aurais su plus tôt si elle avait des oreilles pour entendre le mal. Pendant quelque temps, ces jeunes fous n’étaient pas dans le secret, ils n’y mettaient personne ; mais, à force de rire, les meneurs se sont compromis, les niais ont compris, et, depuis les dernières escapades du comte, ils se sont échappés à dire quelques mots quand ils étaient ivres. Ces mots m’ont été rapportés par des personnes chagrines de voir un si beau, un si noble et si charmant jeune homme se perdant à plaisir. Dans ce moment, on le plaint, dans quelques jours il sera... je n’ose...

– Méprisé, dites, dites, Chesnel ! s’écria douloureusement mademoiselle Armande.

– Hélas ! comment voulez-vous empêcher les meilleures gens de la ville, qui ne savent que faire du matin jusqu’au soir, de contrôler les actions de leur prochain ? Ainsi, les pertes de monsieur le comte au jeu ont été calculées. Voilà, depuis deux mois, trente mille francs d’envolés ; et chacun se demande où il les prend. Quand on en parle devant moi, je vous les rappelle à l’ordre ! Ah ! mais... Croyez-vous, leur disais-je ce matin, si l’on a pris les droits utiles et les terres de la maison d’Esgrignon, qu’on ait mis la main sur les trésors ? Le jeune comte a le droit de se conduire à sa guise ; et tant qu’il ne vous devra pas un sou, vous n’avez pas à dire un mot.

Mademoiselle Armande tendit sa main sur laquelle le vieux notaire mit un respectueux baiser.

– Bon Chesnel ! Mon ami, comment nous trouverez-vous des fonds pour ce voyage ? Victurnien ne peut aller à la Cour sans s’y tenir à son rang.

– Oh ! mademoiselle, j’ai emprunté sur le Jard.

– Comment, vous n’aviez plus rien ! Mon Dieu, s’écria-t-elle, comment ferons-nous pour vous récompenser ?

– En acceptant les cent mille francs que je tiens à votre disposition. Vous comprenez que l’emprunt a été secrètement mené pour ne pas vous déconsidérer. Aux yeux de la ville, j’appartiens à la maison d’Esgrignon.

Quelques larmes vinrent aux yeux de mademoiselle Armande ; Chesnel, les voyant, prit un pli de la robe de cette noble fille et le baisa.

– Ce ne sera rien, reprit-il, il faut que les jeunes gens jettent leur gourme. Le commerce des beaux salons de Paris changera le cours des idées du jeune homme. Et ici, vraiment, vos vieux amis sont les plus nobles cœurs, les plus dignes personnes du monde mais ils ne sont pas amusants. Monsieur le comte pour se désennuyer est obligé de descendre, et il finirait par s’encanailler.

Le lendemain la vieille voiture de voyage de la maison d’Esgrignon vit le jour, et fut envoyée chez le sellier pour être mise en état. Le jeune comte fut solennellement averti par son père, après le déjeuner, des intentions formées à son égard : il irait à la Cour demander du service au Roi ; en voyageant, il devait se déterminer pour une carrière quelconque. La marine ou l’armée de terre, les ministères ou les ambassades, la Maison du Roi, il n’avait qu’à choisir, tout lui serait ouvert. Le Roi saurait sans doute gré aux d’Esgrignon de ne lui avoir rien demandé, d’avoir réservé les faveurs du trône pour l’héritier de la maison.

Depuis ses folies le jeune d’Esgrignon avait flairé le monde parisien, et jugé la vie réelle. Comme il s’agissait pour lui de quitter la province et la maison paternelle, il écouta gravement l’allocution de son respectable père, sans lui répondre que l’on n’entrait ni dans la marine ni dans l’armée comme jadis ; que, pour devenir sous-lieutenant de cavalerie sans passer par les Écoles spéciales, il fallait servir dans les Pages ; que les fils des familles les plus illustres allaient à Saint-Cyr et à l’École Polytechnique, ni plus ni moins que les fils de roturiers, après des concours publics où les gentilshommes couraient la chance d’avoir le dessous avec les vilains. En éclairant son père, il pouvait ne pas avoir les fonds nécessaires pour un séjour à Paris, il laissa donc croire au marquis et à sa tante Armande qu’il aurait à monter dans les carrosses du Roi, à paraître au rang que s’attribuaient les d’Esgrignon au temps actuel, et à frayer avec les plus grands seigneurs. Marri de ne donner à son fils qu’un domestique pour l’accompagner, le marquis lui offrit son vieux valet Joséphin, un homme de confiance qui aurait soin de lui, qui veillerait fidèlement à ses affaires, et de qui le pauvre père se défaisait, espérant le remplacer auprès de lui par un jeune domestique.

– Souvenez-vous, mon fils, lui dit-il, que vous êtes un Carol, que votre sang est un sang pur de toute mésalliance, que votre écusson a pour devise :
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