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Depardieu, Enfant Perdu de la Patrie

LE MONDE | 25.12.2012 à 13h58 • Mis à jour le 25.12.2012 à 16h58 Par Jacques Mandelbaum

gérard depardieu, le 19 décembre 2010 à berlin.


Qui aurait soupçonné que l'exil fiscal de Gérard Depardieu déclenche un tel roman national ? La différence de traitement symbolique entre l'acteur et tel ou tel capitaine d'industrie rassurera, d'une certaine manière, les cinéphiles. Ne manque donc à cette polémique que le point de vue du cinéma. Qu'entend-on par là ? Quelque chose de très modeste, qui consiste à voir, par-delà la question du bien et du mal, de quelle manière l'embardée extracinématographique de Gérard Depardieu regarde sa carrière d'acteur.

Toute carrière recèle une vérité documentaire sur celui qui la mène. Les rôles qu'on accepte ou qu'on refuse, les réalisateurs avec qui l'on travaille, les sujets que l'on porte, tout cela finit par faire sens et image. Quelques grands motifs marquent ainsi le parcours de Depardieu, qui recoupent en vérité l'histoire d'une vie où le dénuement, la délinquance et la gloire cohabitent indissociablement.

Tout d'abord l'image du petit voyou sympathique, de l'ordure séduisante, individualiste violent dépourvu de toute morale et de toute croyance, tel que l'immortalisent Bertrand Blier dans Les Valseuses (1974) ou Maurice Pialat dans Loulou (1979). Puis la brute au coeur d'or des grandes comédies populaires, depuis La Chèvre (1981) de Francis Weber jusqu'à sa participation sous les traits d'Obélix à la franchise "Astérix".

Enfin, son rôle de grand conservateur du patrimoine culturel national, qui le voit passer de Germinal (Claude Berri, 1993) en Boudu (Gérard Jugnot, 2005), de Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau, 1990) en L'Homme qui rit de Jean-Pierre Améris, film qui sort ce mercredi 26 décembre sur les écrans, prolongeant la fibre hugolienne inaugurée par l'acteur à la télévision avec la série "Les Misérables". Portrait schématiquement campé, bien sûr, auquel il faudrait ajouter l'audacieux compagnonnage avec des radicaux aussi libres que Marguerite Duras, Alain Resnais, Marco Ferreri, Jean-Luc Godard.

Cette amplitude du talent, ce lien tissé par sa personne entre des pans si dissemblables du cinéma français, aura fait de Gérard Depardieu notre ultime star masculine. Le récent défi fiscal témoigne de la sédimentation de toutes ces strates imaginaires qui s'exprimerait dans la vie réelle. Le bandit sans foi ni loi, le populo à qui on ne fait pas impunément les poches, le trésor national personnifié, l'artiste dans son irréductible liberté. On pourrait à moins se sentir le droit de toiser un premier ministre de la République. On comprend plus difficilement la menace du renoncement à la nationalité française.

DÉCHIRURE

Un livre vieux de bientôt vingt ans, qui n'a rien perdu de son acuité, jette là-dessus un intéressant éclairage. Il s'intitule Les Fiancés de Marianne, la société française à travers ses grands acteurs, de Pierre Maillot (Ed. du Cerf, 1996). Sa thèse est que la production cinématographique de notre pays documente, à travers l'élection de ses acteurs les plus populaires, la manière dont la France a fini par perdre son image.

Partant de Jean Gabin comme incarnation de l'utopie sociale laminée par la montée des périls, le livre se termine sur Gérard Depardieu comme rejeton et symbole d'une France orpheline d'elle-même. "Le cataclysme politique, le séisme culturel que notre société a subi nous ont laissés collectivement dans un champ de ruines. Nous ne savons plus ce que cela signifie d'être français. Nous ne savons même plus si cela peut avoir un sens. (...) Depardieu ne réunit les Français que pour constater l'égale (et fraternelle) perte d'identité qui les affecte, en quelque lieu social qu'ils se trouvent situés. Le Français qui se reconnaît dans Depardieu se reconnaît perdu. Le sait-il ?"

Eh bien, s'il ne le savait pas encore, Gérard aujourd'hui le lui rappelle avec force, choisissant l'exil et revendiquant comme un défi sa propre déchéance nationale. Ainsi va le nouvel ordre mondial, qui fait se rejoindre dans l'exil de la nation les nantis (dehors) et les exclus (dedans). A charge pour Depardieu d'incarner encore une fois à lui seul les pôles de cette communauté qui manque, en interprétant pro gratis, quelque temps avant son départ volontaire, le rôle d'un prolo dépossédé de ses points de retraite dans Mammuth (2010) de Gustave Kervern et Benoît Delépine. Mais au risque, cette fois avéré, de la déchirure.

Jacques Mandelbaum

Les Films de Depardieu:







 
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