«D’Artagnan», un nom devenu légendaire





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D’Artagnan – Le nom -

« D’Artagnan »,  un nom devenu légendaire.

Le nom de d’Artagnan est une trouvaille.
Il claque au milieu de nos lectures d’enfant et s’imprime à jamais dans nos mémoires. Il passe les frontières sans être écorché. Il est sec et rond, puissant et unique, équilibré et mélodieux.

Ce fut une riche idée que de l’adopter… Car c’est ce qui fit Charles de Batz de Castelmore, qui accola le nom de sa mère - d’Artagnan – (ou Artaignan) à sa signature.
La postérité, quant à elle, ne garda que d’Artagnan …
(Illustration signatures)
De tous les noms nimbés de gloire que la légende et l’histoire nous ont transmis, peut-être n’en est-il pas de plus populaire, en France et même ailleurs que celui de d’Artagnan.

Charles Samaran.
« Artagnan ! Syllabes magiques en effet, puisque l’écho s’en est propagé sur toutes les terres habitées ! La renommée posthume d’un capitaine de mousquetaires égale celle de nos célébrités militaires les plus hautes, hormis Napoléon. »

J.F D’Estalens.
En réalité, le titre de gentilhomme et le nom de d’Artagnan pouvaient tous deux lui être contestés … et ils le furent d’ailleurs.
Les hasards des héritages, des circonstances de la vie et des alliances ont rendu la généalogie de Charles, futur d’Artagnan, compliquée et, par là même, propice à entretenir des zones d’ombre et de mystère autour du personnage.
D’une part, l’histoire de la transmission du nom d’Artagnan repose - en grande partie et curieusement - sur les femmes.
Le château et les terres d’Artagnan sont donnés en héritage à son arrière grand-père maternel, Paulon de Montesquiou, par sa première épouse. C’est une terre domaniale sise près de Vic-en-Bigorre (située aujourd’hui dans les Hautes Pyrénées). L’ennui est que ce couple n’eut pas d’enfants et que c’est avec sa deuxième épouse que l’arrière grand-père de Charles eut la descendance qui alla jusqu’à sa mère. Déjà, le titre venait d’une épouse que l’on pourrait qualifiée d’extérieure à la famille.
Par contrat du 23 août 1524, Paulon de Monstesquiou, écuyer d’Henri d’Albret, roi de Navarre, prit pour femme Jacquemette d’Estang – ou d’Estaing – dame d’Artagnan en Bigorre, fille et héritière universelle de Noble Sansaner d’Estang, seigneur d’Artagnan et de Simone de Majoran, tous deux décédés.

C’est un véritable mariage d’amour, comme le précisait le contrat, qui unissait Paulon et Jacquemette. A cette union qui dura près de vingt ans, seule la mort pouvait mettre un terme. Avant de disparaître, l’épouse bien-aimée avait tenu dans son testament à léguer à son mari son château et ses terres d’Artagnan. C’était le 25 octobre 1541. Resté veuf et sans enfant, Paulon se décida quelques années plus tard à se remarier.

Odile Bordaz.
En 1608, la future mère de Charles, Françoise de Montesquiou d’Artagnan, épouse Bertrand II de Castelmore. Ce dernier fait un mariage brillant en s’alliant à une des plus nobles familles de la Gascogne. Il s’allie aussi à un nom que ses fils, dont Charles, décideront de s’adjoindre, en outrepassant leur droit. Ce nom - d’Artagnan - supplantera même ceux de Batz et de Castelmore…
Du côté paternel, les titres de noblesse sont discutables.
L’arrière grand-père - paternel - Arnaud de Batz compliqua la vie de ses descendants. Cet homme était un marchand de Lupiac, riche et… fier d’être roturier. Il ne courait pas après les titres, contrairement à l’usage, et se défendit même d’être noble devant un tribunal. Il en résulta une déclaration de « non noblesse » qui allait empoisonner ses arrières petits enfants !

Sa fortune lui permit néanmoins d’acquérir les seigneuries de Castelmore et de La Plagne et de donner ainsi à ses deux fils le titre de « Sieur de Castelmore » pour Bertrand 1e et de « Sieur de La Plagne » pour Pierre. Le « Sieur » est alors un titre prudent, « d’aspirant » à la noblesse !

Pierre s’inscrit dans cette même voie et reste marchand, un des plus riches bourgeois de Lupiac. Il épouse cependant une fille noble, Françoise de Coussol, mais ne peut prétendre à la noblesse car celle-ci ne se transmet pas par les femmes.

Bertrand 1e va rompre avec la tradition marchande pour introduire, dans la famille, le métier des armes. Il sert d’ailleurs sous les ordres de Blaise de Monluc et épouse une de ses parentes, Anne de Mansencôme. Après ce mariage, il n’hésite pas à se faire appeler « noble seigneur de Castelmore ».
A ce moment-là, en effet :

« ... plusieurs familles de ce païs s’anoblirent par la facilité avec laquelle les nobles admettaient parmi eux des gens qui ne l’étaient pas et qui, acquérant ou créant des prétendus fiefs soulageaient les terres seigneuriales et les seigneurs épuisés par la guerre. Une infinité de fiefs nobles d’à présent ne furent jamais connus seulement au commencement de quinze cent ; Castetmore, ou Castelmore, est de ce nombre.

Odile Bordaz – B.N.F. Manuscrits de la collection Clairambault, Ms 931, F°74.

Il meurt cependant sans héritier et lègue à son neveu, Bertrand II, fils de Pierre, son domaine de Castelmore… accompagné de son titre.

Bertrand II, de son mariage avec Françoise de Montesquiou d’Artagnan a 7 enfants, respectivement trois filles et quatre garçons.
Durant cette génération, trois des garçons, dont Charles, choisissent le métier des armes ; ils deviennent nobles et gens d’épée. Et ils vont donc ajouter le nom d’Artagnan - celui de leurs cousins Montesquiou - à leur patronyme !

N’est-il pas curieux, et même cocasse, de constater que le parangon de la noblesse gasconne de cape et d’épée a pu se parer d’une noblesse d’emprunt et d’un nom usurpé ? »

André Laffargue
Ainsi donc que le célèbre cadet n’avait aucun droit de naissance au titre de gentilhomme ni au nom de d’Artagnan. Mais il a conquis de haute lutte ce double droit, ce qui vaut mieux. Gérard-Gailly

Mais l’histoire n’en reste pas là…
Au XVIII° siècle, alors que cette lignée de Batz Castelmore d’Artagnan a rendu de fiers et vaillants services sur les champs de bataille, honorant finalement fort bien ses titres de noblesse qualifiés d’usurpés, une plainte en provenance du traitant Laugeois, vient déranger Paul dans ces vieux jours (le frère de d’Artagnan alors décédé).
C’est ainsi qu’au terme d’une longue vie, Paul de Batz de Castelmore s’était vu condamner, le 15 janvier 1702, à une amende de 2030livres pour avoir usurpé la qualité de noble.

S’étant alors adressé directement à Louis XIV, le vieillard avait rappelé ses longs services, la mort de son frère à Maastricht et demandé au Roi qu’il ait « la bonté d’ordonner qu’on lui laisse finir en repos le peu de vie qui lui reste ».

Ainsi fut fait et Paul de Batz put mourir en paix l’année suivante.

André Laffargue.
A la mort de ce dernier, le traitant Laugeois revient à la charge, et se retourne contre Louis Gabriel le petit fils de d’Artagnan. Il est condamné comme « usurpateur du titre de noblesse » à 2000 livres d’amende en plus d’une somme de 3 600 livres à laquelle il avait été taxé pour ses biens nobles. L’arrêt était basé sur la fameuse déclaration de « non noblesse » faite en 1565 par l’aïeul, Arnaud de Batz !
De guerre lasse, Louis Gabriel se fabrique une filiation en rattachant sa famille aux Batz de Castillon, à laquelle avait appartenu Manaud de Batz, le compagnon d’Henri IV, dont la famille était éteinte.

L’administration l’a finalement acceptée.
Il y a tant de Batz en Gascogne que les généalogistes du roi eux-mêmes, impuissants à débrouiller cet écheveau, en ont, de désespoir, laissé tomber leur plume. Il suffira de dire que le frère, les fils et les petits fils de d’Artagnan ayant été successivement recherchés au sujet de leur noblesse, finirent pas obtenir d’être mis hors de cause, et qu’à cette occasion M. Legendre, intendant de la Généralité, écrivit la lettre suivante :

«  j’ay signé le jugement de relaxe de messieurs d’Artagnan, et je n’ay jamais signé avec tant de plaisir. M. Laugeois, l’auteur des poursuites, devrait payer l’amende pour eux n’y ayant jamais eu de persécution égale à celle que l’on a exercé contre les descendants d’une maison remplie de tant d’hommes illustres et de si belles alliances. »

Charles Samaran.

Ainsi, même l’histoire du nom et de la généalogie de cet homme - d’Artagnan- constitue déjà l’amorce d’un roman fait de surprises, de supercheries et de rebondissements.

Peu importe d’ailleurs qu’il fût noble ou bien né, tant sa vie et ses exploits suffirent à donner du lustre à son patronyme. Et quel lustre ! Une renommée qui surpasse largement tous les autres noms illustres des familles de France.

Quand je dirais que je suis né gentilhomme, de bonne Maison, je n’en tirerais, ce me semble, que peu d’avantages, puisque la naissance est un pur effet du hasard ou, pour mieux dire, de la providence divine. Elle nous fait naître comme il lui plait, sans que nous ayons de quoi nous en vanter. D’ailleurs, quoique le nom d’Artagnan fut déjà connu quand je vins au monde et que je n’aie servi qu’à en relever l’éclat, parce que la fortune m’a parfois favorisé, néanmoins il y a loin de là à dire qu’il fut connu à l’égal des Chatillon-sur-Marne, des Montmorency et de quantité d’autres Maisons qui brillent parmi la noblesse de France.

Courtilz de Sandras - Mémoires de M. D’Artagnan.


Artagnan,
Afin que votre nom, populaire et fidèle,

Redise notre ardeur à vaincre les destins,

Et montre pour jamais, dans les temps incertains,

A ceux qui passeront la Gascogne éternelle !...
Poésie par Maurice Praviel (extrait)

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