L’historien et les mémoires officielles de la Seconde Guerre mondiale en France





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titreL’historien et les mémoires officielles de la Seconde Guerre mondiale en France
date de publication16.10.2016
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typeMémoires
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L’historien et les mémoires officielles de la Seconde Guerre mondiale en France
Etude critique de document, à rédiger sur copie double, lisiblement et sans ratures. Durée : une heure (sujet type Baccalauréat).
Document : Déposition de Robert Paxton au procès Papon (31 octobre 1997)
Robert Paxton est appelé à comparaître comme témoin devant la cour d’assises de Bordeaux lors du procès de Maurice Papon, accusé de « complicité de crime contre l’Humanité ». Robert Paxton s’exprime sans notes.
« Il faut dire que les nazis avaient besoin de l’administration française. […] Il y a un thème qui se retrouve partout dans la correspondance des autorités allemandes avec Berlin, c’est le manque de personnel. […] Dans les documents allemands, on trouve par exemple, en juillet 1942, c’est le moment des rafles, la demande de l’envoi de 150 hommes. Ils n’en recevront que quatre. Il y a donc un manque de personnel chez les Allemands, ils ont besoin de l’administration française […].

Un tournant a lieu en juin 1943, quand le régime de Vichy commence à prendre ses distances, un petit peu, avec ces opérations qui ont un effet si négatif sur l’opinion publique. L’administration participe en 1943 avec beaucoup plus de réticences à ce genre d’opérations. […] Jusqu’alors, les Allemands se sont félicités du comportement de l’administration et de la police française. Fin 1943, les nazis envoient des rapports à Berlin disant que ça devient de plus en plus difficile.

Il y a ce tournant, et on voit le résultat sur les chiffres de la déportation. La première année, avec la coopération brutale de la police française, ce sont 42.000 juifs qui partent. En 1943, ça tombe radicalement à 16.000 à peu près. […] Cela ne veut pas dire que l’attitude de l’administration française est le seul facteur mais on voit le résultat : 76.000 sur 300.000, on entend souvent dire que ce résultat n’est pas si mauvais. […] Pour expliquer ce chiffre de 76.000, il faut suivre tout le déroulement du processus, il faut examiner tous les facteurs et ils sont multiples, qui ont pu influer sur le nombre de juifs déportés […] Les juifs citoyens français sont très intégrés, mais le régime de Vichy a rendu cette population beaucoup plus vulnérable, et cela de plusieurs façons : il y a le célèbre fichier des juifs de France, et je vous signale, ce sont des citoyens français aussi bien qu’étrangers. Les lois antijuives sont dirigées contre tous les juifs, y compris les citoyens. »
Le Procès de Maurice Papon, Albin Michel, 1998.

Consigne : après avoir présenté le document, vous montrerez ce qu’il révèle sur les responsabilités de l’Etat français durant la Seconde Guerre mondiale, puis vous soulignerez les méthodes et les difficultés de l’historien confronté à des mémoires plurielles.
L’historien et les mémoires officielles de la Seconde Guerre mondiale en France (corrigé)
INTRODUCTION :

(Phrase amorce et explication rapide du sens du sujet) : La fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, ouvre une période inédite où ceux qui ont vécu le conflit et les historiens tentent de faire émerger leur vérité sur cette période tourmentée. (Nature, auteur, date, source) Nous disposons d’un texte retranscrivant une déposition orale faite lors du procès de Maurice Papon, publiée en 1998, éditeur Albin Michel (soit l’année suivant la fin du procès). L’auteur de cette déposition n’est pas un témoin ordinaire, puisqu’il s’agit de Robert Paxton, historien américain de l’université Columbia qui a contribué au réveil des mémoires en publiant « La France de Vichy » en 1973, ouvrage dans lequel il démontrait la responsabilité du régime de Vichy dans la collaboration. (Contexte de sa présence au procès) L’historien est appelé à la barre le 31 octobre 1997, dans le cadre du procès en assises (avec jurés) de Maurice Papon, secrétaire général du préfet de Bordeaux durant la Seconde Guerre mondiale. (Contexte à donner à la date du document) A cette date, la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français est acquise depuis le discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995, et l’on est entrés dans la période de diversification des mémoires que ce long procès va enrichir (du 8 octobre 1997 au 2 avril 1998). (Résumé) Dans l’extrait de la déposition qui nous est proposé, l’historien analyse les responsabilités de l’Etat français dans le génocide juif, dont il tente de faire le bilan nuancé en citant ses sources. Pb et Plan (la consigne le suggérait).
(1ère partie : le temps des procès des collaborateurs dans les années 90) Le procès de Maurice Papon est celui d’un haut-fonctionnaire de Vichy, après celui de Paul Touvier, chef de la Milice de Lyon, condamné en 1994. C’est donc le procès de l’administration française, car Maurice Papon est accusé de « complicité de crime contre l’Humanité », un délit imprescriptible depuis 1964, pour avoir organisé des convois de déportés juifs et résistants, de sa propre initiative. Celui-là même qui reçut la médaille de la Résistance en 1945 et qui fut épargné grâce aux lois d’amnistie de 1951. Dans sa déposition, Paxton montre que la collaboration répond à un besoin des autorités allemandes, confrontées à une pénurie de personnel (4h au lieu de 150h en juillet 1942 au moment des rafles de Juifs de 1942), mais il montre aussi que la collaboration était volontaire et brutale de la part des autorités françaises (rafle du Vel’ d’Hiv du 16/17 juillet 1942 à Paris, camps de Drancy et Pithiviers, camps de transit). Déjà un film documentaire d’Alain Resnais en 1956, « Nuit et Brouillard », évoquait la responsabilité de la police de Vichy dans la rafle du Vel d’Hiv mais une des images montrant un gendarme fut maquillée par un bandeau noir pour cacher le rôle de l’administration française sous Vichy. Paxton montre enfin que la collaboration s’inscrit dans une politique volontairement antisémite, les Juifs étant soumis à l’inscription sur le fichier juif (octobre 1940) et se voyant imposer des lois particulières (et l’étoile jaune). Cependant, Paxton tient à souligner que les réticences enregistrées en 1943 entrainent une chute du nombre d’arrestations de 42m (1942) à 16m (1943). Mais cette réticence est le fait de certains administrés et non du gouvernement de Vichy collaborateur.
(2ème partie : le rôle des historiens dans le réveil des mémoires) et dans la recherche de la vérité) Robert Paxton, historien reconnu pour sa connaissance des dossiers et son expérience de chercheur dans les archives allemandes, est appelé à titre d’expert pour aider les jurés à préciser les responsabilités des acteurs du drame, un rôle difficile que d’autres ont refusé (Henry Rousso). Il cite notamment la correspondance des autorités allemandes d’occupation avec Berlin, les rapports des nazis présents en France, les statistiques établies à partir du dépouillement des archives allemandes. Soucieux de répondre le plus objectivement possible aux questions du jury, il montre la difficulté de faire un bilan global du génocide juif, la nécessité de prendre en compte tous les facteurs pour comprendre. Il montre enfin la difficulté de juger un régime au comportement ambigu face à l’occupant (collaboration brutale puis réticences en 1943) et à l’égard des juifs (brutalement livrés à l’occupant, mais parfois protégés localement, en particulier les enfants).
Conclusion : Ainsi, le document proposé apparait très fiable (Paxton connait bien son sujet, parle sans notes, a travaillé sur des sources primaires). C’est un document riche d’enseignements car il démontre la lourde responsabilité de l’Etat français, ainsi que la difficulté d’écrire l’Histoire face à des mémoires plurielles, à la recherche d’une vérité complexe à nuancer. Car l’historien ne peut pas être un juge.

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