Excursion entre Bresse et Revermont





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Samedi 23 avril 2016

Excursion entre Bresse et Revermont

Depuis octobre 2015, le groupe de paléographie, sur la proposition de Paul Delsalle travaille avec ardeur sur la transcription des archives relatives à l’établissement des frontières de la Franche-Comté au début du XVIIe siècle. Une petite incursion dans le sud du Comté de Bourgogne était donc bienvenue.

Coligny

Sur les traces des commissaires, à la recherche des limites établies en juillet 1611 entre « Bourgongne » et France, « nous sommes treuvez » en la ville de Coligny, conduits par madame Anne Marie ROBIN (Les Amis de Coligny). L’histoire des seigneurs qui ont possédé les terres de Coligny est complexe. Si on se limite à la période proche de la réalisation de la tibériade, le finage est tantôt réuni, tantôt partagé et soumis à l’autorité de deux souverains, les archiducs (souverains des Pays-Bas et du comté de Bourgogne) et le roi de France, la Bresse ayant été annexée en 1601 par le traité de Lyon. Pendant de nombreuses années, aucun seigneur n’a vécu à Coligny, ainsi Gaspard II, l’Amiral de Coligny, né le 16 Février 1517 à Châtillon sur Loing, n'est jamais venu à Coligny.

Quittant la place de l’église par le chemin du Marquisat, nous atteignons un point de vue qui domine les collines des deux châteaux. A droite, Coligny le Vieux dont il ne subsiste rien, la forteresse ayant été détruite sur ordre de Louis XI en 1477. A gauche, Coligny le Neuf dans un espace boisé d’où émerge la tour de Menton, appartenait dès 1591 à Gaspard III de Coligny.

Nous avons la surprise de découvrir une borne qui semble être d’époque mais tournée à l’envers (et peut-être déplacée). Les deux faces sont armoriées, écusson à trois fleurs de lys bien visible du côté de Coligny le Vieux, écusson aux armes de Bourgogne, avec un lion ( ?) peu lisible, vers Coligny le Neuf, sans date apparente. De là nous appréhendons bien l’ancien tracé de la ligne frontière descendant dans le vallon.

Le chemin d’accès au Château de Coligny le Vieux est en fait la voie qui reliait Coligny à Saint-Jean d’Etreux. Celui venant de Chazelle passait au pied du vieux château légèrement en contrebas de la route départementale. A ce carrefour se situaient une ancienne douane (ou octroi ?), maison démolie remplacée par un parking et en face, des halles (mentionnées dans les documents conservés aux ADD) à l’emplacement actuel d’une entreprise de chauffage (Ain Jura). De ce même carrefour part aujourd’hui la rue de Bresse autrefois appelée la rue d’Enfer. La source naturelle qui jaillit au même lieu, aujourd’hui captée vers une fontaine, existait-elle déjà au début du XVIIe siècle ?

Nous descendons en longeant l’enceinte, bien conservée, du château de Coligny le Neuf et passons au pied de la tour de Menton (ou Menthon), érigée à la fin du XVe siècle, qui n’a plus sa hauteur initiale et dont le sommet a été modifié. Du Château Neuf il ne demeure que des soubassements qui ont servi de base à l’édification d’une résidence plus récente, propriété privée. De même la chapelle qui surplombe la muraille est postérieure à l’époque de la réalisation de la tibériade.

En face de l’escalier qui rejoint la route départementale se dressait une grande maison (récemment détruite) qui a également appartenu à la famille de Coligny. C’est à présent une grange, laissée à l’abandon. Le portail d’entrée et le mur ont été détruits pour élargir la route. Sur le même trottoir, « tirant vers l’église » la porte d’une maison retient notre attention par ses montants moulurés Renaissance, peut-être existait-elle déjà en 1611 ?

Au Moyen Age, Coligny dépend du diocèse de Lyon. Une église est attestée dès le XIIe siècle, celle actuelle, dédiée à saint Martin, a subi de nombreuses modifications notamment au XIXe siècle. Cependant la rosace sommitale du vitrail central, en verre clair, qui représente des anges musiciens, date de la fin du XVe siècle, de même que le chœur de style gothique. On y compte vingt-huit stalles en bois de chêne, dont les miséricordes sont sculptées de personnages. Elles sont surmontées de panneaux du XVIIIe siècle, dix scènes du nouveau Testament, en particulier la Nativité et l’Apparition à saint Thomas.

L’autel, magnifique, en marbre de Carrare, de style néogothique représente la Cène. Le bas-relief central figure le Christ entouré de dix apôtres seulement !

Chaque travée est ornée d’une clé de voûte, la première au-dessus de l’entrée porte celle des armes de la Maison de Coligny (De gueules à une aigle d'argent, couronnée, becquée et membrée d'azur, lampassée et onglée d'or) et rappelle sa devise : « je les espreuves tous ».

Il existait à côté de l’église un prieuré qui a été fermé lors de la Révolution puis détruit pour réaliser une place et un grand parking.

Enfin, nous ne saurions faire l’économie d’une rapide visite à la mairie  où sont présentés les objets découverts fortuitement en 1897 : un calendrier gaulois et une statue. Le calendrier daté de la fin du IIe siècle, pièce inédite, revêt la forme de fragments d’une table de bronze de 1,48 m par 0,90 m. Il est à la fois lunaire et solaire, écrit en latin, mais de vocabulaire gaulois, dont la signification exacte reste à préciser. La statue de bronze quant à elle, appelée Dieu de Coligny, représente un jeune homme nu et imberbe, le bras droit levé : une possible représentation du dieu Mars ?

Après cette riche matinée, la pause déjeuner au restaurant de la « Croisée des régions » est bienvenue et appréciée !

L’abbatiale du Miroir

« Ce faict, nous sommes passez » à l’abbatiale du Miroir ; Robert Michelin, historien de la Bresse bourguignonne, nous en a dévoilé tous les secrets. Érigée en 1131 par Humbert de Coligny qui partait pour les Croisades, l’abbaye Notre-Dame était un monastère d’hommes, éloigné du village et entouré de champs cultivés. Elle relevait de l’ordre de Citeaux et s’est très vite trouvée en rivalité avec l’abbaye de Gigny, clunisienne. L’une et l’autre possédaient des biens et des bénéfices de part et d’autre de la frontière, sources de nombreux démêlés. Ainsi l’abbaye du Miroir est pillée au début du XII° et il faut attendre en 1610 son union avec l’abbaye de Citeaux pour que cessent ces querelles.

Ce grand ensemble de plusieurs bâtiments, d’influence romane, a été rasé durant la Révolution et seule subsiste aujourd'hui une partie de l'église abbatiale. Le monastère étant sujet à de fréquentes inondations, les moines ont détourné la rivière, à présent le niveau de l’édifice se trouve rehaussé de 1,50 m à 2 m.

L’église originelle était plus grande que celle que nous découvrons de l’extérieur, il manque la moitié de la nef et les bas-côtés. Le clocher qui la coiffe, d’abord carré, puis surmonté d’une coupole est surélevé à la fin du XIXe siècle par une flèche octogonale. Les bras du transept ont été réduits avec réalisation de petites absides (visibles de l’intérieur sur les côtés). Les collatéraux ont disparu, sur l’un d’entre eux a été construite une cure devenue un appartement. Une autre partie a été transformée en réduit contenant des boiseries et ferronneries, on voit bien la charpente, une échelle impressionnante montant au clocher, sur un mur des traces de décor rouge imitant les pierres et à gauche de l’entrée un lavabo du XVe siècle.

L’intérieur de l’édifice assez sobre, propre à la méditation, offre peu de décoration et peu de statues. D’une part, nous nous attachons à déchiffrer au sol, les inscriptions gravées sur quelques pierres tombales de plusieurs membres de la Maison de Coligny  qui ont souhaité y reposer et d’autre part nous admirons à droite de la porte d’entrée, le siège abbatial du XVe siècle en chêne richement sculpté.

Saint-Amour 

Ensuite, comme les commissaires de la tibériade, « nous sommes acheminez » à Saint Amour, dominée par le clocher de son église mais il ne reste pas trace du château où « le dimanche 17ième du mois de juillet » ils se sont « assemblez …  pour conférer des differendz des limittes … ». Cette forteresse jouait un rôle important, réalisée sur un site défensif au contact du massif du Jura et de la plaine de Bresse. A l’époque elle avait déjà résisté aux assauts des troupes de Louis XI (1477) et d’Henri IV (1595). Les invasions du XVIIe siècle ont mené à sa destruction.

C’est de la place de la Chevalerie, espace occupé autrefois par le château et son donjon, que démarre notre visite, guidée par Sandrine Curtil.

Place très convoitée, la cité de Saint-Amour a d’abord été protégée par une première enceinte dont nous longeons le tracé en descendant vers la tour Guillaume incluse dans ces murailles. Bâtie du XIIIe au XVIe siècle, elle porte le nom de Guillaume de Saint Amour (vers 1200-1272), illustre théologien, un des maîtres de la Sorbonne, enfant du pays, qui légua sa fortune aux pauvres de la ville et fut l'un des fondateurs de l'Hôtel-Dieu, dont l’entrée se situe à gauche de la tour. Cette première enceinte est encore visible rue du Puits : un mur soigné de petites pierres bien calibrées qui s’arrondit harmonieusement, protégé par des chasse-roues, à proximité « d’une fontaine banale ».

La deuxième enceinte bâtie en 1556 intégrait les faubourgs d’artisans et de paysans. Trois portes donnaient accès à la ville, une quatrième permettait l’entrée au château.

De 1262 à 1789 Saint Amour dépend du baillage royal d’Orgelet, plusieurs familles y règnent successivement dont les sires de l’Aubépin du XIIe siècle à 1454 et ceux de la Baume de 1548 à 1770.

Philibert de la Baume, bailli de Bresse et grand écuyer de Charles Quint (1548-1637) développe l’artisanat et l’agriculture. Il introduit par exemple les mûriers pour l’élevage des vers à soie et fait construire un canal de dérivation du Besançon sur lequel seront réalisés une dizaine de moulins. On retrouve trace de ces activités dans l’étroite rue des Fours où était implanté le four banal. Ainsi, sur une façade subsistent de curieuses pierres percées en forme de corbeaux qui servaient à placer les barres de séchage des tissus.

Quelques années après la fixation de la frontière, quatre couvents (dont deux de femmes) sont érigés au cours du XVIIe siècle. Le premier, celui des Capucins est construit hors les murs en 1620. Nous avons découvert celui des Annonciades Célestes bâti de 1621 à 1626 (reconstruit en 1710) dont il reste deux côtés d’un cloître aux arcades régulières. Par derrière se voient les traces de l’ancienne église. Le site qui servait encore d’école privée il y a peu d’années a été racheté par la ville. Quant au couvent de la Visitation (1634), au centre de la ville, il est traversé par un passage (rue Reclosière) qui donne accès à la rue Sainte Marie percée en 1792. Cheminant par la rue de Bresse, la rue du Commerce, nous remarquons combien les façades de Saint Amour sont riches d’ornements architecturaux, souvent de réemploi : encadrements, frontons, fenêtres à meneaux ….

A proximité de l’église nous nous arrêtons devant la façade de style classique de l’ancienne prison royale bâtie de 1739 à 1741, essentiellement pour détenir les coupables de contrebande en attente de leur jugement (cet ensemble bien préservé mérite une visite). A gauche, la maison mitoyenne de même architecture abritait les anciennes halles aux grains mais la façade en a été tronquée. Nous ne visiterons pas l’église dont la nef date du XVe siècle où sont conservées les reliques des saints patrons de la paroisse Saint-Amator et Saint-Viator. Le clocher est impressionnant : sa base constituée de pierres « casse-boulet » taillées en bosse, sa partie supérieure de type comtois avec dôme octogonal, datant du début du XVIIe siècle  (48 mètres). On accède à la plateforme de guet par une tourelle extérieure comptant 135 marches.

Le temps était trop couvert pour que nous ayons envie de découvrir de si haut le paysage de douces collines figuré sur la tibériade !

Marie-Jo Trojani

Danielle Marchand

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