Les quatre cavaliers d’une politique linguistique





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Les Cahiers de l’ASDIFLE n° 7 « Les politiques linguistiques »

Republication sur le site de l’ASDIFLE
Louis PORCHER

Université Paris 3 – Sorbonne nouvelle
Deux articles ont été réunis ici :

« Politiques linguistiques : orientations » (p. 10 - 27) et « Politique linguistique et objectifs pédagogiques ». (p. 130-131) qui correspondent à une intervention à chaque Rencontre. Nous avons, arbitrairement, placé le second comme un chapitre du premier.


Politiques linguistiques : orientations



Une politique linguistique est une action volontariste, le plus souvent conduite par un État, ou une entité officielle, ou encore une communauté spontanée soudée par le souci de préserver (ou de développer) sa langue ou sa culture. Le mot important, ici, est évidemment « volontariste » qui indique que des objectifs précis sont définis et que des moyens et démarches sont consciemment mis en place pour les atteindre. Une politique linguistique repose toujours sur l’idée qu’une langue est un bien symbolique à la fois précieux et utile.
Le volontarisme suppose que des décisions soient prises, qui, elles, sont d’abord proprement politiques et ensuite technologiques. La première décision à prendre, une fois les objectifs affirmés et éclairés, consiste à dégager des priorités, à les hiérarchiser, puis à fixer les modalités de l’action, qui ont à articuler le court et le long terme. Il n’y a pas de politique linguistique à long terme, en effet, sans détermination de buts à atteindre à long terme : c’est celui-ci qui détermine le court terme, et non l’inverse, comme cela se produit trop souvent.
Par définition aussi, une politique linguistique ne se conduit pas de manière isolée. Elle est contrainte de se dérouler sur le mode du partenariat, notamment lorsqu’elle vise l’expression d’une langue hors de ses frontières (ce qui n’est pas toujours le cas puisque, comme nous le verrons, il y a des politiques linguistiques dont les objectifs sont purement internes à l’entité qui en décide). Le concept de partenariat, compte tenu de l’évolution générale vers la mondialisation des activités, est devenu aujourd’hui central.
Enfin, contrairement à ce que l’on a parfois pensé en France, une politique linguistique ne se réduit pas à la politique d’enseignement de la langue considérée. L’enseignement tient toujours certes toujours une place de choix dans la mise en musique d’une politique linguistique, mais il existe aujourd’hui d’autres vecteurs forts de celle-ci : les médias, en tout premier lieu, mais aussi l’action proprement culturelle et celle des entreprises.


Les quatre cavaliers d’une politique linguistique



L’important consiste ici à souligner d’emblée qu’une politique linguistique véritable s’attache à faire converger ces quatre forces et non pas à laisser chacune d’entre elles aller son chemin, ni à confisquer l’action globale au profit d’un seul de ces paramètres.
1. L’enseignement

Il reste porteur d’une puissance forte, même si, contrairement aux choix de la France à certaines époques, il n’est pas le seul mode de construction de la politique linguistique. S’agissant du français langue étrangère, le réseau des professeurs à travers le monde est impressionnant, en quantité et diversité, et vu le chiffre approximativement, en l’absence de données à la fois exhaustives et fiables, aux environs de 250 000, dans leur extrême majorité ressortissants nationaux des pays considérés.
Il va de soi qu’un tel réseau est capital par la permanence et la profondeur de l’action qu’il exerce et qu’il faut s’appuyer sur lui. L’activité essentielle ici consiste, de la part des autorités françaises, à aider ces professeurs où qu’ils soient, non pas pour substituer aux leurs nos manières de voir, mais pour encourager les innovations dites justement endogènes et soutenir le dynamisme propre des enseignants et des institutions éducatives. Ce dont ces enseignants ont besoin, c’est d’aides techniques, certes, pour mieux faire la classe, mais c’est loin d’être l’essentiel.
L’essentiel est de conserver ou de développer leur enthousiasme, c’est-à-dire, exactement, de maintenir ou d’augmenter le capital de confiance dont ils sont dotés, et vis-à-vis d’eux mêmes, et vis-à-vis de leur métier, et enfin vis-à-vis de la langue française. Il faut les valoriser et valoriser la matière qu’ils enseignent, leur offrir une reconnaissance forte de leur travail en leur proposant prioritairement des séjours en France (non encombrés par les interventions strictement pédagogiques qui accompagnent pour l’instant la plupart de ces « stages » : le mot est en lui-même tout un programme). Pour beaucoup, venir en France se situe bien au-delà de leurs moyens financiers propres. C’est à la France qu’il appartient de prendre en charge ces « récompenses » particulières qui constituent toujours le moyen le meilleur de renouveler, ressourcer la motivation professionnelle.
Les choix méthodologiques sont, là, tout à fait secondaires, contrairement à ce que croient les spécialistes. C’est le séjour lui-même, le bain linguistique et culturel qu’il permet, l’activité libre et choisie dans le pays étranger qu’il autorise qui constituent la gratification principale et l’encouragement optimal. Une politique pédagogique doit d’abord mettre l’accent sur la psychologie de ces enseignants étrangers, qui, le plus souvent, incarnent une vraie francophilie.
2. L’action culturelle

Elle aussi travaille sur le plan symbolique et son importance tient à cette caractéristique même. L’État français s’y investit beaucoup, comme dans l’enseignement, et c’est juste. Il convient cependant de souligner un trait, trop souvent passé sous silence : cette action culturelle peut évidemment être liée à l’action proprement linguistique, mais elle ne l’est pas nécessairement. Elle exerce son influence propre, « relativement autonome » (au sens que Bourdieu donne à cette expression) des composantes linguistiques de l’intervention.
Que l’on joue Molière, par exemple, à San Francisco et en langue anglaise, contribue au développement de la politique linguistique française, même si c’est de façon indirecte. Une telle initiative amène en effet un progrès de la francophilie et fait des destinataires ce que d’aucuns ont baptisé, à juste titre, des « franco-connaisseurs ». Une politique est toujours articulée, qu’elle le veuille ou non, qu’elle le sache ou pas, à l’image de la France, et celle-ci ne concerne pas uniquement, loin s’en faut, ceux qui maîtrisent peu ou prou notre langue.
La France dispose, à l’étranger, d’une excellente image culturelle qui tient, pour l’essentiel, à l’histoire longue. Dans ces conditions il lui faut appuyer ses actions contemporaines sur cette réputation, tant il est vrai, comme dans le sport de haut niveau, qu’il est aussi important de renforcer encore ses points forts que d’améliorer ses points faibles. Il reste que, bien entendu, l’action proprement culturelle est d’autant plus efficace qu’elle converge de manière plus concertée et plus dynamique avec l’action linguistique au sens strict.
3. Les médias

Ils sont un peu, dans ce jeu, les nouveaux venus, encore très insuffisamment intégrés, pour cette raison, à la politique linguistique française d’ensemble (à supposer que celle-ci existe effectivement). Mais leur développement est, sans exagérer, vertigineux. D’une manière générale, les médias envahissent le monde chaque jour davantage, installent une véritable omniprésence, et, jouant de leur attraction spécifique et mystérieuse (en particulier celle de la télévision), drainent des publics de plus en plus nombreux et de plus en plus diversifiés.
L’action de Radio-France Internationale et celle de TV5, pour prendre seulement les deux principaux représentants de la présence médiatique internationale de la France, est très certainement profonde, durable, et surtout, ce qui est de loin le plus fondamental, fidélisante. Notons aussi ceci, que personne ne prend en compte, mais dont l’enjeu sur le moyen terme est absolument capital : l’internationalisation systématique de Canal Plus, seule chaîne française à avoir élaboré, consciemment, une vraie stratégie de dissémination mondiale.
D’ores et déjà installés en Espagne, en Allemagne, en Belgique et en Pologne, présente en Afrique et bientôt au Chili, en Turquie, et en Inde, Canal étend son réseau à travers le monde. Certes, pour l’instant, dans chacun des pays considérés, la chaîne intervient, très normalement, dans la langue nationale, mais, à terme, il est évident qu’il sera facile d’ouvrir une petite fenêtre quotidienne en français. Il est d’une clarté aveuglante, à mes yeux, que les autorités françaises chargées de la politique linguistique doivent aider, encourager concrètement, relayer, une action aussi puissante et diversifiée.
De manière plus générale, la tendance à l’internationalisation qui guide toutes les grandes chaînes télévisées du monde, constitue un atout considérable pour les politiques linguistiques. Le développement des satellites, qui permettent, sur leur empreinte, de faire un grand public avec de petits publics disséminés, va accroître fortement les enjeux linguistiques de la télévision. L’instauration imminente de la numérisation (dont la conséquence première sera l’accroissement considérable, par centaines, du nombre des chaînes accessibles à tout un chacun) va encore démultiplier le phénomène.
Il est impératif désormais que la nouvelle donne médiatique soit intégrée (et non pas seulement ajoutée) à l’exercice d’une politique globale, les enseignants de français constituant une part essentielle des usagers des chaînes francophones et pouvant fournir, donc, un appui fondamental à l’impact de celle-ci, où que ce soit.
4. Les entreprises

L’internationalisation a désormais saisi de plein fouet ce secteur d’activité. Le couple majeur exportation-importation constitue désormais un axe fondamental du développement industriel et commercial. Lorsque Citroën, par exemple, s’installe en Chine, il instaure nécessairement un enseignement fonctionnel du français pour ses employés nationaux recrutés sur place. Toute la question est de savoir si les autorités publiques françaises doivent apporter, sur le plan linguistique et culturel, une aide à de telles initiatives. Mon hypothèse personnelle est que oui, mais je perçois bien qu’il s’agit là d’une option qui a probablement ses détracteurs.
De toute façon, la présence d’entreprises françaises à l’étranger contribue à la diffusion de l’image de la France et, comme telle, elle constitue un phénomène positif que les concepteurs, les décideurs, et les « accompagnateurs » d’une politique linguistique doivent prendre en compte, en s’efforçant de dégager les synergies, les complémentarités, les fécondations mutuelles entre ces différents types d’action. Les entreprises sont aujourd’hui une partie de l’enjeu global linguistique et culturel, et ce serait une erreur que de l’oublier ou même de le négliger.


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