Archives départementales : cote : 9 j 14





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Dimanche le 19 décembre 1943

Qui aurait cru quand je vendais la Margot que 3 mois plus tard je briderais et sellerais un autre cheval. Oui j’ai fait cela aujourd’hui et j’ai conduit Philippe sur le Victor jusqu’au pré la Grive et ce poulain de 9 mois qui n’avais jamais été sellé, ni bridé et surtout pas sorti depuis 2 mois n’a fait aucune bêtise, il est vrai qu’il a été souvent monté à l’écurie par Philippe. Presque tous les jours depuis sur la crèche il lui saute sur le dos. Et moi, il me rapportait des fois depuis le parc sans bride comme je montais sa mère, la Loulette ou le petit Loulou. Philippe était heureux d’être de nouveau à cheval.

Les gangsters ont attaqué Stinmess, cafetier au Noirmouchot (commune de Plancher-Bas), mais il ne s’est pas laissé faire. Il a terrassé le premier et l’a piétiné, le deuxième lui a tiré un coup de revolver et l’a blessé au pouce. La lampe a été cassée et dans l’obscurité ils ont pu fuir.

Les Russes ont mis la main sur trois Allemands, de ceux qui ont massacré 30 000 personnes à Kharkov. Ils les ont jugés à Kharkov même et condamnés à mort. L’un d’eux, un officier, offrait de racheter sa vie en trahissant les Allemands, ils les ont pendus ce matin.

Lundi le 20 décembre 1943

L’autre jour les ouvriers de Sochaux ont fait grève dans l’après midi pour protester contre la mesure qui interdit de monter sur les vélos dans la traversées de Montbéliard. Les Allemands ont alerté toutes leurs troupes (2 à 300 hommes) et ils ont gardé les ouvriers prisonniers dans les usines une partie de la nuit.

Ils les ont lâchés vers minuit, il était temps car les Résistance des environs avait alerté tous ses hommes et plus de 400 francs-tireurs allaient attaquer les Allemands. Ça aurait fait mauvais.

Il y a déjà une trentaine de gangsters sous les verrous. C’est le vol du cochon de Frahier qui a été le point de départ des arrestations. Les voleurs ont fait bombance dans les cafés de Belfort et la « Secrète » de Dijon qui était sur les lieux a réussit à établir des souricières. C’est la même bande qui opère à peu près partout.

Les arrestations se succèdent à un rythme accéléré.

Ce soir notre Maman est à son article, elle fait des colis. Un pour madame Lemoine, un pour chez le papa Eugène, un pour chez Wolff et un petit pour le patron de Jean en Allemagne.

Pauvre Jean, nous recevons copie de sa lettre du 1er décembre où il dit son désespoir. Oh ! Comme je le comprends et le partage. C’est je crois pire que quand il partait, qu’il a passé à Champagney. Figurez-vous qu’il était déjà à la gare avec tous ses paquets pour revenir et on l’a fait retourner. Oh ! C’est un coup pour mourir de chagrin. Et c’est la deuxième fois qu’il a cette terrible déception. Que Dieu aie pitié de lui.

Mercredi le 22 décembre 1943

La mutuelle agricole de Chaumont n’est plus notre assurance. C’est la mutuelle Bourgogne Franche-Comté de Dijon qui nous gère. Elle réunira à Montbéliard tous les présidents de caisses locales de tous les environs (9 heures du soir). On vient chez nous, on dit : « voici des gangsters ». Non ce sont les gendarmes qui viennent téléphoner. Ils passent la nuit chez Alfred Goux qui a reçu le ravitaillement de ce mois aujourd’hui et ils a peur qu’on le vole d’ici à demain. Il en faut des précautions. Quand dans quelques années on lira ceci on croira que j’exagère, non absolument pas.

Les Allemands ont remis en liberté le Capitaine Mathieu. On ne sait s’il reprendra du commandement dans la compagnie des francs-tireurs de cette région.

Nous avons ici à Etobon des centaines de Kg d’explosifs. Le groupe d’Etobon est spécialement groupe de destruction.

Jeudi le 23 décembre 1943

Quand je vais aux réunions du synode à Montbéliard, je suis tout surpris de trouver parmi les anciens d’église beaucoup de mes amis. Aujourd’hui à cette réunion des présidents des caisses d’assurances incendie j’ai été de même bien surpris en voyant de mes amis qui comme moi en sont les manitous. J’y ai vu Canel pour Byans, Parot pour Désandans, Jules Duvernoy pour Belverne et combien d’autres.

Au retour Cousin m’a plombé deux dents et il n’a rien voulu. Il sait bien que je le paye autrement.

C’était aujourd’hui la revue des chevaux à Montbéliard. Les Allemands en ont pris pas mal. La retraite de Russie leur en mange beaucoup, les jours passés Jean nous a envoyé une lettre directement avec timbre à l’effigie du bandit.

Dimanche le 26 décembre 1943

C’était hier Noël et c’est aujourd’hui dimanche. Deux jours fériés à la file, quelle veine. Et l’an prochain, qui aurait dû mettre Noël le dimanche, grâce à une année bissextile, Noël sera un lundi. Quelle chance encore. Nous aurons encore deux jours fériés à la file. Et le plus beau, c’est que chaque fois, 8 jours après ça recommence pour le nouvel an.

Il a fait une bien belle journée hier, le Julot a pu conduire du fumier tout le jour.

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au Château

Il faisait bien bon aujourd’hui, chez Jean Mercier sont venus et nous avons monté au Château par le derrière. La Mirette et Philippe étaient de la partie. Voici une photo que nous avons fait à côté du monument (monument commémorant la chute d’un avion en 1933 à l’emplacement de l’ancien château). Puis en redescendant nous en avons fait une autre à l’angle ouest où était la porte d’entrée du château caserne, là où pousse tout le lierre et tant de pervenches.

Je suis allé promener le Victor jusqu’à la goutte Churiot, j’ai monté dessus des petits bouts au retour. Qui croirait voir un poulain de 9 mois.

11 heures du soir – L’oncle Alfred et la tante Marguerite sont à la veillée. On joue au virlitou, à l’homme noir, etc. La radio vient d’annoncer une grande victoire russe. Les Anglais ont coulé le cuirassé allemand qui étant bloqué dans le port de Brest leur a passé sous le nez il y a 2 ans. C’est dans l’océan glacial que l’incident vient de se passer.

Jeudi 30 décembre 1943

Hier Jacques est parti avec Gaston et les deux vieilles vaches à la Fontaine-qui-Saute chercher une voiture de bois sec. Il m’a dit d’aller le doubler aux Gorges avec les 2 autres vaches, « tu peux partir une heure après moi » je suis parti avec Philippe, mais il n’était pas sur la Margot et a rempli ses sabots dans la boue. Et nous sommes arrivés bec à bec aux Gorges avec Jacques. J’ai retourné mes vaches et lui est arrivé derrière à une seconde près. Ça c’est réussi.

Aujourd’hui on ne pourrait plus y aller car il y a du verglas.

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René, Suzette, Philippe et Jean Mercier

Notre cousine Alina est morte ce matin, elle était la plus âgée des enfants Jacquot. René nous dit que des réfractaires ont été pris par les Allemands aux environs de Montbéliard, mais ce matin on a appris qu’ils les ont relâchés en leur faisant jurer qu’ils ne prendraient pas les armes contre eux quand ils quitteraient la France. C’est drôle ils ont déjà peur, car eux comme nous attendent l’invasion comme imminente et ils la craignent malgré toutes leurs vantardises. Mais gare où ça donnera, ce sera dévastation, désolation.

On a reçu la copie d’une lettre de Jean du 5 décembre. Il dit qu’il croit que son patron n’est pas étranger à son maintien forcé là-bas.

Ah ! Si c’est vrai ! Pour gagner un peu plus d’argent, il n’aurait pas hésité à faire tant de mal à l’homme qui lui a déjà fait tant de bien. Les boches n’ont pas de cœur. Quelle détresse cela du être pour ce pauvre enfant. Se croire sauvé et tout d’un coup se voir replongé dans l’abîme de la captivité !

Année nouvelle 1944

Samedi 1er janvier 1944

Voilà le nouvel an passé, il a été comme tous les autres. On a fait des souhaits qui ne riment à rien et on a bu la goutte. On a bien diné, on a pris le café en famille et on a surtout parlé de la fin de la guerre. On l’espère pour cette année. Les discours des Allemands sont terribles, ils se défendront jusqu’à la victoire ou l’extermination totale. Belle perspective, on a enterré Alina.

Hier soir 3 Allemands en auto sont venus chercher le maire pour le conduire chez Henri Faivre, pour arrêter le jeune René Quintin, élève à l’institut de Glay, actuellement en vacance à Etobon et ils ont emmené ce pauvre gosse (aujourd’hui 27 juin 1945, René Quintin est considéré comme mort, car il a été comme son jeune frère dans ces camps d’extermination, où 5 garçons d’Etobon sont morts).

L’institut de Glay avait parmi ses professeurs un ardent patriote qui a fait de la Résistance dès le début. Il a réussi à enrôler tous ses élèves assez âgés comme francs-tireurs. Un jour il a fait transporter une mitraillette à l’un d’eux, de Glay à … (nom laissé en blanc), l’arme était dans une valise sur un vélo. Le jeune homme a été arrêté par les Allemands qui l’ont fouillé. Alors voyez d’ici le résultat. Tout le personnel de l’institut arrêté et même les élèves en vacance.

Les chanteurs ont chanté cette nuit pour les prisonniers et ils ont sonné les cloches pour tout le monde.

Les Allemands fondent un grand espoir sur une nouvelle arme secrète qui va être plus terrible que tout ce qu’on peut imaginer. Ce sera un gros obus qui avancera poussé par une fusée et il aura des ailes. Il tir à distances très grandes. Depuis chez eux ils vont bombarder l’Angleterre. Eh bien, si c’est vrai, je ne crois pas cela si terrible pour que ça puisse leur faire gagner quelques atouts. Ils feront du mal où ça tombera certes, mais considérons ces engins tombant au hasard, combien il y a de terrains où ils ne causeront pas grand mal. Attendons.

Dimanche le 2 janvier 1944

Nous passons la soirée avec chez le Charles (Perret) qui ont soupé chez nous. On a parlé un peu de tout et écouté le poste. Les Russes font en ce moment un rude coup. Ils vont arriver en Pologne. Ils viennent de donner un communiqué spécial annonçant la prise de plusieurs centaines de villages. Les Anglais ne cesse de dire et répéter : « Français, soyez prêt, c’est pour tout à fait bientôt ». Est-ce vrai, ou est-ce pour tenir en haleine les Boches.

Ils disent préparez-vous à fuir les côtes où nous débarqueront, ne fuyez pas sur les routes pour gêner les troupes ; faites vous des abris dans la terre, dans vos caves. Que les francs-tireurs ne quittent pas leurs localités avant les ordres qu’ils vont recevoir. Ils exhortent les prisonniers à s’évader en masses. Tuez vos gardiens, prenez leurs armes, rejoignez les Russes, les Serbes. Et puis c’est le défilé des messages, où il y a des phrases les plus décousues qu’on puisse imaginer. Quand ils ont annoncé les parachutages d’armes et d’explosifs pour Etobon ils ont dit : « La cheminée est cassée ».

Nous avons fait aujourd’hui la tournée de réassurance du bétail. Nous avons bu plusieurs fois la goutte. Oh ! Moi très peu.

Chez Jules Magui, il y avait mon ami Carty qui nous a raconté avoir vu les voleurs du cochon. Ce cochon pesait au moins 200 Kg de viande, la soue était trop petite pour lui, les propriétaires le mettaient depuis quelques jours dans la grange d’une maison abandonnée à quelques distance de chez eux. Ils voulaient le tuer le lendemain. Quelle surprise en allant à cette grange de la voir pleine de sang, de tripes et plus de cochon ! Un nommé Lasource serait le chef de bande des voleurs.

Jeudi le 6 janvier 1944

La Résistance de par là serait allé délivrer les prisonniers de la citadelle de Besançon. On croit que le petit Quintin y était (à vérifier ?).

On a tué aujourd’hui le cochon de Jacques. Ce cochon a toujours toussé, on a découvert qu’il avait un poumon collé à la cage thoracique. On était après le cochon, quand Aline a apporté une grosse femelle lapin qui faisait les derniers. On l’a vite tué. On finissait à peine avec ce premier lapin, que la maman nous apporte une autre aussi grosse lapine qui avait toute une épaule mangée ou arrachée. Il a encore fallu la tuer. Oh ! Quand donc cessera-t-on de tuer des bêtes pour se nourrir et des hommes pour se divertir. Quand on pourra se procurer de tout, je veux devenir végétarien. Il y a ces jours un grand procès en Italie où les fascistes jugent ceux qui ont trahi Mussolini.

Dimanche le 9 janvier 1944

Le Tambour du village a invité d’une façon formelle et menaçante « tous les cultivateur du canton à assister à une réunion agricole faire à la salle des fêtes d’Héricourt le 8 janvier » j’avais à faire à Héricourt. Je suis allé à la conférence. Il n’y avait pas 100 personnes.

Ils nous prennent pour des idiots ces boches. C’était pour nous dire qu’il fallait faire des pâturages, y faire des drainages s’ils sont frais, les irriguer s’ils sont secs, les faucher s’ils sont trop grands, etc.

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Philippe perdu

Toutes des imbécilités comme ça, nous faisant voir comment on appointe des piquets et surtout ils nous ont dit qu’il fallait rentrer le foin avant sa maturité et encore plus surtout ne pas le laisser trop longtemps étendu (4, 5 jours plus quand il pleut), le foin vient vilain de couleur et perd son goût. Pauvre bonhomme Frantz qu’il serait bien mieux vers sa Fraü en Allemagne, que chez nous pour nous dire ces niaiseries.

Aujourd’hui j’au eu envie de me promener dans la neige. J’ai bien botté Philippe et moi aussi et nous avons monté au Château. J’ai fait la photo ci-dessus juste à la place où j’ai fait il y a 15 jours le groupe René, Suzette et compagnie. Sur celle-ci on voit un peu à l’angle gauche un hêtre sur le bord du rocher et ce hêtre plonge une racine de 2 mètres jusque sur le sol, c’est curieux. Philippe se plaisait à patauger dans la neige. Ça lui est si souvent défendu que cette fois il a profité.

Les attentats continuent. A Noidans-le-Ferroux (Haute-Saône) les francs-tireurs ont fait dérailler un train de troupes et ont attaqués, ils en ont tué de 3 à 400 (à vérifier ?).

Les Russes sont en Pologne. On dit qu’il y a déjà le dégel, c’est peut-être ce qui fait que les Allemands reçoivent une telle dégelée.

Mercredi le 10 janvier 1944

Le Comte Ciano, gendre de Mussolini, faisait partie des inculpés, il a été lui aussi condamné à mort mais son beau-père lui a fait la grâce de le faire fusiller par devant, tandis que les autres l’ont été de dos.

Ils ont été fusillés ce matin.

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