Archives départementales : cote : 9 j 14





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Vendredi le 10 mars 1944

On annonce ce soir une nouvelle et encore plus formidable offensive des Russes dans un autre secteur. Ils ont enfoncé les Allemands sur 175 Km de large et de 40 à 70 Km en profondeur. Ça fait 3 grandes offensives cette semaine. Le père Ridard était un peu malade alors le plus jeune frère de Claudius et venu voir son père avec 2 sœurs. Il était dernièrement en Haute-Savoie. Il nous a raconté qu’il y a environ 75 000 francs-tireurs dans ces montagnes (à vérifier ?). Il s’y livre avec les miliciens des combats effroyables. Les miliciens se vengent sur les habitants.

Demain on saura la sentence de Pucheu, il n’y a guère d’espoir pour lui, car si il était acquitté ça donnerait trop de sécurité aux autres.

Le maire vient de me faire voir le bulletin des maires au sujet des prix taxés par la préfecture. Les pommiers sont taxés à 52 francs.

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Pierre Pucheu

Samedi le 11 mars 1944

Pucheu est condamné à mort. On a retenu contre lui que deux chefs d’accusation, recrutement de la légion antibolchévique et intelligence avec l’ennemi. Les fusillades ont été écartées, même celles de Château-Brillant.

J’ai eu la neige trois après-midi dans mon Mabile, mais je m’y plaisais bien quand même. J’y revoyais mon père et aussi mon grand-père Lancien (Jacques Goux). Lui aussi aimait à y aller surtout comme moi couper et faire du feu.

J’avais la Mirette, c’est rigolo quand je coupe une perche elle regarde de quelle côté elle penche, elle se lève et se sauve aussi vite et aussi qu’elle peut.

Mardi le 14 mars 1944

Mon grand-père Jacques Perret aurait aujourd’hui 120 ans. Il en avait 96 quand il mort. Mon grand-père Lancien était de 1820, il est mort en 1905. J’ai gravé aujourd’hui 2 marteaux, un pour chez Py de Chenebier et l’autre pour Meyer de Bussurel. Ce serait du bon travail, j’ai mis deux heures pour faire celui de Bussurel. J’ai fais ainsi MEYER et l’autre est PY. Mon grand-père Lancien en a beaucoup fait en sa vie.

On attendait le débarquement pour avant-hier mais il n’a pas eu lieu. Les Allemands se moquent à présent, ils ne croient plus à ce débarquement, ils essayeront peut-être de reconduire des troupes de France en Ukraine. Il y en aurait besoin, c’est inouï ce que les Russes ont réalisé en ces 8 derniers jours.

Je crois que Philippe Henriot commence à avoir la tremblotte. Il modère ses propos, surtout depuis que Londres menace tant tous ces « assassineurs » de jeunes Français coupable d’être des soldats. Il y a de graves menaces pour l’avenir de ces gens là.

Mercredi le 15 mars 1944

Les Allemands répandent à profusion un tract pour se moquer de Churchill. Voyez-le. Patience, rira bien qui rira le dernier.

10 heures du soir – Oh ! Mes amis ! Quel envol d’avion. Le ciel entier ronfle terriblement, il y a des fusées éclairantes. Oh ! La ville sur laquelle va se déverser de torrent de mort.

Les Allemands essayent de faire des représailles sur Londres, ils y sont allés avec 100 avions. Que de mal ça peut faire 100 avions, mais qu’est-ce à comparer à 1 000 à 1 500 comme font parfois les Anglais. Ah ! Pauvre Allemagne, elle a voulu la guerre !!

11 heures – Le passage des avions a duré exactement 50 minutes. La tante Marguerite est venue dire son angoisse, elle craint que Sochaux ai été re bombardé et Alfred y couche.

Samedi le 18 mars 1944

Les Anglais ont perdu 40 avions l’autre nuit, mais qu’est-ce que Stuttgart a pris !

Il y a eu une drôle d’affaire dimanche à Héricourt. Le beau-frère de Mr Mérot, directeur de l’usine de Chevret, aurait tripatouillé dans la casse et volé d’assez fortes sommes. Il a été accusé par Mr Jean Bretegnier, un des autres directeurs. Mis en arrestation, il a répondu à la police : « Bien, je suis à vous, attendez un instant, je vais m’habiller » Mais il a filé par derrière et il allé abattre d’un coup de revolver Mr Bretegnier qui est gravement blessé, puis il s’est tué après.

Je me demande si c’est le Bretegnier qui a empêché notre Jean de nous téléphoner depuis Héricourt en juin 1940.

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Jean Perret

Oh ! Quand je pense à ce mois néfaste. Si ce Bretegnier avait laissé Jean Nous donner des nouvelles, j’aurais pu vite filer vers lui en vélo. Peut-être lui donner des conseils, peut-être lui éviter le malheur qu’il a eu.

Voici une photo de lui qui nous avons faite peu de jours avant son départ. Et en voici une de Jacques qui a été faite à peu près au même moment.

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Jacques Perret

Ce doit être au cours de la terrible retraite. Celui qui lit est leur brigadier, maréchal Bousoy et le vieux à qui Jacques verse à boire est Valin. Un maréchal est venu à la batterie après le départ de Jean de cette batterie, il devait être du Havre. Un fameux ouvrier, mais il avait eu une rude frousse un certain jour que les Boches les poursuivaient. Jacques nous a fait beaucoup rire en le racontant.

Ce matin les francs-tireurs ont fait dérailler un train de troupes entre Héricourt et Bussurel, mais ça n’a pas donné grand-chose. Seule la locomotive s’est renversée. La Guite et Hélène qui sont venue nous ont dit que deux jeunes hommes de là-bas ont été fusillés. L’un d’eux était un unioniste de Beaulieu. Elles avaient une copie des dernières lettres qu’on leur a laissé écrire la veille de leur exécution. Oh ! Comme c’est poignant !

Jacques jusqu’à présent ne voulait pas croire aux atrocités des Boches, mais devant des faits si probants il faut bien y croire. Il dit toujours : «Oh ! Je crois qu’on dit plus qu’il y en a, on en rajoute souvent ». En certains cas il a peut-être raison, comme pour les 180 qui auraient été fusillés à Bretagne vers Suarre, on peut en douter, mais on en annonce 15 nouveaux à Belfort, c’est bien possible que ce soit vrai.

Je suis allé avec Louis au pré Mabile, il me sortait mes chênes, il avait quatre bœufs, mais il n’a pas pu sortir le gros qui est de l’autre côté de l’étang, celui qui a cassé le manche du gros marteau. On le fera en poteaux de pâture sur place.

Pendant que nous étions là, il y a débouché 6 avions trimoteurs sur le bois du Montedin, jamais je n’ai vu des avions aller si vite et si bas. Nous avons dû nous baisser pour qu’ils n’enlèvent pas nos casquettes.

Le cousin Pierre (fils de Charles Perret) est venu de Gauchy vers Saint Quentin pour amener le François (son fils), car ils sont souvent bombardés là-bas.

Dimanche le 19 mars 1944

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Jeanne Perret et son petit-fils Philippe

Suzette et René sont allés aujourd’hui au Magny (Danigon). L’avion qui a été en détresse au Magny n’est tombé qu’à Malbouhans. Mais il a laissé choir toutes ses bombes incendiaires vers le Magny et les hommes aussi sont tombés par là. Les Allemands ont dépouillé tous ces aviateurs de tout ce qu’ils avaient, bijoux, alliances, jusqu’ à arracher à ces cadavres leurs dents aurifiées

Notre Maman Jeanne a promené son petit-fils dans la neige. Les voici à la Goutte au Chire. Ils n’avaient pas oublié la Mirette. On ne croirait pas cette goutte si profonde en voyant la photo. Pierre est venu nous voir. Comme toujours on a raconté des choses bien intéressantes, mais il m’a assis quand il m’a dit que les Anglo-américains fournissaient du pétrole à l’Allemagne. L’Allemagne trouve à peu près un tiers de sa consommation en Roumanie, un tiers est tiré du charbon et l’autre tiers vient de Suède fourni par les Alliés. Alors kif-kif 1918 !!

Un fait est certain c’est que les mines ne sont jamais bombardées, ni le bassin de Briey, c’est un indice. Ah ! Les capitalistes !

Lundi le 20 mars 1944

La gendarmerie de Lure vient de nous téléphoner d’avertir le maire que 3 individus armés de mousquetons viennent de cambrioler le bureau de poste de Clairegoutte et se dirigent sur Etobon. C’est le moment de fermer la notre, de porte.

Hier soir à Sochaux deux patrouilles de miliciens, ayant eu peur l’une de l’autre se sont tiré dessus. Les coups de feu ont alerté les Allemands qui sont arrivés et se sont mis de la partie. Il y a des victimes dans les 3 bandes.
Mardi le 21 mars 1944

Jacques a rapporté de Chenebier un cuissot de « chevreuil » avant de le manger, mais une fois mangé ce n’était plus que du renard. Il était bon quand même. Cela m’a fait souvenir celui que nous avons mangé au fort Lachaux en 1916.

Je viens d’écouter Philippe Henriot, il pleure Pierre Pucheu qui é été fusillé ce matin, mais il ne dit pas que les Allemands viennent d’envahir la Hongrie. Hitler a renouvelé son coup du Père François. Il a mandé toutes les grosses têtes de ce pays là pour aller « conférencer » avec lui. Puis il les a fait enfermer et pendant ce temps ses troupes occupaient la Hongrie. Tant qu’il aura de la monnaie, il ne changera pas.

On a volé ces jours-ci les tickets de Champey et ceux d’Héricourt, ce doit être la Résistance cette fois, car il y a eu de la complicité chez ceux qui les détenaient.

J’ai planté 6 pommiers et un mirabellier. J’ai mis un de ces pommiers à la place du petit poirier que Jean a planté il y a 4 ans à la Goutte Evotte. Malgré que Philippe le tenait bien droit et que Eugène fumait la pipe, le poirier n’a pas poussé de 2 cm, c’est pourquoi je l’ai ôté, mais je n’ai pas voulu le jeter, je l’ai replanté au bord de la fouillie. J’ai mis là le pommier « Potu-de-Caburet ».

Jacques a reçu une bien triste lettre de ses amis d’Auvergne. Pauvre gens comme nous compatissons à leur peine (leur petit-fils de 9 ans vient de mourir). On peut dire que mes deux enfants ont été aimés par ces braves gens-là et dire qu’ils viennent d’avoir un pareil malheur. Sur le reste de la lettre Mr Teillot dit que les deux jumeaux Jean et Paul sont toujours avec eux.

Vendredi le 24 mars 1944

Jacques a téléphoné hier soir à la veuve de Marcel Tisserand pour lui dire que c’est le moment de pêcher son étang, elle lui a répondu de vider et aujourd’hui c’est la pêcherie. Le frère de cette femme qui habite L’Isle-sur-le Doubs est venu ce matin.

Jacques a demandé à ce Mr Ferrand si sa sœur n’en voulait pas beaucoup aux Anglais d’avoir tué son mari et son fils - non - Elle reporte sa haine sur les Allemands qui sont les vrais fautifs. Marcel Nardin les a aidés, ils ont beaucoup de grenouilles et de poissons qui sera vendu demain au village à 25 francs le Kg.

Samedi le 25 mars 1944

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il avait repris mais n’avait pas poussé

Nous nous préparons pour aller à la soirée récréative à la cure. Nous irons nous amuser pendant qu’il y en a tant qui souffrent. On meure un peu partout sur cette planète en folie. Il est vrai que de notre amusement sortira quelques billets pour les malheureux. Espérons que de ceux-ci Jean aura sa part. De la commune on ne lui a jamais rien donné. On ne le reconnaît plus pour être d’ici (il est né à Chagey). Il n’y a que quand on avait besoin de lui qu’on savait qu’il existait. René Quentin, Jacques Jacquot eux sont d’Etobon, ils ont eu leur part des chablis que le maire a vendu pour les prisonniers de la commune.

C’est normal, c’est juste, mais cela aurait quand même fait plaisir qu’on compte mon fils comme un enfant d’Etobon et qu’il ait eu sa petite part. Ah ! Ce n’est pas pour les 100 et quelques francs, je m’en moque pas mal, mais le geste aurait été beau.

Dimanche le 26 mars 1944

Ah ! Que j’ai été las hier soir. Que c’est bien trop long, il était près de 1 H quand on est sorti. C’était très bien, tout, même le Philippe dans son petit répertoire. Les gens ont dit : « C’est bien le fils du Jacques ». Quand il a eu dit sa première récitation, il a dit « attendez, ne vous allez en allez pas, je vais vous en dire une autre ». Qui croirait que tout cela est défendu par les Allemands et que ces Allemands sont tout autour de nous.

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La dernière photo de

Jacques Perret, déguisé

Qui croirait que tout cela est défendu par les Allemands et que ces Allemands sont tout autour de nous.

Qu’ils font des patrouilles dans les villages, que toute circulation est interdite après 9 H du soir et surtout qu’il ne faut pas de lumière. La radio annonce toujours de grands succès Russes, mais les Allemands en ont aussi en Hongrie. Ils ont déjà fait 3 grands camps de concentration, où sont déjà enfermés plus de 10 000 juifs et pour les Hongrois qu’ils croient hostiles. Je suis allé me promener cet après-midi avec le Charles (Perret) au pré Mabile, au pré Jacquin, au Coquelie. j’ai taillé des vernes, des Frênes. Quand je suis rentré j’ai trouvé Jacques prêt à aller réciter un monologue au théâtre qui battait son plein. Il était bien déguisé, jugez-en. Il s’est présenté ainsi à Jules Jacquot se faisant passer pour le marchand de produit vétérinaire Ménard. Puis il lui a demandé la route de Belverne, Jules Jacquot la bien renseigné, puis aussitôt Jacques s’est enfilé au Grand Verger, Jules Jacquot lui a couru après lui criant « Non pas là, pas là »
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