Archives départementales : cote : 9 j 14





télécharger 1.41 Mb.
titreArchives départementales : cote : 9 j 14
page5/57
date de publication08.11.2017
taille1.41 Mb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   57

Jean se porte toujours bien. Les deux Suzanne étaient fines belles.

Les anglais annoncent avoir perdu 38 bombardiers la nuit dernière sur Cologne, mais ils ont abattu 150 chasseurs boches. Il y a deux jours ils en ont perdu 46 dans une nuit. On croirait que plus ils en perdent plus ils sont contents.

La sirène de Sochaux sonne assez souvent des alertes, mais les ouvriers y sont tellement habitués qu’ils ne se dérangent plus. On s’habitue au danger et cela est mauvais.

Lettre de Jean le 23 juin 1943

« Belle journée. Qu’il ferait bon aller manger sur l’herbe au bord du Doubs, hein mes chéris. Mais ceci n’est qu’un mirage car nous sommes enfermés comme jamais nous ne l’avons été. Appel toutes les deux heures. Moi j’en suis peu puni car j’ai toujours du travail ici, soit après mon linge ou autre chose. Pour démarcher son retour c’est très dur à présent, je n’ai plus d’espoir. Il faudrait que je mette un remplaçant à la place de Jean. Je prévois cela très dur surtout du côté du Singe. Donnez le bonjour à Jeanoutot. Qui aurait cru quand il est parti que je resterais si longtemps encore ici. Je n’ai plus d’espoir qu’en l’oncle et le parrain (les Américains et les Anglais) leur santé est toujours bonne, ça me réjoui. Ah ! Pardonner pour cela il faut être deux ».

Lettre de Jean du 27 juin 1943

« De plus en plus les cordes se resserrent. Moi ça va bien si se n’est que le travail ne me laisse guère de repos. Je fais 11 heures par jour sauf le samedi. Envoie-moi si possible du coricide ».

Lettre de Jean du 11 juillet

« …voici le meilleur moment de la semaine, pouvoir écrire. Je n’ai pas eu de lettre cette semaine, si ce n’est une carte de Georges. J’ai pris 3 jours de repos. Le patron n’était pas trop content car le garage regorge de travail. Nous sommes à un grand tournant. Mauvais temps et moral brumeux. Les colis arrivent tous mais avec assez de retard car tous les services sont débordés. Si vous pouvez m’envoyez de nouveaux timbres cela ferait mon affaire.

Lettre du 18 juillet 1943

« …voici en juillet et il me semble que c’était hier le nouvel an ! Je crois bien que pour Noël je serai civil. J’aime mieux être prisonnier militaire. Pourtant il y en a qui ont eu leur 15 jours de permission, mais ils ne rentrent pas. J’ai au moins 20 cartes ou lettres en route. Le courrier, c’est déplorable et c’est pour moi le meilleur, recevoir une lettre ».

Lundi le 21 juin 1943

Quelle nuit mes amis. En me couchant hier soir j’ai tendu la souricière ; j’étais à peine au lit, tac, une souris était prise. Je me lève, je retends, à peine endormi, tac, et cela 11 fois de suite. C’était une véritable épidémie de suicide de souris.

Puis tout d’un coup un ouragan (un avion) qui arrivait au raz des maisons depuis le Chérimont. J’ai cru qu’il allait emporter la cheminée, puis un deuxième et aussitôt un troisième à quelques secondes d’intervalle. Serait-ce les avions attendu. Jamais ils n’ont passé si bas, j’ai senti le souffle. Et Jacques qui a couru à sa fenêtre me disait « je le regardais venir, là juste en face de moi, eh bien j’ai presque eu peur, je croyais qu’il allait entrer par la fenêtre ». Le deuxième a passé sur l’école et le troisième au dessus de chez Remillet. La nuit était très claire, on les voyait très bien.

Ce ne sont pas ceux qu’on attendait, car ils n’ont rien laissé tomber ici. Ils ont peut-être parachuté ailleurs et sont venus reconnaître les lieux pour revenir ici bientôt.

Quelle émotion ça m’a fait en les entendant, car depuis plusieurs jours on ne parlait plus que d’eux, les deux Jacques, et le soir même j’avais dit à la Maman que nous aurions peut-être un avion cette nuit, alors au premier ronflement qui a été formidable tout d’un coup, j’ai sauté du lit en disant : « le voici Jeanne, le voici ». Ca fait de la chair de poule, non par peur mais d’enthousiasme. Après de cela on a parlé, et on ne s’est endormi pour de bon cette fois que vers 3h 30 et à 4H 30 je me levais pour aller faucher. C’est peu dormir, pour les gens qui travaillent tant !

Les usines Schneider du Creusot ont été de nouveau bombardées hier ; il paraît qu’il y a pas mal de casse, surtout en personnel.

10 heures nous nous couchons, voilà déjà 2 souris, c’est une invasion.

Mercredi le 23 juin 1943

Je suis parti ce matin faucher les Prés-du-Verger. La Fifine est venue avec moi et elle est restée bien longtemps à picorer.

nos Boroillots

J’aurais bien voulu que des régiments d’artillerie se reforment et que Jacques y soit comme maréchal, mais non il est simplement un franc-tireur. Ce nom fait courir des fourmis dans le dos.

Les Russes remarchent et les Boudrignots jaunes comme je dis à Jean, se sont moucher le nez.

Samedi le 17 juin 1943

Nous avons eu des nouvelles de nos Boroillots. La Suzanne va un peu mieux. Nous voudrions quelle vienne pour se remonter, mais elle dit qu’elle ne pourrait encore pas faire le voyage. Voici une belle photo que nous avons faite la dernière fois qu’ils sont venus. Léopold assis au fond n’est pas gras.

Philippe est venu un moment après la marraine qui amenait la faucheuse (le temps de faire un joli bouquet) et il m’a dit « tiens grand-père voila pour tes 57 ans ». C’était comme dit la chanson un doux bouquet aux couleurs de la France. Il y avait, coquelicots, fleurs très rares à Etobon, bleuets et marguerites. C’est la marraine qui les avait choisies en haut des Chauffours.

C’était en 1917-18 l’autre guerre, chaque régiment avait pris un insigne, le 214è avait un bouquet de marguerite, le 252è avait 6 coquelicots et le 333è avait le bleuet. Puis l’état major portait les 3 fleurs en un joli bouquet tricolore.

Nous sommes revenus les deux Jacques par les champs de la Goutte. Ses poirottes qui sont dans la grosse planche du grand-père Coteau ne sont pas très belles, mais les nôtres en face au champ du chêne sont superbes. Nous en avons partout des extra.

c:\users\alain guillaume\pictures\capture\028.jpg

deux amis

Lettre de Jean, dimanche le 27 juin 1943

« J’ai eu une lettre par Meyleman, 15 jours c’est long. Heureusement que Mr Mitan ne m’oublie pas. Je voudrais des détails sur les ouvriers de la Coupe (sur les francs-tireurs), sont-ils nombreux en tout. L’équipe du village doit aller travailler où ? Peut-être sur place ? Ont-ils tous des haches comme celle qui était suspendue à la poutre au dessus du fourneau du grand-père (des fusils). Nous avons eu ces jours-ci un entretient avec un copain, un grand étudiant étoilé (un général français qui inspectait les camps). Il a dit de belles choses. Le parrain nous divertit toujours beaucoup, je suis heureux de son bon travail. Oui j’ai su que Lateha a été tué à Maiche en 1940. Je l’ai su à Besançon. Ah ! Les Beltram et les Fioucots auront beaucoup de travail (les maçons) tant mieux. Les macaronis sont bientôt tous mangés (les Italiens sont bientôt fichus) avant je les aimais, à présent saloperie. Je renvoyais la photo du frère de Georges, mais elle m’a été retournée.

c:\users\alain guillaume\pictures\capture\029.jpg

sa première leçon

Envoyez-moi la photo de la quadrilette avec Jacques dedans, prise en haut de la Côte. Je crois que Prosper (Hitler) commence à comprendre. Je vous serre bien fort sur mon cœur ».

Voici la photo que Jean demande. C’est notre première auto. Jacques ce dimanche là, sans savoir conduire, a monté dedans et il a conduit sa mère à Chenebier. En rentrant il m’a amené jusqu’au haut de la Côte et nous avons fait cette photo sur la route forestière. On peut dire que Jacques à appris à conduire en peu de temps.

Dimanche le 27 juin 1943

Par une belle journée nous avons reconnu le bois de la coupe qui est celle du Chêne-des-Quatre-Cuisses à côté du pré des Gorges.

Quand on y avait coupé la dernière fois il y a 29 ans, c’était en 1914. Quoiqu’habitant à Chagey, j’étais venu avec mon papa pour partager les rins un dimanche matin. Je nous revois encore tous les deux au dessus de leur ancien pré de la Ramure (c’est le Haut des Gorges). Qui aurait cru à ce moment que nous étions à la veille d’événements si terribles. Qui aurait cru qu’une partie des beaux hêtres, chênes, bouleaux et autres bois vendus à Jules Duvernois de Belverne seraient encore là aujourd’hui, les uns à peine visibles, d’autres ayant encore l’apparence d’un cadavre d’arbre et nous revoici depuis 4 ans dans une autre guerre encore plus monstrueuse.

c:\users\alain guillaume\pictures\capture\029..jpg

Marguerite, Charles, Robert, l’oncle Jules et moi

Notre coupe donne tout en haut du Cordon, à la Fontaine-du-Diable.

J’ai fait cette photo juste là il y a 9 ans. Marguerite, Charles, Robert, l’oncle Jules et moi.

Aujourd’hui avec Jacques j’ai voulu aller revoir les Roches d’où Jean avait failli tomber en 1916. Nous nous promenions un dimanche où j’étais en permission, avec grand-père Coteau et les deux petits. Nous les avons laissé les 3 aux Georges et nous étions venus au muguet les deux Jeanne le long du Cordon. Où sont ces temps là ?

Lettre de Jean le 27 juin 1943

« …Reçois une carte où vous me dites Margot malade, mais Mr Mitan m’avait déjà dit qu’elle était guérie. Le courrier en retard mais c’est compréhensible, ce n’est plus de la rigolade. Comme le Grand-père Coteau doit vous raconter de belles choses (le poste de radio est juste devant le portrait du grand-père, il veut dire que quand on écoute le poste on écoute le grand-père). Maman chérie je te souhaite un bon anniversaire, nous seront réunis pour le prochain. Pauvre oncle Alfred pour aller au travail comment peut-il faire. Je voudrais des nouvelles de Freddy et de Jacques. Amitiés à la ronde, je vous serre bien fort ».

Lundi le 28 juin 1943

Il fait toujours beaucoup sec, les roues crient misère. J’en resserre souvent, il ne fait pas bon faner et faire ce travail-ci.

Il y a en plus les poirottes à traiter à l’arséniate sous peine de sanctions sévères. Tous les champs doivent avoir une étiquette.

Ils ne sont pas beaux cette année, sauf les nôtres qui sont superbes. Les céréales, Blé, seigle, avoine sont extra. J’ai mesuré une tige de seigle de chez Djean Djatié en haut de Frenabier, elle a 2 m 20.

Hier notre Suzette nous a ramené une petite minette depuis Lomontot et ce matin elle et son frère rapportent chacun un lièvre qu’ils ont attrapé en fauchant aux Gouttes Granier ; mais sitôt arrivé l’un des deux a été écrasé sous une grosse caisse où il s’était caché.

Jeudi le 1er juillet 1943

Nous étions au foin pour Jacques au champ du Chêne de Christen. Comme tous les jours Philippe courrait de tous les côté pour trouver du serpolet, le gosse raffole de plantes médicinales. Chaque saison ramène une nouvelle plante. Nous sommes à la saison du serpolet, il est toujours à sa recherche.

Il était venu par le champ Bozar avec la voiture, et il avait vu en descendant une belle place de cette précieuse plante. Eh ! bien dès son arrivée, nous l’avons vu repartir seul en courant presque jusqu’au village. On se demandait où il allait. Un moment après on la vu accroupi qui cueillait, puis revenir vers nous avec une énorme brassée de son précieux serpolet. Son père a dit : «  on croirait voir un de ces petits roitelets quand ils emportent un gros torchon de mousse pour faire leurs nids ». Hier il était tout en haut du tilleul où il essayait de couper une branche pour les cueillir plus facilement.

Samedi le 2 juillet 1943

La semaine est finie, on est content que ce soit demain dimanche. On a fait beaucoup de travail par un temps idéal : beau temps tous les jours sans jamais d’orage.

Il y en a qui sont moins fatigué que d’autres. En ce moment il y a une bien joyeuse équipe de gais lurons devant chez nous.

S’il n’était pas si tard je prendrais une photo. Ils sont là au moins 15 qui dansent. Le Norbert assis sur notre banc avec 3 autres musiciens, joue du saxophone. Robert Goux tire son accordéon, Camille Nardin cogne sur une grosse caisse d’une main et sur un tambourin de l’autre et un 4è racle sur un violon.

Oh ! Ces jeunes d’Etobon ! Jamais on avait vu une jeunesse pareille. Mr Marlier le pasteur après Mr Clément et Mr Leroy les a bien en main.

Ils chantent, ils dansent après le dur labeur d’aujourd’hui.

Dimanche le 4 juillet 1943

Il y a aujourd’hui 55 ans que la mère de mon papa est morte. Jamais il ne laissait passer cette date sans le dire.

Je suis en ce moment au lit on vient de diner. Je tombais de sommeil et à présent je ne puis plus dormir. Oh ! Que j’ai eu sommeil à l’église. Je ne pouvais pas lutter. J’avais beau changer le Philippe de genoux, je m’endormais aussitôt. Pourquoi ne pas dormir à présent.

Lundi le 5 juillet 1943

Par une belle après-midi bien ensoleillée, sans que rien ne le laisse prévoir, sans orage, le temps s’est couvert et il y a fait une bonne averse.

Depuis plusieurs mois une bande de réfractaires se cache dans la maison du Gaucher, vendue à Fernand Goux aux Roûbéta. C’était d’abord à moi que des hommes de Belfort se sont adressé. Je ne sais pourquoi et de la part de qui on s’est adressé à moi. D’autres, surtout Tournier, ont mis la main à la pâte. C’est lui qui assure le ravitaillement, il reçoit de l’argent des Anglais. Ces hommes ont d’abord été au moulin de l’Alphonse, mais là ils se sont trouvés trop seuls, trop cachés. Ils sont revenus au village, ils veulent bien ne pas partir en Allemagne mais ils ne veulent pas accepter une trop pénible réclusion. Ce ne sont pas tous des gens intéressants. A l’un d’eux qui n’avait rien pour se couvrir j’ai donné ou plutôt prêté mon manteau de soldat. Puis jugeant cela compromettant pour moi, mon nom étant écrit sur la doublure, je le lui ai échangé contre une capote noire de Vincennes. On vient de me dire que cette capote avait trainé plusieurs jours dans le fossé et qu’à présent ils l’avaient jeté dans le puits. Ils vont quitter Etobon. Je la leur ai réclamée, ils sont là tout bêtes, ne sachant pas quoi dire. Ah ! Têtes à gifles va !

c:\users\alain guillaume\pictures\capture\032.jpg

Mardi le 6 juillet 1943

Au Courbe-au-Prêtre ce matin nous avons cassé la noie de la bielle de la faucheuse. Je suis allé à Chagey pour en chercher une neuve. J’ai descendu la Goutte, j’ai rencontré le garde Dupret, nous avons parlé de beaucoup de choses, surtout de la partie de chasse d’il y a 3 ans où j’avais fait de si belles photos.

Il m’a dit qu’une sienne cousine voudrait agrandir celle où Verchaux tire les trippes du sanglier et il m’a demandé le cliché.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   57

similaire:

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconArchives departementales de l’aube

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconBibliothèque historique des archives départementales de la sarthe

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconService educatif des archives departementales des hautes-pyrenees

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconConférence chantée (Archives Départementales de Marseille, 27 octobre 2008)
«avec de savants hommes» alors qu’elle était (et n’était que) fille et femme d’artisans cordiers

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconComment a évolué la place de l’ouvrier dans la société française entre 1830 et 1975 ?
«Le travail des enfants dans les manufactures de la Somme de la Restauration à la fin du Second Empire», Service éducatif des archives...

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconMusée d’Art et d’Histoire – Rue du Palais Tous les jours sauf mardi de 14h à 18h
«Haute-Marne, terre d’écritures» Archives départementales – Du 24/02 au 13/04, le Lundi (14h; 16h45), Mardi et Mercredi (9h; 18h),...

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconRechercher l’histoire de son moulin
«que leur conservation ne cause aucun dommage aux propriétés environnantes». Les procès-verbaux des experts sont riches de renseignements...

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconMusée d’Art et d’Histoire – Rue du Palais Tous les jours sauf mardi de 14h à 18h
«Haute-Marne, terre d’écritures» Archives départementales – Jusqu’au 13/04, le Lundi (14h; 16h45), Mardi et Mercredi (9h; 18h), Jeudi...

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconLittérature presse linguistique p. 39 Sciences p. 43 Annexe : Inventaire...
«Aliénor d’Aquitaine». Revue 303, Arts, recherches et créations, Nantes, Hôtel de la Région, n° 81, 2004. 245 p ILL

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconUne exposition des archives départementales du Var
«force noire», les troupes «coloniales» à Fréjus et contribution par la mobilisation générale qui arracha des milliers de Varois...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com