Archives départementales : cote : 9 j 14





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10 heures – Qui aurait cru à une chose semblable ! Un des Boches qui était à l’école, celui qui a pris mes tôles du hangar est couché dans le lit de notre écurie. C’est Georig, l’interprète, il dit qu’il s’est rendu aux Français et comme Alsacien, il a été libéré aussitôt. Mr Pernol le croit sincère. Il nous affirme que l’ordre de ne plus fusiller les FFI leur avait été donné aux environs de Besançon. Si oui, les fameux Vonalt et Blum ont bien désobéi, il accuse le commandant Bachmaïer comme grandement responsable du malheur d’Etobon et aussi le médecin Rauch.

La maman est bien fâchée que je l’ai couché chez nous. Il est serrurier à, ou vers, Colmar.

Notre neveu Jacques Pochard vient de nous dire au revoir pour repartir à Fougerolles. Son capitaine a été bien bon de venir à l’enterrement avec 12 de ses hommes. Je lui ai écrit pour le remercier.

Jeudi le 14 décembre 1944

Avec Mr Pernol je suis allé à Belfort dans la 201 que l’armée lui a prêtée. Nous avons passé à Banvillars où nous avons eu des détails. Mr Pernol a trouvé à la caserne Frédéric du Vallon la liste des 27 fusillés de Banvillars. Ces hommes ont été chargés dans un camion avec des outils et ils sont partis au gré du bourreau pour trouver l’endroit propice pour le meurtre.

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Jacques Pochard

Ils ont pris la route d’Héricourt, puis passant à proximité de cette corne de bois vers Banvillars, ils y sont allés. Ils leur ont fait creuser la fosse puis ils ont voulu leur faire crier « Heil Hitler » et sur leur refus ils les ont fusillés.

Je dis « ils », qui « ils » ? Eh bien des Français, des miliciens. Un homme de Banvillars caché à proximité à tout vu (note du 10 octobre 1945 : ceci est archi-faux : un groupe de gens d’Etobon rentre de Banvillars où vient d’avoir lieu une cérémonie commémorative, on me dit que le curé de Giromagny qui était parmi les condamnés à pris la parole, il a dit que 2 autos contenant chacune 14 condamnées ont quitté Belfort. On a placé plusieurs mitrailleuses en batterie. On a fait descendre les hommes deux par deux, quand les deux premiers qui était un soldat Algérien et un autre ont été engagés à bonne portée, dans le petit chemin, derrière la haie, les mitrailleuses ont tiré, ils sont tombés. Aussitôt deux autres sont descendus et ont parcourus le même chemin, arrivés à l’endroit fatal, ils sont tombés vers les deux premiers ces deux ci étaient Pierre Goux et un Nardin d’Etobon, il n’a pu dire lequel. Lui était du 3è convoi, alors il a demandé en grâce au bourreau qu’en qualité de prêtre et d’officier Français, on le fusille le dernier et par devant pour qu’il puisse assister de ses prières ses camarades. Alors chose incroyable on la mis de côté et quand le contenu du premier camion a été exécuté on l’a fait remonté dedans et il n’a pas vu l’exécution du 2è. Mais d’après les coups de feu il est persuadé que cela s’est passé comme pour le premier. Nos amis les gendarmes ont subi le même sort. Ils ont tué comme à Chenebier le père et les fils Dugois. Ce brave curé qui est presque un vieillard a été emmené à Dachau où il était avec notre pasteur Mr Marlier, ils s’aiment comme des frères).

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Je suis allé voir le père Chassigné le rebouteux de Bavilliers, il m’a dit que je m’étais forcé le genou et déplacé l’épaule, mais pour cette dernière c’est très vieux.

En effet j’y ai mal depuis qu’un jour étant gosse j’avais jeté une pierre au chat de chez Tournier, mon bras était retombé inerte.

Quel changement dans Belfort, où sont ces habits verts qui traversaient les rues en chantant, ces convois funèbres qui défilaient au pas de l’oie, toutes ces femmes qui claquaient du talon ?

Je suis allé à la caserne de Maud’hui à Rethenans pour avoir 10 prisonniers Allemands.

Vendredi le 15 décembre 1944

Nous avons reçu nos 10 Boches, il faut que nous en assurions nous même la garde. Pour la nourriture chaque famille leur fera la soupe à raison de 15 francs par têtes et par jour. On va bien leur faire réparer la conduite qui une fois de plus est crevée. Les gens arrachent les pommes de terre et en ramènent de rudes voitures !

Soir – Philippe vient de me dire : « Grand-père ! Il faut encore un fusil pour le Roger Perret, pour garder les prisonniers ». Alors je lui en ai donné un de ceux que j’avais encore. C‘était drôle de voir ce petit bout d’homme partir avec ce fusil boche au dos.

Dimanche le 16 décembre 1944

Nous finissons de diner quand un des prisonniers, un grand blond, Otto Youg a rapporté une marmite qu’on avait prêté, nous avions un bon gâteau de potiron. Oh ! Ces yeux vers ce gâteau. La maman qui les massacrerait tous dit : « Il en mangerait bien un morceau ».

On le lui tend ! Lui a tendu ses deux mains pour le prendre…

Mon pauvre Jean, c’est en pensant à toi, nous t’avons vu avoir si faim, mais tu as trouvé aussi des bonnes gens !

Nous voulions venger son frère ! La voila notre vengeance.

J’ai demandé que 10 familles en adopte provisoirement chacun un pour leur fournir linge et couverture pendant qu’ils sont ici.

Suzette est sur le point de partir à Buc pour voir Kuntz et Aline va allé à Chenebier à l’enterrement du petit Roland Hénisse, le fils de Fernand, le pauvre petit âgé de 10 ans jouait malgré les défenses de sa mère avec une grenade qui lui a éclaté dans les mains. Conduit à l’hôpital d’Héricourt, il est mort le lendemain.

En voilà déjà trois de la famille Hénisse, deux enfants et le grand-père. Fernand à perdu son 6è enfant.

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Roland Henisse

Mardi le 19 décembre 1944

Les avions qui ont tant survolé la nuit de dimanche étaient des Allemands. Ils ont déposés un peu partout des parachutistes qui font beaucoup de mal de toutes les manières possibles (à vérifier ?). Ils ont bombardé Dijon. Les Allemands ont lancé une grande offensive contre les Américains en Belgique. Ces derniers, surpris, ont abandonné une division entière de blindés avec lesquels les Allemands ont fait immédiatement un autre coup qui a bien réussi, à cause de la surprise occasionnée par tout ce matériel américain. La situation est critique au Luxembourg.

En Alsace les Boches tiennent le coup, ils ont repris Pont d’Aspach ! La bise nous apporte ces jours ci le son du canon bien plus fort du côté de Thann. On frémit en pensant qu’ils pourraient revenir.

Aline vient d’entrer tenant dans ses mains 3 objets, le porte monnaie, le couteau et le béret de Jacques, retrouvés sur lui dans sa tombe. Avant que j’ai pu l’empêcher, malgré mes protestations elle a ouvert le fourneau et mis le béret au feu. J’en suis outré, indigné, alors me dit : « on ne pourrait plus le mettre ». Ah ! Ce n’était pas pour le mettre ! Il y a des gens qui ne comprennent pas.

Jeudi le 21 décembre 1944

Les champs de pommes de terre étaient inépuisables cette année, les gens en ramènent tous les jours, elles ne sont absolument pas gâtées, mais il fait très froid. Les prisonniers ont fini le travail des fontaines, on les a répartis chez les gens qui ont besoin de main d’œuvre. J’en ai mis deux sur le toit de l’église et de l’école et ils viennent aussi bricoler chez nous. Comme j’ai retrouvé les tôles ondulées que les Allemands m’avaient volé. Je les fais replacer sur le hangar par mes deux Boches, Otto Youg et Walter Erich. Ils avaient bien froid. Je les ai appelés souvent pour se chauffer. Nous les nourrissons et ils ont la dent. On leur en bourre autant qu’ils peuvent manger. Jusqu’à Philippe qui veut que je leur donne des cigarettes.

Les autres sont allés avec Mr Pernol dans les bois du Chérimont pour rechercher les corps des francs-tireurs Fabro et Saint-Maurice (gendarmes). Ces deux gardiens de prisonniers qui avaient été envoyés par le gendarme Gendre en reconnaissance ont été pris et fusillés par les Allemands le 18 septembre.

Qu’ils prennent bien garde aux mines. Les bois en sont cousus là-haut. On signale plusieurs hommes tués ces jours ci vers Ronchamp. Il y en a tous les jours. Hier des parachutistes Allemands ont attaqué et tué une femme qui conduisait une ambulance. Ils ont pris l’auto.

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Dimanche le 24 décembre 1944

Nos deux prisonniers ne s’en font pas, ils passent leur journée vers un bon feu à la forge et ils bricolent, ils la nettoient, ils mettent des fruits dans un tonneau.

Walter Erich va remettre un fond à un tonneau, il dit qu’il sait. Otto me disait : « Morgen Christmas, Otto ici (demain Noël) » Et il avait les larmes aux yeux. Il a 3 enfants. Hélas oui c’est demain Noël et ce sera le 5è que mon fils passe en captivité. Et je m’apitoye sur le sort de ce pauvre Boche qui y passe le 1er Noël. Il y aura demain un an que Jean était sur le point de revenir. C’est peut-être pour son bien qu’il a été retenu. Il serait peut-être vers son frère.

Les Américains ont eu un coup très dur. Ils auraient reculé de 100 Km par endroits. On craint qu’ils abandonnent l’Alsace ! Ce serait bien mauvais pour nous. Ces jours ci la bise nous apporte le son des combats d’Alsace bien plus fort. On se demande ce qui se passe ?
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Mercredi le 27 décembre 1944

Les Allemands ont encore eu quelques gains dans la Meuse, mais partout ailleurs ils sont arrêtés. Les Américains ont eu chaud. C’est sans doute le dernier coup des Boches. Il fait un peu moins froid. Un de mes prisonniers a glissé sur notre toit gelé et il est tombé en bas, mais relevé aussitôt il voulait remonter, mais je n’ai pas voulu. Il y en a deux jeunes qui ne valent pas cher, qu’ils se méfient

Fernand Bichon pendant qu’il faisait la goutte des Allemands à la Vieille Verrière, était beaucoup avec en contact avec les Cosaques, il vient de me raconter que l’un d’eux avait ses deux fils avec lui, un de 17 ans et un de 14. Ce dernier faisait la soupe. Je viens de faire un sauvetage au Coteau. Ma sœur est venue toute en larmes me chercher pour retirer son chat qui était pris dans la batteuse, et j’ai réussi à sauver le chat. Ça me fait songer à tous ces hommes qu’on a massacrés volontairement. Ah ! Monde maudit (aujourd’hui 12 octobre 1945 nous apprenons que bourreau principal des francs-tireurs Français, le sinistre Darnand a payé sa dette, il est fusillé lui aussi et nous apprenons aussi la condamnation à mort du bougnat (Auvergnat) Laval, fusillé le 14 octobre 1945).

Jeudi le 28 décembre 1944

Nous avons enlevé de la forge tous les copeaux que Jacques y avait fait en creusant ses sabots. Philippe m’aidait. Un coup je démontais le tronc sur lequel il ébauchait.

Il y avait un crochet qu’il y avait fixé pour tenir son banc à paroir. J’allais l’arracher quand le petit m’a dit : « Grand-père, puisque c’est mon papa qui l’a mis, il ne faut pas l’ôter ».

Si tu savais cher enfant combien ces mots m’ont fait plaisir. Toi tu n’aurais pas mis au feu le béret de ton papa a eu pendant 3 mois dans sa tombe, dans sa poche, malgré qu’il était fichu.

Ma sœur a comme moi bien du mal à l’épaule droite et en en parlant tous les deux nous nous sommes souvenus que notre père s’en ai beaucoup plaint aussi, ses dernières années, de son épaule.

Parmi les prisonniers il y a 2 Autrichiens, ils ont dit que les jeunes Boches sont prêts à se révolter.

Samedi le 30 décembre 1944

Les nouvelles des Américains redeviennent meilleures. Ils reprennent du terrain perdu, cela grâce à beaucoup d’aviation qui écrase les Boches. Cette aviation n’avait pas pu agir quand les Allemands ont attaqués car ils étaient déguisés en Américains et avait du matériel américain.

Il parait que nos prisonniers complotent sérieusement de s’enfuir. Ils entendent le canon de plus en plus fort, ils croient que leurs Kamarades reviennent. Eh ! Bien, demain matin on les reconduira à Belfort. Ils verront s’ils seront mieux.

Deux zouaves sont venus me demander de la goutte, ils viennent des environs de Mulhouse. Ils m’ont dit que ces parachutistes Allemands ont déjà fait beaucoup de mal. Ils demandent à monter sur les camions et y mettent des bombes à retardement. Ailleurs ils font sauter des édifices. Ils attaquent les soldats isolés. Ils ont même des flacons d’acide sulfurique qu’ils jettent. Il y a eu ces jours passés 3 maisons détruites à Belfort par des bombes allemandes.

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Dimanche le 31 décembre 1944

Ce matin au point du jour 4 hommes sont allés dire aux prisonniers de descendre dans la cour avec leurs affaires personnelles et, en route direction Belfort. En passant devant le cimetière, ils les ont fait se découvrir et s’agenouiller 5 minutes sur la route.

Pas un n’a bronché. Pernon était bien décidé d’abattre le premier qui aurait refusé d’obéir.

Quatre hommes sont partis en vélo reprendre la conduite à Frahier et les 4 premiers sont revenus sur les vélos. Puis Mr Pernol est allé à Belfort pour ramener les quatre qui sont allé jusque là.

J’ai regretté qu’ils aient agi un peu précipitamment car on aurait pu garder encore les deux nôtres et les deux Autrichiens.

Soir – Philippe Kuntz est chez nous. Il nous raconte, ça nous fait mal de le voir et de l’entendre. Il ne repartira que demain.
Année 1945 Lundi le 1er janvier 1945

Nous voici dans une nouvelle année. Ce sera l’année de la Victoire, l’année de la fin de la tuerie ! Mais d’ici au 31 décembre combien de victimes y aura-t-il encore, nous pensons à tous nos prisonniers à tous les déportés qui sont encore dans la gueule du loup. Nous pensons à tous ceux qui autour de nous périrons en sautant sur des mines. On en signale tous les jours dans nos villages tout proches. Cette nuit il y en a éclaté 3 en Chérimont.

Les cloches n’ont pas annoncé la nouvelle année. Hélas, c’est que sur les 27 jeunes hommes qui auraient pu sonner, il y en a plus que 2 ici. Les autres sont morts ou déportés.

Oui cette fois nous tenons l’année de la victoire ! Mais en attendant il y aura encore des coups durs. Ces jours-ci nous craignons presque un retour des Boches par ici. Oh ! Si le fait se produisait, je crois qu’il ne faudrait pas rester ici.

Le cousin Charles (Perret) dit qu’il ne fuirait pas, il s’armerait d’un fusil et il attendrait. J’en doute fort car il ne saurait pas s’en servir.

Nous apprenons la mort de Charles Pourchot qui faisait les fonctions de maire à Belverne, le maire Sire ayant été destitué. Pourchot a été victime d’une vengeance, on lui a jeté un seau d’eau et il a pris froid.

Samedi le 13 janvier 1945

Le docteur Müller de Belfort est venu hier soir me mettre la jambe dans le plâtre, me voici alité pour 3 mois. Je souffrais de plus en plus, j’ai passé à la radio. Il parait que j’ai de la décalcification au tibia.

Il y a de la neige. Nous avons un petit rouge-gorge depuis plusieurs jours dans la cuisine et dans la chambre
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