Archives départementales : cote : 9 j 14





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Dimanche le 4 février 1945

Mme Christen me dit que l’Hindou Chan-Dram leur a écrit depuis l’Angleterre. Hélas, 100 fois hélas. Si Jacques était resté avec les 5 Hindous quand nous les avons trouvés le 19 ou 20 septembre sous la Pierre-du-Sarrazin !

Les Russes sont sur le point d’arriver à Berlin. Tout va bien, même ici. Je suis toujours à mon école de patience, le temps passe vite, je ne m’ennuie pas.

Dimanche le 11 février 1945

Nos femmes ont réussi à retrouver des courroies et elles ont battu, blé, orge, avoine, c’est fini. Ces jours ci Edmond Bonhotal de Chenebier a sauté sur une mine, il est blessé assez grièvement, il l’avait déjà été en octobre par un obus. (Aujourd’hui 18 octobre 1945 Marcel Grandjean de Chenebier, prisonnier libéré a sauter sur une mine au même endroit.


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Journal Suisse de l’été 1945


Samedi le 24 février 1945

La radio annonce que le haïssable Doriot a été tué en Allemagne. Mr Pernol a quitté Etobon pour Vesoul, il me laisse seul dans les affaires de la mairie et je suis au lit. C’est notre maman qui doit s’occuper de tout. Oh pourquoi n’envoyons nous pas promener tout ce fourbi. Nous aurons beaucoup de mal par les gens et probablement nous nous ferons des ennemis. Vivement que je ne sois plus rien du tout. Le maire de Chenebier a autorisé que la salle où nos victimes ont été torturé servent de salle de danse aux soldats cantonnés là. Quelle honte, j’écris cela aux journaux.

Nous avons eu la visite de nos amis Clainchard. Leur fils Raoul quoique condamné à mort n’a pas été exécuté, mais il est dans un de ces mauvais camp en Allemagne.

Vendredi le 16 mars 1945

Sans tambour ni trompette on vient de déterrer Tournier pour le mettre vers ses camarades. Il repose vers le Pierrot (Goux) qui n’était pas encore rebouché complètement. Nous apprenons avec une grande et joyeuse surprise que les Américains viennent de traverser le Rhin sur le pont de Remagen que les Allemands ont oublié de faire sauter.

Jeudi le 22 mars 1945

Surprise plus grande encore. Notre auto, notre bonne auto 3508 est là devant chez nous. C’est le receveur d’Héricourt qui vient de nous la ramener. Il était en vacance chez lui (Saône-et-Loire) et il est revenu avec.


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La radio ayant dit un matin que le général de Gaulle avait visité les ruines d’Oradour, j’ai eu l’idée de lui écrire pour lui apprendre le martyre de notre village. Il m’a répondu quelques jours plus tard.


Copie d’une lettre que j’ai

écrite au général de Gaulle

Etobon le 5 mars 1945

L’adjoint d’Etobon Perret Jules à Monsieur

Le général de Gaulle

Mon Général,

La radio nous a dit ce matin que vous avez visité Oradour, cette cité sœur de la nôtre dans le martyre, cela me donne l’idée de vous faire connaître quel fut le calvaire de notre village. Voici :

Etobon, petit village de 260 habitants situé entre Lure et Belfort à égale distance de l’un et de l’autre a une population paisible qui ne s’occupe que des travaux des champs et des forêts. Dès 1943 deux hommes, l’instituteur et le pasteur, tous deux officiers de réserve ont formé une section de francs-tireurs.

Malgré des parachutages d’armes cette section n’a eu l’ordre d’entrer en campagne que le 5 septembre 1944.

Le 6 septembre à 4 heures nos FFI se réunissaient sur la place à d’autres sections arrivés dans la nuit sous les ordres d’un capitaine, la troupe entière était d’environ 80 hommes. Les deux premiers jours ces soldats ont combattu les troupes Allemandes qui passaient en fuyant sur la grande route Paris-Strasbourg, mais comme les masses allemandes étaient trop compactes pour si peu d’hommes, le capitaine a ramené sa troupe à Etobon, avec mission d’attaquer sans répit sur la route d’Héricourt-Lure où elle traverse une forêt de 9 kilomètres.

Quatre maquis opéraient déjà dans cette forêt, ceux d’Héricourt, Champey, Lure et un groupe de partisans indépendants.

Au cours de nombreux combats qui ont eu lieu journellement sur cette route, un officier supérieur Allemand (on croit que c’était un général) a été tué par les francs-tireurs de Lure. Il fallait que cet officier soit vengé !

Quand aux environs du 24 septembre les Alliés ont cessé leur avance à quelques kilomètres de nous, les Allemands ont pu organiser les représailles. Par deux prisonniers évadés d’Etobon, ils ont appris que notre village avait été un cantonnement de la Résistance, et ils ont décidé que 40 hommes seraient fusillés pour commencer. La suite viendrait après.

S’ils avaient pris quelques hommes de chacun des villages où la Résistance avait combattu, pour arriver au chiffre de 40 notre village n’aurait pas eu toute sa population mâle valide fauchée. Etobon a donc porté seul le poids de la vengeance teutonne.

Le 25 septembre les Cosaques, plus féroces encore que les Allemands, sont venus occuper le village avec mission de surveiller, de contrôler les hommes de chaque famille et le 27 ils réunissaient tous les hommes de 16 à 60 ans et les emmenaient au nombre de 67 au village voisin distant de 3 kilomètres (Chenebier).

Parqués dans une ancienne salle de couture et après que quelques uns furent martyrisés, nos malheureux virent les deux prisonniers évadés faire le choix des victimes.

Un moment après la tuerie commençait contre le mur du temple à quelques mètres de là.

Ils les ont tués par groupe de dix. Les dix premiers à genoux de face. Les deux fractions suivantes à genoux sur les morts ou mourants, ont été tués de dos. Les dix derniers sont allés à la mort en chantant la Marseillaise. Ils étaient debout et de face.

Un Cosaque et un SS ont été les exécuteurs, ils les ont tués l’un après l’autre avec leurs mitraillettes.

Parmi ces victimes on y trouve deux familles de trois personnes, huit de deux, père et fils aussi bien que frères.

J’y perds un fils, un gendre, un beau-frère, un neveu et onze cousins.

Ils ont massacré depuis 17 ans jusqu’à 58 ans. Le maire avait 55 ans.

On possède les noms, les numéros de régiments de beaucoup de responsables.

Des 67 hommes emmenés, il en est 27 qui ont été dirigés sur Belfort, le 10 octobre, trois de ceux-là étaient de nouveau abattus à Banvillars. Ils avaient été martyrisés. On n’a pu identifier que trois hommes d’Etobon. On suppose que les autres sont en Allemagne.

Voilà mon Général ce qu’à subi notre malheureux village. Je crois qu’après Oradour on ne trouve pas un plus fort pourcentage de victimes.

Après ces tristes évènements, le front de la bataille s’étant stabilisé entre Etobon et Frédéric-Fontaine, nous avons dû vivre pendant deux mois en contact avec nos bourreaux. Avec ceux-là même qui avaient organisé et perpétué le forfait, Allemands et Cosaques y étaient tous. C’est pendant ces deux mois d’occupation qu’avec beaucoup de patience et un peu de flair policier j’ai pû connaître les noms d’une partie des bandits.

Veuillez mon Général excusé la liberté que j’ai prise de vous faire connaître ces évènements, et accepter les remerciements de toute notre petite localité pour le Sauveur de la France et l’hommage le plus respectueux d’un de vos concitoyens.

L’adjoint faisant fonction de maire

Jules Perret

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Les Alliés avancent d’une vitesse incroyable en Allemagne. La retraite des boches est pire que la notre en 1940. Tous les jours des camps de prisonniers sont libérés. Nous pensons à Jean. Les Allemands se sont rendus coupables d’atrocités inouïes. On apprend tous les jours des détails de plus en plus horribles.

Tous les jours on signale dans les environs des gens tués par l’explosion de mines

Jeudi le 12 avril 1945

Je viens avec l’aide de Philippe de briser mon plâtre, ma jambe est raide.

Les Américains et les Russes vont bientôt faire leur jonction. L’Allemagne lance ses derniers civils pour faire des « terroristes », ils seront les « Volontaires Adolph Hitler ».

Le président Roosevelt est mort subitement hier. Mr Vignaux, inspecteur de police à Paris est venu de la part du Général de Gaulle enquêter d’une façon méticuleuse sur les évènements d’Etobon.

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Dimanche le 15 avril 1945

La maman entre avec un joli bouquet de muguet. Chez Eugène sont venus, nous avons eu un moment d’émotion, car on a cru que Jean était dans l’auto. Hélas ! Non. Nous trouvons le temps long !

Vendredi le 20 avril 1945

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Jacques aurait aujourd’hui 34 ans ! Et Jean les a. Où est-il ? Pas de nouvelles de lui depuis 6 mois, c’est long !

Je suis allé aujourd’hui jusqu’au Coteau avec mes 2 bâtons. C’est loin.

Le docteur Goebbels se serait suicidé avec sa famille. Bon débarras !

On apprend que des prisonniers en beaucoup de camps ont mangé après les cadavres de leurs camarades morts !

Les Russes sont dans les faubourgs de Berlin

Dimanche le 22 avril 1945

Grande nouvelle Himmler offre la capitulation sans condition, mais seulement aux Anglo-américains. On vote aujourd’hui et on ne sait pas pour qui. Le conseil sortant n’a fait aucune démarche, aucune liste, aucun bulletin. Je souhaite que le Charles (Perret) ai ma place.

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On a eu des nouvelles de Freddy (Pochard), mais de Jean toujours rien.

on apprend que Mussolini a fini ses farces. Il y a quelques temps il avait fait fusiller son gendre, le Comte Ciano. On l’appelait depuis « Marie-Rose » parce qu’il avait tué les poux de sa fille.

On chuchote que Hitler est caput.

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le Comte Ciano

Jeudi le 3 mai 1945

Les armées allemandes d’Italie ont capitulé, plus d’un million d’hommes. Le sinistre Laval s’est sauvé en Espagne vers son ami Franco. On doute de la mort d’Hitler.
Mardi le 8 mai 1945

Nous fêtons aujourd’hui la fin de la guerre et comme une bonne nouvelle ne vient pas seule, nous trouvons dans le courrier la note suivante : « Mr Jean Perret est de retour en bonne santé, il viendra vous voir après demain ». Il venait de téléphoner à la poste d’Héricourt. Quelle joie ! Quelle émotion ! Que Dieu soit béni.

Jeudi le 10 mai 1945

Eh ! Bien Jean est venu et il est repartit. C’est lui, bien lui toujours le même. Cette fois je ne rêvais pas. Je n’ai pas eu à me réveiller comme à la suite de mes anciens rêves. Il est toujours aussi beau, mais avons tous pleuré beaucoup.

Dimanche le 13 mai 1945

Le 2è tour a marché comme je désirais. Le Charles sera nommé maire et moi je ne serai plus rien, j’en suis content.

Lundi le 14 mai 1945

Quelle nouvelle encore. Le Fernand (Perret) ne reviendra pas d’Allemagne. Raymond Nardin non plus. Ils sont morts tous les deux dans un camp d’extermination.

On a appris quelques temps après la mort de Jacques Christen et des deux frères Edgard et René Quintin, 3 enfants de 17 à 19 ans.

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Fernand Perret

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Fernand Perret enfant

Jeudi le 17 mai 1945

J’ai repassé à la radio, il faut me remettre le genou dans le plâtre pour 5 ou 6 mois, c’est réjouissant !

J’ai peut-être trop marché, trop fauché, car nous fanons déjà.

Mardi le 22 mai 1945

On apprend la mort de Raoul Clainchard, 3 jours après sa libération.


Vendredi le 1er juin 1945

Je me suis remis moi-même dans mon ancien plâtre qui fait gouttière.

Dimanche le 3 juin 1945

Le Freddy de ma sœur dont on était sans nouvelle est rentré cette nuit.

Tous les jours il explose des mines dans les bois autour de nous.

Mercredi le 6 juin 1945

Le docteur Beltrando m’a fait un nouveau plâtre, très court, trop court.

Jeudi le 21 juin 1945

Qui le croirait ! Nos femmes, ces faibles femmes ont fini de faner. Le grenier est rempli. Je suis allé plusieurs fois au foin avec elles sur la voiture. Mes béquilles me fatiguent beaucoup sous les bras.

Jeudi le 30 juin 1945

Tous les prisonniers d’Etobon sont rentrés, ainsi que tous les déportés vivants.

Jeudi le 13 juillet 1945

Dans la France entière on veillera cette nuit sur les tombes des victimes. On s’organise à Etobon pour veiller nos enfants au cimetière.
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