Archives départementales : cote : 9 j 14





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Samedi le 24 juillet 1943

Je suis allé à Héricourt au dentiste. Ce brave homme de Louis Cousin m’a plombé 3 dents, il n’a rien voulu malgré que son gendarme de femme assistait au travail. Puis je suis allé vers le vétérinaire chercher des drogues pour la Lizette qui a de la vaginite. Il était couché dans son grand verger au milieu de ses poules, oies, canards, lapins, abeilles, arbres et fruits. Quelle abondance de bonnes choses il y a dans cette agréable maison. Vraiment Mr Radef a joliment bien fait de marier la fille de l’ancien agent voyer Mr Vinot.

Peu après mon retour il y a fait un orage effrayant. La foudre est tombée pas loin car les poulaines du téléphone ont éclaté tout en morceaux dans notre cuisine. On aurait cru un coup de pistolet. J’ai signalé en son temps que nos jeunes avaient dû faire des civières pour emporter les objets qui seront parachutés par les avions Anglais. Il y a contre ordre, il n’y aura pas de parachutage aux abords d’Etobon à cause de la hauteur du Château ; la nuit les avions pourraient faire comme l’Etoile d’Argent » (un avion de ligne écrasé contre cette colline en 1933).

Quand la radio dira le message « la cheminée est cassée » ce sera pour Etobon dans la nuit suivante, mais entre Etobon et Belverne.

On croyait que Mr Pernol ne voulait rien savoir pour être franc-tireur ! Mais si, il y a longtemps qu’il est dans l’organisation du mouvement. Mais il est prudent. Il trouve qu’il y a trop de bruit autour d’une chose si sérieuse.

Lettre de Jean le 25 juillet 1943

« Toujours bien long pour le courrier, 20 jours… c’est trop. N’ayez pas de soucis pour moi tout va bien. Le gros lot va bientôt arriver pour Prosper. Ah ! Jacques a comme ça des cheveux blancs. Les copains me disent que moi aussi. Beaucoup de camarades sont devenus ouvriers civils. Moi je ne suis pas d’avis. Je suis venu ici à contre cœur. Je ne veux pas m’y voir comme volontaire. Que Dieu nous garde toujours, surtout la Maman ».

Lundi le 24 juillet 1943

Ah ! Mes amis quelle bonne nouvelle que Londres annonce. Mussolini abandonne. Il a donné sa démission, c’est Badoglio qui le remplace. Ca vient petit à petit.

Nous avions hier le gendre de Mr Labigand venu aux framboises avec deux camarades. Ils avaient de nombreuses provisions qu’ils sont venus manger chez nous, au lieu d’aller aux framboises. Quel homme ce gendre. Oh ! Qu’il est amusant, mais il n’aime pas son beau-père, ni sa propre femme.

Mardi 27 juillet 1943

Un vol de 27 gros avions allemands volant très bas vient de passer sur le village. Comme toujours depuis quelques temps ils vont d’Est à Ouest. Ces avions ont 6 moteurs, quel vacarme pendant 5 minutes.

On se bat en Italie entre fascistes et anti fascistes, Mussolini est en fuite. Oui Mussolini en fuite ! Ça

viendra.

Samedi le 31 juillet 1943

Il me tardait de voir le journal pour voir ce qu’il disait des événements d’Italie. Eh bien c’est tout simple, il n’en dit pas un mot, sauf un petit entrefilet où on dit que pour raison de santé Mussolini à démissionné. De Russie la résistance est inébranlable. Badoglio demande 40 divisions à Hitler pour défendre la Botte et Hitler dit qu’il ne peut pas.

Nous avons fini notre moisson. Je crois que nous n’en avons jamais eu tant sur le grenier. Jacques en avait 12 cartes, nous 6 (carte : mesure de surface). On pourra faire des gaufres et des gâteaux.

Samedi le 2 août 1943

J’ai fait hier la récolte d’une ruche, il y avait beaucoup de miel. On l’a tourné aussitôt et nous avons rapporté la hausse avec le cadre vide à lécher sitôt fini. Il était près de minuit. Suzette à été piquée car à l’heure tardive nous n’avions pris aucune précaution.

Cette après midi nous avons récolté une 2è mais elle ne vaut pas.

Les Américains ont envoyé une proclamation à l’Italie leur disant que puisqu’ils ne veulent pas capituler ils vont remettre ça en fait de bombardement. Ils bombardent à présent les puits de pétrole de la Roumanie. On se demande pourquoi ils ont tend attendu jusqu’à ce jour.

Nous avons une vague de chaleur torride depuis 4 ou 5 jours. Nous avons rentré moyotte du champ Tabac (avoine) bien sèchent.

Mercredi le 5 août 1943

Hier à Montbéliard 3 hommes ont été abattu de chacun un coup de revolver. Le chef du recrutement antibolchévique, sale type qui a déjà fait beaucoup de mal dans la région.

En voilà déjà une quinzaine de ces traitres qui sont abattus aux environs. Celui de Bas Evette, qui en a déjà tant fait, à été négocié aussi. Le fameux Pierre Maillot d’Héricourt est bien menacé. Celui là on peut dire que c’est un pur collaborateur. Lui comme tous les autres touchent beaucoup d’argent à chaque dénonciation, mais en plus il agit par conviction politique. C’est un vrai réactionnaire qui pour le triomphe de la Cagoule (mouvement d’extrême droite), n’hésite pas à livrer la France à l’Allemagne.

Les Russes ont pris Orel et les Anglo-américains ont pris Catane. Les Français ont bientôt toute la Corse.

Le cousin Charles Perret a quand même quitté son Périgord. Ils arriveront demain.

Dimanche le 8 août 1943

J’avais touché mes bons matières et j’étais hier à Belfort. Il y a encore de nombreux Allemands. En les regardant je me demandais quelle attitude mentale on doit avoir vis-à-vis d’eux. On les veut aux fins fonds de la mer, mais n’y a-t-il pas parmi eux beaucoup d’hommes recrutés de force dans les pays conquis. Tout comme seraient nos enfants si Laval osait les livrer à Hitler.

Je suis allé comme souvente fois gouter dans les promenades derrière le fort Hatry. Je me revoyais 30 ans plus jeune dans ce fort des Barres. C’était le bon temps, comparé à aujourd’hui.

Nous avons eu la visite de Paul Mercier et de Louis Marchand, mon vieux camarade de Voiron et ce soir nous avions le Charles et la Marguerite pour souper (Charles Perret, cousin de Jules, et sa femme Marguerite instituteur en retraite réfugié dans le Périgord venait d’arriver à Etobon) toute la famille était réunie, il ne nous manquait que Jean.

La Marguerite nous faisait du bien au cœur en nous répétant comme si elle les avait appris par cœur certains passages belliqueux des discours que prononçaient les Hitler, Goering, Goebbels et compagnie au temps de leur prospérité . Dire que nous sommes à la veille de la fin de ces gens là.

On a entendu la nuit passée un bombardement sur l’Allemagne du côté de Strasbourg à 200 Km d’ici et nous n’avons pas entendu celui de Sochaux à 35 Km.

Vendredi le 13 août 1943

Jacques cache un réfractaire, Gaston Receveur d’Héricourt, cousin germain d’Aline (épouse de Jacques Perret). Il a fait un séjour à Berlin, il est revenu en permission et il se cache ici pour ne pas y retourner. Il fait comme Gégène (Faivre).

Cet après-midi jacques et lui sont allés à la coupe qui est sous le Cordon du Chérimont un peu avant d’arriver à la Fontaine-qui-Saute. Là-haut les coupeurs ont laissé beaucoup de gros bois sans le façonner. Ce bois sera à celui qui le façonnera. Il y a de quoi chauffer 10 familles. Jacques et Gaston y sont allé, ils ont aussi la yotte pour trainer nos stères jusque sur le chemin de la Conduite. C’est sous ce chemin que passent les tuyaux de nos fontaines.


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J’y suis allé avec les vaches et la Margot pour chercher des stères. J’ai fait deux voyages de suite.

Au retour du premier j’ai un peu goutté. J’ai pris deux autres vaches. J’ai remis la Margot devant et en route. Pour les deux voyages qui durent chacun 3 heures j’ai mis le Philippe à cheval devant la maison et je l’ai descendu à la même place au retour des 2 voyages, ça lui fait 6 heures à cheval !


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Il guide très bien la Margot dans les mauvaises places. Je peux rester sur la voiture tout le long du chemin à vide. Je n’aurais jamais cru qu’on ferait des transports depuis là-haut si facilement.Je charge 2 stères sur ce chemin de la Conduite et je saute au dessous dans le grand bois pour descendre dans une espèce de chemin qui suit tout le long du neuf entre les gorges et le pré-du-Loup en passant vers l’immense tronc du gros chêne des Outellottes, coupé en 1914, et qui vient aboutir vers le chêne aux trois cuisses, aux abords du moulin du Loup.

J’avais photographié ce chêne il y a quelques années.

Nous avons fauché ce matin la navette de printemps que Jacques avait semé aux Rayères. C‘est la seule qui à réussi de tout le village.

Il y a fait bien chaud aujourd’hui, mais est-ce bien la chaleur qui est cause de ceci ? Louis Nardin remontait un chêne avec 4 bœufs depuis la Tâle.


Tous ses bœufs étaient normaux, avaient mangés et ruminés. Les 4 avaient tirés autant l’un que l’autre normalement.

En arrivant au coin du verger de René Belot, l’un d’eux est tombé mort, bien mort, les quatre membres raides. Juste à l’endroit où est tombé 14 mois plus tard l’obus qui a blessé Aline.

Samedi le 14 août 1943

Nous avions des vacancières à la cure ; elles sont reparties aujourd’hui. Nous n’en sommes qu’à moitié fâché car elles nous donnent beaucoup de travail avec le téléphone, mais elles seront remplacées par d’autres. Nous vendons tous les jours beaucoup de mirabelles. C’est un rude rapport que les fruits.

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Grand-père je suis par terre !!!

Comme hier je suis retourné 2 fois vers la Fontaine-qui-Saute. C’est bien loin, mais par le sec c’est un voyage très facile. Qu’il fait bon par cette grande chaleur dans l’ombre de ces grands bois. Philippe se plaint un peu que les branches le cinglent parfois, elles risquent de l’arracher du dos de son cheval, mais il n’est jamais tombé. Si quand même, il est revenu en bas une fois. C’était vers le moulin de la Cude mais, voyez pourquoi la selle avait tourné. C’est le sac de farine qui tirait trop d’un côté et la sangle de la selle n’était pas assez serrée. C’était comique.

Vous qui lisez ces lignes, si vous allez au bois là-haut dans 30 ans, faites comme moi, descendez par ce chemin vous vous en trouverez bien. Il y en a très peu qui le prennent. Les gens reviennent plus tôt par où ils vont c'est-à-dire par le chemin de la Conduite, mais il est trop mauvais, il y a des trous à y mettre une vache. Et puis, quand on croise aune autre voiture c’est tout un problème pour passer côte à côte.

Si je viens aussi vieux que mon grand-père, Jacques Perret, je serai encore là pour vous conseiller.

Les Russes encerclent Kharkov, les Allemands ne lâcheront pas !

Lettre de Jean le 13 août 1943

« Je reçois votre colis 41 avec tout son contenu, merci. Jambon ! Beaucoup trop serait meilleur pour vous qui êtes beaucoup fatigués. Alors tu n’as plus de souliers papa ? Jamais je ne pourrai tout payer. Mes coliques sont finies, je suis de nouveau d’aplomb. Merci pour ce bon Mitan… »

Mardi le 17 août 1943

La Sicile est conquise tout à fait, quel sale coup pour l’Axe. Les Russes entrent dans Kharkov et nous nous entrons dans les regains qui seront bien facile à faire. Il y a fait si chaud qu’il y n’y en a pas pour dire, c’est la sécheresse en bien des pays.

On a fait sauter la scierie de Fontanez à Moffans, parce qu’il sciait beaucoup pour les Allemands. Celle de René Ducotey à Chenebier à déjà été bien menacée, car elle ne marche que pour eux et ont dit qu’il est collaborateur, ainsi que son père. Les attentats de toutes sortes se multiplient.

Le maire de Sochaux était un grand collaborateur, il vient de mourir des suites de ses blessures lors du bombardement. Il parait qu’on lui a fait des funérailles d’une ampleur sans pareille de la part des

Allemands. Une délégation militaire est venue. C’est alors que les gens de la suite ont presque tous quitté le cortège.

Vendredi le 20 août 1943

Toujours la sécheresse, il n’y a pas plu depuis avant les foins que 2 ou 3 orages où l’eau a couru sur le sol au lieu d’entrer, mais la nature ne souffre vraiment que depuis 8 jours à cause de cette chaleur torride. Le regain est si sec qu’il se moût comme du son. Et la guerre continue, les Anglais ne cessent de nous dire : « tenez-vous prêt, c’est imminent ».

Je crois que si c’était si imminent que cela, ils ne le diraient pas tant. Je crois qu’ils cherchent à tromper les Allemands qui sont obligés de maintenir une forte armée en France, armée qui pourrait aller soit en Russie, soit en Italie.

Samedi le 22 août 1943

On a eu une émotion hier soir. On a presque eu un orage, mais il n’a rien donné que quelques gouttes qui n’arrivaient même pas jusqu’à terre, mais cet après-midi il fait semblant de pleuvoir.

Paul Mercier est venu voir sa fille Suzanne qui a rengagé pour 15 jours à la colonie de vacances, nous avons eu aussi le camarade de Jean, l’ami Bach.

Nous avons ramassé une pleine pièce de Belouches primes (tonneau de 220 litres de prunes).

Vendredi le 28 août 1943

Nous avons vendu notre petit bœuf rouge Roméo à Jeand’heur, le garde, pour 11 000 francs.

Aujourd’hui je suis allé à Montbéliard porter des sacs pour avoir 300 Kg de houille que Receveur, du ravitaillement, m’amènera en venant chercher le bois du cousin Léopold. Au retour j’ai trouvé Jeand’heur, Gégène (Faivre) et Jacques dans les rues d’Héricourt avec chacun une partie du Roméo.

Et le commerce ne lui allait pas. Jeand’heur l’a acheté pour le tuer et le vendre au marché noir. Et il parait qu’il s’y est mal pris, dans plusieurs villages il y a eu pareil commerce. Il a demandé à Jacques de l’aider à écouler la viande.

Il en a encore près de la moitié. Il a offert la peau à Tournut qui n’en veut plus. Il en a une grande quantité qu’il a payé 30 francs le Kg et a présent elles ne valent plus que 3 francs. On se demande pourquoi à un moment où il faut des cuirs. Et ce qui est curieux c’est que le commerce de ces peaux est tout à fait libre.

J’ai 6 tonneaux d’une pièce pour mettre des fruits, j’ai dû en porter un à Mr Pernol et un à Mr Marlier et je n’en ai plus assez car l’un de ceux qui me reste coule. J’ai envoyé Suzette le conduire à Carmien, tonnelier à Chenebier pour le réparer.

Cet après-midi Philippe à fait pipi dans le seau de cidre. Ah ! Le chenapan. Il a été bien moralisé et punit, il ne boira pas une goutte de cidre doux d’ici au mois d’octobre.

Un moment après cette sanction, j’entends le gosse qui monte dans une chambre du haut, un moment après il revient en me tendant une poignée de billets : « tiens grand-père, voilà pour payer le cidre ». Il y avait 140 francs qu’il avait pris dans sa tirelire.

Mardi le 31 août 1943

Par un communiqué spécial j’apprends que les Russes ont remporté deux grandes victoires. Churchill a fait un grand discours et Jacques a vendu à Elion d’Héricourt son vin des foins touché l’année dernière à 75 francs le litre. Il l’a envoyé par le camion de Receveur qui m’a amené la houille. En rentrant d’Héricourt Jacques nous a appris que Paris et sa femme étaient arrêtés par les allemands. La maison a été fouillée de fond en comble pendant 2 heures.
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