Archives départementales : cote : 9 j 14





télécharger 1.41 Mb.
titreArchives départementales : cote : 9 j 14
page8/57
date de publication08.11.2017
taille1.41 Mb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   ...   4   5   6   7   8   9   10   11   ...   57

Jeudi le 2 septembre 1943

Les Russes attaquent de plus en plus sur un front de 1 000 Km. Ils annoncent ce soir 2 grandes nouvelles victoires.

J’étais à Héricourt au dentiste. Les Allemands qui y sont ne paraissent pas gais. Ils s’attendent à partir d’ici peu. Sans doute pour le casse pipe de Russie. C’est dommage car un fort pourcentage de ceux-ci étaient prêts à se rendre et à livrer les armes si le débarquement avait eu lieu.

Vendredi le 3 septembre 1943

Les Anglo-américains ont débarqués, mais en Italie, en face de la Sicile. Les Russes avancent toujours, les Allemands fuient. Je suis retourné chez le dentiste.

Les Allemands d’Héricourt ne partiront qu’à une date ultérieure car il y a eu de nombreux attentats sur les voies ferrées. Ça chauffe un peu partout, même au Danemark le roi est arrêté. En Norvège l’état de siège est déclaré.

En Yougoslavie les Partisans du général Tito ont repris plusieurs villes aux Allemands ; en Grèce tous les sujets Allemand (civils) sont invités à rentrer en Allemagne.

Et ici Jacques bât sa navette avec Gaston en la froissant à la main sur des tuiles et Jeanne coupe les têtes d’œillets.

Dimanche le 5 septembre 1943

Par une bien belle journée je suis allé à la Thure avec le garde pour acheter 2 sapins pour faire des planches ; pendant ce temps tous les autres membres de la famille sont allés aux noisettes et sur ce soir nous avons ramassé une pièce de Belouches prunes.

Cela nous en fait 4 tonneaux de 180 litres, que de goutte !

Mardi le 7 septembre 1943

Nous vivons des temps palpitants. Oh ! Ces nouvelles de ce matin. Toujours des victoires Russes et comme ils citent les noms des villes et villages on ne peut douter. Et cette nuit ce vol d’avions pendant 2 heures sans arrêt, ils ont passé plein le ciel. Où sont-ils allés. Où sont les victimes. Ça fait frémir. Dire que hier soir des gens qui se sont couchés bien portant, sont à présent les uns morts déchiquetés, les autres mourants, déchirés, éventrés, étripés, amputer. Et que ces gens ont crié en 1938 « Heil Hitler, nous voulons la guerre ». J’entends encore ces cris de fauves. Quelle punition !

Pendant ce temps nous vivons quasiment tranquilles dans notre paisible Etobon. Les attentats, les coups durs se font assez loin de nous pour ne pas nous inquiéter ; nous fanons les regains sans faner. Suzette s’en va tous les matins seule avec la faucheuse et la Margot et elle racle des planches (prés allongés), sans faire les chintres (endroit pour retourner la charrue). Et ça sèche tout seul. Elle arrive à en faucher une échelée par jour.

Mercredi le 8 septembre 1943

La radio nous dit que c’est Munich qui a pris la nuit dernière. Quelle hécatombe ! Le sol était ici jonché de bouts de papiers doublés d’aluminium, il y en a partout, il leur en faut une rude provision s’ils en sèment ainsi sur tout leur parcours.

Soir – Je me souviens de la joie que nous avons eu un soir de septembre 1918 quant l’instituteur Mr Lods est venu nous dire : « la Bulgarie capitule » Eh bien mes chers amis, on nous dit : « l’Italie capitule ». C’est le René qui nous l’a appris en revenant de Sochaux, nous revenions avec Suzette de chercher une voiture de bois sec au champ des Creux. Quelle nouvelle ! Quelle bonne nouvelle !

Et ce soir la radio ! Ce que c’est beau, on aurait payé cher ces années dernières pour être à pareil spectacle.

Oh ! Ces hymnes nationaux joués les uns après les autres. De tous, c’est le notre le plus beau. On la « re’aime » notre Marseillaise ! Ah ! Nous nous souvenons du 10 juin 1940, de ce coup de poignard dans le dos de la France. Ah ! Les traitres, les fourbes, les voilà à genoux. Les voilà prêts à faire une nouvelle fourberie en se mettant avec les Alliés contre leurs amis les Allemands.

Les Russes ont pris la capitale de l’Ukraine, et partout ailleurs ils ont pas mal avancé.


Vendredi 10 septembre 1943

La grande chaleur a beaucoup activé la fermentation des fruits. Je fais ma goutte de Balouches au local Eugène Goux. Elle sort à 52 ° c’est beau mais Mr Pernol en fait à côté de moi de réginots elle est encore d’un meilleur rendement, elle sort à 62 °.

La dernière fois que j’en faisais ici c’était dans l’hiver 1940-41, les tanks, qui faisaient des manœuvres sillonnaient le village en tous sens, ils ont enfoncé la grille du monument. Aujourd’hui les temps sont bien changés. On sort sur la porte, on crie à Charles Surleau : « Eh ! bien qu’est-ce qu’ils disaient les Anglais ». Si on regarde en amont on voit Georges Surleau on lui dit : « Et la Suisse qu’est-ce qu’elle raconte ». Et chacun dit tout ce qu’il sait, on exulte.

Les Italiens se sont carrément mis contre leurs amis Allemands ! Oh ! Les traitres, les fourbes. Et vous verrez qu’on ne pas les punir.

Samedi le 11 septembre 1943

Je suis allé chercher pour Jacques une énorme voiture de gros bois sec sur le chemin de la Conduite, dans le grand Bois plus loin que notre coupe, jusque près de la Fontaine-qui-Saute.

Je viens de lui faire le récit de l’arrestation de Mussolini. C’est tordant. Il sortait de chez le Roi. Ils lui ont sauté dessus et l’ont couché et ligoté et apporté exprès. Je vois la scène d’ici. Et Hitler à quand son tour.

Les mitraillettes sont arrivées, il y en a 10. Tournier réunit tous ses hommes ce soir chez lui pour leur expliquer le fonctionnement.

c:\users\alain guillaume\pictures\capture\048.jpg

Lundi 13 septembre 1943

Mussolini était enfermé dans un hôtel dans une petite ville italienne. Des parachutistes allemands et un avion, d’accord avec une partie de ses gardiens, sont allés le délivrer. A présent il est avec son acolyte.

c:\users\alain guillaume\pictures\capture\051.jpg

femme Fernand Hénisse

Les Allemands deviennent méchants. Ils ont fait une rafle hier à Chenebier. Ils ont emmenés 3 personnes, Maurice Mathieu et un étranger qui se cachait chez Fernand Henisse et aussi la femme de ce dernier.

Il parait que c’est lui-même qu’il aurait voulu, mais il s’était caché dans le foin et malgré qu’ils on marché sur lui, ils ne l’ont pas trouvé. Alors ils ont pris sa femme qui est la fille de la femme d’Henri Lecrille. Aujourd’hui les Allemands sont revenus à Chenebier trouver Fernand Hénisse, qui a été dénoncé comme organisateur de la résistance de Chenebier. Ils ont trouvé sont père qui fourrageait ses bêtes. Alors ils l’ont emmené. Voilà les gens de Chenebier qui n’ont plus de maire.

Soir - Le maire de Chenebier a été remis en liberté avec la femme de son fils et il a envoyé dire à Tournier de se méfier, qu’ils allaient venir pour l’arrêter demain matin.

Mardi le 14 septembre 1943

Je viens de voir descendre une auto remplie d’Allemands armés avec Tournier au milieu d’eux. Le renseignement d’Henisse était bien vrai. Une demi-heure après l’auto vient de remonter. Paul Remillet a été arrêté aussi. Les Allemands les emmènent tous les deux contre Belfort. Il y a des traitres.

En Italie les Allemands sont en force, ils malmènent fort une armée américaine qui a réussit à débarquer ces jours passés, mais la fameuse 8è armée anglaise de Montgomery arrive à son secours.
Jeudi le 16 septembre 1943

Je suis allé à Héricourt aujourd’hui avec Suzette. J’ai rencontré Radef qui m’a demandé si j’avais déjà vendu la Margot. Je lui ai dit que non, alors il m’a conduit vers Désoroux, le directeur des usines Schwob, qui possède un bon d’achat d’un cheval. Il m’a dit : «  vous avez un cheval à vendre, combien en voulez-vous ? » J’ai été assez embarrassé. J’ai répondu 4 500 francs. Bon on vient le chercher demain ou samedi. Je vous assure qu’il ne fait pas bon être pris au mot. J’ai raconté mon affaire à Louis Peugeot à Luze qui m’a dit que je n’avais pas vendu assez cher. Tu pouvais avoir 6 000 francs.

Vendredi le 17 septembre 1943

Toute la nuit j’ai rêvé à mon cheval et ce matin je suis allé retrouver mon acheteur lui disant que j’avais fait marché trop vite, que je m’étais volé et que j’étais prêt à lui doubler ses arrhes pour annuler le marché ! Après quelques mots échangés il a consentit à me rembourser en plus le prix de la saillie soit 500 francs et a donner à la Maman plusieurs pièces d’étoffe, sans ticket (il en a donné pour plus de 1 000 francs). Ce soir Suzette est allé à Chenebier pour rechercher le tonneau chez Carmien.

Un peu avant la nuit un orage est venu. Jamais je n’ai vu le temps si affreux. Je suis vite parti avec la toile du Chavalet et des manteaux à sa rencontre. Eh ! bien jamais je n’ai eu si peur. Il y a fait nuit tout d’un coup au moment où je sortais du village. Tout le ciel n’était qu’un énorme nuage noir comme de la suie et tout près de terre. Et le vent s’est levé. J’ai rencontré Suzette en haut des Chauffours. La trombe d’eau et la bourrasque venait de se déclencher. J’aurais eu 50 mètres d’avance de plus, j’aurais pu lui mettre son manteau, et peut-être la toile à la Margot, mais il a été impossible de rien mettre, d’ailleurs c’était inutile nous étions déjà trempé jusqu’à la peau.

Pauvre Suzette elle a eu peur, elle ne pouvait pas m’avoir vu venir, aussi quel soulagement quand elle m’a vu surgir devant elle. Elle s’est dit « au moins je ne mourrai pas seule ».

Elle était cramponnée après la bride de la Margot que le vent, sans pouvoir utiliser aucun des effets apportés

Nous marchions dans 10 centimètres d’eau sur la route avec beaucoup de peine. J’ai pu y maintenir le cheval jusque vers le cimetière. Arrivé là nous nous sommes enfilés derrière le mur et nous avons été sauvés. A l’abri du terrible ouragan nous avons mis les manteaux, qui en nous serrant nous ont empêché de nous refroidir et comme ça se calmait un tout petit peu nous sommes revenus, mais sans la voiture.

Nous ne voyons rien car les éclairs nous aveuglaient encore. Enfin le mal est encore beau, Dieu merci.

Les Américains ont arrêté la contre offensive des Allemands. Les Russes progressent partout sur 1 000 Km de front.

J’ai oublié de dire que Paul Remillet et Jules Tournier ont été remis en liberté le lendemain. Ils ont nié mordicus ce qu’on leur reprochait, c'est-à-dire d’être des francs-tireurs, et d’avoir des armes. Quel rapport y a-t-il eu avec cette arrestation et ce qui s’est passé le 8 septembre, peut-être aucun.

Le 8 Aubert de Belverne, instituteur à Belfort, qui parait-il est le capitaine au lieu de Mathieu qui est arrêté avait un gros chargement d’explosif à faire amener à Etobon. Il a téléphoné à Mr Pernol lui disant : « tu auras ta marchandise pour 14.45 ».

Comme les téléphones sont surveillés partout on a surpris cette phrase assez équivoque. On a conclu que 14.45 voulait dire 14 H 45 et un peu avant cette heure là, 2 hommes arrivaient à Etobon pour surveiller quelle serait cette marchandise qu’on amènerait à 14 H 45 à Mr Pernol. Ils ont mis leurs motos devant chez nous et nous ont demandé s’ils pouvaient visiter l’église, l’un d’eux se disant pasteur à Besançon. Alors ils sont allés sous les cloches et y sont resté très longtemps. Et ils n’ont rien vu venir devant l’école.

Mais pendant ce temps, l’auto annoncée a amené les caisses d’explosifs et les a déchargés chez Remillet. Et le tour a été joué et les espions aussi. Ils sont repartis persuadés que c’était une fausse alerte. (note dans la marge : en août 1945 Mr Marssauge, pasteur à Besançon est venu me voir. Quelle surprise, c’est l’homme que nous avions pris pour un agent de la gestapo. C’est tout à fait par hasard qu’il est venu visiter le temple d’Etobon. Il était aumônier des prisons de Besançon, c’est pourquoi il pouvait circuler en moto. Le 26 août 1945 c’est lui qui a fait le culte à Etobon, il a été amusé de la méprise de septembre 1943 et il m’a dit qu’il aurait mieux valu le faire fusiller par la Résistance que de laisser courir un coupable)

Le soir même, Tournier, Georges Surleau et Marcel transportaient les munitions en Courlot sous les baraques des cochons du Paul.

Samedi 18 septembre 1943

Jacques est allé à Moffans pour voir si Simonin voudrait lui faire son huile. Il dit que l’ouragan d’hier a causé beaucoup de dégâts, surtout parmi les arbres.

Nous avons un de nos plus beaux voilenoutier cassé au grand Verger, la cuisse cassée est chargée de fruits mais je crois qu’ils muriront quand même.

Après avoir fait sauter la scierie de Fontanez, on lui a, cette dernière nuit, peint au goudron des énormes croix gammées sur la façade de sa maison.

La Sardaigne est prise par les Anglais. La victoire de Salerne que les Allemands prônaient si haut, vient de se changer en défaite grâce à l’appui de la 8è armée de Montgomery.

Les Italiens aident les Français à chasser les boches de la Corse.

J’avais prévenu la commission de vente des chevaux que je voulais en vendre un. C’est le président, Mr Vicky, qui doit faire l’estimation des chevaux à vendre. Il est venu aujourd’hui estimer la Margot, il a paru bien surpris que je l’avais vendu 45 000 francs. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas l’estimer plus de 38 000, mais en buvant sa goutte il a accepté d’inscrire 40 000 francs pour que l’usine Schwob n’ai pas à me donner plus de 5 000 francs de la main à la main. C’est la commission qui me paiera le cheval et non pas l’usine. Et l’usine paiera la commission soit 40 000 pour le cheval et 1 000 en plus pour le déplacement de Mr Vicky.

Il m’a dit que les poulains de 6 mois s’estimaient 20 000 francs pour le cas où je voudrais le vendre. Je suis sûr que j’en aurais bien 25 000 francs.

Voici une photo que j’avais faite quand il avait un peu plus de 3 mois. Vicky croit que la guerre va finir bientôt et que les chevaux vont baisser de prix énormément.

Mercredi le 22 septembre 1943

Par une pluie battante la Margot vient de quitter pour toujours notre maison.

c:\users\alain guillaume\pictures\capture\054..jpg

Victor a aujourd’hui 100 jours

J’aurais bien voulu pouvoir faire encore une photo, mais il pleuvait trop. Toute fois en souvenir d’elle je vais coller quand même celle qui est à l’autre page.

Mr Désoroux était venu en personne. Il nous a apporté l’étoffe promise. Je lui ai donné une bonbonne de cidre doux, car il nous a promis encore des mouchoirs de poche.

Voici encore une photo du Totor que j’ai faite il y a quelques jours au parc. On peut dire qu’il a été saisi au vol. Et Philippe ? Le voyez-vous ? On voit juste ses jambes, juste sous le ventre du poulain.
1   ...   4   5   6   7   8   9   10   11   ...   57

similaire:

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconArchives departementales de l’aube

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconBibliothèque historique des archives départementales de la sarthe

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconService educatif des archives departementales des hautes-pyrenees

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconConférence chantée (Archives Départementales de Marseille, 27 octobre 2008)
«avec de savants hommes» alors qu’elle était (et n’était que) fille et femme d’artisans cordiers

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconComment a évolué la place de l’ouvrier dans la société française entre 1830 et 1975 ?
«Le travail des enfants dans les manufactures de la Somme de la Restauration à la fin du Second Empire», Service éducatif des archives...

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconMusée d’Art et d’Histoire – Rue du Palais Tous les jours sauf mardi de 14h à 18h
«Haute-Marne, terre d’écritures» Archives départementales – Du 24/02 au 13/04, le Lundi (14h; 16h45), Mardi et Mercredi (9h; 18h),...

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconRechercher l’histoire de son moulin
«que leur conservation ne cause aucun dommage aux propriétés environnantes». Les procès-verbaux des experts sont riches de renseignements...

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconMusée d’Art et d’Histoire – Rue du Palais Tous les jours sauf mardi de 14h à 18h
«Haute-Marne, terre d’écritures» Archives départementales – Jusqu’au 13/04, le Lundi (14h; 16h45), Mardi et Mercredi (9h; 18h), Jeudi...

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconLittérature presse linguistique p. 39 Sciences p. 43 Annexe : Inventaire...
«Aliénor d’Aquitaine». Revue 303, Arts, recherches et créations, Nantes, Hôtel de la Région, n° 81, 2004. 245 p ILL

Archives départementales : cote : 9 j 14 iconUne exposition des archives départementales du Var
«force noire», les troupes «coloniales» à Fréjus et contribution par la mobilisation générale qui arracha des milliers de Varois...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com