Archives départementales : cote : 9 j 14





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La Margot avait maigrit. Notre maman a pleuré un bon coup ce brave serviteur et elle a eu raison. On rencontre rarement un cheval comme celui-là et aussi comme la Loulette. On peut dire que j’avais deux chevaux rares, pour la docilité, la douceur et aussi pour l’intelligence. Quand à la Loulette elle allait se mettre seule à la limonière aussitôt qu’elle était harnachée.Un jour où je voulais charger du foin dans un coteau, j’avais mis deux perches sur la voiture (en ce cas on lie la voiture à ½ chargée avec une perche).

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Un jour qu’on partait au moulin



Les deux perches dépassaient en arrière de la voiture et simulaient assez bien une limonière, eh bien la Loulette s’est trompée elle est allée se mettre au cul de la voiture entre les perches à foin. Pauvre Loulette qu’est-elle devenue. Je me vois toujours la conduire à Byans, sans licol, sans rien, ça les avait épaté ceux qui n’osent sortir leurs chevaux que muselés comme si c’était des bêtes fauves.

Il fait bon avoir des chevaux mais c’est couteux, et rappelez-vous que j’en ai perdu 3 en deux ans.

La radio ce soir nous dit que quand Rudolph Hess est allé atterrir en Angleterre. C’était pour porter des propositions de paix. Ils auraient laissé l’Angleterre pays indépendant mais ils voulaient pour eux l’Europe entière.

On nous parle aussi des francs-tireurs du général Tito dans les montagnes de Serbie. Il parait que ces temps ci ils ont réussi des exploits merveilleux.

Où est le temps de la marche triomphante dans les Balkans.

Les Russes sont aux portes de Smolensk.

Nous commencerons à cueillir les pommes, elles se vendent 9 francs le Kg.

Samedi le 25 septembre 1943

Nous venons de chercher un sapin à la Thure avec nos 4 vaches. Il était difficile à arracher de sa place car il y avait un gros chêne dessus. Eh bien 4 vaches qui s’entendent, c’est un bon attelage.

Les Allemands ont évacués Smolensk sans s’y défendre.

La Corse est toute reconquise, les Allemands n’ont plus que Bastia.

Dans la région nous avons eu aussi des faits de guerre. On a fait dérailler un train d’Allemands près de Bavilliers. On a fait sauter le bureau d’embauche forcée des ouvriers pour l’Allemagne à Belfort. On a négocié un des plus grands collaborateurs de Belfort. On a abattu une génisse de Pierre Goux dans son parc (on a retrouvé une partie dans les buissons en Rueille). On a abattu un bœuf à Bernardin, boucher de Frahier, également dans son parc. Dans chaque cas la peau et tous les abats restent sur place.

Vrai, comme il serait bon leur tomber dessus avec une mitraillette.

Soir – les Russes sont à Kiev et les français à Bastia. On apprend qu’on a fait sauter un énorme dépôt de munition vers Langres et que ici tout près, à Sainte-Suzanne, 5 hommes masqués, se sont présentés dans un magasin des Peugeot et ont incendié 15 000 pneus d’auto. Hein ils travaillent bien nos francs-tireurs.

La radio nous parle encore de Hess qui voulait faire la paix avec l’Angleterre pour pouvoir attaquer les Russes. Déjà à ce moment-là Hitler complotait contre son grand voisin à qui il faisait risette. Ah ! Le fourbe.

Nous arrachons nos pomme de terre et nous en trouvons énormément car elles sont toutes dans des planches, et comme toujours les semences étaient rechangées.

Vendredi le 1er octobre 1943

Tous ces jours je fais la goutte et je n’aime pas, c’est toujours une pénible corvée pour moi. Il vaudrait mieux manger les fruits au lieu de les boire, surtout par ces temps d’aliments rares. Et en temps perdu je cueille les autres fruits. Là aussi quelle abondance. Les grandes poires Curé (de Vitry) qui ne donnaient plus depuis près de 15 ans sont une abondance, mais ces poiriers sont pénibles à cueillir, ils sont trop haut et surtout très cassants. Et ce qui est bien vexant, c’est que ces poires sont si grosses et si lourdes et surtout si glissantes et on peut ajouter si pointues vers la queue qu’elles échappent souvent de la main au moment où on les détache. J’entends encore mon père se plaindre à chaque coup qu’il en laissait tomber une belle.

On remarquera que je ne retranscris plus les lettres de Jean. C’est parce que je ne les retrouve pas, elles sont égarées. On les mettra toutes ensemble quand on les retrouvera.

Samedi le 20 octobre

J’ai cueilli aujourd’hui après le pommier Fie-Bouetchot. La grande échelle que j’ai fait, placée dans le verger de ma sœur arrive à le dépasser. Oh ! Qu’il est haut. Voici il y a 2 ou 3 ans Jacques qui le cueille, mais son échelle est faite de deux échelles attachées bout à bout, et elles non même pas la longueur de celle dont je parle, elle a 7 mètres. Qu’il fait bon dans ce pommier. Quelle abondance de beaux fruits tout rouges. On se croirait dans des roses.

Les propriétaires de Jean, chez Mr Kramer sont venus aux pommes.

Nous avons arrachés les pommes de terre de Jacques au Vieux Champ Vauthier de Mr Pernol, dans une vieille planche aussi. Il y a une grande abondance.

Je mets les 4 vaches devant chaque voiture et on en ramène de rudes chargements.

Les avions anglais ont repassé cette nuit, à l’aller et au retour.

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Jacques ceuille

Dimanche le 3 octobre 1943

Nous étions invités à souper chez le Charles (Perret) mais la Maman n’y est pas venue, elle avait une grosse marmitée de confiture de Voillemotte en train, elle n’a pas pu le quitter.

C’est un fruit précieux ces Voilnottes ou mirabelles d’automne. Nous en avons beaucoup, nous les envoyons à Treiller le marchand de fruits d’Héricourt, il nous les paye 10 francs le Kg.

J’ai passé une partie de l’après-midi derrière Frenabier à ramasser les Blessons avec le Philippe. Un coup il m’a appelé : « grand-père, viens voir, il y a une grosse bande de canards sauvages sur l’étang » En effet, l’étang Prince de Bonhotal était couvert de canards. Qu’il aurait été facile d’approcher à bonne portée pour les tirer.

Lundi le 4 octobre

Un après-midi splendide. Tout le monde est aux poirottes, sauf moi. Je garde le téléphone. C'est-à-dire que je cueille et la grand-mère vient m’appeler quand on sonne. Et puis je ferre. Voilà déjà 12 bœufs que je ferre aujourd’hui, c’est trop. Je suis bien fatigué des jambes ; des jours mes genoux ne voudraient plus me porter. Il faut trop se baisser et se relever en ferrant les bœufs. Surtout se relever brusquement quand ils vont nous bouger sur la figure, ou nous éreinter d’un coup de pied.

Paris a été bombardé hier. C’était des aviateurs Français car l’un d’eux, tombé dans la Seine, a été repêché et identifié.

Les jours passés les francs-tireurs de la Résistances ont fait sauter la centrale électrique qui alimente le Creusot. Cette immense usine de guerre serait immobilisée pour 18 mois.

Hier 3 nouvelles centrales électriques ont sautées. Ce matin la quincaillerie Grandgirard de Lure a été en partie détruite. Ce Grandgirard est un pur collaborateur. On prétend que Mégnin de Montbéliard en est un aussi, à quand son explosion ?

On a pendu ces jours un homme du Salbert dans le bois sous le fort. Il aurait dénoncé des gens qui auraient été fusillés.

Chaque soir les Anglais disent beaucoup de messages qui paraissent incompréhensibles. Certains croient les comprendre mais on peut se tromper. Il faut pour être sûr avoir la clef. Le Ramé nous racontant qu’un de ces malins avait parié 1 000 contre 100 à un autre que Sochaux serait bombardé de telle à telle date. Il avait entendu et compris le message. Il a perdu ses francs.

Mardi le 5 octobre 1943

A 5 H 30 ce matin une formidable explosion nous a réveillé. On apprend que c’est la grosse plaque tournante de la gare de Belfort qui a fini de tourner.

Et chose curieuse les Allemands n’exercent plus de sanctions contre les villages avoisinant les lieux de ces attentats. C’est sans doute que cela se produit sur une trop vaste échelle. Partout, dans la France entière, voilà que ce jeu continue.

Ce soir notre fameux pommier Fie Bouctchot à l’angle du vieux cimetière n’a plus de pomme. Il fait triste figure, il était si joli avant. J’aime beaucoup voir les arbres en fleurs mais combien ils sont beaux avec les fruits. (le 6 octobre 1950, j’ai cueilli ce pommier couché par terre par le cyclone du 26 avril, triste).

Vendredi le 8 octobre 1943

J’ai encore passé la journée vers l’alambic, c’était pour Jacques, et nos femmes tout comme hier ont arraché les carottes. Nous en avons beaucoup et Jacques aussi.

Les années sèches valent bien les années trop pluvieuses !

C’est fatiguant de faire la goutte, mais ça me va encore bien car je peux lire. Aujourd’hui je lisais un livre du Charles (Perret) « le moulin du Fau ».

Les Anglais ont repassé cette nuit. Ceux qui liront ceci croiront peut-être que ces mots veulent dire que quelques avions ont bourdonné dans les ténèbres du ciel !

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Pierre Beljean dit « Djoset la Hachette » 

Non, vous ne pourrez vous faire une idée de ce que sont ces envols là ! Pendant parfois une heure entière le ciel bourdonne partout. Les avions doivent aller par vagues de 12 à 15. Une seule de ces vagues fait un rudement fort bruit. Eh bien il y a toujours plusieurs vagues de ces vagues au dessus de nous, et cela pendant un temps qui n’en fini pas et sur une largeur que nous ne pouvons connaître mais qui est certainement énorme, peut-être sur 50 kilomètres, peut-être encore plus. Ils sont allés cette nuit sur Stuttgart. L’autre nuit c’était de nouveau Munich qui a pris.

Dimanche le 10 octobre 1943

Je suis allé à Lomontot voir si nous pourrions avoir nos semences de poirottes pour le printemps prochain. En arrivant à Lomont je voyais flotter sur la cheminée de la maison de Pierre Beljean dit « Djoset la Hachette » un drapeau rouge à croix gammée.

Mais en arrivant tout près j’ai vu mieux il y avait la façade du devant et celle du bout couvertes de grosses croix gammées, peintes au goudron. C’est un nommé Hennequin qui habite cette maison, il y avait en plus plusieurs « A MORT LE TAITRE ». On est à se demander s’il n’y a pas dans tout ceci quelques vengeances personnelles. Ceci n’est pas amusant, les allumettes sont encore plus terribles et les coups de revolvers s’ils sont mal dirigés sont pires encore. On parle beaucoup de petits colis envoyés par la poste à certaines personnes comme avertissement. Les uns reçoivent quelques allumettes, d’autres reçoivent un petit cercueil. Il parait que Mégnin, quincailler à Montbéliard, avisé par la gare de l’arrivée d’un colis, l’a fait aller chercher (en payant le port et le colis) arrivé au magasin on ouvre. C’était un cercueil juste à sa taille. Ça fait réfléchirAilleurs un boucher avisé de même à la gare retira un colis semblable. Au retour il traverse un bois, des hommes masqués le tuent, le mettent dans son cercueil sur la voiture et fouettent le cheval. Voyez la rentrée à la maison !

Sur le canal du Rhône au Rhin il fallait détruire une écluse, elle était gardée jour et nuit, par un poste allemand. Deux hommes saouls s’avancent en se querellant, arrivés vers l’écluse ils en viennent aux mains, en même temps arrive en sens inverse un beau monsieur qui porte une grosse valise. Les soldats Allemands regardent en rigolant. Le monsieur s’arrête, pose sa valise, et moralise les deux ivrognes et va pour les séparer, mais revirement subit, les deux batailleurs se liguent contre cet intrus, le bousculent et l’un des deux saisis la valise et la jette dans l’eau contre l’écluse. Aussitôt le monsieur jette les hauts cris et court pour porter plainte, les deux autres ont peur du châtiment et se sauvent. Et les boches rigolent, mais pas longtemps. Une demi-heure plus tard l’écluse sautait.

Je viens d’écrire une longue lettre pour le colis de Jean. Ça lui fait toujours bien plaisir ces longs mitans. Quand le reverrons-nous ? Les affaires vont toujours bien, mais s’il faut les repousser partout toujours comme on le fait, il y en a encore pour plus d’un an et cela malgré que l’Italie vient de déclarer la guerre à son allié.

Elle nous l’avait déclaré en 1940 parce qu’elle nous croyait fichu. C’est donc qu’elle croit les Allemands bientôt K.O., puisqu’elle lui fait le coup du père François.

Hier vers Bethoncourt une femme qui dénonçait des femmes qui se cachent a été abattue de 7 balles de revolver (elle avait la vie dure).

Mardi le 19 octobre 1943

Je suis d’abord allé à Héricourt au dentiste, puis à Belfort acheter un ventilateur, j’ai peur que les Anglais bombardent la centrale électrique de notre réseau et je serais privé de courant pour le travail de forge.

Nous avons eu aujourd’hui la visite de Louis Renauld, l’ancien conducteur de l’auto postale, il arrive de Stalino en Russie. Comme ouvrier civil français, les Allemands l’avaient placé dans un garage à quelques kilomètres du front.

Il dit beaucoup de bien des Russes et du régime, il m’a donné un billet ukrainien.

Jeudi le 21 octobre 1943

Comme c’est curieux. Ce matin j’ai écrit à mon ami Abel Lecoeuvre, mon ami de la Fère. Il y a bien des années que je me proposais de le faire. Je lui demande des nouvelles de tous ceux que j’ai connus étant soldat là-bas, principalement de celles de mon ancien officier Mr Lemoine ; or aujourd’hui le pasteur de la mission intérieure, Mr Deschamps, qui est venu faire une réunion ce soir et qui soupe chez nous, m’a dit qu’il habitait Versailles. Je lui ai dit que j’avais un ami à Versailles, un ancien officier, qui faisait l’école du dimanche aux enfants. Qu’est-ce que j’ai dit : « vous connaissez Mr Lemoine ? » - « oh oui, et aussi madame Lemoine et Marcelle leur fille ».

Alors il m’a appris que Mr Lemoine est mort il y a quelques mois, mais sa dame est toujours là aussi vive, aussi alerte. Elle est une grande amie de sa famille. Ses enfants ne l’appellent que grand-mère. Comme on se retrouve ! Je vais vite leur écrire.

Vendredi le 22 octobre 1943

Suzette vient de me faire de la peine. J’ai dit que hier j’avais écrit à Abel Lecoeuvre. Je l’ai fait parce que depuis quelques jours je relisais mes lettres du régiment, reliées en livres et mon séjour à la Fère m’a fait songer à mes amis de là-bas. Ce soir en finissant de souper, j’ai repris mon livre et j’ai dit : « je vais vous lire un détail curieux au sujet d’Abel Lecoeuvre », Suzette m’a dit : « mais tu nous ennuie avec tes vieux souvenirs ».

Mon père aimait bien raconter, il m’a dit bien des fois les mêmes choses, je l’ai toujours écouté avec plaisir. Jamais je n’aurais voulu lui dire que je savais son histoire. Il savait bien que je la savais, mais il avait plaisir à me dire et moi plaisir à écouter.
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