Ce document de travail a pour sources principales





télécharger 258.46 Kb.
titreCe document de travail a pour sources principales
page3/4
date de publication08.11.2017
taille258.46 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4
?

Aucune confusion n’est possible en fait : ce à quoi la recherche de FREUD a introduit, ce n’est pas à des cas

plus ou moins curieux de personnalité seconde. Même à l’époque héroïque dont nous venons de faire état où

- comme les bêtes au temps des contes - la sexualité parlait, jamais l’atmosphère de diablerie qu’une telle orientation eût engendrée, ne s’est précisée25. La fin que propose à l’homme la découverte de FREUD, a été définie par lui

à l’apogée de sa pensée en des termes émouvants :
« Wo es war, soll Ich werden » : Là où fut ça, il me faut advenir.
Cette fin est de réintégration et d’accord, je dirai de réconciliation (Versöhnung).
Mais si l’on méconnaît l’excentricité radicale de soi à lui-même à quoi l’homme est affronté, autrement dit la vérité découverte par FREUD, on faillira sur l’ordre et sur les voies de la médiation psychanalytique, on en fera l’opération de compromis où elle est venue effectivement, soit à ce que répudient le plus l’esprit de FREUD comme la lettre

de son œuvre : car la notion de compromis étant invoquée par lui sans cesse comme étant au support de toutes

les misères que son analyse secourt, on peut dire que le recours au compromis, qu’il soit explicite ou implicite, désoriente toute l’action psychanalytique et la plonge dans la nuit.
Mais il ne suffit pas non plus de se frotter aux tartufferies moralisantes de notre temps et d’en avoir plein la bouche de la « personnalité totale », pour avoir seulement dit quelque chose d’articulé sur la possibilité de la médiation.

L’hétéronomie radicale dont la découverte de FREUD a montré dans l’homme la béance,

ne peut plus être recouverte sans faire de tout ce qui s’y emploie une malhonnêteté foncière.
Quel est donc cet autre à qui je suis plus attaché qu’à moi, puisqu’au sein le plus assenti de mon identité à moi-même, c’est lui qui m’agite ? Sa présence ne peut être comprise qu’à un degré second de l’altérité, qui déjà le situe lui-même en position de médiation par rapport à mon propre dédoublement d’avec moi-même comme d’avec un semblable.
Si j’ai dit que l’inconscient est le discours de l’Autre avec un grand A, c’est pour indiquer l’au-delà où se noue

la reconnaissance du désir au désir de reconnaissance. Autrement dit, cet autre est l’Autre qu’invoque même mon mensonge pour garant de la vérité dans laquelle il subsiste. À quoi s’observe que c’est avec l’apparition du langage qu’émerge la dimension de la vérité.
Avant ce point, dans la relation psychologique, parfaitement isolable dans l’observation d’un comportement animal, nous devons admettre l’existence de sujets, non point par quelque mirage projectif dont c’est la tarte à la crème

du psychologue que de pourfendre à tout bout de champ le fantôme, mais en raison de la présence manifestée de l’intersubjectivité. Dans le guet où il se cache, dans le piège construit, dans la feintise traînarde où un fuyard dégagé d’une troupe déroute le rapace, quelque chose de plus émerge que dans l’érection fascinante de la parade ou du combat.
Rien pourtant là qui transcende la fonction du leurre au service d’un besoin, ni qui affirme une présence dans cet au-delà-du-voile où la Nature entière peut être questionnée sur son dessein. Pour que la question même en vienne au jour…

et l’on sait que FREUD y est venu dans l’Au-delà au principe du plaisir

…il faut que le langage soit. Car je peux leurrer mon adversaire par un mouvement qui est contraire à mon plan

de bataille, ce mouvement n’exerce son effet trompeur que justement dans la mesure où je le produis en réalité,

et pour mon adversaire. Mais dans les propositions par quoi j’ouvre avec lui une négociation de paix,

c’est en un tiers lieu qui n’est ni ma parole ni mon interlocuteur, que ce qu’elle lui propose se situe.
Ce lieu n’est rien d’autre que le lieu de la convention signifiante, comme il se dévoile dans le comique de cette plainte douloureuse du Juif à son compère :
« Pourquoi me dis-tu que tu vas à Cracovie pour que je croie que tu vas à Lemberg, quand tu vas vraiment à Cracovie ? »
Bien entendu mon mouvement de troupes de tout à l’heure peut être compris dans ce registre conventionnel de la stratégie d’un jeu, où c’est en fonction d’une règle que je trompe mon adversaire, mais alors mon succès est apprécié dans la connotation de la traîtrise, c’est-à-dire dans la relation avec l’Autre garant de la Bonne Foi.
Ici les problèmes sont d’un ordre dont l’hétéronomie est simplement méconnue à être réduite à aucun « sentiment de l’autrui », de quelque façon qu’on le dénomme. Car « l’existence de l’autre » ayant naguère réussi à atteindre les oreilles du MIDAS psychanalyste à travers la cloison qui le sépare du conciliabule phénoménologiste, on sait que cette nouvelle court par les roseaux : « MIDAS, le roi MIDAS, est l’autre de son patient. C’est lui-même qui l’a dit ».

Quelle porte en effet a-t-il enfoncée là ? L’autre, quel autre ?
Le jeune André GIDE mettant sa logeuse - à qui sa mère l’a confié - au défi de le traiter comme un être responsable,

en ouvrant ostensiblement pour sa vue, d’une clé qui n’est fausse que d’être la clé qui ouvre tous les mêmes cadenas, le cadenas qu’elle-même croit être le digne signifiant de ses intentions éducatives, quel autrui vise-t-il ?

Celle qui va intervenir, et à qui l’enfant dira en riant :
« Qu’avez-vous à faire d’un cadenas ridicule pour me tenir en obéissance ? »
Mais de seulement être restée cachée et d’avoir attendu le soir pour, après l’accueil pincé qui convient,

sermonner le gosse, ce n’est pas seulement une autre dont celle-ci lui montre le visage avec le courroux,

c’est un autre André GIDE, qui n’est plus bien sûr, dès lors et même à y revenir à présent, de ce qu’il a voulu faire : qui est changé jusque dans sa vérité par le doute porté contre sa bonne foi.
Peut-être cet empire de la confusion qui est simplement celui dans lequel se joue toute l’opera-buffa humaine,

mérite-t-il qu’on s’y arrête, pour comprendre les voies par lesquelles procède l’analyse non seulement pour y restaurer un ordre, mais pour installer les conditions de la possibilité de le restaurer.
Kern unseres Wesen, le noyau de notre être, ce n’est pas tant cela que FREUD nous ordonne de viser comme tant d’autres l’ont fait avant lui par le vain adage du « Connais-toi toi-même » [Γνῶθι σεαυτόν (gnôthi seauton )], que ce ne sont les voies qui y mènent qu’il nous donne à reviser.
Ou plutôt ce cela qu’il nous propose d’atteindre, n’est pas cela qui puisse être l’objet d’une connaissance,

mais cela, ne le dit-il pas, qui fait mon être et dont il nous apprend que je témoigne autant et plus dans mes caprices, dans mes aberrations, dans mes phobies et dans mes fétiches, que dans mon personnage vaguement policé.

Folie, vous n’êtes plus l’objet de l’éloge ambigu où le sage a aménagé le terrier inexpugnable de sa crainte.

S’il n’y est après tout pas si mal logé, c’est parce que l’agent suprême qui en creuse depuis toujours les galeries et le dédale, c’est la raison elle-même, c’est le même λόγος[logos] qu’il sert.
Aussi bien comment concevrez-vous qu’un érudit, aussi peu doué pour les « engagements » qui le sollicitaient de

son temps comme en tout autre, qu’était ÉRASME, ait tenu une place si éminente dans la révolution d’une Réforme où l’homme était aussi intéressé dans chaque homme que dans tous ?
C’est qu’à toucher si peu que ce soit à la relation de l’homme au signifiant, ici conversion des procédés de l’exégèse, on change le cours de son histoire en modifiant les amarres de son être. C’est par là que le freudisme si incompris qu’il ait été, si confuses qu’en soient les suites, apparaît à tout regard capable d’entrevoir les changements

que nous avons vécus dans notre propre vie, comme constituant une révolution insaisissable mais radicale.
Accumuler les témoignages est vain26, tout ce qui intéresse non pas seulement les sciences humaines, mais le destin de l’homme :

  • la politique,

  • la métaphysique,

  • la littérature,

  • les arts,

  • la publicité,

  • la propagande,

  • par là, je n’en doute pas : l’économie,

en a été affecté.
Est-ce là autre chose pourtant que les effets désaccordés d’une vérité immense où FREUD a tracé une voie pure ?

Il faut dire là que cette voie n’est pas suivie, en toute technique qui se prévaut de la seule catégorisation psychologique

de son objet, comme c’est le cas de la psychanalyse d’aujourd’hui hors d’un retour à la découverte freudienne.
Aussi bien la vulgarité des concepts dont sa pratique se recommande, les faufilés de fofreudisme qui n’y sont plus

que d’ornement, non moins que ce qu’il faut bien appeler le décri où elle prospère, témoignent-ils ensemble

de son reniement fondamental. FREUD par sa découverte a fait rentrer à l’intérieur du cercle de la science

cette frontière entre l’objet et l’être qui semblait marquer sa limite.
Que ceci soit le symptôme et le prélude d’une remise en question de la situation de l’homme dans l’étant, telle que l’ont supposée jusqu’à présent tous les postulats de la connaissance, ne vous contentez pas, je vous prie, de cataloguer le fait que je le dise comme un cas d’heideggerianisme, fût-il préfixé d’un « néo » qui n’ajoute rien

à ce style de poubelle par où il est d’usage de se dispenser de toute réflexion en un recours au « décrochez-moi-ça »

de ses épaves mentales.
Quand je parle de HEIDEGGER ou plutôt quand je le traduis, je m’efforce à laisser à la parole qu’il profère sa signifiante souveraine. Si je parle de la lettre et de l’être, si je distingue l’autre et l’Autre, c’est parce que FREUD

me les indique comme les termes où se réfèrent ces effets de résistance et de transfert, auxquels j’ai dû me mesurer inégalement depuis 20 ans que j’exerce cette pratique impossible - chacun se plaît à le répéter après lui - de la psychanalyse.
C’est aussi parce qu’il me faut en aider d’autres à ne pas s’y perdre. C’est pour empêcher que ne tombe en friche

le champ dont ils ont l’héritage, et pour cela leur faire entendre que si le symptôme est une métaphore,

ce n’est pas une métaphore que de le dire, non plus que de dire que le désir de l’homme est une métonymie.

Car le symptôme est une métaphore, que l’on veuille ou non se le dire, comme le désir est une métonymie, même si l’homme s’en gausse.
Aussi bien pour que je vous invite à vous indigner qu’après tant de siècles d’hypocrisie religieuse et d’esbroufe philosophique, rien n’ait été encore valablement articulé de ce qui lie la métaphore à la question de l’être et la métonymie à son manque, faudrait-il que, de l’objet de cette indignation en tant que fauteur et que victime, quelque chose soit encore là pour

y répondre : à savoir l’homme de l’humanisme et la créance, irrémédiablement protestée, qu’il a tirée sur ses intentions.

T. t. y. e. m. u. p. t.27 14-26 mai 1957.

________________________________________


1 Le « topo » eut lieu le 9 mai 1957 à l’amphithéâtre Descartes à la Sorbonne, et la discussion s’en poursuivit devant des pots.

2 Die Frage der Laienanalyse, G.W., XIV, pp. 281-283.

3 Cet aspect, très suggestif à renverser la perspective de la « fonction psychologique » qui obscurcit tout en cette matière, apparaît lumineux dans

l’analyse purement linguistique des deux grandes formes de l’aphasie qu’a pu ordonner l’un des chefs de la linguistique moderne, Roman Jakobson.

Cf. au plus accessible de ses ouvrages, Fundamentals of Language, Mouton and Co, ‘S-Gravenhage, les chapitres I à IV de la 2ème Partie.

(Cf. aussi R. Jakobson, Essais linguistiques, éd. de minuit.)

4 On se souviendra que la discussion concernant la nécessité de l’avènement d’un nouveau langage dans la société communiste a réellement eu lieu,

et que Staline, pour le soulagement de ceux qui faisaient confiance à sa philosophie, l’a tranchée en ces termes : le langage n’est pas une superstructure.

5 La linguistique, disons-nous, c’est-à-dire l’étude des langues existantes dans leur structure et dans les lois qui s’y révèlent, ce qui laisse

en dehors la théorie des codes abstraits improprement portée à la rubrique de la théorie de la communication, la théorie, de constitution

physicienne, dite de l’information, voire toute sémiologie plus ou moins hypothétiquement généralisée.

6 Cf. le De magistro de saint Augustin, dont j’ai commenté le chapitre « De significatione locutionis » à mon séminaire le 23 juin 54.

7 Ainsi M. Richards, auteur précisément d’un ouvrage sur les procédés appropriés à cet objectif, nous en montre dans un autre l’application.

Il choisit pour cela une page de Mong-Tse, Mencius pour les Jésuites : « Mencius on the mind » ça s’appelle [I.A. Richards : Mencius on the mind,

Kegan Paul ed., London, 1932], vu l’objet du morceau. Les garanties apportée à la pureté de l’expérience ne le cèdent en rien au luxe de ses

approches. Et le lettré expert dans le Canon traditionnel où s’insère le texte, est rencontré sur le site même de Pékin où l’essoreuse en

démonstration a été transportée sans regarder aux frais. Mais nous ne le serons pas moins, et pour moins cher, transportés, à voir s’opérer

la transformation d’un bronze qui rend un son de cloche au moindre frôlement de la pensée, en une sorte de serpillière à nettoyer le tableau

noir du psychologisme anglais le plus consternant. Non sans bien vite, hélas ! l’identifier à la propre méninge de l’auteur, seul reste à subsister

de son objet et de lui-même après l’exhaustion accomplie du sens du sens de l’un, et du bon sens de l’autre.

8 Jonathan Swift, Les Voyages de Gulliver, Voyage à Lilliput :

« D’ailleurs nos historiens, depuis six mille lunes, ne font mention d’aucunes autres régions que des deux grands empires de Lilliput et de Blefuscu. Ces deux formidables

puissances ont, comme j’allais vous dire, été engagées pendant trente-six lunes dans une guerre très opiniâtre, dont voici le sujet : tout le monde convient que la manière

primitive de casser les œufs avant que nous les mangions est de les casser au gros bout ; mais l’aïeul de Sa Majesté régnante, pendant qu’il était enfant, sur le point de

manger un œuf, eut le malheur de se couper un des doigts ; sur quoi l’empereur son père donna un arrêt pour ordonner à tous ses sujets, sous de graves peines,

de casser leurs œufs par le petit bout. »

9 Ce en quoi l’hallucination verbale, à revêtir cette forme, parfois nous ouvre une porte de communication - jusqu’ici manquée d’être inaperçue

avec la structure freudienne de la psychose (Séminaire de l’année 55-56).

10
1   2   3   4

similaire:

Ce document de travail a pour sources principales iconCe document de travail a pour sources principales
«un dessein si funeste», IL n’a aucune chance de l’entendre, IL supportera tout

Ce document de travail a pour sources principales iconCe document de travail a pour sources principales
«après vous, j’vous en prie», «j’vous en pire», «passez donc les…» «’près vous…». Avec le temps, j’ai pris l’habitude de m’apercevoir...

Ce document de travail a pour sources principales iconLycée chaptal madame dechenoix
«Laboratoire de l’Histoire», elle vous forme à devenir Historien (ne) par la mise en œuvre d’un travail d’enquête à partir des sources....

Ce document de travail a pour sources principales iconOrigines du mot comptabilité
«Dubois,Mitterand et Dauzat», pour la France etc. Reste que toutes ces sources isolées ne permettent pas d’avoir une vue d’ensemble...

Ce document de travail a pour sources principales iconLa Publicité, le Sponsoring et le Mécénat
Le parrainage est devenu l’une des principales sources de financement des manifestations ou événements, locaux, régionaux, nationaux...

Ce document de travail a pour sources principales iconDocument de travail

Ce document de travail a pour sources principales iconLe devoir de mémoire est une expression qui désigne une obligation...
«les sources». IL n’y a pas d’histoire sans sources, des sources multiples que l’on doit recouper

Ce document de travail a pour sources principales iconCe document a été réalisé à partir de différentes sources documentaires
«l’histoire du ballet occidental». Cette approche correspond davantage aux pratiques de danse majoritairement enseignées dans le...

Ce document de travail a pour sources principales iconItinéraire de la danse Ce document a été réalisé à partir de différentes sources documentaires
«Le corps est nature et culture»*. Le corps représente en effet, une interface entre l’individuel et le social

Ce document de travail a pour sources principales iconPartie 1 : le monde qui nous entoure 4ème
«travail de recherche documentaire» en insistant notamment sur l’identification des sources d’informations






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com