1. Saint Vincent de Paul, t. XII p. 437. 2





titre1. Saint Vincent de Paul, t. XII p. 437. 2
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1. ABELLY, op. cit., l. II, chap. I, sect. IV, p. 65 et suiv.

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et dit tout haut : “ C’est assez, mon Père, laissez-moi parler. Je demande pardon à toute âme chrétienne du scandale que j’ai donné en ne voulant pas me réconcilier ; me voici prêt ; appelez mon ennemi. ” Celui-ci approcha ; tous deux s’embrassèrent et firent la paix. Et cet exemple fut aussitôt imité par ceux qui n’avaient pas encore accompli leur devoir.

Une autre fois, pendant le sermon encore, un des auditeurs monta sur l’escalier de la chaire, tira le prédicateur par la soutane et déposa aux pieds du crucifix les armes qu’il portait ; après quoi, ce fut la même demande de pardon et les mêmes embrassements.

Le clergé n’était pas à l’abri des passions que ressentait le peuple. Dans ses rangs aussi se trouvaient des assassins. Un curé s’habillait à la sacristie avant la procession générale qui clôturait la mission ; à lui revenait l’honneur de porter le Saint Sacrement. Après avoir revêtu l’aube, il saisit un pistolet et le pendit à sa ceinture. Sa main se tendait pour en prendre un second ; M. Martin l’arrêta : “ Est-il nécessaire d’être armé quand on a Notre-Seigneur avec soi ? - Monsieur, lui répliqua le curé, on voit que vous n’êtes pas du pays. Quand le parent ou. l’ami d’un ecclésiastique a quelque querelle, le premier sur lequel on se venge, c’est le prêtre. Il faut donc que je sois toujours sur mes gardes. Je ne me sépare pas de mon pistolet quand je dis la messe ; pourquoi m’en défaire quand je porte le Saint Sacrement ? Toutefois, pour vous être agréable, je me contenterai aujourd’hui d’un pistolet. ”

Les chanoines, les curés et autres ecclésiastiques avaient chaque jour leur réunion ; on les instruisait sur leurs devoirs, on leur apprenait à méditer, on les préparait à la confession générale. Des curés supplièrent publiquement le peuple d’oublier leurs scandales ; un chapitre tout entier implora le même pardon par la voix d’un de ses membres.

Du côté des fidèles, les accommodements et les réconciliations ne se comptèrent pas. On passait l’éponge, tou-
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jours avec l’intervention du notaire, sur les fausses accusations, les faux témoignages en justice, les actes attentatoires à l’honneur ou à l’intérêt.

Les concubinages disparaissaient presque tous. Les femmes qui avaient étalé leurs débauches au grand jour prenaient tous les fidèles à témoin de leur repentir ; quand l’une d’elles s’accusait publiquement, il arrivait que d’autres, touchées par l’exemple, se levaient pour s’humilier aussi.

En Corse, comme ailleurs, des confréries de la Charité furent établies à l’occasion des missions.

Quand les missionnaires arrivèrent à Campo di Loro, le diocèse, privé de son évêque, était gouverné par deux vicaires généraux, nommés l’un par la Propagande, l’autre par le Chapitre. Ce que celui-ci ordonnait, celui-là le défendait, et réciproquement. Si le premier prononçait une sentence d’excommunication, le second l’annulait. Chacun avait ses partisans.

Bien que contrariée par des circonstances aussi défavorables, la mission donna d’excellents résultats. Les deux compétiteurs comprirent quel tort ils se faisaient et à leur diocèse, et dans la suite ils marchèrent toujours d’accord.

La mission du Niolo est restée célèbre dans les annales de la Corse.

Si une population avait besoin d’entendre la voix des missionnaires, c’était bien celle du Niolo. Ils étaient nombreux ceux qui vivaient dans le concubinage et l’inceste ; ces sortes de liaisons ne choquaient personne ; on les tenait pour aussi honnêtes que les autres. Le pardon des injures était un acte de faiblesse : celui-là manquait de coeur qui, recevant un affront, ne se vengeait pas ; les enfants apprenaient de leurs parents, dès leur plus jeune âge, à ne laisser aucune offense impunie.

Cette déviation du sens moral provenait surtout de l’ignorance religieuse. Presque personne ne savait les commandements de Dieu et le symbole des apôtres.

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Quand on demandait : Y a-t-il un seul Dieu ou plusieurs ? Combien de personnes en Dieu ? Quelle est celle des trois personnes qui s’est incarnée ? ces questions n’étaient pas comprises.

Les missionnaires avaient beaucoup à faire pour relever une population tombée si bas. Ils se mirent à l’oeuvre avec la résolution d’aboutir. A l’heure des réunions, l’église débordait. Tous les hommes étaient là, l’épée au côté et le fusil sur l’épaule. Certains, ceux qu’on appelait les bandits, portaient en outre deux pistolets et deux ou trois dagues à la ceinture.

M. Blatiron et M. Martin parlèrent souvent sur le devoir du pardon. Ils adjurèrent leurs auditeurs, les larmes aux yeux, d’oublier les injures ; ils montrèrent la beauté, la grandeur, la noblesse de cet acte, dont Jésus-Christ lui-même a donné l’exemple. Leurs paroles ne trouvaient, semblait-il, aucun écho dans les coeurs ; plusieurs même ostensiblement quittaient l’église, par manière de protestation, dès que les prédicateurs abordaient ce sujet.

Enfin, après quinze jours, un jeune homme, blessé à la tête d’un coup de pistolet, déclara tout haut qu’il pardonnait à son ennemi. Ce léger succès encouragea les missionnaires. Ils renouvelèrent leurs appels. Personne n’y répondit. Rien n’était capable d’amollir ces coeurs endurcis. Et pourtant la mission approchait de son terme. Allaient-ils repartir, laissant le démon maître de la place ? Ils ne pouvaient s’y résoudre.

La veille de la communion générale, à la fin du sermon, après une nouvelle exhortation sur le pardon des injures, M. Blatiron, prenant de sa main un crucifix, le montra, disant : “ Vous tous qui êtes disposés à pardonner, venez baiser le divin crucifié ; lui-même vous y convie ; regardez-le ; il vous tend les bras ; vous ne lui refuserez pas ce témoignage d’amour ; je vous en conjure, venez. ” Ces mots, prononcés d’une voix tremblante d’émotion, remuèrent les coeurs. Les hommes se regardèrent les uns les autres ; ils étaient prêts à s’avancer vers le crucifix ;
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mais, se disaient-ils en eux-mêmes, ne vais-je pas être seul à faire ce geste de pardon ? L’amour-propre les retenait encore.

M. Blatiron comprit qu’il avait partie gagnée. Il attendit. Comme personne ne bougeait, il cacha le crucifix et fit mine de vouloir se retirer. “ Non, ajouta-t-il, vous ne méritez pas la grâce et la bénédiction que Jésus-Christ vous offre ; Dieu s’éloignera de vous, puisque, par la dureté de votre coeur, vous vous éloignez de lui. ” A peine eut-il prononcé ces mots, un religieux de la réforme de Saint-François s’écria : “ O Niolo ! ô Niolo ! tu veux donc être maudit de Dieu, toi qui refuses la grâce que t’apportent ces missionnaires, venus de si loin pour ton salut ! ”

L’émotion gagnait de plus en plus l’auditoire. Un curé se leva, puis, se prosternant à terre, demanda qu’on lui présentât le crucifix. Après l’avoir baisé, il se tourna du côté du meurtrier de son neveu et lui dit : “ Je vous pardonne et, pour vous montrer que tout est oublié, approchez que je vous embrasse.. ” Un autre prêtre suivit cet exemple. Une foule ininterrompue d’assistants se mit derrière lui, chacun attendant son tour de baiser le crucifix. On alla chercher un notaire pour sceller par un acte public et officiel les réconciliations les plus importantes.

A ce touchant spectacle, les missionnaires remerciaient Dieu de ce qu’enfin le succès - et quel succès ! - couronnait leurs efforts.

Le lendemain, avant la communion générale, M. Blatiron engagea ses auditeurs à témoigner de nouveau publiquement, devant le Dieu d’amour prêt à s’unir à eux, qu’ils ne connaissaient plus d’ennemis. Il fut tout de suite obéi. Les fidèles supplièrent les curés de leur pardonner, et les curés adressèrent la même prière aux fidèles.

Quand tout fut fini, M. Blatiron reprit la parole : “ Vous venez de donner un bel exemple ; Dieu vous bé-

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nira ; y a-t-il encore parmi vous quelqu’un qui n’ait pas pardonné ? ” - “ J’en connais plusieurs ”, répondit un curé ; et il donna des noms. Les personnes dénoncées s’approchèrent devant le Saint Sacrement exposé et, sans se faire prier, embrassèrent leurs ennemis. “ O Seigneur, écrit M. Blatiron en concluant son récit, quelle édification à la terre et quelle joie au ciel de voir des pères et des mères qui, pour l’amour de Dieu, pardonnaient la mort de leurs enfants ; les femmes, de leurs maris ; les enfants, de leurs pères ; les frères et les parents, de leurs plus proches ; et enfin de voir tant de personnes s’embrasser et pleurer sur leurs ennemis ! Dans les autres pays, c’est chose assez ordinaire de voir pleurer les pénitents auprès des confesseurs, mais, en Corse, c’est un petit miracle (1). ”

Le merveilleux talent de M. Martin fut pour beaucoup dans l’inoubliable succès de la mission du Niolo. La maison de Turin le ravit à celle de Gênes en 1655, année de sa fondation. Dès lors, le Piémont devint le théâtre de son zèle apostolique ; il le parcourut en tous sens, appelant partout les pécheurs à la pénitence. Son portrait était demandé et placé dans les maisons à côté des images des saints. Quand on apprenait sa présence quelque part, on venait l’entendre des lieux voisins. A l’heure du sermon, les boutiques fermaient, et le cours des affaires publiques s’interrompait. Aucune église n’était assez vaste pour contenir la foule qui se pressait. On enlevait tous les autels, sauf deux ou trois ; on installait des tribunes en forme de gradins soit à l’intérieur, soit, s’il le fallait, autour de l’édifice. Quand l’affluence était de dix, quinze et vingt mille personnes, ces précautions ne suffisaient pas ; on se réunissait sur les places ou dans les champs.

M. Martin avait un don spécial pour inspirer à ses auditeurs la contrition de leurs péchés et même leur
1. ABELLY, op. cit., l. II, chap. I, sect. V ; notice de M. Martin, ms.

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arracher des larmes. Aussi les confesseurs, souvent au nombre de quinze ou vingt, étaient-ils toujours entourés. En hiver comme en été, les fidèles arrivaient au milieu de la nuit pour être des premiers ; ils prenaient place à la suite de ceux qui attendaient depuis la veille. Les riches envoyaient des serviteurs pour retenir des places. De pauvres gens avaient trouvé dans ce rôle de remplaçants l’occasion d’un métier lucratif. On venait chercher M. Martin pendant ses repas et même pendant son sommeil. Un soir, comme il entrait dans sa chambre pour se coucher, de dessous le lit sortit un individu, qui s’était blotti là dans la journée pour le rencontrer plus facilement.

Les ecclésiastiques, séculiers et religieux, prenaient part à la mission : ils assistaient aux sermons, faisaient leur confession générale et ne manquaient pas aux conférences qui leur étaient spécialement destinées.

Les rancunes, les haines, le désir de vengeance se dissipaient à la parole de M. Martin. Les ennemis oubliaient leurs torts réciproques ; les parents des victimes tombées sous les coups d’un assassin pardonnaient au meurtrier ; on embrassait, après le sermon, celui dont, la veille, on aurait avec joie versé le sang ; on allait, pour sceller l’amitié, jusqu’à s’inviter à la même table.

La seule présence de M. Martin arrêta des furieux au moment où, se précipitant l’un sur l’autre, les armes à la main, ils allaient s’entre-tuer. Un jour de fête, la place publique retentissait de cris de mort ; la population, en révolte contre le seigneur, était sur le point de se jeter sur ceux qui le soutenaient. Seul, Monsieur Martin pouvait empêcher le carnage. On courut à l’église, où il était, tandis qu’un clerc cherchait à calmer les esprits ou plutôt à gagner du temps. Le missionnaire arriva. “ Suivez-moi ”, dit-il à la foule excitée, et il la conduisit à l’église pour assister aux vêpres et au catéchisme. L’effervescence était tombée.

Ailleurs, le jour de la Conception de la Sainte Vierge, avant la procession traditionnelle, une dispute éclata.
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Les paroisses présentes n’arrivaient pas à s’entendre sur le rang qui leur revenait. Les bras s’armèrent; ceux qui n’avaient pas d’armes allèrent en chercher. M. Martin était sur le point de monter en chaire ; on s’empressa de le prévenir. Il arriva juste à temps. Quelques mots de sa bouche apaisèrent les coeurs. Il n’y eut d’incident ni à la procession, ni au sermon, où tout le monde se rendit ensuite.

Une autre fois, après la procession du Saint Sacrement, nouvelle dispute ; il s’agissait de savoir à qui, parmi les principaux du lieu, revenait l’honneur de porter le dais. M. Martin donna son avis. On ne l’écouta pas. L’idée lui vint de prêcher d’exemple. Il se plaça en tête de la procession, prit la croix des mains du clerc qui devait la porter et attendit le départ. Cet acte d’humilité ramena le calme.

Scalenghe le reçut dans ses murs au mois d’avril de l’année 1656. Il y prêchait devant une foule de quatre à cinq mille hommes, où se trouvaient mêlés tous les gentilshommes des environs et une cinquantaine d’ecclésiastiques. Des fidèles attendirent huit jours dans l’église leur tour d’entrer au confessionnal.

A Luserna, l’assistance était plus nombreuse encore. Huit ou neuf mille hommes prirent part à la communion générale. Pour donner à tous la possibilité d’entendre le sermon, le missionnaire prêcha sur la grande place. Un des auditeurs suivait avec attention, appuyé contre la muraille, quand, par la faute d’un voisin, une brique lui tomba sur la tête et le blessa. “ O juste ciel ! s’écria-t-il, si cela m’avait été fait en un autre temps ! ” Et comme on s’étonnait de sa patience, il ajouta : “ Que voulez-vous ! mes péchés méritent cela et bien davantage. ” Il s’éloigna un instant et revint, la tête bandée, pour écouter la suite. Il lui eût été facile de se venger, car, comme tous ses concitoyens, il portait sur lui trois ou quatre pistolets et plusieurs épées.

De Luserna les missionnaires passèrent dans un gros

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bourg, distant d’une lieue et demie. Les meurtres y étaient fréquents : trente depuis douze ans ; et l’état de surexcitation dans lequel se trouvait la population, partagée en deux camps ennemis, donnait les plus vives inquiétudes. Ils ne restèrent que deux jours. Leur parole fut écoutée. Le jour de la Fête-Dieu, en présence du Saint-Sacrement exposé, eut lieu la cérémonie de la réconciliation. Les chefs de chaque parti s’approchèrent de l’autel, posèrent la main sur les Saints Evangiles, jurèrent qu’ils se pardonnaient de bon coeur et passèrent devant notaire une transaction publique d’accord et de paix. Le Te Deum retentit ensuite sous les voûtes de l’église en actions de grâces de l’heureux événement qui venait de s’accomplir.

Les missionnaires terminèrent l’année 1656 et commencèrent la suivante à Racconigi, où l’archevêque de Turin les avait envoyés, à la demande des habitants. Ils y trouvèrent une population très bien disposée. Le clergé, composé de quarante prêtres ou clercs, assista fidèlement à la conférence hebdomadaire qui lui était destinée et qu’il décida de continuer après la mission. La confrérie de la Charité fut établie. Il y eut un nombre considérable de restitutions et de réconciliations. Dans l’impossibilité où les missionnaires se trouvaient d’entendre tous ceux qui se présentaient pour l’accusation de leurs fautes, ils appelèrent à leur aide quatre ecclésiastiques de la ville et plusieurs religieux. Même avec ce renfort, ils ne purent satisfaire tout le monde pendant les six semaines que dura la mission. On venait les chercher dès minuit et, parmi ceux qui les attendaient, beaucoup avaient passé plusieurs jours et plusieurs nuits près du confessionnal.

Savigliano répondit avec empressement, cinq mois après, au zèle des missionnaires. Clergé séculier, religieux de cinq ou six couvents, gentilshommes, simples fidèles, tout le monde, ou à peu près, suivit les exercices et s’approcha des sacrements. Quelques religieux et des ecclésiastiques de Turin prêtèrent main forte pour les confessions.

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Des compagnies de soldats, alors à Savigliano pour leurs quartiers d’hiver, en attendant le jour assez proche où elles s’exposeraient de nouveau aux périls des combats, prirent part aux exercices de la mission pendant une semaine et beaucoup se présentèrent au confessionnal.

Les autorités avaient prescrit la fermeture des boutiques, à l’heure des réunions, ainsi que l’interruption des transactions les jours de marché. Les conférences réservées au clergé réunissaient chaque fois plus de cent ecclésiastiques.

Un des prêtres venus au secours des missionnaires tomba malade quelques jours après son arrivée. Sur son lit de mort, il répétait au milieu de ses souffrances : “ Humilité ! humilité ! sans humilité je suis perdu ! ” Ses funérailles furent l’occasion d’une touchante manifestation. Tous les habitants, religieux compris, suivirent le corps au cimetière, un cierge à la main. La ville eût été heureuse de posséder une maison de cinq ou six missionnaires ; des démarches furent faites par l’intermédiaire du marquis de Pianezze ; elles n’aboutirent pas.

La reine régente, Christine de France, duchesse de Savoie, instruite des merveilles opérées par les prédications des missionnaires, eut recours à eux pour ramener le calme dans des localités troublées par de funestes discordes. Au mois d’octobre de l’année 1657, Bra ressemblait à une ville en révolte ; une partie de la population était soulevée contre l’autre ; des barricades empêchaient la circulation dans les rues. On s’entre-tuait jusque dans les églises ; on escaladait les maisons pour y entrer de force ; il fallait se tenir sur un continuel qui-vive.

Une mission n’était possible que si les habitants consentaient à une trêve. La reine envoya ses principaux ministres d’Etat pour la négocier. Un premier échec ne les découragea pas. Ils insistèrent et obtinrent gain de cause ; il fut convenu que, pendant la durée de la mission, tout le monde resterait désarmé.

Les missionnaires arrivèrent au mois de janvier et
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travaillèrent sept semaines. Le succès fut complet. De neuf à dix mille confessions générales, tel fut le chiffre annoncé par M. Martin. “ Il a plu à Dieu, écrivait-il à Paris le 6 février, de disposer les habitants à se réconcilier les uns avec les autres... Ils se sont tous embrassés... en présence du Très-Saint Sacrement, ” après s’être “ réciproquement demandé pardon... Nous sommes maintenant occupés aux confessions... Quoique nous ayons prié tous les prêtres et religieux du lieu, qui sont en bon nombre, de nous aider, je ne sais quand nous pourrons avoir achevé. ” On confessait une bonne partie de la nuit, et les fidèles ne se lassaient pas d’attendre près du confessionnal, malgré le froid. Les jours de carnaval furent consacrés à la pénitence et à la dévotion. “ Les habitants, écrivait encore M. Martin, la mission finie, sont étonnés de voir une réconciliation si parfaite... Ils ne se souviennent pas d’avoir jamais vu une telle union et cordialité. Ils en ont donné eux-mêmes avis à Madame Royale. ”

La reine-mère voulut entendre, de la bouche de M. Martin lui-même, le récit de la mission. Elle en pleura d’attendrissement. Amnistie générale fut accordée aux coupables.

On parla beaucoup de la merveilleuse transformation de Bra et l’on se prit à espérer que d’autres bourgs, atteints du même mal, seraient guéris par le même remède.

Les missionnaires furent appelés par les habitants eux-mêmes, sur l’initiative du seigneur du lieu, dans un bourg voisin de Bra, à Sanfre, où les divisions, vieilles de quarante ans, ne cessaient de dégénérer en rixes, meurtres, incendies, destructions de toutes sortes ; ce qui provoquait l’exode des gens soucieux de leur propre sécurité.

Leur influence fut plus forte que celle du Sénat piémontais, dont l’intervention était restée sans résultat. Dès le troisième jour, la victoire était gagnée. La cérémonie de la réconciliation générale, fixée au lendemain, se déroula, suivant le rite habituel, devant une nombreuse

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assistance, venue des localités voisines : on s’embrassa dans l’église, on se demanda pardon, on jura, la main sur les évangiles et en présence du Saint Sacrement exposé, une paix perpétuelle. Une amnistie permit aux coupables de retourner dans leurs maisons abandonnées et de cultiver leurs terres. Un condamné à mort, alors en prison, bénéficia de cette mesure. de clémence.

Au mois de mars 1658, mission à Cavallermaggiore, ville de quatre à cinq mille communiants. Là aussi ce n’était que conflits et procès. Les missionnaires, choisis par les habitants eux-mêmes comme arbitres de leurs différends, rendirent des décisions auxquelles on se soumit docilement.

La population de Fossano les accueillit avec joie trois mois après. L’affluence était telle que l’église débordait. Ils supprimèrent d’anciens abus et établirent de pieuses pratiques, qui se continuèrent après leur passage, comme la prière publique du soir, la communion générale trimestrielle et la conférence ecclésiastique hebdomadaire.

Les deux premiers mois de l’année 1659 furent donnés aux environs de Mondovi. Les meurtres y étaient fréquents ; un seul bourg comptait quarante assassins.

Partout les missionnaires unirent les coeurs divisés et renouvelèrent devant les populations édifiées la cérémonie si émouvante du pardon.

Cherasco les retint, pendant les mois de mai et de juin, l’espace de quarante jours. Ils repartirent sans avoir pu donner à cette localité tout le temps nécessaire. Même s’ils avaient eu vingt prêtres pour les aider et s’ils avaient prolongé leur séjour de deux semaines, ce n’eût pas été suffisant, tant les besoins étaient grands. Le meurtre y était un fait courant. Dans un bourg voisin, quatre hommes étaient tombés sous les coups de leurs ennemis la veille de l’ouverture de la mission.

Les missionnaires pacifièrent les esprits ; mais leur action, faute de temps, ne fut ni assez étendue, ni assez profonde. Qu’ils aient eu l’intention de revenir, c’est
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vraisemblable ; nous ne savons si les circonstances le leur permirent (1).

Ces quelques pages nous montrent quels merveilleux moyens furent les missions pour la restauration de la foi, de la morale et même de l’ordre social. Les évêques l’ont compris. Quel est de nos jours, en France du moins, le prélat qui n’a pas ou n’ambitionne pas d’avoir sa maison de missionnaires ? Cette oeuvre tend à devenir, au même titre que les séminaires, une des parties principales de l’édifice diocésain. Ce fut une intuition de génie qu’eut Vincent de Paul, le jour du sermon de Folleville, quand il entrevit la fécondité de l’apostolat par les missions. Personne n’a fait plus que lui pour en répandre la pratique et en assurer la bonne organisation.

Parmi les institutions ecclésiastiques modernes dont saint Vincent a pressenti l’utilité, signalons-en deux autres : l’école libre et le catéchisme aux enfants.
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