Bibliographie Berstein & Milza





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CHEVAUCHEZ Paul-Arthur 01/03/2004

MEYER Tania

MORANDEAU Delphine

RAIMON Cynthiana
Les progrès de l’instruction dans la deuxième moitié du XIXe siècle
Suite à divers événements, notamment la période révolutionnaire, qui donnent naissance aux conceptions modernes de l’enseignement avec une affirmation de l’Etat, la révolution industrielle bouleverse les repères établis et pousse à l’élaboration de nouveaux modèles dans la première moitié du XIXe siècle. Ainsi, selon Theodore Zeldin, « Parmi les étiquettes qui peuvent caractériser ce siècle, il faut mentionner sans aucun doute l’Age de l’éducation. ».

Si l’on entend par progrès la démocratisation de l’enseignement et son élargissement à l’ensemble de la population, alors incontestablement celui-ci est en progrès en France, notamment depuis la loi scolaire de Guizot de 1833. Il en est de même pour d’autres pays tels que la Grande-Bretagne où une certaine démocratisation apparaît grâce à la multiplication des bourses ou encore les Etats-Unis qui sont les premiers à rendre l’école gratuite pour tous.

Mais si on observe ce phénomène de plus près en France par exemple, l’école qui était auparavant contrôlée par l’Eglise fait place à une école contrôlée par l’Etat, aboutissant à une main mise des élites sur l’enseignement tout aussi pesante, mais nécessaire selon les républicains, puisqu’il faut éduquer les élèves en tant que futurs électeurs.

Si l’idée d’une instruction plus large se répand en Europe et aux Etats-Unis, qu’en est-il de sa mise en application et de ses effets ? En considérant les progrès juridiques de l’instruction primaire et secondaire et leur mise en application, nous nuancerons ses effets quant à la qualité des savoirs enseignés et de sa portée sociale.
I Les progrès juridiques de l’instruction et leur application
A) Les progrès juridiques
a – les causes

b – les lois
B) Leur application
a – dans le primaire

b – dans le secondaire
II Une véritable libération de l’instruction ?
A) La substitution d’une propagande à une autre
B) Les conséquences politiques et sociales liées à l’instruction
a- de nouvelle valeurs inculquées

b- un bilan social mitigé
Bibliographie

Berstein & Milza, Histoire du XIXè siècle, Hatier, 1996

C. Charle, Les intellectuels en Europe au XIXe siècle, Editions du Seuil, 1996

F. Mayeur, Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France, Tome III : de la Révolution à l’Ecole républicaine, Nouvelle librairie de France, 1981

C. Verrier, Chronologie de l’Enseignement et de l’Education en France, Anthropos, 2001

J. Vial, Histoire de l’Education, PUF, 1995

M. Winock, La France politique, XIXè-XXè siècle

T. Zeldin, Histoire des passions françaises 1848-1945, orgueil et intelligence

I Les progrès juridiques de l’instruction et leur application
Le triomphe de l’école a été assuré par une série de mesures législatives et réglementaires qui marquent la continuité d’une tendance profonde des intentions et de l’opinion sur l’éducation primaire et secondaire.
A) Les progrès juridiques
a – les causes

La mise en place de la scolarisation en Europe et aux Etats-Unis, comme la plupart des grandes mutations sociales, a demandé la conjonction d’une série d’éléments favorables.

Les poussées des idées démocratiques avec la flambée révolutionnaire de 1848 conduisent à une volonté générale d’instruction élémentaire obligatoire et si possible gratuite.

Avec la Révolution industrielle, l’école du peuple devient indispensable. En effet, les évolutions économiques et scientifiques font de l’instruction un enjeu central, car elles requièrent une qualification grandissante des adolescents. Cette mobilisation est accentuée par le climat de rivalité économique internationale grandissante, surtout à la fin du siècle.

D’autre part, la croissance démographique parallèle à la révolution industrielle induit mécaniquement à la fois une clientèle d’élèves et un vivier d’enseignants. La Ligue de l’enseignement de Jean Macé lance alors, dès 1869, des campagnes de pétitions pour la gratuité et l’obligation de l’enseignement primaire

L’avènement de la 3e République appelle de plus la formation de citoyens éclairés capables d’aller voter, et de voter le mieux possible (en réaction à « l’analphabétisme politique » des masses sous la 2nde République).
b – les lois

Les EU sont les premiers à rendre l’école gratuite pour tous (primaire en 1830 et secondaire en 1850 et un peu plus tard dans les Etats du Sud). Des lois sur l’obligation scolaire et des mesures de gratuité totale ou partielle sont également votées en 1870 en Angleterre et en 1880 en France, ce qui les rapproche de la situation de l’Europe germanique.

En France plus précisément, la liberté de l’enseignement est proclamée dans la Constitution de la Seconde République (art. 9). Mais la loi Falloux de 1850 est largement favorable à l’Eglise : elle dispense les ministres des cultes des examens de capacité (la Lettre d’obédience suffit) ; le maire et le curé exercent à nouveau la surveillance de l’enseignement primaire ; les écoles libres peuvent tenir lieu d’écoles publiques. Elle reconnaît ainsi un enseignement primaire religieux qui peut être financé par les municipalités.

Ce sont les lois de la 3e République qui fixent le profil de l’école élémentaire, d’après les évolutions scolaires du siècle écoulé.

La loi sur l’enseignement primaire de 1867 (Duruy) corrige les lacunes apparues à l’usage de la loi de 1850 et exprime de nouvelles exigences par rapport à la condition des instituteurs et surtout des institutrices, grandes négligées de la législation jusque-là.

Elle donne des facilités supplémentaires aux communes qui voudraient instaurer la gratuité, prévoit au moins une école de filles dans les communes de 500 habitants et plus. D’autre part, elle n’étend pas simplement le nombre des écoles, elle élargit l’enseignement : l’histoire et la géographie de la France font partie des matières obligatoires, alors qu’ils avaient été prévus seulement dans l’instruction primaire supérieure par Guizot.

Dans les années 1880, la série des lois Ferry crée le modèle de l’école de la 3e République :

- la gratuité dans le primaire

- l’obligation scolaire de 7 à 13 ans (invention du temps de l’enfance)

- financement obligatoire par les communes

- loi sur les programmes : programme commun au primaire (instruction morale et civique, lecture et écriture, langue, géographie, histoire, sciences naturelles, mathématiques, travaux manuels, dessin, gymnastique).

Les lois Ferry s’accompagnent de l’abolition de la loi Falloux.

En 1880, la loi Camille Sée crée l’enseignement secondaire des jeunes filles.

Le décret de 1882 sur les bataillons scolaires prévoit des exercices pour le futur soldat qui doit apprendre à devenir patriote (principe déjà proposé par Talleyrand en 1791).

La loi de 1886 donne la nomenclature des établissements d’enseignement primaire (à côté des écoles primaires élémentaires, figurent les écoles maternelles ou encore les écoles manuelles d’apprentissage).

La loi du 19 juillet 1889 fait des maîtres des fonctionnaires d’Etat.

B) Leur application
a – dans le primaire
En France, en 1850 : 47% des enfants de 5 à 15 ans bénéficient de l’instruction mais avec une grande irrégularité.

Les lois Ferry, votées et appliquées, permettent alors une scolarisation massive des enfants. La création du certificat d’études (1806) permet par ailleurs de motiver les élèves qui s’investissent d’autant plus dans leur travail. Les réseaux de bibliothèques communales favorisent la démocratisation scolaire (cf en Grande-Bretagne, la loi sur les bibliothèques communales portée par le mouvement chartiste

Au niveau élémentaire, les pays les plus avancés établissent donc une sorte de norme d’universalité qui était loin d’être admise auparavant.
Toutefois, il faut distinguer l’application de ces progrès dans les villes et les campagnes :

  • le règlement de 1851 sur les écoles primaires qui prévoit la répartition des élèves en trois divisions selon leur âge (organisation pédagogique) est impraticable dans les écoles rurales. Or la France demeure une nation rurale, et il existe plusieurs milliers de classes rurales où le maître doit occuper et instruire toutes les classes d’âge.

  • en 1881, 13% des enfants de 6 à 13 ans ne sont pas encore scolarisés, car ils sont détournés de l’école par les travaux des champs ou des usines.


b – dans le secondaire
Il ne s’adresse qu’à une minorité. En France et en Allemagne par exemple, on ne trouve que 1,1% de la classe d’âge au niveau terminal de l’enseignement secondaire à la veille de 1914.

D’autre part, il y a peu d’enseignants du secondaire : 10 000 professeurs en 1870 pour toute la France par exemple. Les conditions d’enseignement restent difficiles en raison du manque de moyens matériels.
Néanmoins les progrès sont incontestables puisque en chiffres absolus, les effectifs du secondaire ont doublé dans la plupart des pays d’Europe occidentale.

Cette croissance s’accompagne d’une modernisation :

  • création d’une section moderne à côté de la section classique en 1852 en France.

  • les effets de la loi Camille Sée sont timides mais encourageants : de 1866 à 1881, 49 femmes ont obtenu le baccalauréat en lettres, et 39 en sciences.


Cet effort consacré à l’instruction aboutit à un taux d’alphabétisation qui atteint près de 90% à la fin du siècle dans les pays les plus avancés, tandis qu’elle s’accélère dans les pays du sud et de l’est. A la veille de 1914, la quasi-totalité des Français et Françaises savent ainsi lire et écrire. Toutefois, ce progrès quantitatif incontestable doit être analysé plus précisément au regard de sa portée pédagogique réelle (voire quelles instances contrôlent l’enseignement) et de ses répercussions politiques et sociales.


II Une véritable libération de l’instruction ?
A) La substitution d’une propagande à une autre
Partout en Europe, la bourgeoisie soutient une éducation morale et l’obtention d’un diplôme comme facteur de promotion sociale.

Mais le XIXè siècle est le siècle des bouleversements idéologiques et de l’extension d’idées neuves : le libéralisme est critiqué au nom de plus de démocratie. Le radicalisme tente alors de faire la synthèse du libéralisme politique et de la demande démocratique (avec Ledru-Rollin ou Gambetta qui sont pour une société de progrès, dont le rouage principal serait l’éducation). Un mouvement semblable se retrouve en GB avec l’aile gauche du parti libéral, aux EU avec le progressisme, ou encore en Allemagne avec le Parti du Progrès. Le symbole de la démocratie libérale reste tout de même à cette époque la IIIe République.

Les républicains sont pour la majeure partie anticléricaux et souhaitent remplacer la main mise de l’Eglise sur l’éducation par une institution qui enracinerait l’idée républicaine : c’est l’école gratuite, obligatoire et surtout laïque. « L’école, voilà désormais le temple de la foi des temps nouveaux. Il incombe aux instituteurs d’être les pasteurs de ce temple. » Eugène Spuller, ministre de l’Instruction publique, 1894.

L’enseignement pour les républicains aurait une portée scientifique, afin de se débarrasser des vieilles superstitions, mais aussi une portée morale, avec la persistance d’un enseignement moral. L’idéologie que contient l’éducation est toujours celle de l’ascension sociale, permise aux plus doués par les concours libres d’accès à tous.

Pour ce faire, deux moyens :

→ série de mesures en 1880 : loi sur le Conseil Supérieur de l’Instruction Publique désormais exclusivement composé d’universitaires élus par leurs pairs ; loi sur la collation des grades qui interdit les jurys mixtes. Tous les membres religieux sont donc soigneusement écartés. Par ailleurs l’enseignement est interdit à tout membre d’une Congrégation non autorisée (les Jésuites sont particulièrement visés) et la Compagnie de Jésus est dissoute.

L’éducation est facteur d’émancipation individuelle, et constitue une arme contre les dogmes religieux. La scolarisation massive débouche sur la bataille de la laïcité scolaire, comme condition de la liberté de pensée et de la liberté politique. Face aux protestations des catholiques, Jules Ferry réplique habilement par les lois de 1881/82, la laïcité des programmes et même du personnel en 82 et 86. Cette position radicale entraînera la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905.

→ ceci est le principal instrument de la IIIe République, qui nomme ses fonctionnaires et crée ses propres agents, les instituteurs, remplaçant les maîtres d’école au service de l’Eglise. Les instituteurs sont formés aux Ecoles Normales et inculquent aux élèves des notions d’Histoire et de Géographie, fortement teintées d’une vision proprement nationale. Ainsi, l’Alsace et la Lorraine sont colorées en noir sur les cartes de France. Le Lavisse, manuel qui porte le nom de son auteur, propose une histoire en grande partie militaire et économique où la patrie, la République et la liberté sont indissociables. Les générations ainsi conditionnées par la fidélité à la cause nationale et les intérêts de la patrie sont celles qui iront se battre lors de la Grande Guerre. C’est pourquoi on peut parler du passage d’une propagande religieuse à une véritable propagande nationale et républicaine, désormais instituée officiellement et obligatoire, uniformisant le territoire au détriment des spécificités locales.
B) Les conséquences politiques et sociales liées à l’instruction
a- de nouvelles valeurs inculquées
En France, c'est l'installation des valeurs de la République, véhiculées par les instituteurs (mythe de l’école républicaine) mais aussi par le développement de la presse bon marché.

Aux Etats-Unis, ce sont les valeurs patriotiques, la liberté, et la démocratie qui sont enseignées. On se dirige vers une école utilitaire opposée au désintéressement d'une éducation européenne où les humanités restent primordiales dans la définition de l'élite.

Peut-on parler d'une disparition de la religion? L'enseignement religieux persiste en France pour les écoles féminines. Il y a cependant une accommodation progressive des anticléricaux à la rivalité laïc/religieux.Le parti clérical a fini par accepter la prépondérance républicaine, et dès 1890, il y a acceptation réciproque des deux mouvements pour plus de tolérance. Au Royaume Uni, le détachement de la religion est progressif. Bell et Lancaster, deux ecclésiastiques, ont développé l'enseignement, mais Foster, en 1870, réalise l'équilibre entre les communes et les églises gérant les écoles.
b- un bilan social mitigé
Les progrès sont considérables pour l'alphabétisation des populations, cependant il faut apporter certaines restrictions.

En France, 16 % des élèves en 1865 ont quitté l’école sans savoir ni lire ni écrire. En Russie, en 1859, seuls 5 millions sur 70 millions savent lire et à la fin du siècle, on compte 80% d’illettrisme.

D’autre part, certaines catégories sociales sont exclues du savoir.

En France, l’accès au secondaire reste payant. Il faut attendre 1918 pour que les Compagnons de l’Université nouvelle lancent le thème de l’Ecole unique : faire en sorte que l’entrée en sixième de lycée dépende du mérite scolaire et non de l’origine sociale (ce qui implique la suppression des

barrières entre primaire et secondaire).

En GB, en 1880, le secondaire reste aussi réservé à une élite, surtout dans les sept collèges prestigieux réformés en 1868.

Aux Etats-Unis, qui consacrent un budget important à l’éducation, l'accès à l'enseignement pour les Noirs reste difficile. Il s’agit de les maintenir dans la soumission, la lecture étant considérée comme subversive. En effet, « le savoir, c’est le pouvoir » (Liebknecht).

La deuxième moitié du XIXe siècle peut donc être à juste titre qualifiée de « l’Age de l’éducation » en ce que la demande d’éducation se renforce et revêt de nouvelles dimensions. La nouvelle norme qui se constitue en Europe facilite par la suite la diffusion d’un nouvel idéal intellectuel.

En France, les grands principes de gratuité, d’obligation, de laïcité fondent ainsi les bases républicaines de l’école primaire et secondaire. Ces progrès juridiques ont réussi à s’inscrire dans les mœurs, en mobilisant des populations d’origines sociales variées. La meilleure preuve du réel « progrès » de cette instruction est la perduration du modèle républicain après l’instabilité du premier grand conflit mondial.

Toutefois, cette période ne constitue pas un achèvement du modèle scolaire. La modernisation de l’instruction est un phénomène réel, mais ses limites témoignent d’une démocratisation imparfaite à l’aube du XXe siècle. Du point de vue du contenu même de l’enseignement, avec une diffusion sélective des savoirs, mais aussi sur le plan social. Edouard Herriot, alors président du Conseil en juin 1924, s’exprimait ainsi : « la démocratie ne sera complètement fondée que lorsque l’accession à l’enseignement secondaire ne sera déterminée, non plus par la fortune des parents, mais comme il convient, par le mérite des enfants. » Après la question de l’accès à l’instruction primaire pour tous, c’est celle de l’égalité des chances dans le supérieur qui devient alors l’enjeu principal.

Entretien
Quels sont les pays les plus avancés par rapport à l’instruction ?

La Suède est en tête : c’est une société luthérienne où le chef de l’Eglise est le roi.

Dans la première moitié du XIXè, les pays protestants sont les plus avancés, en raison de la lecture nouvelle de la Bible : le peuple doit pouvoir la lire et la comprendre. Quant aux catholiques, ils s’en remettent d’une certaine façon à l’enseignement que fait l’Eglise des saintes Ecritures.

Aux Etats-Unis, l’abolition des droits de scolarité (réalisée assez tôt) rentre dans la logique démocratique de leur société. Ainsi, après la Guerre de Sécession, l’alphabétisation des Noirs progresse lentement mais sûrement. En Allemagne, ils disparaissent du primaire plus tard. Les plus pauvres étaient exemptés mais ils étaient alors classés comme pauvres ce qui est socialement discriminant. Au niveau du secondaire en France, Herriot revendique qu’il soit gratuit.

L’alphabétisation

Ce n’est plus le combat fondamental : c’est la question de l’enseignement et de son contenu en fonction des besoins du pays. L’enjeu est plus de transmettre les valeurs d’une société que d’aboutir à l’émancipation totale des esprits. Quand on veut que la société soit démocratique, on doit bannir certaines formes du passé.

Quel est en fait le but de cette instruction ?

  • faire de l’enfant un soldat (cf les bataillons scolaires), dans un esprit de patriotisme ;

L’éducation permet au soldat de savoir se servir d’un manuel d’utilisation, et donne surtout un certain degré de discipline : la mobilisation de la Grande Guerre fut non seulement sans précédent mais aussi consentie.

  • l’éducation politique, civique du citoyen (qui mène à la démocratie d’opinion) ;

  • un citoyen « utile », capable de maîtriser les connaissances modernes (révolution industrielle, économie) et de participer à l’essor des sciences, nouveau principe de lecture du monde.

Les différents clivages autour de l’éducation


Le système éducatif d’un pays offre le tableau des valeurs du pays mais reflète également les clivages particuliers propres à chaque pays.

La question de l’accès ou non des femmes à l’enseignement secondaire et supérieur.

Le combat entre laïcs et religieux est le plus intense, surtout dans les pays méditerranéens à tradition catholique. En France, ce sont les laïques qui dominent, mais en Espagne ou au Portugal, la faveur va aux religieux, tandis que le combat est plus équilibré en Italie.

Il y a des pays dans lesquels le christianisme est divisé. Ce clivage confessionnel est très présent en Allemagne : il existe entre protestants et catholiques, répartis sur le territoire de façon à la fois homogène mais qui prête le flanc à des problèmes de ségrégation de ce type, du fait que l’enseignement religieux est obligatoire : les minorités protestantes se retrouvent exclues de l’enseignement à majorité catholique, et vice versa. A l’époque de Bismarck se déroule une grande bataille pour la laïcité, entre le Chancelier et les catholiques. Celui-ci veut en effet se rallier les libéraux, à la base contre son autoritarisme, mais aussi anti-cléricaux. A la fin du 19e siècle, le nombre des écoles catholiques a diminué et la majorité des écoles sont devenues des écoles d’Etat.

Le clivage racial est bien entendu très important, aux Etats-Unis notamment où il entraîne la guerre de Sécession. Or pour que les esclaves Noirs aient un certain rendement, il faut qu’ils s’adaptent aux nouvelles technologies, et donc doivent être alphabétisés un minimum. Les écoles sont séparées, les professeurs enseignent aux élèves de même couleur de peau qu’eux, et pour des salaires moindres.

Enfin, le clivage entre les villes et les campagnes est aussi conséquent : moins bien équipées, moins diversifiées et moins qualifiées, les campagnes connaissent en outre le problème d’effectifs trop peu nombreux pour songer à créer plusieurs classes en fonction des âges, voire en fonction des confessions !

De même, il existe une séparation encore nette dans le contenu de l’enseignement : les humanités, qui répandent un certain « néo-humanisme », sont réservées à une élite sociale recrutée de façon très peu démocratique (facteur de discrimination). Cette pratique rencontre la critique d’un intellectualisme à la fois trop poussé et inutile, détaché de la réalité. Ceci entraîne la création de filières sans latin, comme les « Realschule » en Allemagne. Ainsi, d’autres filières se mettent en place, moins discriminantes et sélectives.

Annexes
Progrès réalisés avant 1850

Déjà sous la Révolution, une demande de réorganisation de l’instruction est exprimée dans les cahiers de doléances (ex : extension de l’enseignement aux filles et à toutes les catégories sociales).

1791 : abandon du rapport Talleyrand sur l’instruction publique (une école gratuite par canton).

1792 : rapport de Condorcet (liberté de l’enseignement, gratuité et laïcité, apparition du terme « instituteur »), non appliqué.

1802 : les écoles primaires sont payantes et à la charge des communes ; création des lycées.

1809 : 1e épreuve du baccalauréat (oral ; garçons seulement)

1816 : ordonnance royale sur l’enseignement primaire (apparaît dans le budget de l’Etat)

1820 : « guerre scolaire » oppose écoles mutuelles (libéraux) et écoles religieuses (ultras).

1829 : 30 966 écoles publiques et privées accueillant 1 358 000 élèves.

1833 : Loi Guizot qui jette les bases de l’enseignement primaire public au sens moderne du terme (écoles publiques et privées ; une école normale par département ; une école primaire par commune ; instituteurs titulaires du brevet de capacité ; instruction morale et religieuse + lecture + écriture + calcul).

« L’instruction primaire universelle [au sens de connaissances qui dépassent le niveau local de la commune] est désormais une des garanties de l’ordre et de stabilité sociale. »

1843 : 59 838 écoles primaires et 3 164 000 élèves.
Références philosophiques

  • l’Emile, Rousseau : expression de la personne de l’enfant.

  • Hegel : l’éducation doit permettre à l’individu de s’intégrer dans l’Etat, ce qui implique que les structures familiales et bourgeoises soient dépassées. L’Etat est la seule institution capable de donner une véritable liberté. L’éducation implique une méthode faisant cohabiter liberté et coercition.

  • Auguste Comte (1789-1857) : éducation positive (raisonnements rigoureux) qui unifie les esprits.

  • Marx : l’éducation n’est pas le ressort principal de la formation des individus et donc du déroulement historique. En effet, l’éducation n’est que le reflet des conditions politiques et économiques. C’est la transformation de la société qui amènera la transformation de l’homme.

  • Durkheim : l’éducation est adaptation de l’individu au groupe social. La relative soumission de l’élève au maître n’est pas sujétion d’un individu à un autre individu, mais acceptation d’une réalité objective, la société, à laquelle le maître doit lui-même consentir.


Les méthodes pédagogiques 

  • méthode Jacotot (1770-1840) : toutes les intelligences sont égales, on ne retient que ce que l’on répète (apprendre par cœur des livres)

  • Louis Braille (1806-1852) : méthode de lecture à l’usage des aveugles

  • Augustin Cournot (1801-1877) : pour lui, l’époque est prise entre l’esprit de progrès et celui d’une Eglise contredisant le siècle ; sur le plan pédagogique, il faut renforcer la connaissance des choses et des hommes par les sciences et l’histoire.

  • méthode Froebel (expérimentée dès 1855) : appel à la liberté de l’enfant qui doit découvrir en lui « l’agir divin » (recours à l’intuition sensible, amour de la nature).

  • expérimentation de Godin (disciple de Fourier) : école mixte (but : préparer les femmes à occuper une place égale aux hommes !) où l’éducation est fondée sur la polyvalence, permettant aux ouvriers de s’adapter à d’autres secteurs que celui auxquels ils ont été destinés.

  • rapport de Ferdinand Buisson sur la coéducation des sexes aux EU : selon lui, les Américains attribuent à la vie en commun des sexes la plus grande efficacité pour préserver du mal, le milieu enfantin ou adolescent assurant lui-même la surveillance de chacun et la modération de tous.


Contenu de l’enseignement

Objectifs : intégration sociale, autonomie (développement de la raison)

1851 : le programme des écoles normales est amputé de la géographie, des sciences naturelles, de la musique et de la géométrie.

1864 : le bac se dote d’une épreuve écrite de dissertation philosophique.

1865 : loi Duruy instaurant un enseignement secondaire spécial (5 ans d’études au lieu de 7 au lycée, contenus classiques mais aussi préparation à la vie professionnelle).

1866 : décret qui rétablit dans les écoles normales les matières supprimées en 1851, et qui ajoute des notions relatives à l’industrie et à l’hygiène.
Autres dates et chiffres

Août 1851 : révision des punitions (non corporelles)

1854 : 107 109 élèves dans le secondaire

1860 : à Paris, 5 ouvriers sur 6 entrent au travail sans apprentissage préalable.

1861 : seulement 1018 communes sont dépourvues en France de moyens d’école.

1861 : les jeunes filles peuvent se présenter au baccalauréat.

1847 à 1863 : le nombre des élèves augmente d’environ 50 000 par an (selon le rapport Duruy).

1865 : la scolarisation des filles s’est accrue rapidement car elles représentent près de 50% des 4,4 millions d’écoliers recensés.

1865 : 140 253 élèves dans l’enseignement secondaire.

1866 : 41% des 4 515 000 élèves de primaire bénéficient de la gratuité.

1867 : 70,4% des enfants de 5 à 15 ans bénéficient de l’instruction mais 34% d’entre eux passent à l’école moins de 6 mois dans l’année.

1867 : loi Duruy qui prévoit une école publique de filles pour les communes de plus de 500 habitants, la création de Caisses des écoles (pas vers la gratuité), obligation de l’histoire et de la géographie en primaire, mais non abrogation de la loi Falloux (l’école publique reste confessionnelle).

1871 : la Commune de Paris est vaincue par le gouvernement provisoire conservateur. Elle avait établi un ambitieux projet éducatif d’enseignement intégral, général et technique.

1880 : loi fondatrice de l’enseignement technique moderne, qui prévoit des écoles manuelles d’apprentissage.

1881 : vote de l’amendement Jules Simon sur les « devoirs envers Dieu » (il est enseigné à l’enfant l’obéissance aux lois de Dieu).

1886 : création des cours complémentaires, prolongement du primaire pour les enfants du peuple qui ne peuvent pas fréquenter le secondaire payant.

1889 : les instituteurs deviennent fonctionnaires et sont rémunérés par l’Etat.

1900 : presque tous les enfants sont scolarisés dans les écoles maternelles et primaires.

1904 : la loi Combes interdit à toutes les congrégations d’enseigner dans une école publique.

NB : les « salles d’asile » = les « jardins d’enfants » (1881 : terme remplacé par celui d’école maternelle)
Les ministres de l’Instruction publique

1851-1856 : Hippolyte Fortoul

1856-1863 : Rouland

1863-1869 : Victor Duruy

1870-1873 : Jules Simon

1879-1883 : Jules Ferry
A l’étranger

GB : 1868-1874 ministère Gladstone

1870 : loi Forster, réforme de l’enseignement primaire

1871 : Oxford et Cambridge obligées d’ouvrir leurs portes aux non-anglicans

1874 : ministère Disraeli

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