Avant-propos





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Le « cancer gay »


La description, dans le Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR),bulletin hebdomadaire de l’agence épidémiologique fédérale des États-Unis, le Center of Disease Control (CDC) d’Atlanta, le 5 juin 1981 par le Dr Michael Gottlieb du cas de cinq hommes homosexuels de Los Angeles, hospitalisés, tous toxicomanes (en particulier aux poppers), mais ne se connaissant pas du tout, sera une aubaine pour une "nouvelle" recherche dans la continuité d'un virus du "cancer gay", qui recouvrira ensuite les quatre "H": homosexuels, héroïnomanes, hémophiles, et Haïtiens (un des pays les plus pauvres de la planète, donc avec une population parmi les plus dénutries). Michael Gottlieb s'est d'emblée conformé au paradigme dominant, à savoir la causalité virale et contagieuse des maladies, plutôt que d'invoquer d'autres facteurs environnementaux (Harven et Roussez, 2005 112)

Ces jeunes homosexuels avaient une pneumonie attribuée à pneumocystis carinii, un protozoaire qui parasiite de nombreux animaux (dont les humains), ne devient pathogène que lorsqu’il y a « une déficience immunitaire, soit chez des nourrissons, soit chez des adultes sous traitement par des immunosuppresseurs. » (Grmek 1995, 27-28). Robert Gallo le confirme : « On ne connaissait que de rares exemples de pneumonies attribuées à Penumocystis carinii, et seulement chez des patients présentant une forte déficience immunitaire. On en avait par exemple observé chez des personnes dont le système immunitaire avait été volontairement affaibli par voie médicamenteuse pour les préparer à des greffes d’organes. » (Gallo 1991, 184).

Gottlieb utilisa une nouvelle technologie brevetée permettant de mesurer non seulement le nombre de globules blancs d’un patient, mais aussi le nombre de chaque sous-type de lymphocytes T-CD4+ et conclut que ces malades avaient un nombre anormalement bas du sous-type de globules blancs appelés lymphocytes T-CD4+ helpers (/auxiliaires) (Culshaw 2009, 77).

Gottlieb a tout de suite privilégié la causalité infectieuse (Grmek 1995, 39)

« Tous les cinq inhalaient les «poppers» (Grmek 1995, 28), et parmi de nouveaux cas, le même historien note que la même particulaité : « tous […] des toxicomanes » (Grmek 1995, 38)

Les cas s’accumulèrent parmi les homosexuels, chez qui on trouva d’autres maladies : candidose, herpès, etc ; et en particulier un cancer de la peau jusques là rare et qui n’atteint que des personnes âgées. Mirko Grmek écrit qu’« On connaissait toutefois deux exceptions à cette règle : les habitants de certaines zones de l’Afrique équatoriale et les patients qui recevaient des immunosuppresseurs. » (Grmek 1995, 33).

Dans le MMWR du 4 juillet 1981, il est constaté que depuis 1979, le sarcome de Kaposi avait été diagnostiqué chez 26 homosexuels, dont 20 à New York et 6 en Californie (Grmek 1995, 32), et le New York Times du 3 juillet 1981 publiait un article titré « Cancer rare vu chez 41 homosexuels » (Grmek 1995, 33), et citant le Pr Alvin Friedman-Kien, spécialiste des infections herpétiques (Grmek 1995, 34 et 32).

Il y avait une hésitation sur la causalité infectieuse ou toxicomaniaque :

« Ces défauts du système immunitaire étaient-ils primaires ou induits par l’infection ou par les drogues ? Les maladies cancéreuses ne passaient pas pour être transmissibles mais on pensait qu’elles étaient facilitées par des virus ou la toxicomanie. […] Friedman-Kien penchait déjà pour l’hypothèse virale. Celle-ci laissait sceptique James Curran7. Selon lui, « la meilleure preuve contre la contagion, c’est qu’à ce jour on n’a signalé aucun cas en dehors de la communauté homosexuelle ou chez les femmes ». Voilà qui était bien rassurant. Si danger il y avait, il paraissait restreint à un groupe aux mœurs douteuses.» (Grmek 1995, 34).

Montagnier a une conclusion opposée à celle que Curran faisait du faible nombre d'hétérosexuels et de femmes :

« C'est en 1982 que le SIDA commence à retenir mon attention de chercheur. On sait alors, d'après le nombre de cas répertoriés chez les homosexuels, qu'il s'agit d'une maladie transmissible. » (Montagnier 1994 43)

Le 28 août 1981, les CDC annonçaient 108 malades, dont 94% homosexuels ou bisexuels, et dont une seule femme (Grmek 1995, 35).

Le 19 septembre 1981, la revue médicale anglaise The Lancet publie un article de Kenneth Hymes, Linda et Laubenstein et six autres médecins de New York sur huit jeunes hommes homosexuels atteints de sarcome de Kaposi, et concluent, avec « prudence » selon Mirko Grmek que « Cette apparition inhabituelle du sacome de Kaposi dans une population très exposée aux agents sexuellement transmissibles suggère que cette exposition pourrait jouer un certain rôle dans sa pathogenèse. » (Grmek 1995, 36). C’était vrai, mais pas de la façon qu’ils pouvaient croire : non à cause d’un nouveau virus mais à cause des traitements que cette population prenait abondamment contre ces anciens agents. J’y reviendrai.

Mirko Grmek, fidèle à l’orthodoxie viraliste, écrit la suite :

« A New York, on découvre des pneumocystoses rapidement fatales chez quelques hétérosexuels. Ils ont presque tous une particularité ; ils se droguent. Parmi ces victimes de la drogue, une femme, jusqu’alors le seul cas féminin officiellement connu de l’immunodéficience acquise. Plus que toute autre drogue, c’est l’héroïne qui expose au risque de mourir de pneumocystose. Une telle complication de l’héroïnomanie n’était pas connue auparavant. » (Grmek 1995, 37).

« Avant la fin de l’année 1981, les enquêteurs des CDC arrivent à la conviction que l’agent causal est infectieux et qu’il se transmet par la voie sexuelle. Ils en ont la conviction intime, sans pouvoir fournir de preuves irréfutables. » (Grmek 1995, 37).

Dorénavant, comme une brigade de policiers convaincus d’être sur la bonne piste, la communauté scientifique va instruire à charge… virale…

Ainsi, Grmek rapporte une étude d’Henry Masur, médecin du Cornell Medical College, qui rapporte quatorze cas de pneumocystose grave (Grmek 19965, 37): « six de ces patients avaient bien des habitudes homosexuelles, mais cinq se déclaraient hétérosexuels. Ces derniers étaient tous, selon Masur, des toxicomanes. » (Grmek 1995, 38). Mais Grmek ne remarque pas qu’il n’y a aucun cas (hétérosexuel ni féminin) de non toxicomane.

A l’opposé de l’argument de Duncan, Grmek conclut que « La limitation de la maladie aux homosexuels suggère que la cause en est un agent infectieux transmis sexuellement. » (Grmek 1995, 39).

P. 45, Grmek croit que la causalité des poppers est invalide.

Grmek rapporte que l’enquête de l’équipe coordonnée par James Curran (Grmek 1995, 48) « fut limitée aux homosexuels (c’est-à-dire, par définition, aux hommes ayant eu des rapports sexuels avec un homme dans l’année précédant la maladie), car le nombre d’hétérosexuels malades semblait négligeable. » (Grmek 1995, 48). Encore une fois, cela ne colle pas avec une MST qui ne devrait pas se cantonner à des hommes homosexuels ou bisexuels.

Dans le paradigme viraliste, un steward grand voyageur, homosexuel aux centaines de partenaires sexuels, fut surnommé par les CDC « patient zéro » (Grmek 1995, 49), et Grmek écrit sur lui : « Gaetan Dugas n’était pas un citoyen des États-Unis, ce qui faisait de lui un bouc émissaire tout indiqué. » (Grmek 1995, 51).

Grmek rapporte quand même que le premier homosexuel rapproché des cas états-uniens pour sa pneumocystose « avait utilisé des produits à base de nitrite d’amyle » à New York (Grmek 1995, 58). On aurait confondu une diffusion virale avec une diffusion toxicomaniaque…

Grmek cite le cas d’un géologue français, Claude Chardon (rapporté par Jacques Leibowitch en 1984 p. 59-60) qui eut un accident à Haîti en 1978 et fut transfusé du sang de huit haïtiens (Grmek 1995, 61). En 1981, il eut une diarrhée chonique exténuante, des vomissements, une immunodéficience acquise et mourut en 1982. Son épouse (qui était venue avec lui à Haïti, et les huit donneurs de sang, étaient en bonne santé en 1982. Néanmoins, Grmek rementionnant plus loin ce cas, conclut sans preuve donc qu’il a été infecté par le sang provenant des donneurs haïtiens » (Grmek 1995, 75). A propos du nombre de Haïtiens malades aux États-Unis, il remarque qu’ « Un bouc émissaire était trouvé. » (Grmek 1995, 75). Aussi par lui, donc.

Il est notable que ses lymphocytes avaient étaient extraits et analysés par Robert Gallo, toujours prompt à trouver des résultat positifs… :

« L’équipe de Robert Gallo les cultiva et en isola un virus HTLV « exotique » qui fut tenu, sans doute à tort, pour l’agent étiologique principal de cette maladie. » (Grmek 1995, 62).

Chez des malades (non toxicomanes) en France et en Belgique, en relation avec leurs ex-colonies africaines, on veut les assimiler avec les malades des Etats-Unis. Pourtant, « Chez ces premiers malades africains observés en Europe, le tableau clinique était conforme à ce qu’on voyait chez les homosexuels américains, à quelques détails près concernant surtout la fréquence des maladies opportunistes. La diarrhée, la cryptococcose et la tuberculose y étaient plus fréquentes et le sarcome de Kaposi beaucoup plus rare. » (Grmek 1995, 66). On se demande alors ce qu’il reste de « conforme », car qu’y a-t-il d’autre que ces maladies opportunistes, qui en plus diffèrent ? Pourquoi en particulier n’y aurait-il pas eu plus de sarcome de Kaposi, pourtant plus fréquent en Afrique équatoriale ?
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