Présentation de la séance consacrée à l’Abbé Grégoire





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Une leçon de tolérance
Un jour de Fête-dieu, la procession défilait derrière Grégoire dans la rue principale d’Emberménil. Soudain, d’une impasse, surgit un colporteur juif portant son matériel sur le dos. Il lui est impossible de passer inaperçu et il est aussitôt pris à partie par les gens qui lui crient À genoux, le Juif ! Et comme il ne s’exécute pas immédiatement, les clameurs s’amplifient Ce Juif vient nous braver, à bas le Juif, il faut qu’il meure ! 

Déjà, la foule le saisit quand Grégoire intervient et réclame le silence. Mes frères, dit-il, cet homme n’appartient pas à notre religion. Nous ne pouvons donc exiger de lui qu’il partage notre foi et notre croyance. Il n’a pas voulu nous provoquer. Sans cela il serait fou. Il n’est que la victime d’un malheureux hasard. Qu’il vive et aille redire aux siens que nous professons ici la vraie religion : celle de la justice et de la tolérance.

Grégoire et Oberlin

Au cours de la visite faite aux pasteurs Stuber et Oberlin, Grégoire admire leurs résultats. En effet, dans les solitudes vosgiennes, ceux-ci évangélisent et instruisent un peuple de paysans presque sauvages, créant tout à partir de rien, gravant dans des plaques de bois des cartes géographiques grossières, inventant la méthode qui consiste à enseigner conjointement les choses et les mots. Grégoire est accompagné de son ami Antoine Dieudonné, chanoine à Brouville.

Tous deux constatent, dans les campagnes, que le pasteur Oberlin a poussé fort loin l’éducation des paysans du BandelaRoche. Grégoire décrit leur bon sens développé, une délicatesse de sentiments, une politesse aimable, des mœurs pures dont on trouverait peu de modèles dans les villes. À la même époque Grégoire s’intéresse au sort des Tziganes, ces bohémiens errants.

En 1787, à l’initiative de Guilbert, curé de SaintSébastien à Nancy, un syndicat de curés du diocèse de Nancy est constitué. Grégoire en est un des douze commissaires.

Cela peut être considéré comme son entrée active dans la vie politique.


L’homme politique
(Intervention de Emmanuelle JOB)

Introduction

On peut situer l’entrée en politique de l’abbé Grégoire au mois de janvier 1789.

Il a 39 ans. Il est intelligent, il a des idées, des convictions, et vraisemblablement aussi des ambitions. A cet égard, on peut citer Rita Hermon-Belot qui, dans son ouvrage « L’abbé Grégoire, la politique et la vérité » note qu’ « À partir des tous premiers mois de 1788, Grégoire a vécu chaque instant de sa vie sous l’empire d’une grande idée, celle de l’occasion à saisir. »

Ayant contribué à la rédaction du cahier de doléances d’Emberménil, il a pu y faire insérer un certain nombre de ses idées et de ses projets de société. C’est le début de la Révolution et l’abbé Grégoire comprend qu’il peut y prendre une place significative.

Le 8 avril 1789, il est élu député aux états généraux pour le clergé.

C’est le premier de ses nombreux mandats nationaux et c’est aussi la fin de son ministère pastoral qui aura duré 13 ans. Il quitte Emberménil et s’installe à Paris.
Sa carrière
Le 5 mai 1789 s’ouvrent les états généraux. Le 14 juin, Henri Grégoire quitte l’Ordre du clergé pour rejoindre le Tiers état. Le 19 juin, après des interventions de grande qualité de Grégoire, est votée la réunion des 3 ordres.
Le 20 juin, Grégoire signe le « Serment du Jeu de Paume » où les présents font serment de ne pas se séparer avant l’élaboration d’une Constitution.

Du 12 au 14 juillet, il préside la session de l’Assemblée Constituante qui dure 62 heures d’affilée pendant que le peuple prend la Bastille. Il s’en justifiera a postériori en ces termes : « Je n’en avais pas plus le droit qu’un autre, mais enfin il fallait bien que quelqu’un s’en chargeât. »
Les députés de la Constituante s’étant engagés à ne pas faire partie de l’Assemblée législative, il perd donc son mandat de député. Il n’est pas pour autant privé de vie publique car depuis mars 1791 il avait été élu évêque constitutionnel de Blois, et dès octobre 1791, il prend la présidence du Conseil Général du Loir et Cher qu’il quittera en septembre 1792 dès qu’il retrouvera son poste de député du Loir et Cher sous la Convention dont il assumera la présidence à 15 reprises.

Dès les débuts du Directoire il est membre du conseil des Cinq Cents, l’une de ses deux assemblées législatives avec le Conseil des Anciens.

Début 1799, Grégoire n’est pas réélu au conseil des Cinq Cents. Redoutant de vivre dans l’indigence, il accepte le poste de conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal. Pendant cette courte période de carence législative il est toutefois toujours évêque de Blois.

Et dès le début du Consulat, Grégoire est à nouveau élu député du Loir et Cher au Nouveau Corps Législatif.

Mais les relations avec Bonaparte se tendent. En octobre 1801, à la demande du pape Pie VII, Henri Grégoire comme tous les évêques (constitutionnels ou réfractaires) démissionne de son mandat épiscopal. Bonaparte promet au pape de ne pas lui soumettre le nom de Grégoire pour une nouvelle nomination. C’en sera fini de sa carrière religieuse qui aura duré en tout 23 ans dont 10 ans en tant qu’évêque constitutionnel.

Néanmoins, malgré l’opposition de Bonaparte, il est élu au Sénat en décembre 1801 et se range dans l’opposition.

En mai 1804, faisant fi de l’opposition de Grégoire, le Sénat proclame l’Empire. Cela ne rebute pas Grégoire qui se maintiendra au Sénat jusqu’à la Restauration en 1814. Le Sénat devient alors la Chambre des Pairs. Grégoire n’en fait pas partie et la suspension de sa pension d’ancien sénateur lui cause quelques soucis financiers. Pendant les Cent Jours, il ne rentrera pas en grâce auprès de Napoléon.

Il ne renonce pas pour autant à la vie politique et le 30 septembre 1819 il se fait élire à la chambre des députés par le département de l’Isère. La réaction de Louis XVIII ne se fait pas attendre. Je le cite « L’abbé Grégoire ! Le Jacobin, le régicide par lettre, le sénateur, l’évêque schismatique, l’expression abominable de la Convention … L’introduire à la chambre des députés, l’appeler à prêter serment entre mes mains, c’est le comble de l’audace. Ou je sortirai du Royaume une troisième fois, ou Henri Grégoire n’entrera pas à la Chambre des députés ». Louis XVIII n’aura pas à quitter la France. La Commission de vérification des pouvoirs ayant contesté la légalité de son élection, Henri Grégoire est exclu pour indignité nationale. Il a beau s’exclamer « Mon âme inflexible se raidira toujours contre la calomnie et l’iniquité. Je suis comme le granit, on peut me briser, on ne me plie pas » c’est bel et bien la fin de sa carrière politique.
Quel regard porter sur cette carrière ?

Député pendant plus de 10 ans, sénateur pendant quatorze ans, il a été de tous les régimes, de la Révolution à la Restauration en passant par l’Empire. Il me semble qu’on pourrait porter sur l’ensemble de son parcours cette observation de Mona Ozouf dans la préface du livre de Rita Hermon-Belot précité « Au gré de ces péripéties, Grégoire a révélé sa formidable capacité d’adaptation. Il a su jusqu’à un certain point, se taire quand il le fallait, lâcher du lest. » Elle ajoute : « Le thème du recommencement des temps est si prégnant chez lui qu’il paraît pouvoir survivre à tout ».

Je ne voudrais pas abîmer le portrait d’un grand humaniste qu’en a tracé mon prédécesseur et que l’on retienne de lui l’image d’un opportuniste. Simplement, il avait des convictions, et la certitude qu’il était toujours l’homme de la situation.

Il n’a jamais refusé une nomination ou un titre honorifique. Il a fait partie d’un nombre impressionnant de sociétés savantes.
En 1808, Napoléon le fait Comte d’Empire. On peut relever dans la biographie publiée par le Comité Grégoire d’Emberménil, qu’il n’avait jamais porté son titre. Il est cependant fait mention dans le livre de Rita Hermon-Belot d’un « passeport délivré au comte Grégoire, ancien évêque de Blois » le 4 septembre 1820 et portant sa signature.

Il est élevé par Napoléon à la dignité de Commandeur de la Légion d’Honneur.

Mais il vit très mal la perte de son mandat de député à la Restauration et son exclusion par Louis XVIII en mars 1816 de l’Institut de France dont il a été fondateur. Aussi lorsqu’il lui est demandé peu après par le Grand Chancelier de la Légion d’Honneur de se pourvoir d’un nouveau brevet, il adresse aussitôt sa démission de l’Ordre en ces termes :
«Repoussé du siège législatif, repoussé de l’Institut, à ces deux exclusions, on permettra sans doute que j’en ajoute moi-même une troisième, et que je me referme dans le cercle des qualités qui ne peuvent être conférées par « brevet » ni enlevées par « ordonnances », qualités seules admises devant deux tribunaux qui réviseront beaucoup de jugements contemporains : le tribunal de l’Histoire et celui du Juge éternel.»

Gaston Monnerville, dans une conférence prononcée devant la Grande Loge de France le 5 mai 1981, commentait cette déclaration en ces termes « Quelle fierté dans ces mots ! » On pourrait tout aussi bien dire « Quel orgueil ! ».

Mais ce que l’on retiendra aujourd’hui de la vie de l’abbé Grégoire, c’est son travail acharné, l’intransigeance de ses convictions qu’elles soient religieuses ou sociétales et sa pugnacité pour faire aboutir les réformes qu’il estime justes.
Son activité législative
De tout temps Henri Grégoire aura été un ardent défenseur des droits de l’Homme.

L’essentiel de son activité législative se passe pendant la Constituante et la Convention.

Sous la Constituante, il aura argumenté avec acharnement pour obtenir une Déclaration des droits de l’Homme conforme à ses convictions, j’y reviendrai plus avant.

En matière institutionnelle, il réclame l’intégralité des droits politiques pour tous les citoyens, la souveraineté du peuple, la séparation des pouvoirs.

Il intervient sur la majorité des rois, sur la sanction royale en s’opposant au droit de veto absolu du roi. Il fait voter la suppression de la gabelle. Il combat vigoureusement le suffrage censitaire établi par l’Assemblée.

Il travaille à l’élaboration de la constitution civile du clergé (Pierre Boyer nous en parlera ultérieurement). Il défend avec succès une motion qui abolit le droit d’aînesse.

On lui doit le décret du 27 septembre 1791 qui fera des Israélites des citoyens français, ce que nous exposera Hélène Lenattier.

Dès la première séance de la Convention, l’abolition de la royauté est prononcée à l’unanimité sur la motion présentée par Grégoire ce qu’il revendiquera en ces termes dans ses Mémoires « Ce fut mon plus grand titre de gloire d’avoir été le rédacteur de la motion qui abolit la royauté lors de la première séance de la Convention Nationale ».

A la Convention, Grégoire intègre différents comités (Comité Central, Comité Diplomatique, Comité des Colonies, Comité d’Instruction Publique, Comité de Salut Public, Comité des rapports, Comité des recherches) ce qui lui donnera l’opportunité d’intervenir sur tous les sujets.

Le 28 novembre 1792, il fait adopter par décret la réunion de la province de Savoie à la France. Il est aussitôt désigné pour organiser le département du Mont Blanc et dans le Comté de Nice le département des Alpes Maritimes et du Valais. Il part en mission dans ces provinces ce qui lui permettra de ne pas prendre part au vote condamnant à mort le roi Louis XVI.

Le 4 février 1794 il obtient par décret l’abolition de l’esclavage ce dont Hélène nous parlera.

Au sein du Comité d’Instruction Publique, il lutte contre l’obscurantisme qui selon lui « a plus de partisans qu’on ne le croit chez les maîtres de la terre ; ils savent que l’ignorance est un moyen puissant pour museler les peuples ». René Hodot nous rendra compte de sa mission d’Instituteur.

On lui doit aussi la fondation de l’Observatoire de Paris, du Bureau des Longitudes, et du Conservatoire des Arts et Métiers sujet abordé par la suite par Claude Hérique.

Mais je voudrais revenir maintenant sur la Déclaration des droits de l’Homme, proclamée le 26 août 1789.
On attribue en général la paternité de l’article 1 à Henri Grégoire. Mais dès les premiers débats, il insiste pour qu’à la Déclaration des droits soit adjointe celle des Devoirs qui lui paraît être le corollaire naturel de celle-là.

Grégoire a été l’un des tout premiers parmi les législateurs à poser le problème des limites à fixer à ces droits. Grégoire avait ainsi argumenté « Si l’homme a des droits, il faut parler de Celui dont il les tient et qui lui imprime des devoirs. Il faut montrer à l’homme le cercle qu’il peut parcourir et les barrières qui peuvent et doivent l’arrêter ».

Le vote lui sera défavorable : 433 voix pour et 570 contre.

Si l’Assemblée lui refuse la Déclaration des devoirs, elle accède cependant à sa demande de faire commencer la Déclaration des droits « par un nom qui retentit dans tout l’Univers et qui rappelle l’idée la plus vaste, la plus majestueuse, la plus propre à agrandir notre âme… celle de Dieu ». Certes dans la rédaction finale le nom de Dieu sera remplacé par une référence à l’Être Suprême. Mais c’était déjà une belle victoire.

En outre à l’ouverture de la discussion de l’article 118 consacré aux « Rapports de la République française avec les nations étrangères, Grégoire lit à la Convention nationale son projet de Déclaration du Droit des Gens, exposant les droits et devoirs des Nations. Se référant à Montesquieu qui envisageait un « droit des gens que l’on peut considérer comme le droit civil de l’Univers dans le sens que chaque peuple en est un citoyen », Grégoire procède à une véritable transposition de droit des individus au droit des nations. Il est applaudi mais ne remporte pas l’adhésion de la Convention.
Cependant, les conceptions de Grégoire ont inspiré nombre de ses successeurs. Les Constitutions françaises, celle de 1946, comme celle de 1958, ont retenu dans leur préambule ces notions de « droit » et de « devoir ». La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée à Paris le 10 décembre 1948, proclame que « l’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible ».

En outre, l’Assemblée Générale des Nations Unies dès 1949, a rédigé la « Déclaration des droits et devoirs des états » qui, selon le juriste international René Cassin « a, sur des points essentiels, une communauté d’inspiration très remarquable avec le projet d’Henri Grégoire ».
Conclusion
Le 12 septembre 1989 les cendres de l’abbé Grégoire sont transférées du cimetière Montparnasse au Panthéon en même temps que celle de Monge et de Condorcet. Une reconnaissance peut-être tardive. Mais mieux vaut tard que jamais… ou trop tôt. Ainsi en fut-il de Mirabeau, dont le corps fut transféré en grande pompe au Panthéon le 4 avril 1791, deux jours après sa mort, mais exclu de ce haut lieu le 12 septembre 1794, des correspondances secrètes avec le roi ayant été découvertes en 1792. Mirabeau inhumé anonymement au cimetière de Clamart par sa sœur, finit par disparaître totalement, sa dépouille n’ayant jamais été retrouvée malgré des recherches entreprises en 1889. Mais ceci est une autre histoire…

L’Abbé Grégoire :

son combat pour les Juifs et les gens de couleur
(Intervention de Hélène LENATTIER)

À l’ouverture des états généraux, l’un des premiers gestes de l’Abbé Grégoire, élu député du Clergé, fut de quitter cet ordre pour rejoindre le Tiers-état. Là était sa place naturelle. Il se considérait élu du peuple et prêt à se battre pour réclamer l’abolition des privilèges de l’Ancien Régime et l’établissement de nouvelles institutions inspirées de plus de justice et de tolérance.

Dès lors, il fut présent dans toutes les sessions de l’Assemblée, parfois secrétaire ou président de séance, réclamant et soutenant avec énergie toutes les mesures conformes à ses convictions humanistes et religieuses, en particulier l’octroi de la citoyenneté entière pour les juifs et l’abolition de l’esclavage.
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