Présentation de la séance consacrée à l’Abbé Grégoire





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Les juifs reconnus citoyens actifs
I – La situation des Juifs en 1789

L’Abbé Grégoire riche de sa longue expérience de curé de campagne avait eu souvent l’occasion de rencontrer des Juifs et de mesurer l’injustice et la précarité de leur situation. En même temps, ses études, ses voyages, lui avaient permis d’approfondir l’histoire du peuple juif et lui avait donné par humanité le désir de leur intégration.

A la veille de la Révolution, la moitié de la population juive de France résidait dans l’Est, soit environ 30.000 personnes. Par autorisations successives du roi, 450 familles habitaient Metz. Dans le Duché de Lorraine, Nancy comptait 180 familles et Lunéville offrait depuis longue date résidence à une ancienne communauté. Ainsi, en 1785, y fut édifiée une des plus belles synagogues de France, la première autorisée par Louis XVI.

Ces populations, majoritairement urbaines, étaient relativement bien intégrées, de langue française, certaines parvenues même à une situation bourgeoise. Il en allait autrement dans les campagnes où circulaient colporteurs, marchands de bestiaux, et nouveaux arrivants migrants des régions germaniques. L’Abbé Grégoire eut maintes fois l’occasion d’intervenir pour harmoniser les relations entre chrétiens et juifs de son diocèse et prôner la réconciliation.

En Alsace, où il se rendait souvent, notamment pour suivre des cours d’hébreu, la situation des juifs était plus précaire. Ils n’étaient pas autorisés à habiter dans les grandes villes, Strasbourg ou Colmar, et plus ou moins tolérés dans les petites principautés qui se singularisaient encore malgré le rattachement à la France. Les Juifs y étaient astreints à des impôts dits de tolérance ou de transit. Ils étaient de ce fait, le plus souvent, éparpillés dans environ 180 villages et s’y trouvaient marginalisés, de mœurs rustiques, formant une communauté homogène, parlant un dialecte germanique, le yiddish. Ils se caractérisaient par un folklore très spécifique donnant au judaïsme alsacien un cachet très particulier. Ailleurs, dans les autres régions de France, se retrouvaient les mêmes discriminations, interdits et rejets.
II – L’accession des juifs à la citoyenneté

En 1787, L’Abbé Grégoire répondit à un concours de la Société Royale des Arts et Sciences de Metz dont il faisait partie, devant répondre à la question suivante : Est-il des moyens de rendre les juifs plus utiles et plus heureux en France ? Il fut un des trois lauréats. Dans son ouvrage, il mit en exergue leurs qualités et avec une courageuse lucidité, il dénonça la conduite tenue à leur égard au cours des âges : les torts des juifs, dit-il, leurs malheurs, accusent notre conduite à leur égard. Nations, avouez en gémissant que c’est là votre ouvrage ! Les Juifs ont produit les effets, vous avez posé les causes : quels sont les plus coupables !... Il va de soi que cette prise de position n’obtint pas l’approbation de tous et Grégoire dut subir jusqu’à sa mort la vindicte de certains milieux.

Toujours est-il que dès le 1er août 1789, il publia une motion en faveur des Juifs, alors que des troubles éclataient en province. C’était le début de la Grande peur. Des persécutions eurent lieu en Alsace dont les Juifs furent victimes. Le 3 août, il demanda avec véhémence à l’Assemblée d’accorder la citoyenneté aux juifs et la liberté de culte. L’idée fit son chemin. Le 14 octobre, une délégation de Juifs venant de Nancy fut reçue à l’Assemblée. Grégoire plaida leur cause, appuyé par Mirabeau, Clermont-Tonnerre et Robespierre. Le 28 janvier 1790, il obtint l’octroi de la citoyenneté aux Juifs d’origine portugaise de Bordeaux et d’Avignon. Ce fut une victoire partielle obtenue à l’arraché et qui permit de réclamer à nouveau une mesure générale. Un grand pas semblait franchi, mais il fallut pourtant attendre presque deux longues années pour que le décret paraisse le 27 septembre 1791.

La Déclaration des Droits de l’Homme du 26 août 1789 trouvait enfin son application aux Juifs de France. La citoyenneté, dite active, impliquait pourtant l’abandon des structures communautaires antérieures et de toute revendication spécifique. Clermont-Tonnerre l’exprima clairement, sans être démenti : Il faut tout refuser aux juifs comme Nation et tout leur accorder comme individu. La population juive accueillit avec satisfaction la reconnaissance de sa citoyenneté, porteuse d’espoir d’ascension sociale, mais les élites de la communauté ne manquèrent pas de mesurer les conséquences de cette nouvelle situation qui tendait à effacer certains caractères fondamentaux du judaïsme indestructibles à leurs yeux.

L’abolition de l’esclavage

Obtenir l’abolition de l’esclavage fut aussi un dur combat que l’Abbé Grégoire ne cessa de mener et de réactiver jusqu’à sa complète mais éphémère victoire. Là encore, il s’agissait pour lui de dénoncer un scandale inacceptable pour les consciences éprises d’humanité. Le chemin fut long et ne déboucha que progressivement, les mentalités et les enjeux économiques étant des freins puissants à tout changement brutal.
Grégoire avait adhéré dès 1789 à la Société des Amis des Noirs. Cette Société ne demandait pas la suppression immédiate de l’esclavage, les Noirs n’étant pas encore mûrs pour la liberté ; il fallait les y préparer…et préparer aussi les esprits de ceux à qui profitait le statu quo. Le 9 décembre 1789, l’Abbé adressa, en ce sens, à l’Assemblée, un Mémoire en faveur des gens de couleur, sang-mêlé, des îles françaises de l’Amérique. Deux jours après, sur son intervention, la Constituante autorisa l’admission des « sang-mêlé » à la représentation nationale. L’année suivante, en octobre 1890, averti de la situation délicate vécue dans l’île de Saint Domingue, il publia une Lettre aux philanthropes sur les malheurs, les droits et réclamations des gens de cette île. Il y prophétisa qu’un jour des députés de couleur franchiraient l’océan pour venir siéger à l’assemblée.

Des événements graves se produisirent à Saint Domingue au début de 1791. Les propriétaires blancs, se sentant menacés par les conséquences possibles de la Révolution, organisèrent une révolte des troupes et mulâtres et noirs furent traqués. Le 11 mai, l’Abbé réclama à l’Assemblée l’application des Droits de l’Homme aux citoyens libres, désignés sous le nom générique d’hommes de couleur, sans aller jusqu’à demander d’abolir ni l’esclavage, ni la traite. Le 15 mai, après de violents débats, il obtint avec ses soutiens que les mulâtres et les nègres, nés de père et de mère libres, bénéficient des mêmes droits politiques et civils que les blancs. C’était une avancée considérable, et Grégoire n’en demandait pas encore davantage, comme il l’indiqua dans un discours qui suivit le décret du 15 mai :

Ne dites pas non plus qu’en forçant les conséquences de nos principes, il faudrait à l’instant prononcer la liberté des nègres, je le nie, car la morale défend de mettre une espèce de couteaux aux mains d’un enfant qui avec cette arme pourrait se blesser ou blesser autrui ; les nègres sont, pour ainsi dire, de grands enfants ; abandonnés à eux-mêmes, ils périraient ou feraient périr. Les droits des hommes conférés brusquement à ceux qui n’en connaissent pas les devoirs seraient un présent funeste, et ce n’est que graduellement qu’on peut arriver au but. Les oppositions à votre décret ne sont visiblement que la lutte de l’orgueil, de l’intérêt contre la justice…

Cette effervescence, perçue jusque dans l’île, fut à l’origine de nouveaux affrontements. Finalement ce furent les esclaves qui se soulevèrent et durent subir une répression sans pitié.

L’année suivante, en 1792, il parut urgent d’envoyer deux commissaires, Sonthenax et Polverel, à Saint Domingue pour faire appliquer le décret donnant pleine citoyenneté à tous les libres de couleur. En juillet 1793, Grégoire s’engagea davantage en dénonçant le commerce du « bois d’ébène ». Il lança à la tribune : jusqu’à quand allez-vous tolérer ce honteux trafic de chair humaine ? Premier pas, il obtint un décret qui supprimait les subventions de l’état accordées pour la traite des noirs. Rappelons à ce sujet les fortunes issues de ce fructueux trafic dont témoignent encore les beaux quartiers de Bordeaux, de La Rochelle et de Nantes…
Un mois après, le 29 août 1793, avec courage, Sonthenax annonça, à Saint Domingue, l’abolition de l’esclavage, sans attendre la confirmation de Paris. Le 3 février 1794, selon la prophétie de l’Abbé Grégoire, trois députés arrivèrent de Saint Domingue, un blanc, un mulâtre et un noir. Ils mirent l’Assemblée au courant de la situation dans les Antilles où les Anglais étaient une menace sérieuse. Le lendemain, la Convention franchit le pas, balayant les oppositions, elle décréta l’abolition de l’esclavage dans toutes les possessions françaises : la Convention nationale déclare abolir l’esclavage dans les colonies ; en conséquence, elle déclare que tous les hommes sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens Français et jouissent de tous les droits assurés par la Constitution. Cette décision donnait à la fois satisfaction aux montagnards de la Convention, et en même temps, avait pour but de mobiliser les populations contre les Anglais qui voulaient s’approprier les colonies. Des fêtes furent organisées dans toute la France pour célébrer le vote du décret émancipateur. On raconta que des femmes blondes et noires échangeaient leurs bébés pour l’allaitement.

Cette victoire qui comblait de bonheur l’Abbé Grégoire fut éphémère. En 1802, Napoléon pour des raisons purement économiques faisait annuler tous les décrets, remettant en vigueur la situation antérieure à 1789. Grégoire fit encore entendre sa voix en 1822, réclamant des peines infamantes à infliger aux négriers coupables, disait-il, de cet attentat contre la loi naturelle, contre la loi évangélique, contre le pacte social, contre le droit des gens.

Il fallut attendre la révolution de 1848, pour rétablir les lois et décrets durement acquis entre 1789 et 1794. L’œuvre de l’Abbé Grégoire n’était pourtant pas complètement oubliée. A sa mort, en 1839, pendant une journée entière, un coup de canon fut tiré tous les quarts d’heure à Haïti, pour honorer sa mémoire.

Dans ces engagements, l’Abbé Grégoire avait montré la permanence de ses convictions politiques et religieuses ainsi que leurs exigences. Droits de l’Homme et foi chrétienne étaient pour lui indissociables, les uns découlant de l’autre.

L’Abbé Grégoire L’INSTITUTEUR

Henri Grégoire et la langue française

(Intervention de René HODOT)


Selon le Trésor de la langue française, le mot est entré dans le Dictionnaire de l’Académie en 1694, soit un siècle avant la Révolution.

Littré (vers 1870) enregistre quatre sens principaux :

1. Celui qui institue, établit (Bossuet). Celui qui donne des institutions à un peuple (Rousseau).

2. Personne chargée de l’éducation et de l’instruction d’un ou plusieurs enfants (XVIIIe siècle

3. Celui, celle qui tient une pension, une maison d’éducation, une école. « Aujourd’hui, instituteur ne se dit plus que du maître d’école. »

4. Instituteur primaire, institutrice primaire, celui, celle qui tient une école primaire.

En référence au Conservatoire des Arts et Métiers et à bien d’autres initiatives d’Henry Grégoire, c’est le sens 1 de Littré, « celui qui institue », qui donne son titre à cette partie de notre séance. On note que le sens 4, « instituteur primaire » (déjà acquis en 1794, on va le voir), résulte d’une évolution relativement récente et que la notion d’enseignement n’y est pas prépondérante.
Henri Grégoire et la langue française

Convention nationale, séance du 16 prairial an II (4 juin 1794) : Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française

Ce Rapport présenté par Grégoire à la Convention est fameux et « anéantir les patois » apparaît aujourd’hui comme l’expression d’un jacobinisme brutal.

Mais trois autres termes du titre doivent retenir l’attention : nécessité (motivations), moyens (instruction), usage du français (portée politi¬que).
Deux livres m’ont permis d’approcher Henri Grégoire :

- Rita Hermon-Belot : thèse de 508p. publiée en 2000 . L’auteure insiste sur la dimension religieuse de la pensée et de l’action politique de H.G. – L’illustration de couverture a pour titre : « L’Abbé Grégoire fit voter l’abolition de l’esclavage », tableau dû à François Célestin, Nancy, musée des Beaux-Arts.

- Henry Grégoire, 1750-1831, “L’ami des hommes de toutes les couleurs”, publication du Comité Grégoire d’Emberménil, 2009, 155p. + 20 pl. hors-texte. Page de titre intérieure : Modernité de l’abbé Grégoire. Un précurseur des droits de l’homme. – Illustration de couverture : « Grégoire évêque constitutionnel du Loir-et-Cher », médaillon anonyme, musée d’Emberménil

Grégoire et les langues
Au collège d’Emberménil puis au collège des Jésuites à Nancy, Grégoire reçoit une solide formation classique, en français, latin et grec. En témoignera en 1774 sa première publication, un éloge de la poésie couronné par l’Académie royale de Nancy.

C’était aussi un polyglotte, ayant appris, à diverses époques de sa vie, l’anglais, l’allemand, le danois, l’italien, le portugais, l’espagnol et l’hébreu.

Pour cette dernière langue, il a suivi des cours en Alsace, dans les années 178688. Rappelons qu’il était depuis 1776 en relation avec le pasteur Oberlin, lui-même auteur d’un Essai sur les patois français.

Dans son Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs (1788), Grégoire prenait déjà une position radicale à propos du yiddish : « Le jargon hébraïque peut et doit disparaître », « cette espèce d’argot, ce jargon tudesco-hébraïco-rabbinique dont se servent les Juifs allemands et qui n’est intelligible que pour eux et ne sert qu’à épaissir l’ignorance ou à masquer la fourberie. » On retrouvera de tels accents dans le Rapport de 1794 sur les patois français.

En attendant, dès les débuts de la Révolution, en 1790, il adresse une enquête aux muni-cipalités, aux curés et aux clubs : Questions relatives au patois et aux mœurs des gens de la campagne. Les réponses obtenues confirmaient l’obligation dans laquelle se trouvait le clergé de prêcher en patois local, sous peine de ne pas être compris des paroissiens.

Au printemps de 1793, en mission dans le département des Alpes-Maritimes nouvellement rattaché à la France, Grégoire participe à la rédaction d’une série de rapports et de proclamations, dont trois en nissard ; ainsi, le 1er avril : Eguaglianza, liberta. Proclama. I commissarj della Convenzione nazionale ai cittadini del dipartimento delle Alpi-Marittime. Cette concession à l’idiome local montre que Grégoire savait s’adapter à ses destinataires.


La France et le français : une tradition centralisatrice
En France, développement du français et développement de l’Etat sont étroitement liés. On peut retenir quelques dates significatives :

- 1477. Impression des Chroniques de France. C’est la langue du roi qui bénéficie de l’imprimerie ; les patois s’écrivent rarement et ne s’impriment jamais.

- 1539. Ordonnance de Villers-Cotterets : désormais, dans toutes les pièces judiciaires, emploi exclusif et obligatoire du français, qui est de fait la langue de l’état .

- 1549. Du Bellay, Deffence et illustration de la langue françoise. C’est l’affirmation d’une langue littéraire unifiée, mais utilisant les ressources des parlers locaux.

- 1635. Lettres patentes accordées à l’Académie française. Mission est donnée à la toute nouvelle institution de doter la langue d’outils théoriques (dictionnaire, grammaire, rhétorique…).

- 1766. Desgrouais, Les Gasconismes corrigés : c’est un manuel à l’usage de provinciaux qui veulent se corriger d’après l’usage de Paris. Il est mentionné dans son Rapport de 1794 par Grégoire, qui regrette le peu de résultats obtenus par l’ouvrage : il faut des mesures plus radicales.

- 1782. Concours de l’Académie de Berlin sur les causes de l’universalité du français. Le XVIIIe siècle a vu le français se répandre partout en Europe dans la bonne société. L’Académie de Berlin prend acte du phénomène en s’interrogeant sur ses causes. Grégoire y fait allusion dans le préambule de son Rapport de 1794 .
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