Présentation de la séance consacrée à l’Abbé Grégoire





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Un combat pour la République
Voici quelques extraits du Rapport (dans l’ordre du texte) :

(1) « Avec trente patois différents, nous sommes encore, pour le langage, à la tour de Babel, tandis que, pour la liberté, nous formons l’avant-garde des nations. »

Ces 30 patois étaient parlés à l’Assemblée, c’est plus qu’au Parlement européen !

(2) « … consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l’usage unique et invariable de la langue de la liberté ».

Grégoire a lutté contre le fédéralisme des Girondins ; il s’est accommodé de la Montagne.

(3) « Tous les membres du souverain sont admissibles à toutes les places (…) Si ces places sont occupées par des hommes incapables de s’énoncer, d’écrire dans la langue nationale (…), l’ignorance de la langue compromettrait le bonheur social ou détruirait l’égalité. »

Pour Grégoire, le seul souverain, c’est le peuple. Il convient de donner au peuple les moyens intellectuels d’exercer sa souveraineté.

(4) « … des scélérats fondaient sur l’ignorance de notre langue le succès de leurs machinations contre-révolutionnaires »,

par exemple, dans les prêches en patois, ou par la traduction orientée des textes officiels.

(5) « Répandez avec profusion, dans les campagnes surtout, (…) une foule d’opuscules patriotiques, qui contiendront des notions simples et lumineuses (…). Je voudrais des opuscules sur la météorologie, qui est d’une application immédiate à l’agriculture (…). »

Décret du 4 juin 1794 8
« La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son Comité d’instruction publique, décrète :

Le Comité d’instruction publique présentera un rapport sur les moyens d’exécution pour une nouvelle grammaire et un vocabulaire nouveau de la langue française. Il présentera des vues sur les changements qui en faciliteront l’étude et lui donneront le caractère qui convient à la langue de la liberté.

La Convention décrète que le rapport sera envoyé aux autorités constituées, aux Sociétés populaires et à toutes les communes de la République. »

Le Comité d’instruction publique, dans lequel Grégoire siège peu s’en faut depuis sa création, est donc chargé de passer à l’application pratique. Le Rapport de Grégoire esquissait une réforme de la langue : « uniformer » (sic) les nomenclatures, procéder aux « rectifications utiles » de l’orthographe (sans bouleversement), enrichir le vocabulaire (par exemple en adaptant des mots étrangers), simplifier la morphologie.

Autour du Rapport

- Décret du 22-11-93. « Les inscriptions sur les monuments publics seront désormais en langue française (sauf pour les monuments antiques) ».
C’est ainsi que l’architrave au-dessus du grand portail de la cathédrale de Nancy porte cette inscription :

LE PEUPLE FRANÇAIS RECONNAIT L’ETRE SUPREME ET L’IMMORTALITÉ DE L’AME

Parfaitement lisible aujourd’hui, elle était flanquée avant le nettoiement de la façade de deux cartouches : à gauche, si ma mémoire est fidèle, « Unité, indivisibilité de la Répu-blique », à droite « La Liberté ou la mort ».
- 26 janvier 1794, décret portant ouverture d’un concours pour la composition de livres élémentaires. Ces « livres élémentaires » mis au concours anticipent les opuscules préconisés par le Rapport.

- 10 octobre 1794, ouverture de la première école normale d’Instituteurs. Les instituteurs auront pour mission première d’enseigner le français là où il est ignoré.

- Novembre 1797, concile national de l’Eglise constitutionnelle. Ce concile, dont la réu-nion doit beaucoup à l’action de Grégoire, préconise la liturgie en langue vulgaire (= français) et introduit le français dans l’administration des sacrements.
Et après ?
Grégoire s’est consacré à d’autres combats.

Les patois ont survécu à la Révolution.

Il faudra attendre le XXème siècle, avec la scolarisation généralisée et surtout les mélanges de populations masculines liés à la Grande Guerre, pour que le français l’emporte sur les patois – au moins provisoirement.

Notes

1 Le texte du Rapport est accessible sur Internet.

2 18 p. de bibliographie pour les écrits, manuscrits et imprimés, de Grégoire, + 2 p. d’études sur le personnage (environ 50 titres, de 1821 à 1996).

3 Dans le titre, le mot le plus important est certainement politique.

4 Une langue romane qui porte un nom d’origine germanique !

9 D’après F. Brunot & Ch. Bruneau, Précis de grammaire historique de la langue française, 1949.

6 Le latin va perdre son statut de langue parlée.

7 Le prix fut partagé entre le Français Rivarol et l’Allemand Schwab.

8 Voté dans la séance où a été présenté le Rapport.

9 La construction de la cathédrale de Nancy a été achevée en 1788.

10 Il y a 20 ou 30 ans ?

L’ABBÉ GRÉGOIRE, DÉFENSEUR DU PATRIMOINE SCIENTIFIQUE

LE CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS, UNE CRÉATION INÉDITE
(Intervention de Claude HéRIQUE)

À la veille de la Révolution, la France symbolisait un lieu où soufflait l’esprit ; un esprit qui procédait du siècle des Lumières et qui, depuis la seconde moitié du XVIIe siècle, avait été entretenu par de nombreux intellectuels.

Les philosophes, les penseurs, les juristes mais aussi les scientifiques et les artistes qui remettaient en cause le régime de la royauté, proposaient à la société de nouveaux modèles de vie.

La révolution de 1789 fit éclater une bulle qui n’avait pas cessé de grossir.

Les révolutionnaires, partisans au plan politique d’un changement total, se livrèrent à des actes de vandalisme inimaginables.
Face à ces exactions, un esprit civique prit naissance dans la classe politique et en particulier en 1792 parmi les membres de la Convention. L’abbé Grégoire joua alors un rôle essentiel au sein de l’assemblée. Il précisa clairement sa pensée sur l’obligation de préserver l’ensemble de notre patrimoine historique. Il s’agissait de sauvegarder non seulement nos monuments, nos églises ou nos châteaux mais aussi de conserver toutes nos richesses littéraires, linguistiques, scientifiques et techniques.

En réalité, l’attachement qu’il manifestait envers de nombreuses disciplines culturelles ne datait pas de cette époque. En 1782, lorsqu’il fut nommé curé d’Emberménil, il créa dans son presbytère une bibliothèque pluridisciplinaire. La religion, le droit rural, les plantes, l’apiculture, les arts mécaniques, la géométrie, l’arithmétique et bien d’autres matières … tout devenait pour lui un centre d’intérêt.

La Convention prit rapidement des mesures propres à préserver notre patrimoine national :

- En 1792, elle créa une commission qui fut chargée de mettre en place une organisation adaptée à sa mission

- En 1793, sous la direction d’Alexandre Lenoir, créateur du musée des monuments français, on débuta l’inventaire de nos trésors et de nos biens collectifs. Ce fut à cette époque que le concept de la création d’une administration destinée aux monuments historiques se développa.
L’année suivante, en 1794, l’abbé Grégoire fit connaître aux députés de la Convention son idée de créer un Conservatoire des Arts et Métiers. En réalité, il poursuivait le but de mettre en place au niveau national les moyens que notre industrie avait besoin pour se développer.
Humaniste, il désirait aussi ouvrir la science aux classes sociales les moins favorisées :

« Il faut éclairer l’ignorance qui ne connaît pas et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaître. On réunira les instruments et modèles de tous les arts dont l’objet et de NOURRIR, VÊTIR et LOGER. »
En août 1794, l’abbé Grégoire fit une déclaration à la Convention :

« Les monuments doivent être protégés en vertu de l’idée que les hommes ne sont que les dépositaires d’un bien dont la grande famille a le droit de vous demander des comptes. »

Retrouvé par hasard, le document de la création du Conservatoire des Arts et Métiers rédigé par l’abbé Grégoire présente les arguments et les principes attachés à la fondation. Finalement, le décret instaurant le Conservatoire sera publié le 19 vendémiaire an III (10 octobre 1794).

DÉCRET DU 19 VENDÉMIAIRE AN III

Article 1 : Il sera formé sous le nom du Conservatoire des Arts et Métiers et sous l’impulsion de la commission d’agriculture et des arts un dépôt de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres de tous les genres d’arts et métiers.

Article 2 : On y expliquera la construction et l’emploi des outils et machines utiles aux arts et métiers.
En mai 1798, il sera affecté au Conservatoire le prieuré royal de Saint-Martin des Champs situé 60 rue Réaumur à Paris. Le musée ouvrira ses portes en mai 1802.

         

Au cours des années qui suivirent la création du Conservatoire, le musée n’a pas cessé de s’enrichir et d’abriter des objets et des collections qui se rapportent à la science et à la technique. Conformément à l’idéal de l’abbé Grégoire, des démonstrateurs s’attachèrent à expliquer aux visiteurs le fonctionnement des machines.

De nos jours, le conservatoire à la vocation de remplir une double mission. Il est à la fois un musée industriel et un établissement d’instruction.

La devise du Conservatoire, UBIQUE OMNES DOCET (Enseigner à tous et partout) qui est inscrite dans ses murs, reste fidèle à la pensée de son créateur.
Le prêtre dans la tourmente révolutionnaire,

la liberté des cultes.
(Intervention de Pierre BOYER)
*

En 1789, l’abbé Grégoire avait trenteneuf ans, et on ne peut donc pas dire qu’il s’est engagé à la légère dans cette période révolutionnaire qui a secoué les fondements de la France de cette époque. Il y a joué un rôle important et réfléchi.

Dans mon intervention, je me limiterai essentiellement au seul domaine religieux...

Pour présenter ce prêtre hors du commun, je commencerai par citer le sénateur Hippolyte Carnot qui, dans son ouvrage «Henri Grégoire, évêque républicain» [1] écrivait en 1882 :
Au temps où le clergé catholique, habile à justifier son influence par une supériorité réelle, s’appliquait à distinguer dans ses rangs les hommes d’élite pour les placer à sa tête, quelle que fût l’obscurité de leur origine, Grégoire, né de parents pauvres, dans un petit village de la Lorraine aurait sans doute, par ses talents et ses vertus, obtenu la crosse de l’épiscopat ou la pourpre romaine.
Très réaliste, Carnot ajoute : Mais depuis longtemps l’Église, abjurant son beau rôle de médiatrice entre le peuple et ses maîtres, avait identifié la cause de l’autel avec celle du trône, et se séparant du peuple, d’où ses premiers apôtres étaient glorieusement sortis, n’allait guère demander ses hauts dignitaires qu’aux familles seigneuriales, pour les envoyer faire un service de courtisans auprès des rois.
Sans la Révolution, Grégoire serait donc probablement resté ignoré dans sa modeste cure d’Embermesnil heureux encore si ses opinions indépendantes et la fierté de son caractère ne lui eussent pas attiré l’improbation de ses supérieurs.

Comme cela a déjà été dit, Henri Grégoire est né le 4 décembre 1750 à Vého, près de Lunéville. Après des études au noviciat jésuite de Nancy, il est ordonné prêtre en 1774. Trop jeune pour qu’on lui confie une paroisse, il enseigne la théologie à l’école jésuite de PontàMousson, puis est vicaire de Marimont en 1776 avant d’être nommé curé d’Emberménil le 15 avril 1782 où il exercera jusqu’en 1789.

L’époque de ma vie la plus heureuse est celle où j’étais curé, écrira l’Abbé Grégoire.
En 1785, la Société royale des Sciences et des Arts de Metz présente le sujet de son concours de 1787 : Estil des moyens de rendre les Juifs plus heureux et plus utiles en France ?

Henri Grégoire participe à ce concours avec son Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs [2], un ouvrage de 264 pages qui sera édité en 1789 [3]. Le 23 août 1788, il sera l’un des trois lauréats [4] couronnés du concours.

Dans cet ouvrage, l’Abbé Grégoire se contente d’analyser les origines de cette haine à leur encontre et de décrire leurs modes de vie, en observant ceux qui, nombreux, résidaient à Metz ; il s’était d’ailleurs pris d’amitié avec certains.
Il estimait que l’entière liberté accordée aux Juifs sera un grand pas en avant pour les réformer, et j’ose le dire, pour les convertir ; car la vérité n’est persuasive qu’autant qu’elle est douce.

Il espérait ainsi que cette race maudite, comme on appelait souvent les Juifs à cette époque, se convertirait au catholicisme.

Quand le 27 septembre 1791, la Constituante reconnaîtra officiellement cette citoyenneté, l’Abbé Grégoire déclarera : J’étais venu à l’Assemblée Constituante avec la résolution d’y plaider la cause des Juifs.
D’une manière plus générale, il affirmera : Ma profession de catholicité n’est pas problématique et c’est en partant de ces principes mêmes que j’admets la tolérance civile dans toute son étendue. Assurément je crois le juif, le protestant, le théophilantrope dans la route de l’erreur, mais comme membres de la société civile ils ont autant de droit que moi à bâtir un temple et à le fréquenter publiquement.

Cette année 1789, où paraît l’Essai sur les Juifs, est aussi une année riche en événements politiques avec la Révolution Française qui se profile et où l’Abbé Grégoire va jouer un rôle fondamental.

Durant toute sa vie, quelles que soient les instances gouvernementales de la France (Royaume, République ou Empire), Henri Grégoire a toujours été fidèle à sa foi qui l’a guidé dans ses actions. C’est une foi sans volonté de prosélytisme, une foi empreinte de tolérance donnant la priorité à l’Homme. C’est ainsi, qu’après avoir fait réhabiliter les noncatholiques comme citoyens à part entière, il obtient, comme cela a déjà été dit, l’abolition de l’esclavage. Il sera l’ami des hommes de toutes les couleurs, comme il a été caractérisé dans un numéro des Annales de la Religion.
Henri Grégoire n’était pas aveuglé par sa religion ainsi qu’en témoigne cette remarque [5] : La France est couverte de dévotions et de dévots auxquels, pour être des chrétiens parfaits, il manque seulement une très petite chose..., la charité !
Ces idées, il les avait déjà exprimées dans le Catéchisme du genre humain, ouvrage sous forme de questions et réponses de 206 pages mis à l’impression en 1789, deux mois avant la prise de la Bastille. Ce catéchisme a été réédité en 1792 avec le même plan, mais sous forme de texte parsemé de petits poèmes [6]. La seconde version comporte 241 pages auxquelles s’ajoutent 40 pages d’adresses à la Nation.

En particulier, l’ouvrage débute par une «proclamation de l’auteur à son élève» en vers alexandrins. La première strophe me semble bien résumer la pensée de l’Abbé Grégoire.
Il n’existe qu’un Dieu, seul maître des mortels :

Son Temple est l’univers, nos cœurs sont ses autels :

Il ne commande point de culte ni d’offrande :

L’aimer et nous chérir, c’est tout ce qu’il demande.

Chrétiens, Mahométans, esclaves des faux dieux,

S’ils savent vivre en paix, sont égaux à ses yeux.

Mais comment vivre en paix, quand le ciel et la terre

Divisent les humains, leur ordonnent la guerre ?

L’attitude tolérante de l’Abbé Grégoire n’a évidemment pas été appréciée par le hautclergé, mais a été comprise par beaucoup de prêtres lorrains du basclergé qui côtoyaient quotidiennement la misère du peuple. Cela explique pourquoi ces modestes curés de campagne l’élirent comme représentant du clergé aux étatsGénéraux de 1789.
J’illustrerai cette situation en vous lisant un extrait du discours prononcé en 1873 par Maggiolo [7] lors de sa réception à l’Académie de Stanislas à Nancy :
Le 20 janvier 1789, les délégués des Trois-Ordres sont réunis a Nancy : en présence d’une grande assemblée et d’une grande cause, le curé d’Emberménil se sent orateur, il débute par un succès dans la carrière politique. Sans autre caractère, sans autre mission que le droit, qu’on ne peut lui contester, de chérir ses concitoyens, ses confrères, son état, il formule et il développe, en faveur des 1 500 curés de la province, une proposition accueillie par l’acclamation unanime : «Cela est juste !».

Le même jour, il s’installe à l’hôtel des Trois Maures, il fait imprimer son discours, et le surlendemain, 22 janvier, il en envoie un exemplaire à tous les curés lorrains et autres ecclésiastiques séculiers du diocèse de Metz. Il les conjure de s’associer à la sainte énergie qui anime tous les esprits dans les Trois-Ordres, il leur demande des observations et des mémoires.
Sa merveilleuse activité, l’austérité de sa vie, l’intégrité de sa foi, la renommée de ses travaux couronnés par deux Académies, son expérience des misères du pauvre peuple, sa déférence pour son évêque, son respect pour le roi, tout le désignait au suffrage de ses confrères ; son nom sortit le premier de l’urne électorale.

Personne ne pouvait mieux que lui porter aux États généraux cet esprit de science, de conseil, de paix et de progrès, qui distinguait le clergé lorrain.

[...] Il rédigea une brochure au mois de juin 1789, brochure qui détermina le bas clergé à venir se joindre aux communes, pour former, au nom de la souveraineté nationale, l’Assemblée constituante.

Dès l’ouverture des états généraux à Versailles, le 5 mai 1789, l’abbé Grégoire se bat pour faire admettre le vote par tête, et non pas par ordre afin de donner plus d’importance au Tiersétat. Ce dernier, qui comportait plus de membres que les deux autres groupes réunis, avait ainsi la possibilité de se faire entendre et d’obtenir des votes favorables à ses propositions.
Lors de la nuit du 4 août, le principe de l’égalité des droits du citoyen est acquis, avec la proclamation de l’abolition des privilèges. Grégoire fait supprimer les annates [8]. Ce droit prélevé par la cour de Rome sur les bénéfices vacants faisait sortir de France chaque année une somme de vingt millions. Estil nécessaire de préciser que la papauté n’a pas apprécié !

L’Abbé Grégoire accepta la suppression de la dîme et admit que le clergé était l’administrateur, et non le propriétaire, des biens dits ecclésiastiques. Il demanda que les curés aient une dotation en fonds territoriaux, qui pût subvenir à leurs besoins et à leurs devoirs de charité. Selon lui, devenus cultivateurs, ils donneraient à leurs paroissiens des exemples de progrès.

Craignant un schisme, Grégoire émit des réserves quant à la déclaration de l’Assemblée qui précisait que la France ne reconnaîtrait plus l’autorité d’aucun évêque ou archevêque étranger [1].

La Constitution civile du clergé a été adoptée par l’Assemblée nationale constituante (décret du 12 juillet 1790). Acceptée par Louis XVI le 24 août 1790, elle devient la loi réorganisant le clergé séculier français. Le texte comporte quatre titres : Des offices ecclésiastiques ; Nomination aux bénéfices ; Traitements et pensions ; De la résidence.

Elle sera condamnée par le pape Pie VI et abrogée par le Concordat de 1801.

Le 26 novembre 1790, le député de la Moselle Voidel, dénonçant la formation d’une ligue contre la Constitution civile du clergé, fait voter un décret imposant un serment aux ecclésiastiques. Le Roi donne son accord le 26 décembre 1790 [9].

Lors de la séance du 27 décembre 1790, après une déclaration où l’Abbé Grégoire précise ne rien apercevoir dans la Constitution qui puisse blesser les vérités saintes. Il ajoute qu’à la face de la France et de l’univers, elle a manifesté solennellement son profond respect pour la religion catholique, apostolique et romaine. Jamais elle n’a voulu porter atteinte au dogme, à la hiérarchie, à l’autorité spirituelle du chef de l’église ; elle reconnaît que ces objets sont hors de son domaine.

Finalement, il incite tous les ecclésiastiques à prêter serment à la Constitution civile du clergé et, donnant l’exemple, il est le premier à le faire [10]. Soixante prêtres l’imitèrent, mais la moitié des curés refusèrent de prêter serment. Maggiolo [7] précise que centtrentequatre archevêques, évêques ou coadjuteurs refusent le serment ; seuls quatre le prêtent, dont trois incrédules connus par leurs mœurs dissolues.
Le serment était le suivant : Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse (ou du diocèse) qui m’est confiée, d’être fidèle à la Nation, à la Loi, au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le Roi.
Pour les ecclésiastiques qui ne participaient pas aux travaux de l’Assemblée, il a été prévu que : Par décret de l’Assemblée nationale, et conformément à la constitution civile du clergé en date du 24 août 1790, tous les ecclésiastiques prêteront le serment exigé un jour de dimanche après la messe, en présence du conseil général de la commune et des fidèles. Ceux qui ne le prêteront pas seront réputés avoir renoncé à leur office et il sera pourvu à leur remplacement.

Ce serment, que Grégoire n’a jamais abjuré, déchaîna contre lui des reproches qui le suivirent jusqu’à sa mort.

Pour répondre à toutes les objections, Grégoire publiera une brochure de vingtsept pages intitulée Sur la légitimité du serment [11]. Il y explique que la répartition des évêchés n’a rien de contraire à la tradition [et] que l’élection est un retour aux pratiques de la primitive église. Il y rappelle qu’il a réclamé l’exclusion des électeurs protestants et juifs, que l’élection est un objet de discipline, [que] l’ordination est de droit divin, [que] le peuple choisit, l’église ordonne...

Cette Constitution civile du clergé va diviser celuici en deux groupes : d’une part le clergé constitutionnel, c’estàdire l’ensemble des prêtres «jureurs» qui ont été excommuniés par le pape, et d’autre part les prêtres réfractaires qui ont refusé de prêter serment.

De ce fait, quatrevingts évêques sont alors élus et environ vingt mille prêtres sont remplacés.

Le 18 janvier 1791, Grégoire est élu président de l’Assemblée [12]
C’est le 15 février 1791 que le curé et député Henri Grégoire apprend son élection comme évêque constitutionnel du Loir-etCher [12] & [13]. Le même jour, il est informé de sa nomination à l’évêché du Mans. Il choisit Blois pour respecter la chronologie de ses informations. Dès le 19 février, sa présence est réclamée, mais il ne sera sacré évêque que le 14 mars [14], en l’église de l’Oratoire, par Gobel, l’évêque de Paris. Il ne rejoindra Blois que le 24 mars, après avoir obtenu de l’Assemblée un congé d’un mois. Monseigneur Thémines, l’ancien évêque de Blois, ne sera expulsé que le 7 avril...

Monseigneur Grégoire écrit au pape pour lui annoncer sa nomination comme évêque de Blois : Très saint Père, le respect dont je suis pénétré pour votre Sainteté me fait un devoir de vous annoncer que les suffrages libres des électeurs du département de LoiretCher m’ont appelé au gouvernement du diocèse dont le siège est à Blois. Je déclare que je suis et serai toujours, Dieu aidant, uni de foi et de communion avec vous, qui, en qualité de successeur de saint Pierre, avez la primauté d’honneur et de juridiction dans l’église de JésusChrist.
Sa première lettre pastorale débute par : Henri Grégoire, par la miséricorde divine, dans la communion du SaintSiège apostolique, évêque du département de LoiretCher, à ses vénérables coopérateurs dans le saint ministère et à tous ses fidèles du diocèse, salut et bénédiction en JésusChrist. Dans les vingtquatre pages qu’elle comporte, Grégoire aborde tous les sujets qui fâchent comme l’élection et le serment des ecclésiastiques, l’indépendance de la religion avec les puissances d’icibas, la pérennité des sacrements... essayant de montrer la complémentarité de l’évangile et de la constitution française.

L’évêque Henri Grégoire, vêtu de son costume ecclésiastique, continua de siéger dans la Convention qu’il lui arriva même de présider en soutane violette.

Fin 1794, quatre évêques, Grégoire, Royer, Desbois et Saurine [15] créent le groupe des «Évêques réunis à Paris» dans le but de régénérer l’Église de France.
Le 21 décembre 1794, Grégoire commença un discours en faveur de la liberté des cultes. Il y préconisait la nécessité d’une religion, et y soutenait que le catholicisme n’avait rien d’incompatible avec le régime républicain. Il ajoutait que le gouvernement ne devait adopter ni salarier aucun culte.

Grégoire fait imprimer in extenso son discours en précisant qu’il n’avait pas pu le prononcer en entier car couvert d’abord d’applaudissements vifs et multipliés, il fut ensuite interrompu par quelques individus, qui croient que hurler c’est raisonner.

Ainsi que l’a écrit Grégoire, bientôt le cri impérieux du peuple força les législateurs, et quelques semaines après m’avoir refusé presque unanimement la liberté des cultes, ils la déclarèrent à la même unanimité...

Cela prouve que, si les principes sont invariables, les hommes ne le sont pas, commente Grégoire.

Ce décret, voté par la Convention le 18 septembre 1794 (8 vendémiaire an III), peut être vu comme une sorte de prélude à la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’État.

Mais ce qu’avaient craint les députés lors de la tentative d’intervention de Grégoire se produisit, les divisions politique et religieuse se confondant très souvent.

Il faut rappeler qu’à cette époque, des menaces étaient souvent proférées à l’encontre des «jureurs», et des évêques constitutionnels en particulier, pour les pousser à abjurer leur croyance. La logeuse de l’évêque Grégoire a surpris par indiscrétion les propos de visiteurs qui insistaient auprès du prélat sur la nécessité d’une abjuration qui porterait un coup mortel au papisme. Devant le refus persistant de Grégoire, l’un des visiteurs s’écria : tu viens de monter deux degrés de l’échafaud, tu monteras le dernier. La réponse fut : je suis prêt car, vous pouvez en être assuré, je ne démentirai jamais mes croyances [1].
De même, JeanBaptiste Gobel, l’évêque métropolitain constitutionnel de Paris (qui était évêque auxiliaire de Bâle avant la Révolution) se voit ordonner de se «déprêtriser», sous peine de mort. Très âgé, il finit par céder et abjura le 7 novembre 1793 [16]. Il fut néanmoins conduit à l’échafaud le 14 mars 1794.

Lors de cette séance, Grégoire fut aussi contraint de prendre la parole : On me parle de sacrifice à la patrie, j’y suis habitué ; s’agitil du revenu à ma qualité d’évêque ? Je vous l’abandonne sans regret ; s’agitil de religion ? Vous n’avez pas le droit de l’attaquer. J’entends parler de fanatisme, de superstition... Je les ai toujours combattus... Catholique par conviction et par sentiment, prêtre par choix, j’ai été désigné par le peuple pour être évêque, mais ce n’est ni de lui ni de vous que je tiens ma mission... On m’a tourmenté pour accepter ces fonctions, on me tourmente aujourd’hui pour faire une abdication, qu’on ne m’arrachera pas. J’ai tâché de faire du bien dans mon diocèse, je reste évêque pour en faire encore, j’invoque la liberté des cultes. Dans ses mémoires, Grégoire ajoute : Je déclare qu’en prononçant ce discours improvisé, je crus lire mon arrêt de mort.
Avec quelques amis [17], Grégoire fonde en mai 1795 les Annales de la religion, gazette qui avait pour soustitre Mémoires pour servir à l’histoire du XVIIIe siècle. Elles parurent jusqu’en novembre 1803.

C’est dans cette publication qu’il est fait allusion au projet des «constitutionnels» de réaliser un missel uniforme pour la France, le Missale gallicanum, inspiré du tout nouveau Missel de Paris.
Les «réfractaires» ont évidemment réagi en reconnaissant cependant que c’était un un excellent ouvrage : Ce n’est donc pas cet ouvrage de lumières et de piété qu’on entend repousser ; ce sont les principes qu’on doit conserver. Personne n’a le droit d’introduire dans un diocèse aucun rit, aucune formule de prière, aucun livre liturgique, que le pasteur légitime. Les constitutionnels ne le sont point et ce serait adhérer à leur schisme que de se servir, sous leur autorité, dans la célébration des saints mystères et des offices publics, d’autres formules de prières que de celles qui sont consacrées par l’autorité légitime.
Grégoire et ses amis organisèrent en 1797 un concile national avec l’espoir de regrouper les ecclésiastiques assermentés et réfractaires. Ce fut un échec, les réfractaires refusant les avances des constitutionnels. La conciliation ne se fit pas plus lors d’un second concile en 1801.
Le seul résultat positif fut un projet de réorganisation des diocèses [18].

Je suis persuadé que, dans ce travail, il a été beaucoup tenu compte d’anciennes observations de «Henri Grégoire, curé d’Amberménil, député de la Meurthe», comme il avait signé son texte.

Le 29 décembre 1793 (30 frimaire), Grégoire constatant la perte de prestige de l’église constitutionnelle, publie Questions relatives à l’histoire de l’église gallicane.

L’église constitutionnelle devient église gallicane le 15 mars 1795 (22 ventôse An III).

Cette dernière lui tient à cœur, puisqu’il rédigera en 1818 un ouvrage intitulé Essai historique sur les libertés de l’église gallicane.

Le 15 juillet 1801 (26 messidor an IX) un Concordat est signé par Napoléon redonnant du pouvoir au pape sur le clergé français.

Se pliant aux décisions du Concordat, le 8 octobre suivant, Grégoire envoie sa lettre de démission au Pape Pie VII. J’ajouterai que sur les 81 évêques réfractaires encore en vie en 1801, 38 refusèrent d’adresser leur démission au pape, alors que Grégoire, par cet acte, a montré, une fois encore, son appartenance à l’église romaine.
Dans la période qui suit, il écrira en particulier une Histoire des sectes religieuses en six volumes.
Dans son Histoire du mariage des prêtres en France, particulièrement depuis 1789 qu’il publie en 1826, Henri Grégoire s’est aussi interrogé sur le mariage des prêtres [5] : Le célibat ecclésiastique est imposé sous la garantie du pouvoir politique, et quand celuici retire sa garantie, que devient l’obligation du célibat ? Pour Grégoire, la réponse est fort simple : alors la loi du célibat ecclésiastique n’a plus de force coercitive, mais comme tous les règlements religieux, elle continue d’être obligatoire pour la conscience...

Il est bon de rappeler que le 19 juillet 1793, il fut décrété que pour aucunes causes, les ministres du culte catholique ne pourraient être privés de leurs pensions. On menaça également de la déportation les évêques qui s’opposeraient au mariage des prêtres.

Mourant, l’Abbé Grégoire demanda les derniers sacrements qui lui furent refusés par Quelen, l’archevêque de Paris, qui exigeait sa renonciation au serment de la Constitution civile du clergé. Bravant sa hiérarchie, l’Abbé Guillon accéda à la demande d’Henri Grégoire, mais l’autorité romaine fermera l’église à sa dépouille !

Il s’éteint le 28 mai 1831.

LouisPhilippe, l’ancien duc de Chartres, ordonna de lui faire des obsèques religieuses et de lui rendre les honneurs militaires, ce qui n’empêcha pas les autorités ecclésiastiques de lui refuser une sépulture chrétienne.

Ce furent deux mille personnes qui, conduites par La Fayette, accompagnèrent le cercueil au cimetière Montparnasse.
Ce n’est que le 12 décembre 1989, lors de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française, que les cendres de l’Abbé Grégoire furent transférées au Panthéon, près de celles de Victor Schoelcher.

Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ! estil écrit sur le fronton du Panthéon. Je rappelle que ce monument est l’église SainteGeneviève qui fut transformée en 1791 par l’Assemblée constituante en un temple destiné à recevoir les grands hommes de l’époque de la liberté française.

Cependant, ce n’est que 198 ans après sa mort, que l’Abbé Grégoire y sera enfin admis !
Dans son Histoire des sectes religieuses, on y peut lire ces vers prophétiques pour la nouvelle église SainteGeneviève, l’actuel Panthéon :

Aujourd’hui dans tes murs, ô reine des cités,

Un Temple se construit digne de ta patronne ;

Mais ce n’est plus le temps de nos solennités,

Tardive piété, ta dernière heure sonne ;

Avant que ton encens fume dans ce saint lieu,

Lutèce n’aura plus de prêtres ni de Dieu !

Son entrée au Panthéon justifiera sa clairvoyance ! Il est en effet bon de signaler que l’église bouda la cérémonie...
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