Littérature québécoise





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François-Xavier Garneau

Histoire du Canada
Tome III

BeQ
François-Xavier Garneau
Histoire du Canada
Selon la huitième édition entièrement revue et augmentée par son petit-fils Hector Garneau

III
Les éclaireurs de l’Ouest

Québec repousse l’envahisseur

D’Iberville et les Anglais
La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 69 : version 1.1

Cette numérisation reprend la huitième édition,

en neuf volumes, publiée en 1944,

par les Éditions de l’Arbre, à Montréal.

Livre quatrième



Chapitre II



Découverte du Mississipi

1673


Si nous voulions marquer en peu de mots les motifs qui ont amené les Européens en Amérique, nous dirions que les Espagnols y vinrent pour chercher de l’or, les Anglais, la liberté politique et religieuse, et les Français pour y répandre les lumières de l’Évangile. Pendant longtemps la voix de la religion domina toutes les autres voix en Canada et à Paris, quand il s’agissait du Nouveau-Monde. Aussi bien le prosélytisme catholique a joué un rôle capital dans l’établissement de la Nouvelle-France. Le missionnaire marchait à côté du défricheur pour l’encourager et pour le consoler ; il suivait l’explorateur et le traitant dans leurs courses périlleuses ; il s’installait parmi les tribus les plus reculées afin d’y annoncer la parole de Dieu. Maintes fois on le vit tomber héroïquement sous la hache des sauvages qui avaient déclaré une guerre mortelle à ses doctrines. Son dévouement, surtout aux heures critiques de la colonie, était sans bornes.

[Ce qui mérite tout d’abord de retenir l’attention c’est le prodigieux effort et l’œuvre capitale poursuivis en Amérique, au prix de sacrifices sans nombre et parfois incroyables, par les Pères de la Compagnie de Jésus]. Ils remplissaient une tâche noble et sainte dans les contrées d’outremer, en soutenant la lutte de l’esprit contre la matière, de la civilisation contre la barbarie. Partis de Québec, ils se répandirent parmi toutes les peuplades sauvages que l’on trouvait dispersées depuis la baie d’Hudson jusque dans la vallée du Mississipi. Un bréviaire suspendu au cou, un crucifix à la main, ils accomplissaient, souvent au péril de leur vie, les plus rudes voyages en des terres inconnues où ils devançaient les plus intrépides explorateurs. On leur doit la découverte de plusieurs vastes pays, avec lesquels ils formaient alliance au nom du Christ et par la vertu de la croix. Cet emblème religieux produisait sur l’esprit des indigènes, au milieu des forêts sombres et silencieuses, un effet singulier et touchant, qui plus d’une fois désarmait ces hommes farouches mais sensibles aux sentiments profonds et vrais. C’est dans ces sensations, dit l’historien américain Bancroft, que le missionnaire fondait l’attrait qui le faisait rechercher de l’homme des bois. Les doctrines douces, enseignées par lui, contribuaient à le rapprocher davantage de ses néophytes, et à lui assurer les moyens de s’avancer, de cabane en cabane et de peuplade en peuplade, jusqu’aux nations les plus éloignées. (History of the Colonization of the United States, 14th edition, New-York, 1854, tome III, p. 125.)

Ces religieux, avec lesquels il y eut aussi des Franciscains, n’étaient jamais plus admirables que lorsqu’ils s’employaient à éclairer les barbares dans toutes les parties du globe. Leur Société, on le sait, fut fondée [par un moine espagnol justement célèbre, qui avait achevé ses études à l’université de Paris, saint Ignace de Loyola], au temps de la Réforme protestante, pour refréner les désordres et les violences sanglantes que cette révolution avait déchaînés, à travers l’Europe, dans les idées et dans les croyances, et pour aller prêcher l’Évangile aux infidèles. Ses règles ne permettent de recevoir que des hommes d’une grande énergie morale, attachés à la puissance du Souverain Pontife, et dévoués au triomphe de la foi catholique, dont ils deviennent spécialement les défenseurs contre l’hérésie et l’idolâtrie. Se donnant tout entiers à l’enseignement, à la prédication, au ministère religieux, quel ascendant ne pouvaient-ils pas espérer prendre sur l’esprit et la conduite des peuples ? En peu de temps les Jésuites eurent les meilleures écoles de l’Europe. Isolés du monde, ils formèrent au milieu de lui, une sorte de république intellectuelle, soumise à la discipline la plus sévère, et dont le mot d’ordre était porté en tous lieux. C’est ainsi que leur influence s’étendit bientôt dans toutes les sphères et dans toutes les classes de la société. S’élançant ensuite hors de la civilisation, ils allèrent jusqu’aux extrémités de la terre convertir les infidèles à la foi catholique, suivant l’exemple du Christ et de ses apôtres, par une éloquence persuasive qui captivait les multitudes. Ils firent briller la croix des rives du Japon aux points les plus reculés de l’Amérique, depuis les glaces de l’Islande jusqu’aux îles de l’Océanie. C’est ce dévouement héroïque et humble tout à la fois qui a étonné le philosophe, et conquis l’admiration des historiens protestants [comme Bancroft, Parkman et Thwaites].

De leur côté, les voyageurs tantôt pour s’illustrer par de glorieuses découvertes, tantôt pour s’enrichir par la traite des pelleteries, ont quelquefois frayé la route aux missionnaires eux-mêmes. Les plus célèbres sont Champlain, [Étienne Brulé], Jean Nicolet, [Groseilliers et Radisson], Nicolas Perrot, Louis Jolliet, Cavelier de La Salle, [Greysolon Du Lhut] et La Vérendrye.

Nous avons vu déjà que le fondateur de Québec avait, pour sa part, [exploré les côtes de la Nouvelle-Angleterre (1605)] et découvert le lac Champlain (1609). [Son interprète chez les Hurons, Étienne Brulé alors âgé de dix-sept ans, est le premier Européen qui ait navigué sur l’Ottawa, le lac Nipissing, la rivière des Français et la baie Georgienne jusqu’au lac Huron (1610-1611) ; il découvrit aussi, en 1615, le lac Ontario. Chargé ensuite d’une mission auprès des Andastes, qui habitaient sur la rivière Susquehanna, Brulé parcourut la province actuelle de l’Ontario et les futurs États de New-York, de la Pennsylvanie et de Maryland, puis franchissant la baie de Chesapeake, finit sa course au cap Charles, en vue de l’Atlantique (1615-1616). Vers 1622 (?), il se rendait au sault Sainte-Marie et au lac Supérieur d’où il rapporta un lingot de cuivre. Brulé avait pour compagnon un autre Français nommé Grenelle ; il fut lui-même tué et mangé par les Hurons (1632). Un jeune interprète de Champlain, Jean Nicolet, parvint, en 1634, à la tête du lac Huron et, passant le détroit de Mackinac, reconnut le lac Michigan et la baie Verte (Green Bay) ; continuant son voyage, il entra dans la rivière aux Renards (État de Wisconsin) et s’arrêta] à trois jours de navigation « des grandes eaux », comme les indigènes désignaient le fleuve Mississipi. [Nicolet né à Cherbourg en Normandie (1598), était arrivé au Canada en 1618 et devint interprète des langues huronne et algonquine pour la Compagnie de la Nouvelle-France. On l’employa également dans les négociations de paix avec les Iroquois. Il se rendait de Québec aux Trois-Rivières pour aller délivrer un sauvage Sokokiois lorsque, en vue de Sillery, son embarcation chavira, et il périt avec tous les occupants sauf un seul (1642)].

Tandis que ces hardis pionniers étendaient le champ de la géographie américaine vers l’ouest, un Récollet, le P. Jean d’Olbeau, en mission chez les Montagnais de Tadoussac, avait traversé, [dès 1615,] la région montagneuse et pittoresque du Saguenay, et visité les Betsiamites et les Papinachois, au nord du golfe Saint-Laurent. [La même année, un autre Récollet, le P. Joseph Le Caron, montait au pays des Hurons et y retournait plus tard (1623) avec le P. Nicolas Viel et le Frère Sagard. En 1636, on trouve le P. d’Olbeau parmi les Esquimaux du Labrador.] En 1647, le lac Saint-Jean fut découvert par un Jésuite, le P. de Quen. Quatre ans après, les Français, en s’élevant toujours vers le nord, s’avancèrent un peu plus qu’à mi-chemin entre le Saint-Laurent et les rivages de la baie d’Hudson, dont les habitants firent demander des missionnaires.

Au sud du Saint-Laurent, le P. Gabriel Druillettes alla du fleuve à l’Atlantique, en remontant la rivière Chaudière et descendant celle de Kennebec jusqu’à la mer. Il exécuta ce voyage dans l’été et l’automne de 1646. Il fut l’apôtre des Abénaquis, dont il gagna l’estime et la vénération. Il rendit ainsi un grand service à la colonie, en cimentant l’amitié qui unit toujours ensuite les Français à cette nation intrépide, que les Iroquois eux-mêmes n’osèrent jamais attaquer.

Dans une autre direction, les traitants et les religieux, poussant toujours vers la source du fleuve Saint-Laurent étaient parvenus à l’extrémité supérieure du lac Huron. Les Pères Jésuites, Jean de Brébeuf, Gabriel et Jérôme Lalemant, [Chaumonot, Garnier, Claude et Pierre Pijart,] Raymbault, Daniel, [Ragueneau,] y avaient fondé, au nord et au sud, à l’est comme à l’ouest, des villages chrétiens, [principalement : la Conception (1637) ; Saint-Louis et] Sainte-Marie (1640) ; [Saint-Esprit (1641-1644) ;] Saint-Joseph, [Saint-Jean-Baptiste,] Saint-Ignace (1646) ; [Sainte-Élizabeth (1644) ; Saint-Pierre (1648).] Le bourg de Sainte-Marie, placé sur une petite rivière (Wye) qui se jette dans la baie Matchedash, au sud de la baie Georgienne, y fut longtemps le point principal de ces missions.

[En 1669, le P. d’Ablon établissait, au sud du sault Sainte-Marie, une résidence de ce nom qui devint le centre de toutes les missions de l’Ouest.] Les sauvages voisins furent, en conséquence, appelés Sauteurs par les Français ; ils étaient de la famille algonquine. En 1671, les débris des Hurons, fatigués d’errer de forêt en forêt, se fixèrent dans l’île Michillimakinac, à l’entrée du lac Michigan, sous la conduite du P. Jacques Marquette ; il y commença [la mission de Saint-Ignace,] le premier établissement européen qui ait été fondé dans l’État actuel de Michigan.

En treize ans, de 1634 à 1647, dix-huit Jésuites parcoururent cette vaste partie du continent. L’hostilité des Iroquois rendait alors la voie du lac Ontario très dangereuse, et obligeait à passer par la rivière Ottawa pour se rendre aux contrées occidentales. La nation Neutre, visitée par Champlain, et le sud du lac Érié, au delà de Buffalo, étaient en conséquence restés presque inconnus. On envoya de ce côté, en 1640, les PP. Chaumonot et Brébeuf, dont le voyage compléta la reconnaissance de l’immense vallée du Saint-Laurent, depuis l’Océan jusqu’au pied du lac Supérieur.

En 1641, les PP. Charles Raymbault, et Isaac Jogues atteignirent le sault Sainte-Marie, après avoir cheminé quelque temps au milieu des îles nombreuses et pittoresques du lac Huron. Ils trouvèrent au sault un rassemblement de deux mille sauvages, qui les accueillit avec bienveillance. À mesure que les Français s’avançaient vers le couchant, les bornes de l’Amérique semblaient reculer. Ils apprirent là les noms d’une foule de nations répandues au midi et à l’occident. On leur parla de tribus guerrières vivant de la culture du sol, et dont la race et la langue étaient inconnues. « Ainsi, dit un auteur américain, le zèle religieux des Français avait porté la croix sur les bords du sault Sainte-Marie et sur les confins du lac Supérieur, d’où elle regardait déjà la terre des Sioux, dans la vallée du Mississipi, cinq ans avant que John Eliot, [ministre puritain,] de la Nouvelle-Angleterre, eût seulement adressé une parole aux sauvages qui étaient à six milles de Boston (1646) » (Brancroft).

On peut dire que [dès le début,] l’influence de la colonie sur les indigènes venait des missionnaires et des traitants. On les trouve partout, sur les bords de la baie d’Hudson, dans le golfe Saint-Laurent, à l’entrée des forêts du lac Supérieur. Ils donnaient aux peuplades qu’ils visitaient une haute idée de la nation française. Elles voyaient avec admiration ces prêtres et ces voyageurs s’abandonner seuls au milieu de leurs forêts, ou s’enfoncer dans des contrées que leur imagination superstitieuse remplissait d’hommes et d’animaux cruels, semait de périls terribles. Le merveilleux, dont l’ignorance aime à entourer ce qu’elle aperçoit pour la première fois, s’attachait à la personne des Français, par cela même qu’ils étaient supposés avoir vu des choses extraordinaires. La crainte des Iroquois poussait aussi beaucoup de tribus à rechercher l’alliance française ; elles servaient ensuite elles-mêmes de rempart aux établissements canadiens.

[De 1654 à 1656, Médard Chouart Des Groseilliers, un jeune traitant, fut envoyé par le gouverneur Lauzon dans les régions de l’Ouest ; il aurait pénétré, paraît-il, au delà du lac Michigan (Relations des Jésuites 1656). Peu après Des Groseilliers et son beau-frère, Pierre-Esprit Radisson, devenus célèbres,] entraînés par la curiosité et l’esprit d’aventure, [prirent le chemin du pays des Grands Lacs. Ils partirent des Trois-Rivières, en juin 1658, avec une trentaine de Français et des sauvages, accompagnés de deux Jésuites, et par la rivière Ottawa atteignirent le lac Huron. Après une halte chez les Cheveux-Relevés, dans l’île Manitoulin, ils gagnèrent les rives de la baie Verte où les Poutewatomis les reçurent pendant l’hiver. Le printemps venu, ils se rendirent parmi les Mascoutins, au sud de la rivière aux Renards. Partout on leur témoigna une grande joie. C’est alors que traversant le Wisconsin, Groseilliers et Radisson seraient entrés dans le haut Mississipi lequel ils auraient remonté jusqu’au-dessus du lac Pepin (État de Minnesota) Ils « firent heureusement rencontre d’une belle rivière, grande, large, profonde, et comparable, disaient-ils, à nostre grand fleuve Saint-Laurent » (Relation de 1660). D’ailleurs] les yeux tournés vers les immenses solitudes de l’Ouest, ils avaient appris l’existence des Sioux et ils résolurent de les visiter. [En quittant le sault Sainte-Marie, ils longèrent les bords méridionaux du lac Supérieur et atteignirent ainsi la baie Chequamegon (Ashland). Sur une pointe de terre (Oak Point), on éleva un fort : c’est le premier poste fondé par des Européens dans ces parages. Les deux voyageurs, suivis de sauvages, s’acheminèrent ensuite, par le Sud, au pays des Sioux.] Ils virent en route les survivants des nations [(Hurons du Pétun, Outaouas)] vaincues et dispersées par les Iroquois et qui traînaient une vie misérable. Les Sioux [(occidentaux) occupaient presque tout l’État de Minnesota et une partie du Wisconsin d’aujourd’hui. On les fit inviter à une fête ; on y convia aussi les Cristinaux dont quelques bandes demeuraient au sud du lac Supérieur. Au printemps de 1660, cinq cents personnes, comprenant dix-huit tribus de Sioux, des Cristinaux, des Hurons et des Outaouas, se réunissaient, en présence de Groseilliers et Radisson, près d’un petit lac (Knife Lake, au sud-est du lac Mille Lacs). Les pourparlers et les réjouissances durèrent trois semaines. Tout se termina par un traité de paix et d’amitié entre les nations de l’Ouest et du Nord et les Français. Là-dessus, Groseilliers et Radisson accompagnèrent les Sioux à leur principal village, Kathio. Ceux-ci] leur parurent être un peuple puissant [et belliqueux,] avec des mœurs plus douces que celles des sauvages orientaux. [Ils avaient pour armes des arcs et des flèches. Ils étaient sédentaires et] partagés en quarante bourgades très populeuses. Doués d’un grand sens naturel, ils n’exerçaient point sur leurs prisonniers ces cruautés qui déshonoraient la plupart des autres peuplades. En outre, ils avaient conservé une connaissance assez distincte d’un seul Dieu. [Groseilliers et Radisson revinrent à la baie Chequamegon et rentrèrent] à Québec, à la fin d’août 1660, escortés de soixante canots chargés de pelleteries et montés par trois cents Hurons, Outaouas, Algonquins et Amikoués. Cette expédition eut pour résultat de révéler l’existence d’une multitude de tribus errant dans toutes ces contrées, entre autres les Cristinaux, dont les cabanes, [éparses au nord du lac Supérieur,] s’élevaient jusqu’à la vue des mers du Nord.

[Groseilliers était né en 1625 à Saint-Cyr en Brie aux environs de Paris et vint à Québec pour la première fois en 1639. Il entre alors au service des Pères Jésuites comme donné et va passer dix ans avec eux au pays des Hurons. Il habita quelque temps les Trois-Rivières avant d’entreprendre ses grands voyages de découvertes. Quant à Radisson, il vit le jour à Paris en 1636. Après son arrivée au Canada (1651), il avait été pris et adopté par l’une des cinq nations iroquoises, les Agniers ; mais il réussit à s’évader et retourna en France. Cependant il se rembarquait bientôt pour rejoindre Des Groseilliers aux Trois-Rivières].

En 1660, le P. René Ménard, Jésuite, « chargé d’années et d’infirmités » partit avec quelques Algonquins afin d’aller prêcher l’Évangile aux Outaouais et aux autres tribus éparses sur les bords du lac Supérieur. Il s’arrêta huit mois dans une baie de la rive méridionale, qu’il nomma la baie de Sainte-Thérèse (Keweenaw Bay), où il n’eut pour nourriture que du gland et de l’écorce d’arbre pilée ; il quitta enfin ce lieu désolé (1661), et prit, par des rivières et des lacs, le chemin d’une bourgade huronne placée à l’entrée de la baie Verte. Un jour, pendant que son fidèle compagnon, [Jean Guérin], était occupé au canot, le P. Ménard entra dans le bois ; on ne le revit plus. [Guérin de même ne devait point revenir.] Le vénérable missionnaire jouissait d’une grande réputation de sainteté parmi les indigènes, dans l’esprit desquels il avait su s’insinuer par sa douceur et son onction. Bien des années plus tard, on retrouva sa soutane et son bréviaire entre les mains de Sioux, qui les gardaient pieusement et leur rendaient une espèce de culte. Les sauvages avaient un respect superstitieux pour les livres, qu’ils prenaient pour des esprits. Quatre ou cinq ans après la mort des PP. Brébeuf et Garnier, assassinés par les Iroquois, un missionnaire découvrit chez ces barbares un Testament et un livre de prières qu’ils conservaient comme des choses saintes.

La recherche d’un passage aux Indes par le nord-ouest avait amené la découverte de la baie d’Hudson. Jean Cabot tenta le premier cette voie (1497). [Les Cortereal (1500-1501), Verrazano (1524) et Jean Fonteneau dit] Alfonse de Saintonge (1542) marchèrent sur ses traces. [En 1576, le navigateur anglais Martin Frobisher se rendait à la baie appelée d’après lui, au nord du détroit d’Hudson et deux ans après, il pénétrait dans ce bras de mer. John Davis découvrait, en 1585, le détroit qui a immortalisé sa mémoire.] Enfin, en 1610 (3 août), un autre marin anglais renommé, Henry Hudson, entra, [sur un navire de cinquante tonneaux,) dans la vaste baie qui porte son nom, et en reconnut [toute la côte orientale.) Il y périt, victime de la mutinerie de son équipage. [Deux ans après, sir Thomas Button, avec deux vaisseaux, explora l’ouest de cette mer glaciale et découvrit la rivière Nelson. En 1615-1616, Robert Bylot et William Baffin s’avançaient vers le nord jusqu’à la baie dénommée depuis Baffin’s Bay. Après eux, deux capitaines éprouvés, Luke Fox et Thomas James prirent la même direction, en 1631, et parcoururent l’ouest de la baie d’Hudson, du nord au sud ; le second rangea, en outre, la rive orientale de la baie baptisée d’après lui).

[Les Français furent les premiers à explorer, par l’intérieur des terres, les régions que baignent la baie d’Hudson). En 1661, le gouverneur d’Argenson, chargea Michel Le Neuf de la Vallière, gentilhomme canadien, assisté de Denis Guyon, Després-Couture, François Pelletier et des PP. Druillettes et D’Ablon, de se rendre par terre à cette baie si fameuse, en prenant pour guides des sauvages du pays. L’expédition partit de Québec au cours du mois de mai. Elle remonta le Saguenay, malgré les rapides qui en interrompent fréquemment la navigation. Parvenue au lac Saint-Jean, elle s’engagea dans une rivière affluente qu’elle suivit jusqu’au lac Nékouba, à mi-chemin de Tadoussac à la mer du Nord : ce fut le terme de sa course. Les guides, ayant appris que les Iroquois portaient la terreur de leurs armes jusqu’à ces contrées reculées, dirent qu’ils en ignoraient la route, et l’on revint sur ses pas.

[La même année ou l’année suivante (1662), Radisson et Groseilliers se rendaient de nouveau, par la rivière Ottawa, à la baie Chequamegon et gagnaient la rive septentrionale du lac Supérieur. Ont-ils ensuite poussé à l’ouest et atteint le lac des Bois (Lake of the Woods), peut-être même le lac Winnipeg ? ou, plus probablement se portant vers le nord, sont-ils montés au lac Nepigon et de là jusqu’aux côtes de la baie James ? On ne saurait l’affirmer avec certitude. Ce qui néanmoins ne fait pas de doute, c’est que Radisson et Groseilliers connaissaient le chemin de la baie d’Hudson pour avoir fréquenté les Cristinaux et trafiqué avec eux. Ils savaient aussi toutes les ressources qu’offrait ce territoire pour le commerce des pelleteries, et ils voulurent en tirer parti. De retour à Québec, en 1663, avec des peaux de castor évaluées à 60 000 livres, ils eurent, à ce sujet, maille à partir avec le gouverneur d’Argenson. Groseilliers alla porter plainte en France. Six mois après, il était de retour].

Les traitants et les missionnaires savaient à cette époque que le continent américain était séparé de l’ancien monde par les mers. La Relation des Jésuites de 1660 contient ces mots : « Ces deux mers, du Sud et du Nord, estant connues, il ne reste plus que celle du couchant qui joigne l’une et l’autre pour n’en faire qu’une des trois... ce qui nous fait juger que toute l’Amérique septentrionale, étant ainsi environnée de la mer au levant, au sud, au couchant et au nord, doit être séparée de la Groeslande (Groenland) par quelque trajet dont on a déjà découvert une bonne partie, et qu’il ne tient plus qu’à pousser encore de quelques degrés, pour entrer tout à fait dans la mer du Japon. » [Aussi bien l’intendant Talon dirigea Cavelier de La Salle vers le sud-ouest en 1669 et l’année suivante fit prendre à François Daumont de Saint-Lusson la route de l’ouest et du nord. Au même temps, il proposait à Colbert d’envoyer] le capitaine Laurent Poulet, de Dieppe, reconnaître la communication des mers du Nord et du Sud (océan Pacifique) [par le détroit de Davis ou] par celui de Magellan. (Talon au roi, 10 oct. 1670. Le même à Colbert, 10 nov. 1670. Colbert à Talon, mars 1671).

Dès 1665, le Père Jésuite, Claude Allouez était parti en direction du lac Supérieur. La magnificence du spectacle que présente l’entrée de ce vaste bassin dut exciter puissamment son admiration. Il longea les montagnes de sable que les vents et les flots ont soulevées le long du rivage, et suivit, pendant douze milles, un cap de trois cents pieds de hauteur, formé par l’extrémité occidentale des Laurentides. Tout ici est en harmonie avec la nature accidentée et grandiose des pays du Nord. Les vagues ont travaillé ce bloc énorme de rochers ; elles y ont creusé des arches et des antres, taillé de hautes tours, au pied desquelles reposent des débris qui offrent de loin l’aspect de murailles, de dômes, de colonnes, d’édifices en ruines. Le moindre mouvement des flots dans la profondeur des cavernes produit un bruit semblable à celui d’un tonnerre lointain. Le P. Allouez passa devant ces rochers, auxquels les voyageurs ont donné depuis les noms de Portails et de Rochers-Peints. [Après s’être arrêté dans la baie Keweenaw,] il atteignit la baie Chequamegon, où il trouva un village de Chippewas (1er octobre 1665). Il y dressa une chapelle d’écorces et de feuillages, et prêcha en langue algonquine devant douze ou quinze tribus qui entendaient cet idiome. Sa réputation se répandit au loin. Les guerriers de différentes nations s’ébranlèrent pour venir voir l’homme blanc ; les Poutewatomis, des profondeurs du lac Michigan ; les Outagamis et les Sakis, des déserts qui s’étendent du lac Michigan au Mississipi ; les Cristinaux, nommés Cris par les Canadiens, des forêts marécageuses du Nord ; les Illinois, des Prairies, aujourd’hui couvertes d’abondantes moissons, et enfin les Sioux. Tous furent touchés de l’éloquence du missionnaire. Ils lui donnèrent des renseignements sur les mœurs, la puissance, la situation de leurs différents pays. Les Sioux [( orientaux ou nation du Bœuf)] lui dirent qu’ils couvraient leurs huttes de peaux de cerfs, et qu’ils occupaient de vastes prairies sur les bords d’un grand fleuve nommé Mississipi. Le P. Allouez fit en deux ans près de deux mille lieues. Il poussa ses courses fort loin dans le Nord, où il trouva des Nipissings que leur frayeur des Iroquois avait conduits en ces climats neigeux.

La paix, rétablie entre les diverses nations indigènes, permettait alors aux traitants d’agrandir le cercle de leurs courses ; elle avait ouvert aux missionnaires les riches et fertiles plaines à l’ouest du lac Michigan. Le P. Claude d’Ablon, dont il sera parlé plus loin, prêchant dans ces contrées, apprit de son côté l’existence du Mississipi par la peinture magnifique que les naturels lui en firent. Il résolut d’en tenter la découverte en 1669. Mais ses travaux évangéliques l’empêchèrent de réaliser son dessein, quoiqu’il se fût approché bien près de ce fleuve. Il pénétra avec le P. Allouez, de 1670 à 1672, jusque chez les Illinois, visitant sur sa route les Mascoutins, les Kikapous et les Outagamis sur la rivière aux Renards, qui prend sa source du côté du Mississipi et se décharge dans le lac Michigan. L’infatigable missionnaire avait même projeté de se rendre, avec le temps, jusqu’à la mer du Nord, pour s’assurer si l’on pouvait de là passer aux mers du Japon et de la Chine (Relations des Jésuites 1670).

[Radisson et Groseilliers avaient éprouvé des mécomptes, en France et en Canada, dans l’exécution de leurs projets. Déçus et désireux avant tout de s’enrichir par le trafic des fourrures, les deux traitants s’adressèrent, en 1664, à des négociants de Boston. Ils n’eurent guère plus de succès. Ils allèrent alors offrir leurs services au roi d’Angleterre, Charles II,
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