Littérature québécoise





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Chapitre III



Terre-Neuve et baie d’Hudson

1696-1701


L’Acadie était retombée sous la domination française, et l’ennemi rebuté avait abandonné le projet de conquérir le Canada. On se battait depuis sept ans, et tout le sang versé avait été en pure perte pour les Anglais, car ils n’avaient rien gagné. Après avoir été si longtemps exposé à leurs attaques, le Canada, à son tour, devint l’agresseur.

Les Anglais occupaient plusieurs postes dans la baie d’Hudson, où ils faisaient la traite des pelleteries, plus belles là que partout ailleurs. Ils étaient maîtres aussi de la meilleure partie de Terre-Neuve, qu’ils avaient bordée d’établissements de pêche.

En 1692, ils avaient relevé Pemaquid de ses ruines, pour avoir une espèce de possession du pays des Abénaquis, et pour étendre leur influence sur toutes ces tribus guerrières. Le cabinet français voyant que le vice-amiral Tourville reprenait la suprématie sur l’océan, résolut de détruire ce fort qui menaçait l’Acadie, et à chasser les Anglais de l’île de Terre-Neuve et de la baie d’Hudson. Pierre Le Moyne d’Iberville, dont la parole avait déjà un grand poids à Paris dans les affaires de l’Amérique, représentait qu’il fallait arrêter les progrès de rivaux plus souvent ennemis qu’amis. En renversant leurs postes à Terre-Neuve, outre qu’on y ruinerait tout le commerce, on se déferait de voisins trop puissants. [L’officier canadien, dès 1691, avait exposé ce projet au comte de Frontenac qui ne tarda point à en donner connaissance au roi]. Ses conseils furent écoutés. Il fut chargé de prendre Pemaquid, et d’expulser tous les Anglais de Terre-Neuve avec l’aide de Brouillan, gouverneur des possessions françaises dans l’île. (Instructions du 28 avril 1696).

En 1696, il mit à la voile de Rochefort [avec le capitaine Bonaventure,] sur deux vaisseaux, [l’Envieux et le Profond. Arrivé à Québec, il prit un renfort de quatre-vingts soldats et miliciens et alla] jeter l’ancre dans la baie actuelle de Sydney, au Cap-Breton (26 juin). Des lettres du gouverneur de l’Acadie l’y attendaient. Villebon lui mandait que trois navires anglais croisaient devant l’entrée de la rivière Saint-Jean ; trop faible pour résister, il s’était retiré dans le haut de la rivière, afin de ne pas s’éloigner des Abénaquis attachés à la cause française. D’Iberville, [auquel se joignirent une trentaine de Micmacs,] trouva les trois vaisseaux ennemis et les attaqua aussitôt. L’un d’eux était The Newport, belle frégate de vingt-quatre canons [montée par quatre-vingts hommes.] D’Iberville donna aussitôt l’ordre d’attaquer. Le combat fut court, mais extrêmement vif. Le Newport fut démâté et enlevé. Les deux autres navires durent leur salut à une brume épaisse, qui s’éleva tout à coup et les déroba à la poursuite du vainqueur (14 juillet).

Renforcé par cette capture, d’Iberville [revint à la rivière Saint-Jean où il prit encore cinquante Micmacs.] Il alla ensuite embarquer à Pentagouet (Penobscot) le baron Vincent de Saint-Castin [et l’abbé Thury avec trois cents Abénaquis, outre vingt-cinq soldats que conduisait Villieu ;] et il se dirigea vers Pemaquid. Saint-Castin était un ancien officier du régiment de Carignan-Salières. S’étant plu parmi les Abénaquis, il avait épousé une femme de leur race et était devenu leur chef. C’était lui qui les menait à la bataille. Il vécut [plus de trente années] au milieu de cette brave et puissante tribu, recherché des gouverneurs français et redouté des colonies anglaises.

Pemaquid, alors la forteresse la plus considérable des Anglais en Amérique, était à l’entrée de la rivière ainsi nommée, à l’ouest de Pentagouet. Ses remparts, hauts de vingt-deux pieds, étaient garnis de dix-huit canons. Le capitaine Chubb y commandait, ayant avec lui quatre-vingt-quinze hommes. Il se défendit assez bien pendant quelques jours ; mais, aux premières bombes qui tombèrent dans la place, il demanda à capituler (14 août 1696). Le fort avait coûté de fortes sommes à la Nouvelle-Angleterre, et était pour elle dans l’Est ce que Niagara devint plus tard dans l’Ouest pour les Français. Il fut rasé, suivant les instructions de la Cour. (D’Iberville au ministre, 24 sept. 1696).

Tandis que ces murailles menaçantes s’écroulaient ainsi sous les coups du vainqueur, les Anglais s’armaient de leur côté pour reprendre l’offensive. Le major Benjamin Church du Massachusetts s’embarqua avec cinq cents hommes, et alla brûler Beaubassin, au fond de la baie de Fundy, quoique Phips, en 1690, eût garanti la neutralité à ses habitants qui s’étaient soumis à ne pas porter les armes contre le roi d’Angleterre. En retournant à Boston, il rencontra un renfort de trois vaisseaux, dont le commandant Hawthorne apportait l’ordre de renverser le fort de Villebon sur un affluent de la rivière Saint-Jean. Aussitôt il vira de bord, et parut devant Naxoat, aujourd’hui Nashwaak, dans le Nouveau-Brunswick (18 octobre 1696). Villebon venait d’y rentrer. Il se mit tout de suite en état de défense, et montra si ferme contenance, qu’au bout de deux jours l’ennemi, désespérant du succès, se rembarqua et disparut. Durant ces hostilités, la désolation régnait sur les frontières des colonies anglaises, où l’incendie d’York et des établissements de la rivière Oyster avait annoncé au loin la présence des Canadiens et des Abénaquis. La population tremblante ne tournait plus les yeux vers le nord qu’avec effroi. Elle croyait à chaque instant voir sortir des forêts ces ennemis impitoyables qui ne laissaient après eux que des ruines fumantes de carnage.

D’Iberville, après l’expédition de Pemaquid, s’était dirigé vers Terre-Neuve. Cette île, située au nord-est du golfe Saint-Laurent, est longue d’environ cent quarante lieues et large de cent. Elle est de figure presque triangulaire. Au sud-est, se trouve le Banc, fameux par la pêche de la morue que l’on y fait et par ses furieuses tempêtes. Le climat à Terre-Neuve est froid ; le ciel souvent brumeux. Le sol, mêlé de sable, de gravier et de pierres, est aride, quoique arrosé par plusieurs belles rivières. Le pays était alors couvert de bois impénétrables ou de landes tapissées de mousses. Les Français, comme les Anglais, ne s’en servaient que pour leurs pêcheries. Les Anglais avaient les premiers voulu coloniser l’île. En 1583, sir Humphrey Gilbert s’était arrêté dans la baie de Saint-Jean. Ignorant que cette terre fût une île, il avait pris possession de la baie et de deux cents lieues de pays alentour, au nom de la reine Elisabeth. Il y promulgua quelques ordonnances. L’une d’elles portait que celui qui parlerait d’une manière offensante de la souveraine aurait les oreilles coupées et perdrait tous ses biens. En 1605, John Guy, de Bristol, reprenant le projet de Gilbert, s’établit dans la baie de la Conception. Il transféra ensuite son établissement au sud-est de cette baie, à Saint-Jean, aujourd’hui capitale de l’île. Les Anglais s’étendirent plus tard sur la côte orientale.

Les pêcheries, nous l’avons vu déjà (Liv. I et III), ne cessèrent d’attirer les Français à Terre-Neuve. Mais la métropole ne s’en occupa guère avant 1660. À cette époque, la Cour concéda Plaisance avec son port à un capitaine de marine nommé Gargot, qui reçut le titre de gouverneur. Il voulut en soumettre les habitants à son monopole, et les obliger à lui donner une partie des produits de leur pêche en échange de marchandises qu’il tirait des magasins du roi. Cette prétention révolta les pêcheurs, accoutumés à beaucoup d’indépendance ; ils adressèrent leurs plaintes au roi. Gargot fut rappelé. Le sieur de La Poype lui succéda. Plaisance était alors le principal comptoir français dans la grande île. Placé sur la côte méridionale, au fond d’une baie de dix-huit lieues, l’un des plus beaux ports de l’Amérique, ce poste était défendu par le fort Saint-Louis, construit sur la cime d’un rocher à l’entrée de la baie, à une lieue et demie de la mer.

Les Français avaient aussi des habitations aux îles Saint-Pierre et Miquelon, au Chapeau-Rouge, au Petit-Nord et à d’autres endroits de la côte du golfe Saint-Laurent.

La population supportait impatiemment le joug d’un gouverneur. La Poype commanda dans ces parages treize ans, qui furent pour lui treize années de difficultés et de troubles. En 1690, quarante-cinq flibustiers anglais surprirent Plaisance. Ils firent le nouveau gouverneur, qui était un sieur Parat, prisonnier dans son lit, et dépouillèrent les habitants de tout ce qu’ils possédaient.

Deux ans après, ce poste fut encore attaqué, mais par l’amiral anglais Williams, à la tête d’une escadre anglaise composée de trois vaisseaux, chacun armé de soixante canons, d’une frégate et d’une flûte. Le gouverneur Brouillan, qui avait remplacé Parat, bâtit une redoute et dressa des batteries sur les rochers, en face de la baie. [Il plaça La Hontan avec soixante soldats à l’entrée d’une anse exposée au débarquement des ennemis.] Du reste, les navires marchands fournirent les hommes nécessaires pour servir les pièces. L’amiral Williams, après une canonnade inutile de six heures, se retira devant un poste défendu par cinquante soldats et il vint, à une lieue de là, incendier les habitations de la Pointe-Verte (19-20 septembre 1692).

Telle est l’histoire de Terre-Neuve jusqu’en 1696. L’Angleterre occupait la plus belle partie de l’île, sur la côte orientale, et la différence entre les établissements français et les siens était aussi grande là qu’ailleurs. Le commerce de ces derniers s’élevait à dix-sept millions de francs par année. Avec de pareils résultats sous les yeux, que ne devait-on pas redouter pour l’avenir ? D’Iberville avait communiqué, comme on l’a dit, ses craintes à la Cour, qui l’avait chargé d’attaquer les Anglais simultanément par terre et par mer, de concert avec Brouillan. Mais celui-ci ne voulut partager l’honneur de l’entreprise avec personne. Sans attendre à Plaisance d’Iberville, retardé par son expédition à Pemaquid, il partit avec un vaisseau du roi, le Pélican, et huit bâtiments pêcheurs de Saint-Malo, pour aller mettre le siège devant Saint-Jean. Les vents contraires trompèrent ses vœux et firent échouer son entreprise contre cette ville. En revanche, il réussit à s’emparer l’épée à la main de quelques autres établissements et d’une trentaine de navires le long des côtes. Il en aurait pris un bien plus grand nombre sans l’insubordination d’une partie de ses équipages. [Au même temps, son neveu Saint-Ovide avait enlevé deux forts, et le sieur de l’Hermite, major de Plaisance, mettait la main sur deux batteries].

À son retour à Plaisance (17 oct. 1696), il trouva d’Iberville qui n’avait pu le joindre, faute de vivres, mais qui venait d’en recevoir, avec un renfort de quatre-vingts Français et Canadiens, envoyé par Frontenac. Il fut question de reprendre l’attaque de Saint-Jean. D’Iberville proposa d’ouvrir la campagne par la destruction des postes les plus reculés vers le nord, parce qu’ils se tenaient moins sur leurs gardes. Brouillan s’y opposa. Il suffisait que d’Iberville fût d’un avis pour qu’il le désapprouvât. C’était un homme intelligent et expérimenté, mais dur, violent, astucieux et avide. Ce dernier défaut surtout l’avait rendu odieux aux pêcheurs. Avec des talents supérieurs, et autant d’expérience, d’Iberville était généreux et savait se faire aimer de ceux qu’il commandait. Il aurait pu l’emporter sur son rival dans cette île, où, à un signe de sa main, tout le monde se fût déclaré pour lui, surtout les Canadiens, sans lesquels Brouillan ne pouvait rien faire. Déjà même, en apprenant la mésintelligence entre les deux chefs, ils avaient déclaré qu’ils n’obéiraient qu’à d’Iberville, et qu’ils retourneraient à Québec plutôt que d’accepter un autre commandant. Au moment où d’Iberville se préparait à repasser en France pour ne pas faire manquer, par la division, une expédition dont il avait le succès à cœur, les difficultés s’aplanirent. On put s’entendre sur un plan d’opérations. Saint-Jean serait attaqué ; Brouillan irait sur mer, et d’Iberville prendrait la route de terre avec ses Canadiens : ce qui fut exécuté. Ils se rejoignirent au mois de novembre dans la baie de Toulle, puis marchèrent contre la ville anglaise, culbutant et dissipant tout ce qui leur barrait le passage. Sous les murs de la place, l’avant-garde, commandée par d’Iberville lui-même, chargea un corps d’Anglais embusqué dans des rochers, et, après un choc violent, le mit en fuite. Les Français entrèrent pêle-mêle avec elle dans la ville. Leur élan fut tel qu’ils emportèrent deux forts d’emblée. Il n’en restait plus qu’un troisième en mauvais état. Le gouverneur, honnête et d’un caractère amène, élu par les habitants, se voyant menacé d’un assaut, se rendit, à condition que la population serait transportée à Bonavista, vers le nord de l’île, ou en Angleterre (1er décembre 1696). On rasa les murailles, on brûla les maisons. Le partage du butin fut un nouveau sujet de discorde entre les deux commandants, qui faillirent en venir aux mains.

Après cette conquête, le gouverneur français retourna à Plaisance. D’Iberville continua la guerre avec l’aide des Canadiens, au nombre de cent vingt-cinq, qui s’étaient attachés à sa fortune. Munis chacun d’un fusil, d’une hache de bataille et de raquettes pour marcher sur la neige, ils mirent deux mois à compléter la soumission de l’île. Ils prirent tous les établissements, excepté Bonavista, et l’île Carbonnière, inabordable en hiver, tuèrent deux cents hommes et firent six à sept cents prisonniers, qu’ils dirigèrent sur Plaisance. Testard de Montigny, Boucher de La Perrière, d’Amours des Plaines, d’Amours des Chaufours, Dugué de Boisbriant, tous Canadiens, se distinguèrent dans cette campagne héroïque. (D’Iberville au ministre, 26 octobre 1696). Au mois de mai (1697), comme d’Iberville, revenu à Plaisance, se préparait à aller attaquer Bonavista et la Carbonnière, une escadre de cinq vaisseaux venant de France sous le commandement de son frère Sérigny mouilla dans le port. Elle lui apportait l’ordre d’exécuter une autre partie du plan de campagne, la conquête entière de la baie d’Hudson, qu’il connaissait bien.

Cette contrée, voisine du pôle et à peine habitable, était convoitée par les Français et par les Anglais pour ses riches fourrures. Les traitants des deux peuples en faisaient le théâtre d’une lutte continuelle, aux vicissitudes de laquelle la trahison avait sa part. En 1668, les Anglais, conduits par deux transfuges français, on s’en souvient (livr. IV, chap. II), Pierre-Esprit Radisson et Chouart des Groseilliers, avaient élevé un fort à l’embouchure de la rivière Némiskau (Rupert), au fond de la baie James. [Deux ans après, ils allaient établir un autre poste à la rivière Nelson, pour la Compagnie de la baie d’Hudson. Cette compagnie eut encore dans la contrée deux comptoirs qui étaient placés sur les rivières Monsoni (Abitibi) et Sainte-Anne (Albany). Cependant Groseilliers et Radisson ne purent s’entendre longtemps avec elle.] Craignant, d’ailleurs, que leur conduite n’eût des suites fâcheuses pour eux, ils allèrent en France implorer leur pardon et offrir en même temps leurs services (1674). L’intérêt de l’État engagea le gouvernement à leur pardonner de nouveau. [Aussi bien Colbert avait déjà fait connaître son intention de s’opposer aux agissements anglais. Et l’on sait que le gouverneur du Canada avait dépêché une expédition à la baie d’Hudson afin d’y planter les armes de la France. En 1681, des marchands de Québec, dont Aubert de La Chesnaye, formèrent] une compagnie destinée à fonder un établissement dans ce territoire. La compagnie qui prit le nom de Compagnie du Nord donna à Groseilliers et à Radisson deux navires [de cinquante et trente tonneaux, pour aller y faire la traite. Malgré la défense de Frontenac, Radisson prit les devants à l’île Percée (sur la côte de Gaspé), le 11 juillet 1682, avec Jean-Baptiste des Groseilliers, fils aîné de Chouart, et deux autres, outre quinze matelots. Le 26 août, il atteignait la baie d’Hudson où il fut rejoint par Groseilliers. Ils rangèrent] la côte occidentale de la baie [puis, entrant dans une rivière (Hayes), ils la suivirent jusqu’à une distance de quinze milles. Groseilliers débarqua pour bâtir un fort, tandis que son fils et Radisson s’avançaient à environ cinquante milles plus loin. Pendant ce temps-là, les Anglais n’étaient pas inactifs. Dès le mois de juin, des trafiquants de Boston s’installaient dans une île (Gillam Island) de la rivière Nelson et y ouvraient un comptoir de traite ; et la Compagnie de la baie d’Hudson envoyait le gouverneur Bridgar construire un fort à l’entrée de cette rivière (aujourd’hui Port Nelson). Radisson, très habilement, se rendit maître des deux postes et s’empara du navire anglais et de l’américain, avec leurs équipages. On brûla le fort Nelson qui fut remplacé par un autre auquel on donna, comme auparavant à la rivière (1675), le nom de Bourbon. Jean-Baptiste des Groseilliers, avec huit hommes, en eut le commandement. L’expédition repartit le 27 juillet (1683) et rentra à Québec (18 octobre). Le gouverneur La Barre, successeur de Frontenac, reçut froidement les explorateurs ; il leur fit même restituer le navire des Bostonnais. Là-dessus, Radisson et Groseilliers] repassèrent en France afin d’aller demander justice. [Celui-ci adressa à cet effet un mémoire à Seignelay (1683). Au reste La Barre fut blâmé sévèrement pour avoir sans justification rendu le vaisseau américain]. Pendant ce temps, l’ambassadeur anglais à Paris, lord Preston, apprenant l’insuccès des démarches de Radisson et Groseilliers, fit des ouvertures au premier, accompagnées de promesses si avantageuses qu’il trahit une troisième fois sa patrie et livra le fort Bourbon, où il y avait pour 400 000 francs de fourrures (1684). C’était au moment où la France était en paix avec l’Angleterre. Les Anglais dressèrent aussitôt un fort régulier à quatre bastions, entouré d’un large fossé plein d’eau, et y mirent une bonne garnison.

La Cour de France, informée de cette nouvelle trahison, se plaignit au cabinet de Londres, qui promit de faire rendre la place ; mais les troubles qui régnaient alors en Angleterre, ne permirent point au monarque, aux prises avec ses sujets, de remplir sa promesse. [Une nouvelle société française, créée à Québec en 1685, la Compagnie de la baie d’Hudson, avait aussi tenté de traiter dans ces parages ; elle reçut le monopole du trafic des pelleteries pour une durée de vingt ans. Mais elle rencontra les mêmes obstacles que la première. Force lui fut donc de recourir aux armes]. Elle obtint, en 1686, du gouverneur Denonville, un corps de soixante-dix Canadiens et trente soldats. Le chevalier de Troyes, qui en eut le commandement, avec pour lieutenants les trois frères, d’Iberville, Sainte-Hélène et Maricourt, partit de Montréal en mars [et suivit la route de la rivière Ottawa, des lacs Témiscamingue et Abitibi.] On atteignit la baie James le 20 juin après avoir traversé des pays jusqu’alors inconnus, franchi une multitude de rivières, de montagnes, de précipices, et enduré des fatigues incroyables. D’Iberville faillit périr en passant une rivière ; son canot d’écorce chavira dans un rapide ; deux de ses hommes se noyèrent. Les Canadiens investirent et prirent presque tous les postes des Anglais avant qu’ils eussent le temps de se reconnaître.

Le premier attaqué fut celui de la rivière Monsoni (fort Hayes), flanqué de quatre bastions et portant quatorze pièces de canon. Il était situé à trente pas de la rivière, sur une petite éminence. « D’Iberville et Sainte-Hélène attaquèrent d’un côté, pendant que le chevalier de Troyes et Maricourt attaquaient de l’autre, et faisaient battre la porte principale avec le bélier. Suivis de cinq ou six hommes, ils escaladèrent la palissade, ouvrirent une porte qui donnait sur les bois et gagnèrent, pour la briser, celle d’une redoute construite au milieu de la place. Dans le même temps, le bélier enfonça la porte principale du fort ; le chevalier de Troyes se jeta dans le corps de la place et fit faire feu dans toutes les embrasures et les meurtrières de la redoute, qu’attaquaient déjà d’Iberville et Sainte-Hélène. Un Anglais ayant répondu avec arrogance aux propositions de quartier qu’on lui faisait, Sainte-Hélène lui cassa la tête d’un coup de fusil, au moment où il pointait une pièce de canon sur les Français. Bientôt le bélier fut approché de la porte de la redoute, et la démonta à demi. Soudain d’Iberville, l’épée d’une main et son fusil de l’autre, se jette dans la redoute ; mais, comme la porte tenait encore à une penture, un Anglais, qui se trouvait derrière, la referma, et d’Iberville, séparé ainsi des siens, ne voyant plus ni ciel ni terre, put se croire un moment perdu. Toutefois, son courage et sa présence d’esprit ne l’abandonnèrent point ; il soutint une lutte corps à corps, dans l’obscurité, avec les Anglais qui étaient là. Il en entendit qui descendaient d’un escalier, et tira dessus au hasard. Cependant, le bélier avait recommencé à battre la porte de la redoute ; elle tomba entièrement et livra passage aux Français, qui se précipitèrent en foule au secours de d’Iberville. Les Anglais, la plupart encore à demi vêtus, tant on avait promptement conduit l’affaire, implorèrent quartier et on le leur accorda. Le fort fut remis aux Français ». (L. Guérin, Histoire maritime de France, III, p. 427).

Le fort Rupert, situé à quarante lieues à l’est de celui de Monsoni, fut assiégé au mois de juillet, et tomba aussi au pouvoir des Canadiens qui en firent sauter les redoutes et en renversèrent les palissades. Pendant que le chevalier de Troyes donnait l’assaut à ce fort, d’Iberville et Maricourt avec neuf hommes montés sur deux canots d’écorce, prenaient à l’abordage sous la place un bâtiment de guerre. Le gouverneur général de la baie d’Hudson [Bridgar] fut au nombre des prisonniers.

De Troyes se mit ensuite à la recherche du fort Albany, dont il ignorait la situation ; on savait seulement qu’il était du côté occidental de la baie, (à trente lieues du fort Hayes). Après une traversée difficile, faite au milieu des glaces, le long d’une côte très basse, où les battures courent deux ou trois lieues au large, on le découvrit enfin. Placé au milieu d’un pays marécageux, il était défendu par quatre bastions, sur lesquels il n’y avait pas moins de quarante-trois pièces de canon en batterie. C’était le principal comptoir des Anglais. Il offrit cependant une assez faible résistance, et demanda à capituler. L’agent de la compagnie anglaise, homme simple et paisible, avec sa suite et le reste de la garnison, une trentaine de soldats en tout, fut renvoyé chez eux. Les Français trouvèrent là pour environ cinquante mille écus de pelleteries. Il ne resta plus aux Anglais dans la baie que le fort Bourbon, redevenu le fort Nelson (aujourd’hui York), (Lettre du P. Silvy, aumônier, à Mgr de Saint-Vallier, 30 juillet, 1686).

Quand la nouvelle de ces pertes arriva à Londres, le peuple cria contre le roi, auquel il attribuait tous les malheurs de la nation. Le monarque qui a perdu la confiance de ses sujets est bien à plaindre. Jacques II, déjà si impopulaire, le devint encore plus par un événement que personne n’avait pu prévoir. Et l’expédition d’une poignée de Canadiens contre quelques postes de traite à l’extrémité du monde, contribua à ébranler sur son trône un roi de la Grande-Bretagne.

Les deux Cours sentirent enfin la nécessité de faire cesser un état de choses qui violait toutes les lois établies, puisqu’il n’y avait pas de guerre déclarée entre la France et l’Angleterre. Le 16 novembre 1686, elles signèrent, à Londres, une convention pour deux ans, portant qu’à l’avenir les armateurs français ou anglais sans commission de leur prince seraient traités comme pirates dans les îles et pays de terre ferme en Amérique. (Mémoire des commissaires du roi et de S. M. Britannique...). Mais Jacques II n’était plus guère en état de faire observer par des sujets désaffectionnés sa volonté sur les mers du Nouveau-Monde.

D’Iberville revint à Québec dans l’automne de 1687, avec le bâtiment qu’il avait pris et les pelleteries trouvées dans les forts. Il retourna à la baie d’Hudson l’année suivante, par la mer. Il pensait qu’après l’accord conclu entre la France et l’Angleterre, toutes les hostilités cesseraient entre les deux nations ; mais il en fut autrement. Les Anglais firent partir trois navires pour enlever par surprise les Français ; ces navires ne purent rien entreprendre jusqu’à l’hiver. D’Iberville déjà avait renvoyé son navire à Québec avec une cargaison de pelleteries. Ne soupçonnant pas les projets des Anglais, il se mit en garde dès qu’il les eut découverts. Quoiqu’il n’eût que quatorze hommes, il fit si bonne contenance qu’il imposa aux ennemis. Un jour, il apprit qu’ils avaient pointé deux canons chargés à mitraille sur un lieu où il devait avoir une entrevue avec eux. De ce moment, il leur fit guerre ouverte, et, à l’exception de quelques-uns qui moururent du scorbut, il les tua ou prit tous sur leurs vaisseaux.

En 1689 les Anglais revinrent pour assaillir le fort de Sainte-Anne (Albany). Ils éprouvèrent un nouvel échec. D’Iberville se saisit encore d’un de leurs navires. Comme les prisonniers étaient nombreux, il le leur donna pour retourner en Angleterre, et il amena à Québec la plus grosse de ses prises, qui portait vingt-quatre pièces de canon et qu’il avait chargée de pelleteries. Il regagna bientôt la baie d’Hudson (1690).

Après le renversement de Jacques II, les Anglais reprirent le fort de Sainte-Anne, gardé seulement par cinq Canadiens, qui osèrent se défendre et qui repoussèrent une première attaque. Le sort des armes le remit encore au pouvoir de ses premiers maîtres, et le fit retomber ensuite presque aussitôt entre les mains des Anglais.

D’Iberville repartit pour la France en 1691, et fut fait capitaine de frégate l’année suivante. On le chargea alors de convoyer des bâtiments marchands à destination de l’Amérique, et d’aller assiéger le fort Nelson, dans la baie d’Hudson ; mais il ne put exécuter cette dernière partie de ses instructions qu’en 1694. Il s’y rendit avec deux frégates et prit le fort. Son jeune frère Le Moyne de Châteauguay y fut tué pendant qu’il repoussait une sortie. [Deux ans après, la place était reprise par les Anglais. Le Moyne de Sérigny, venu avec deux petits navires, aperçut dans ces parages cinq bâtiments ennemis et, n’osant engager la lutte, retourna en France. (Relation de ce qui s’est passé en Canada... 1696-1697, par Champigny)].

Nous voici arrivé au moment où d’Iberville reçut le commandement de l’escadre [comprenant le Palmier, le Profond, le Wesp, le Pélican et le Dragon] amenés par Sérigny (19 mai 1697), pour mettre toute la baie d’Hudson au pouvoir de la France. Ses instructions sont du 19 mars. Il fit voile de Terre-Neuve le 8 juillet. L’entrée de la baie se trouva obstruée par des banquises, au milieu desquelles ses vaisseaux séparés les uns des autres et entraînés de divers côtés, coururent les plus grands périls. Si la navigation a quelque chose de grand et de hardi dans les hautes latitudes de notre golfe, elle y est en même temps infiniment triste. Un ciel bas et sombre, une mer qu’éclaire rarement le soleil, des flots lourds et couverts, la majeure partie de l’année de glaces, dont les masses colossales ressemblent à des montagne, des côtes désertes et arides qui semblent augmenter l’horreur des naufrages, un silence qui n’est interrompu que par les gémissements de la tempête, telles sont ces mers qui ont attaché au front d’Iberville une gloire dont le caractère tient de la nature mystérieuse du Nord. Depuis longtemps son vaisseau aventureux les sillonne. Plus tard, il descendra vers des climats plus doux. Ce marin, qui a fait son apprentissage dans les glaces polaires, ira finir sa carrière sur les flots tièdes et limpides des Antilles, au milieu des côtes embaumées de la Louisiane. Il fondera un empire sur des rivages où l’hiver et ses frimas sont inconnus, où la verdure et les fleurs sont presque éternelles.

L’escadre fut exposée au plus terrible danger. Pressés par les glaces flottantes, qui s’amoncelaient à une grande hauteur, et s’affaissaient tout à coup avec un fracas épouvantable, deux des navires, poussés l’un contre l’autre, s’abordèrent tandis qu’un troisième était écrasé à côté d’eux, si subitement que l’équipage eut à peine le temps de se sauver. Ce ne fut que le 28 août que d’Iberville, monté sur le Pélican, armé de quarante-quatre canons, put entrer dans la mer libre, après avoir depuis longtemps perdu de vue ses autres vaisseaux. Il arriva seul à l’entrée de la rivière Bourbon (Nelson), devant le fort Nelson, le 4 septembre. Le lendemain matin, on aperçut, à quelques lieues sous le vent, trois voiles qui louvoyaient pour pénétrer dans la rade ; leur ayant fait des signaux, d’Iberville reconnut des bâtiments anglais. Ils allaient le mettre en deux feux, le traquer, pour ainsi dire, au pied de la place qu’il était venu assiéger. C’étaient le Hampshire, de cinquante-deux canons, le Daring et l’Hudson Bay, de trente-six et trente-deux. En entrant dans la baie, ils avaient découvert au milieu des glaces un des navires de d’Iberville, et l’avaient canonné, par intervalles, pendant dix heures. Le bâtiment français, immobile, n’avait pu présenter à des ennemis que les deux pièces de canon de son arrière. Les Anglais avaient fini par l’abandonner, le croyant près de sombrer, et ils s’étaient dirigés vers le fort Nelson, devant lequel ils trouvèrent d’Iberville.

La fuite lui était impossible. Il fallait combattre ou se rendre. Son navire portait quarante-quatre canons ; mais le nombre de ses hommes en état de servir était diminué en ce moment par la maladie et par l’envoi d’un détachement à terre, qu’il n’avait pas le temps de rappeler. (Le sieur Le Moyne de Martigny, cousin de d’Iberville, et Amiot de Villeneuve, enseignes de vaisseau, furent chargés avec vingt-deux hommes de faire une reconnaissance ; quarante autres étaient souffrants du scorbut]. D’Iberville paya d’audace. Lâchant ses voiles au vent, il arriva sur les Anglais. Ceux-ci venaient rangés en ligne. Il lui crièrent qu’ils savaient bien qu’il était d’Iberville, qu’ils le tenaient enfin, et qu’il devait se rendre. Le Pélican voulut aborder le Hampshire, et une troupe de Canadiens se tenait prête à sauter sur le pont ; l’autre sut l’éviter et, virant de bord couvrit le Pélican de mousqueterie et de projectiles, le perça à faire eau et hacha ses manœuvres. Le commandant anglais cherchait à démâter le vaisseau français et à le serrer contre un bas-fond ; d’Iberville gouverna pour déjouer cette manœuvre, et y réussit. Au bout de trois heures et demie d’une lutte acharnée, le Hampshire court pour gagner le vent, recueille ses forces et pointe ses pièces à couler bas. D’Iberville, qui a prévu son dessein, le prolonge vergue à vergue, pendant qu’on se fusille d’un bord à l’autre. Les balles, la mitraille, et les boulets font un terrible ravage. Le Pélican redouble son feu, pointe ses canons si juste et lance une bordée si à propos, qu’enfin son fier adversaire fait encore au plus sa longueur de chemin et sombre sous voiles. Tout périt.

Déjà d’Iberville courait droit à l’Hudson-Bay, le plus près d’entrer dans la rivière Bourbon, et qui amena aussitôt son pavillon. Restait le Daring qui, ayant peu souffert dans sa voilure, prit chasse et se déroba. Cette belle victoire donna la baie d’Hudson aux Français.

D’Iberville retourna devant le fort Nelson. Dans la nuit du 6 au 7 septembre, il s’éleva une furieuse tempête, accompagnée d’une neige épaisse. Malgré tous ces efforts, et il était réputé l’un des plus habiles manœuvres de la marine française, il ne put sauver son vaisseau, qui, trop endommagé par le combat, fut jeté à la côte avec sa prise, vers minuit, et s’emplit d’eau jusqu’à la batterie supérieure. Heureusement, c’était à l’époque de l’année où le soleil, dans cette latitude, descend à peine sous l’horizon, et où il se couche et se lève presque en même temps. La clarté permit, malgré le grand nombre de blessés et de malades qu’il y avait à bord, d’éviter un affreux désastre.

Le lendemain, le calme se rétablit et l’équipage réussit à gagner la terre. Les malades furent transportés en canots sur le radeau au rivage, à deux lieues de distance. Une vingtaine d’hommes moururent de froid pendant cette longue opération. Comme on était resté sans vivres après le naufrage, et qu’on ignorait ce qu’étaient devenus les autres navires, on résolut de livrer un assaut contre le fort ; car « périr pour périr, disait La Potherie, commissaire de l’escadre, il vaut mieux sacrifier sa vie en soldat que de languir dans un bois où il y a déjà deux pieds de neige ». Par bonheur, le reste de l’escadre arriva sur ces entrefaites. D’Iberville, se voyant secouru, abandonna sa première résolution pour ménager son monde. La place fut attaquée dans les règles. Après s’être laissé bombarder quelque temps, elle se rendit à la seule condition que la garnison serait transportée en Angleterre (12 septembre). [La place contenait pour vingt mille livres pesant de pelleteries. Le Moyne de Martigny en eut le commandement, avec, comme lieutenant, Du Gué de Boisbriant et comme interprète Nicolas Jérémie, en plus de cinquante hommes. (D’Iberville au ministre, 8 nov. 1697. Relation de ce qui s’est passé en Canada, 1696-1697, par Champigny)].

Tandis que d’Iberville achevait la conquête de la baie d’Hudson et repassait ensuite en France, une flotte, destinée par le ministre Pontchartrain à mettre sous la puissance du roi la Nouvelle-Angleterre et la province de New-York, faisait d’inutiles démonstrations dans les mers de l’Amérique. Elle était commandée par le marquis de Nesmond, officier distingué, et se composait de dix vaisseaux et deux brûlots. Elle avait reçu ordre de se porter d’abord à Terre-Neuve, pour livrer bataille à une escadre anglaise qu’on disait envoyée pour s’emparer de cette île. Nesmond devait informer le comte de Frontenac de ses mouvements, afin que ce gouverneur pût se rendre avec quinze cents hommes à Pentagouet (Penobscot), où la flotte irait le chercher, au moment de cingler vers Boston. Une fois que la ville serait occupée, on ravagerait les côtes de la Nouvelle-Angleterre jusqu’à Piscataqua ; et, si la saison le permettait, on ferait subir le même sort à la province de New-York. Les troupes canadiennes, en faisant route pour le retour par cette colonie, la dévasteraient sur leur passage. (Instructions à Nesmond, 1er avril 1697. Mémoire sur l’entreprise de Boston, 21 avril 1697.)

La nouvelle de cet armement se répandit dans les colonies anglaises par différentes voies en même temps, malgré le secret dans les ports de France, et les bruits qu’on fit courir en Canada d’une invasion anglaise pour dissimuler au public l’objet des levées de troupes. La milice fut aussitôt appelée sous les armes dans la Nouvelle-Angleterre ; la citadelle de Boston, mise en état de défense, et cinq cents hommes furent postés à la frontière orientale, ouverte aux courses des Abénaquis. « Ce fut, écrit Hutchinson, un moment aussi critique que lorsque le duc d’Anville parut avec son escadre à Chibouctou », en 1740. (History of the Province of Massachusetts Bay, II, p. 101).

L’entreprise, dont le succès avait souri à Nesmond, manqua faute de diligence, peut-être aussi faute d’argent, car la guerre en Europe dérangeait de plus en plus les finances du royaume. Il n’appareilla de La Rochelle qu’entre le 13 et le 16 mai 1697 ; et des vents contraires le retinrent deux mois dans la traversée. En arrivant à une baie à l’ouest de Plaisance (24 juillet), il convoqua un conseil de guerre. Tout le monde trouva que l’été était trop avancé pour l’attaque de Boston, d’autant que les troupes du Canada ne pourraient atteindre Pentagouet avant le 10 septembre et que les vaisseaux n’avaient plus que pour cinquante jours de vivres. Un aviso fut aussitôt après expédié à Québec. Nesmond envoya dans toutes les directions à la découverte de la flotte anglaise, mais ne put la rencontrer. Force lui fut de rentrer en France sans avoir tiré un seul coup de canon, après s’être flatté d’accomplir une des plus belles campagnes de cette guerre.

Les hostilités étaient alors bien près de finir en Europe. Les triomphes de Louis XIV ne cessaient de ruiner ses finances et d’épuiser ses forces. [Les alliés, à vrai dire, se trouvaient dans la même situation]. Le roi avait offert de conclure la paix, dès 1694, par la restitution de presque toutes ses conquêtes. Soit défiance, soit ambition, soit haine, dit un historien, les alliés refusèrent alors ce qu’ils acceptèrent ensuite à Ryswick. Jamais guerre n’avait apporté plus de gloire à la France en Europe et en Amérique. Le succès avait presque constamment couronné ses armes. Luxembourg, toujours vainqueur, avait mis le comble à sa réputation en gagnant la sanglante bataille de Steenkerke (1692) et celle de Neerwinden (1693) dans lesquelles le roi Guillaume III avait été deux fois vaincu. Catinat, Boufflers, Vendôme, Tourville, Château-Renault, Jean Bart, Duguay-Trouin s’étaient acquis un nom immortel. Frontenac et d’Iberville, quoique sur un théâtre moins imposant, avaient aussi soutenu dignement l’honneur de leur patrie. Mais ces lauriers ne se gagnaient qu’au prix de flots de sang et de dépenses énormes. Les cinq premières campagnes avaient coûté plus de deux cent millions de subsides extraordinaires. L’Angleterre, elle, avait vu son commerce presque entièrement anéanti. Quatre mille deux cents bâtiments marchands, estimés à sept cent cinquante millions de francs, lui avaient été enlevés par les Français ; le crédit de ses meilleurs négociants était ruiné.

Enfin la paix fut signée à Ryswick, le 20 septembre 1697. Par le traité, la France et l’Angleterre se remirent, quant à leurs colonies, dans le même état où elles étaient au début de la guerre ; seulement, la baie d’Hudson demeura à Louis XIV. La France resta maîtresse du sud et de l’ouest de Terre-Neuve, de tout le littoral du continent américain, depuis le nord de la baie d’Hudson jusqu’à la Nouvelle-Angleterre, avec les îles adjacentes, de la vallée du Saint-Laurent, y compris les Grands-Lacs, et de l’immense vallée du Mississipi. Le règlement des difficultés qui existaient entre les deux couronnes au sujet des limites de ces possessions fut laissé à des commissaires. Ainsi, après l’effusion de tant de sang, la question de la propriété du pays des Iroquois et celle de la frontière de la Nouvelle-Angleterre, que les événements avaient rendues encore plus épineuses et compliquées, restaient pendantes. Cette guerre, à la vérité, avait singulièrement retardé les progrès du Canada. Quant à la Nouvelle-Angleterre, elle lui fit contracter une dette qui, en l’obligeant de créer du papier-monnaie, la poussait dans une voie financière dont elle devait sortir, à son avantage au dire des uns, et suivant d’autres à son détriment.

Il y eut des réjouissances publiques à Québec à l’occasion de la paix. Ce fut le signal, pour beaucoup d’habitants des campagnes, de retourner à leurs champs, que les courses des sauvages les avaient forcés de laisser en friche, et pour les seigneurs, de concéder une seconde fois les terres dont les propriétaires, tués à la guerre, n’avaient point laissé d’héritiers.

Conformément au traité, Louis XIV
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