Littérature québécoise





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chargea MM. de Tallard et d’Herbault de fixer la frontière d’accord avec les commissaires de l’Angleterre. Comme cette dernière puissance s’était mise en possession des bords de la rivière Kennebec, depuis le traité de Bréda, on prit la rivière Saint-George pour limite territoriale, entre les deux nations. Ce choix fut confirmé en l’année 1700. Le peu de durée de la paix ne permit point de résoudre le problème des pêcheries sur les côtes de l’Acadie.

À l’égard du pays des Iroquois, on n’osa pas encore en disposer de peur d’irriter une confédération dont l’amitié était recherchée par les deux peuples. Les gouvernements anglais et français tâchèrent, par toutes sortes de subtilités, l’un, d’amener les Cinq-Cantons à reconnaître une suprématie européenne, l’autre, de les empêcher de tomber dans le piège, en les engageant à maintenir leur indépendance et leur neutralité. Le comte de Bellomont vint remplacer, après le traité de Ryswick, le colonel Fletcher comme gouverneur général de New-York et de la Nouvelle-Angleterre. En mai 1698, il envoya le colonel Schuyler et le ministre Dellius à Québec, [avec dix-huit prisonniers français. Ils remirent à Frontenac une lettre pour l’informer de la conclusion de la paix, régler l’échange des captifs et s’entendre sur certains points du traité. (Frontenac au ministre, 18 octobre 1698). [Il est à noter que presque tous les prisonniers anglais, gagnés par la sympathie dont ils furent l’objet de la part des Français, voulurent demeurer en Canada]. Le gouverneur fit aux envoyés de la Nouvelle-Angleterre un accueil gracieux. Ces derniers réclamèrent les terres iroquoises, avec les cantons de l’Ouest, Michillimackinac et ce qui était au midi de ce poste, sous prétexte que la Nouvelle-Hollande, avant d’être la province de New-York, embrassait tous ces pays. On leur demanda sur quoi ils se fondaient. « Pour nous, dit Callières, le droit de découverte et celui de possession sont nos deux titres tant sur le pays des Outaouas que sur celui des Iroquois. Nous en avions pris possession avant qu’aucun Hollandais y eût mis le pied. Et ce droit, établi par plusieurs titres en divers lieux des Cantons, n’a été interrompu que par la guerre que nous avons été obligés de faire à cette nation, à cause de ses révoltes et de ses insultes ». (Callières au ministre, 15 octobre 1698. Relation de ce qui s’est passé en Canada, 1697-1698, par Champigny.)

Les prétentions des couronnes de France et d’Angleterre étaient bien claires. Dans les négociations touchant l’échange des prisonniers, Bellomont chercha de nouveau à faire admettre que les Iroquois étaient sujets anglais. Frontenac se contenta de répondre qu’il devait avoir une conférence avec ces peuples, qui lui avaient laissé un otage comme garantie de leur parole, et qu’il traiterait directement avec eux. Malgré cette complète divergence dans les vues des deux gouvernements, la correspondance continua encore quelque temps après le départ des délégués.

Plus tard, on apprit en Canada que le gouverneur anglais avait tenu un grand conseil, où les anciens des Cantons s’étaient prononcés contre toute sujétion étrangère, et avaient proclamé hautement leur indépendance nationale, dont ils se glorifiaient. Les détails de ce qui s’y était passé montraient que ce gouverneur et la confédération se ménageaient mutuellement, tout en se défiant l’un de l’autre. Le premier espérait toujours établir le droit de souveraineté de l’Angleterre sur les confédérés ; tandis que ceux-ci mettaient de l’avant cette circonstance pour obtenir des conditions meilleures des Français. On ne peut s’empêcher de plaindre le sort qui menaçait ces indigènes, si ardemment convoités par des nations rivales, aussi redoutables qu’ambitieuses, et d’admirer en même temps leur prudence et leur patriotisme.

Le gouverneur canadien décida habilement les Cantons à traiter avec lui aux conditions qu’il voulait. Les fautes des Anglais contribuèrent beaucoup à cet heureux résultat. La sympathie religieuse des Iroquois les inclinait vers la France, leurs intérêts commerciaux les attiraient du côté de l’Angleterre. New-York, pour détruire l’influence que la France exerçait par le moyen des Jésuites, établit, en 1700, la peine de mort contre tous les prêtres catholiques qui entreraient volontairement dans les Cantons. (Bancroft, History of the United States, 14th edit., III, p. 193). Elle oubliait qu’une pareille mesure, outre la barbarie qui la caractérisait, froissait le sentiment religieux d’une grande partie de la confédération, et qu’elle portait atteinte au droit naturel de ces peuplades. Les envoyés français ne manquèrent point d’exploiter cette faute, aggravée encore par l’ordre que Guillaume III donna à Bellomont de contraindre les Cantons à désarmer. Dès qu’il eut la lettre en main, Callières s’empressa de la transmettre au canton des Onnontagués : elle fit connaître aux Iroquois que le roi d’Angleterre les regardait comme ses sujets, et qu’ils ne devaient plus attendre de secours de lui. Lorsqu’ils se virent abandonnés de ce côté et menacés de l’autre, ils songèrent sérieusement à poser les armes.

Les Iroquois nommèrent, dans le courant de l’été de 1700 dix ambassadeurs qui se rendirent à Montréal pour « pleurer les Français morts pendant la guerre ». [Ils avaient déjà, l’année précédente, dépêché des ambassadeurs auprès de Callières, et celui-ci avait aussi chargé le P. Bruyas, Jésuite, accompagné de Le Moyne de Maricourt et de Chabert de Joncaire, d’amorcer des pourparlers de paix avec les Cinq-Cantons). Les délégués des Cantons furent reçus avec pompe dans un grand conseil où assistèrent les députés de la plupart des alliés du Canada. Les délibérations se poursuivirent rapidement car tout le monde avait besoin de repos. L’orateur iroquois parla avec une sage réserve. Il s’ouvrit assez, néanmoins, pour obliger Callières, successeur du comte de Frontenac, à se prononcer sur ce qu’il ferait au cas où les hostilités reprendraient entre eux et les Anglais. Il fit connaître l’indignation qu’avaient excitée dans leurs bourgades les ordres menaçants donnés par le souverain d’Angleterre au gouverneur de New-York ; comme le refus de s’y soumettre pourrait leur attirer la guerre, il espérait que ses compatriotes trouveraient au fort Frontenac, outre les marchandises qu’ils ne pourraient plus se procurer à Albany, les armes et les munitions dont ils auraient besoin. Le chef huron Le Rat, qui avait abandonné depuis longtemps le projet irréalisable de réunir toutes les nations indigènes en une seule confédération, se leva ensuite. « J’ai toujours obéi à mon père, dit-il, je jette ma hache à ses pieds ; je ne doute point que les peuples du couchant ne fassent comme moi. Iroquois, suivez mon exemple. » Les articles préliminaires de la paix furent signés, le 8 septembre 1700, entre la France et ses alliés d’une part, et la confédération iroquoise de l’autre. Le gouverneur général, l’intendant, le gouverneur de Montréal, le commandant des troupes, les autorités ecclésiastiques apposèrent leurs signatures au bas du traité, ainsi que les sauvages, qui mirent sur le papier les signes héraldiques de leurs nations. Les Onnontagués et les Tsonnontouans tracèrent une araignée ; les Goyogouins, un calumet ; les Onneyouts un morceau de bois en fourche, avec une pierre au milieu ; les Agniers, un ours ; les Hurons, un castor ; les Abénaquis, un chevreuil ; les Outaouas, un lièvre. On affecta plus de gravité que d’ordinaire à cette cérémonie, et l’on verra tout à l’heure que la confirmation du traité fut encore plus solennelle. (Callières au ministre, 16 octobre 1700. Champigny au ministre, 22 juillet 1700. Callières et Champigny au ministre, 18 octobre 1700).

Le succès de cette négociation capitale était dû en grande partie à la conduite de Frontenac pendant la guerre, et à l’attitude adroite et avisée qu’il avait prise au début des pourparlers de paix. Quoiqu’il fût mort déjà depuis deux ans lors de la signature du traité, l’influence qu’il s’était acquise sur les indigènes par ses actes et ses conseils lui avait survécu. Les nations sauvages semblaient le craindre encore jusque dans son tombeau.

Le comte de Frontenac rendit l’âme à Québec, à l’âge de soixante-dix-huit ans, le 28 novembre 1698. [Encore que rien n’annonçât sa fin prochaine, il était tombé gravement malade au milieu de ce mois. Mgr de Saint-Vallier se rendit à son chevet, et il reçut d’un Récollet, le P. Olivier Goyer, son confesseur, les derniers sacrements. Le 22 novembre, il avait dicté son testament où il exprimait le désir d’être inhumé dans l’église des Récollets ; il demandait en outre que son cœur fût placé dans un coffret d’argent et transporté dans l’église de Notre-Dame des Champs à Paris ; au surplus, il léguait une somme de quinze cents livres aux Récollets de Québec, qui devaient dire une messe à son intention chaque jour durant une année, et une messe à perpétuité à la date anniversaire de sa mort. D’autre part, on assure que dans un entretien particulier, l’intendant Champigny avait loyalement tendu la main à son ardent antagoniste, et que les deux hommes se quittèrent, apaisés enfin et réconciliés.]

[Québec fit au glorieux septuagénaire des obsèques imposantes, le 19 décembre 1698. La présence du peuple venu en foule témoignait de constante popularité. On pouvait voir défiler, dans le long cortège qui se dirigeait vers l’église des Récollets à la haute ville, Mgr de Saint-Vallier, l’intendant Champigny et les membres du Conseil Souverain, les citoyens notables, les religieux, aussi bien que Monseignat, premier secrétaire du gouverneur, les officiers et les soldats de la garnison. L’oraison funèbre fut prononcée par le P. Goyer. Son langage, sans viser à l’éloquence, était simple et direct. Il louait, en commençant, « cet homme sage, désintéressé, libéral, dévoué au service de son roy, zélé pour le bien public, grand dans les difficultés par sa prudence, dans les périls par son courage et dans la religion par sa piété. » Ce sont les thèmes que le panégyriste va développer. En même temps il souligne les sentiments d’humanité du gouverneur, sa valeur militaire, sa bonté d’âme par quoi il savait gagner la confiance de ses amis, l’estime de ses ennemis et le respect des nations sauvages « qui ne l’appelaient jamais autrement que leur père ». Alors, évoquant les incidents malheureux qui s’étaient produits sous la première administration de Frontenac, son rappel en France et son retour dans la colonie, il abordait franchement la question grave, objet de tant de débats et de conflits : la traite de l’eau-de-vie avec les indigènes. Il fallait bien admettre que le gouverneur « la regardait comme nécessaire pour rendre le trafic plus grand et plus abondant et qu’il avait paru la favoriser. » Et voici que l’orateur sacré apportait ce témoignage d’une sincérité indiscutable et qui pourrait servir de conclusion : « Enfin, sentant approcher ce fatal moment où la vérité se découvre pour l’ordinaire à l’esprit dans tout son jour, (notre gouverneur) a reconnu que le transport de cette liqueur a causé de très grands maux à cette église naissante et à la colonie et fâché d’avoir en cela commis son autorité à des gens qui en ont abusé, a professé que si Dieu ne le retirait pas de ce monde il agirait avec plus de circonspection ».]

[Saint-Simon, qu’il faut encore citer, rapporte que la disparition de notre ancien gouverneur fit quelque bruit à la cour. Le comte de Frontenac avait eu un fils, François-Louis de Buade, né le 7 mai 1651 et qui, étant mestre de camp au service de Munster, fut tué en 1672. Pour ce qui est de la comtesse de Frontenac, elle mourut le 30 janvier 1707, ayant atteint sa soixante-quinzième année, dans son appartement de l’Arsenal, où elle recevait jusqu’à la fin « force bonne compagnie ». (Mémoires, édit. de A. de Boislisle, tome XIV, pp. 268, 271)].

Ce gouverneur, dont on a dit autant de mal que de bien, avait conservé jusqu’à ses derniers jours le tempérament vigoureux de sa jeunesse. Sa fermeté, son énergie, les talents qu’il déployait en maints domaines de son administration, [sa fière allure de chef et d’homme de guerre], brillaient encore comme dans ses plus belles années. Tout ce qu’il avait fait pour retirer la colonie des dangers où l’avait précipité son prédécesseur, augmenta les regrets universels que causait sa perte. Il emporta dans la tombe l’estime et l’admiration des Canadiens qu’il avait gouvernés durant l’une des périodes les plus critiques et aussi les plus calamiteuses de leur histoire. Ayant trouvé une Nouvelle-France ouverte, assaillie de toutes parts, menaçant ruine, il la laissa agrandie et en pleine paix.

Le comte de Frontenac a été diversement jugé par les différents partis qui divisaient alors le Canada. Le parti qu’il combattait lui a imputé deux torts très graves à ses yeux : d’avoir été secrètement janséniste et d’avoir toléré et encouragé la traite des boissons chez les indigènes. Aujourd’hui que Pascal est regardé comme une des grandes lumières du catholicisme, on peut être indulgent sur le premier reproche. Le second est plus sérieux ; il fut, en toute probabilité, la cause déterminante de son rappel en 1682. On a vu que ses démêlés avec l’intendant Duchesneau avaient alors obligé la Cour à les révoquer ensemble. Le trafic de l’eau-de-vie avec les sauvages était défendu. L’intendant, comme chef de la justice, avait voulu faire observer les ordonnances prohibitives, et le gouverneur non seulement y avait mis des entraves, mais encore avait favorisé les traitants qui les violaient. Il faut lire les dépêches de Duchesneau pour se rendre compte de la profonde mésentente qui existait entre ces deux hommes. Il accusait le gouverneur de faire la traite par l’entremise de Du Lhut qu’il qualifiait de chef des violateurs de la loi. Il assurait que Frontenac prolongeait ses séjours à Montréal pour veiller aux intérêts de ses spéculations, et que l’exemple qu’il donnait en transgressant lui-même les ordonnances était cause que personne ne voulait plus les observer. Ces rapports soulevaient davantage Frontenac contre l’intendant ; et ce dernier se plaignit au ministre qu’il avait été obligé un jour de sortir du cabinet du gouverneur pour éviter ses injures.

Au cours de sa seconde administration, Frontenac se laissa encore entraîner quelque peu dans les mêmes fautes. Nous disons fautes, car le commerce devait être défendu aux gouverneurs pour toutes sortes de raisons. Peut-être était-il convaincu que sa politique était la meilleure, indépendamment de son intérêt personnel, et que la traite devait être, autant que possible, abandonnée à la concurrence générale, comme elle l’était chez les Anglais. Il est indiscutable que plus le nombre des traitants était grand, plus on approchait de cette liberté. Mais on aurait pu accroître la liberté du commerce sans permettre aux gouverneurs ni aux autres fonctionnaires publics de trafiquer. Frontenac, du reste, faisait la traite par nécessité. Il appartenait à une famille qui manquait de biens, et le roi l’avait peut-être envoyé en Canada pour lui fournir l’occasion d’amasser quelques épargnes.

En le considérant comme homme d’État, en appréciant sa valeur d’après l’ensemble de ses actes et les résultats de sa politique, on doit néanmoins le situer, au tout premier plan, parmi les gouverneurs peu nombreux qui ont contribué puissamment au bien et à l’essor de la colonie. Le P. Charlevoix lui-même le reconnaît en disant que la Nouvelle-France lui devait tout ce qu’elle était à sa mort, et que l’on s’aperçut bientôt du grand vide qu’il y laissait. L’abolition de la Compagnie des Indes occidentales et l’introduction de l’ordonnance civile de 1667 sont les principaux événements de sa première administration, de 1672 à 1682. Alors aussi le droit d’emprisonnement fut restreint au gouverneur général et au Conseil souverain. Frontenac fut un des auteurs du système que la France imagina en Amérique pour étendre et consolider son empire. Il consistait à former des alliances avec les sauvages, et à établir cette chaîne de forts qui se prolongea par la suite jusqu’à la mer du Mexique. Les Anglais venaient de s’emparer de la Nouvelle-Hollande ; leur voisinage nécessitait, dans la pensée de Frontenac, ces sages précautions. Sa seconde administration, après une époque sinistre, est entièrement remplie par les guerres dont nous avons tracé le glorieux mais trop sanglant tableau. La conduite qu’il tint à l’égard de la confédération iroquoise, et les conseils qu’il lui donna, produisirent d’heureux résultats, car, après ces guerres, le Canada fut peu inquiété par elle. Il avait des idées étendues et justes pour l’agrandissement de la colonie. Mais l’état de la métropole et la politique de son gouvernement ne lui permirent pas de suivre un système propice au développement des immenses contrées qui portaient le nom de Nouvelle-France.

Louis-Hector de Callières, gouverneur de Montréal, remplaça le comte de Frontenac. [Ses provisions sont du 20 avril 1699 et furent enregistrées par le Conseil Souverain le 14 septembre. Le roi en le nommant, reconnaissait ses services « depuis trente-cinq années, tant dans les armées qu’au Canada ». Il l’avait d’ailleurs, (1694) créé chevalier de l’Ordre de Saint-Louis, le premier dans la colonie à recevoir une pareille distinction. Le nouveau gouverneur général était né à Cherbourg, dans la Normandie, en 1646. Il appartenait à une famille originaire du Limousin. Sa vocation s’était révélée de bonne heure : il devait être soldat. Aussi bien il entra dans l’armée, où il se distingua et obtint bientôt le grade de lieutenant, puis de capitaine au régiment de Navarre. Vingt années durant il va pratiquer le métier de la guerre et se préparer pour les hauts commandements, qui l’attendaient en Nouvelle-France. Le 10 avril 1684, il était désigné comme gouverneur de Montréal, et l’automne suivant, il débarquait au Canada. Toutefois, ce n’est qu’en 1685 qu’il prit possession officiellement de sa nouvelle charge]. Possédant une grande expérience des affaires du pays, aimé des troupes à cause de son intrépidité, Callières se recommandait aussi par un jugement net, une intelligence ouverte, du désintéressement, beaucoup de probité et d’honneur.

Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil fut nommé au gouvernement de Montréal, poste considérable que son activité, des manières aimables et nobles, sa popularité parmi les soldats, le rendaient très digne d’occuper. [Sa commission est datée du 28 mai 1699. Il vit le jour en 1643, au château de sa famille, à Ravel, dans le Languedoc. Sa race remontait très haut jusqu’au moyen âge. Il était le cinquième fils de Jean-Louis de Rigaud, chevalier et baron de Vaudreuil. Il fit ses premières armes dans une compagnie des mousquetaires du roi, gagnant la promotion de brigadier et ensuite de colonel (1676). Dix années alors s’écoulèrent. Après quoi il quitta la France pour venir s’installer. C’est que Vaudreuil avait été chargé, en 1687, de prendre le commandement d’un détachement de la marine. À partir de ce moment, on connaît la carrière qu’il allait parcourir et comment il participa aux diverses opérations qui furent dirigées par Denonville et Frontenac contre les nations iroquoises. Ses états de service remarquables lui valurent la croix de chevalier de Saint-Louis (1698) et plus tard la grand-croix de cet ordre militaire (1722). Entre temps, le marquis de Vaudreuil avait épousé, le 21 novembre 1690, Louise Élisabeth de Joybert, qui donna naissance à dix enfants]. Louis XIV, convaincu enfin de l’importance du fort Frontenac, ordonna d’y placer aussi pour commandant un officier intelligent et capable de prendre une décision dans toutes les circonstances où il pourrait se trouver : ce fut Louis de Laporte, sieur de Louvigny.

Callières suivit, à l’égard des Iroquois, la politique de son prédécesseur. Il avait mis lui-même la dernière main au traité préliminaire du 8 septembre (1700). Ce traité, que les Anglais traversèrent jusqu’à la fin, fut confirmé, le 4 août 1701, en une assemblée générale tenue sous les murs de Montréal.

Une vaste enceinte, garnie de gradins, avait été élevée dans la plaine, et l’on y avait réservé un espace pour les dames et l’élite de la ville. Treize cents sauvages vinrent s’y asseoir dans l’ordre qui leur avait été indiqué. Jamais on n’avait vu réunis les députés de tant de nations diverses. Les Abénaquis, les Iroquois, les Hurons, les Outaouas, les Miamis, les Algonquins, les Poutewatomis, les Mascoutins, les Outagamis, les Sauteurs, les Illinois, les Cristinaux, toutes les principales nations depuis le lac Supérieur jusque vers le bas du Mississipi, y avaient des représentants. Cette nombreuse assemblée offrait le spectacle le plus varié et le plus bizarre par l’étrangeté des costumes et la diversité des idiomes. Le gouverneur occupait une place où il pouvait être vu et entendu de tout le monde. Trente-huit députés signèrent le traité définitif. [Nicolas Perrot ainsi que les deux Pères Jésuites, Bruyas et Eyelran, avaient servi d’interprètes]. Le Te Deum fut ensuite chanté. Un festin, des salves d’artillerie, des feux de joie terminèrent une solennité qui assurait la paix de l’Amérique septentrionale, en ensevelissant dans le sein de la terre cette hache de guerre qui, depuis tant d’années, toujours levée et toujours sanglante, avait tenu dans l’effroi tous les peuples depuis la baie d’Hudson jusqu’au golfe du Mexique. [Il faut ajouter que, seuls parmi les Cinq-Nations iroquoises, les Agniers n’étaient pas représentés à cette assemblée extraordinaire. Cependant, peu après, ils envoyèrent des députés qui apposèrent leur signature au traité (Callières au ministre, 6 août et 4 oct. 1701)].

La consommation de ce grand acte fut accompagnée d’un événement qui laissa une impression profonde et qui fournit une nouvelle preuve du respect que le vrai patriote impose même à ses ennemis. À la première conférence publique (1er août), Le Rat, ce célèbre Huron dont le nom a été cité déjà plusieurs fois, perdit connaissance. On le secourut avec d’autant plus d’empressement qu’on lui avait presque toute l’obligation de ce merveilleux concert, sans exemple jusqu’alors. Quand il fut revenu à lui, il montra le désir de parler. On le fit asseoir dans un fauteuil au milieu de cette réunion, et tout le monde s’approcha pour l’entendre. Il exposa avec dignité et modestie ce qu’il avait fait pour amener une paix universelle et durable. Il appuya beaucoup sur la nécessité de cette paix, sur les avantages qui en reviendraient à toutes les nations, et démêla avec une adresse étonnante les intérêts des unes et des autres. Puis il se tourna vers le gouverneur général, et le conjura de justifier par sa conduite la confiance qu’on avait en lui. Sa voix s’affaiblissant, il cessa de parler. Doué d’une grande éloquence, il reçut encore dans cette circonstance imposante ces vifs applaudissements qui couvraient sa voix chaque fois qu’il l’élevait dans les assemblées publiques.

Sur la fin de la séance, il se trouva plus mal. On le porta à l’Hôtel-Dieu, où il expira pendant la nuit. Les Hurons sentirent toute la perte qu’ils venaient de faire. Jamais sauvage n’avait montré plus de génie, plus de valeur, plus de prudence, plus de connaissance du cœur humain. Des mesures presque toujours justes, les ressources inépuisables de son esprit lui assurèrent des succès constants. Passionné pour le bien et la gloire des siens, ce fut par patriotisme qu’il rompit, avec cette résolution qui, en cas pareils, compte pour rien le crime, la paix que Denonville avait faite avec les Iroquois contre ce qu’il croyait être les intérêts de la tribu huronne.

Le Rat, ou Kondiaronk, son nom huron, brillait dans les conversations par son esprit et ses réparties vives, pleines de sel et ordinairement sans réplique. Il était en cela le seul homme capable de tenir tête à Frontenac, qui l’invita souvent à sa table. Il disait qu’il ne connaissait parmi les Français que deux hommes d’esprit, le gouverneur et le P. de Carheil. L’estime qu’il portait à ce Jésuite fut ce qui le détermina, dit-on, à se faire chrétien.

Sa mort causa un deuil général. Son corps fut exposé et ses funérailles, auxquelles assistèrent Vaudreuil, le clergé, les notabilités, les ambassadeurs sauvages, furent très solennelles. On l’inhuma dans l’église paroissiale. Telle était son influence et le cas qu’on faisait de ses conseils parmi sa nation, qu’après la promesse que Callières avait faite au chef mourant de ne jamais séparer les intérêts des Français de ceux des Hurons, ceux-ci gardèrent aux premiers une fidélité inviolable.

Bibliographie


Sources. – Abbé I. Caron, Journal de l’expédition du chevalier de Troyes à la baie d’Hudson en 1686, Beauceville, 1918. – Collection de manuscrits relatifs à la Nouvelle-France, Québec, 1883-1885. – Jugements et délibérations du Conseil Souverain de la Nouvelle-France, Québec, 1885-1891. – P. Margry, Mémoires et documents pour servir à l’histoire des origines françaises des pays d’outre-mer, Paris, 1879-1889. – Mémoires des commissaires du roi et de S. M. Britannique, textes français et anglais, Paris et Londres, 1687. – Documents relating to the early history of Hudson Bay, edited by J. B. Tyrrell, Publications of Champlain Society, Toronto, 1931. – B. de La Potherie, Histoire de l’Amérique septentrionale, Paris, 1753. –

Ouvrages à consulter. Joindre aux ouvrages de H. Lorin, Parkman, du P. C. de Rochemonteix, précédemment cités : C. B. Reed, The first great Canadian, the story of Pierre Le Moyne sieur d’Iberville, Chicago, 1910. – Pierre-Georges Roy, La famille Rigaud de Vaudreuil, Lévis, 1938. – B. Sulte « La famille de Callières », Mémoires de la Société royale, Ottawa, 1890. – G. Bryce, The remarkable history of the Hudson’s Bay Company, 3rd edition, Londres, 1910. – Sur D’Iberville, on lira particulièrement le livre substantiel et solide de M. Guy Frégault, qui fait en même temps une critique raisonnée des documents et des ouvrages dont plusieurs sont sujets à caution : Iberville le conquérant, Montréal, 1944.

Table des matières


Livre quatrième

II – Découverte du Mississipi.

III – Le massacre de Lachine.

Livre cinquième

I – Les colonies anglaises.

II – Le siège de Québec.

III – Terre-Neuve et Baie d’Hudson.

Cet ouvrage est le 69e publié

dans la collection Littérature québécoise

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

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