Littérature québécoise





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qui les accueillit favorablement (1665). Les deux transfuges furent même chargés du commandement d’une expédition à la baie d’Hudson. Ils firent voile, le 3 juin 1668, sur deux navires, mais une tempête força Radisson de revenir, tandis que Groseilliers atteignait sa destination (29 septembre). À l’entrée d’une rivière (Rupert) qui se déverse dans la baie James, on bâtit un fort qui fut nommé Charles. Pendant ce temps-là, Radisson s’employait à mettre dans ses intérêts les grands personnages du royaume, parmi lesquels le prince Rupert, cousin de Charles II. Ses efforts aboutirent à la création de la Compagnie de la baie d’Hudson (2 mai 1670), qui a connu depuis une si heureuse fortune. Sous les auspices de cette compagnie, Radisson et Groseilliers effectuèrent encore un voyage à la mer du Nord (1670). Ils élevèrent un autre fort sur la rive occidentale, à l’embouchure de la rivière Nelson. Pour récompenser ses services à l’Angleterre, le roi conféra à Des Groseilliers l’Ordre de la Jarretière et lui fit don de vingt mille écus. Ajoutons que Radisson avait épousé la fille de sir John Kirke, dont les parents assiégèrent et prirent Québec en 1629].

[Au bruit de ces agissements, le gouverneur Courcelle et] Talon organisèrent, en 1671, une expédition à la baie d’Hudson, par la rivière Saguenay. Paul Denys de Saint-Simon la commandait. Il était accompagné de Jean-Baptiste Couture, fils aîné de Guillaume et d’un Jésuite, le P. Charles Albanel. Ils se mirent en route de Québec le 6 août et après des retards parvinrent enfin à la baie le 28 juin 1672. Ils proclamèrent, au milieu des landes désertes et silencieuses, qu’elles appartenaient au roi de France. On enterra au pied d’un arbre une plaque de cuivre, sur laquelle étaient gravées ses armes, pour marquer la prise de possession (Talon à Colbert, 10 nov. 1672). Comme l’embouchure du Saguenay était un poste de traite considérable, on avait toujours désiré nouer plus étroitement des relations avec les tribus qui habitaient vers la source de cette rivière, et avec les peuplades beaucoup plus reculées de la baie d’Hudson. On venait donc de faire un grand pas. Mais les Anglais, conduits par [Radisson et Groseilliers,] profitèrent les premiers de ces découvertes pour former des établissements à la baie. Ils devaient être, toutefois, trahis eux-mêmes à leur tour par leurs conducteurs, qui passaient d’un pays à l’autre, suivant leur intérêt du moment. [En effet, Radisson et Groseilliers, après des démêlés avec la Compagnie de la baie d’Hudson, se tournèrent du côté de la France (1674). Colbert, malgré tout, obtint leur grâce du roi et les dédommagea de leurs pertes. Les deux trafiquants reprirent donc le chemin du Canada (1675). Cependant Radisson, mal satisfait et en quête d’aventures nouvelles, se rembarquait presque aussitôt pour entrer dans la marine. On le voit ensuite aux Antilles combattant contre les Hollandais, à bord de l’escadre du comte d’Estrées (1676-1678). Il revient enfin dans la colonie (1681) et va retrouver Des Groseilliers installé avec sa famille aux Trois-Rivières. Mais ni l’un ni l’autre ne pouvait renoncer à des entreprises auxquelles s’ajoutaient les profits tant convoités de la traite. La compagnie du Nord, formée à Québec par Aubert de La Chesnaye, allait leur confier la direction d’une expédition au pays qu’ils connaissaient depuis longtemps. Ils mirent à la voile avec deux petits navires, en 1682, accompagnés d’un interprète, Jean-Baptiste Godefroy. Ils abordèrent cette fois sur la rive nord-occidentale de la baie James actuelle, à deux cents lieues de la baie d’Hudson. Un poste de traite servant aussi d’habitation y fut construit et placé sous la garde de huit hommes aux ordres de Jean-Baptiste Des Groseilliers, fils de Chouart ; puis les deux explorateurs, de retour à Québec, reprirent la mer vers la France. C’est à ce moment que Radisson passait secrètement à Londres pour se vendre une fois de plus aux Anglais. Ayant équipé deux frégates aux frais de la Compagnie de la baie d’Hudson, il vint déloger ses compatriotes, qu’il fit prisonniers et s’empara de tout le butin comprenant vingt mille peaux de castor (1684). En fin de compte, Radisson devait achever sa carrière dans la pauvreté, hors de sa patrie, (1710), tandis que Des Groseilliers mourait en Canada (vers 1698), satisfait de son lot, dans sa demeure non loin de Sorel].

[Nous avons rapporté au chapitre précédent quels motifs avaient engagé le gouvernement, en 1670, à envoyer Nicolas Perrot en mission chez les tribus de l’Ouest. Dès 1663, âgé de dix-huit ans à peine, il allait commercer, et plus tard demeurer dans les régions qui forment aujourd’hui les États de Michigan, Wisconsin, Minnesota et Illinois. Il entra en rapports suivis avec les Outaouas, les Poutewatomis, les Maloumines, les Outagamis, les Miamis, les Mascoutins, les Chippewas, les Sioux, les Illinois, dont la plupart lui accordèrent les droits et les honneurs réservés à leurs propres chefs. Tour à tour traitant et interprète, puis commandant de la baie Verte et des pays voisins (1684-1699), il acquit une grande réputation. Par son ascendant sur les indigènes, par sa connaissance intime de leurs mœurs, leurs coutumes, leurs langues, par une éloquence singulière qui les séduisait, ce voyageur fut, pendant presque quarante ans, un intermédiaire puissant entre les autorités coloniales et les peuplades répandues depuis le lac Érié jusqu’au Mississipi et au lac Supérieur. Plus d’une fois, nous le verrons, quand des difficultés surgissaient avec ces tribus, ou parmi eux, l’habileté de Perrot rétablit la paix et maintint les nations de l’Ouest dans les intérêts de la France. Ce manieur de sauvages d’un type singulièrement original naquit en 1644, mais le lieu de sa naissance reste obscur. À peine débarqué au Canada, il s’était mis au service des Jésuites et des Sulpiciens comme engagé dans les missions des pays d’en haut. Vers 1673, après son mariage, il venait habiter le village de Bécancourt (dans le comté actuel de Nicolet) où il reçut le grade de capitaine de milice. C’est là qu’il finit ses jours (1717)].

L’impulsion nouvelle donnée à la colonie par Colbert et Talon commençait à porter ses fruits. Le commerce se ranimait ; l’immigration ne cessait d’augmenter ; et les indigènes, dominés par le génie de la civilisation, craignaient et respectaient partout la souveraineté de la France. Au reste, de découverte en découverte, on était parvenu fort loin dans l’intérieur de l’Amérique. Le temps arrivait où l’on allait résoudre le problème de l’existence du Mississipi et de la direction de son cours. Il paraissait certain, par les pays qu’on avait parcourus au nord et à l’est sans le rencontrer, que ce fleuve, s’il était aussi grand que le disaient les sauvages, ne pouvait couler vers aucun de ces deux points. Il fallait qu’il se jetât dans le golfe du Mexique ou dans la mer Pacifique.

[Rappelons à ce propos que Champlain, dès 1630, aurait entendu parler du Mississipi : « Les peuples du pays ont asseuré le sieur de Champlain, voyageant avec eux qu’il y a un grand lac comme d’une mer lequel se descharge du costé des mers du Sud... » Mémoire en requête de Champlain pour la continuation du paiement de sa pension (1630). À son tour, Jean Nicolet, durant ses voyages, en avait été informé, en 1634, suivant la Relation des Jésuites (1640). Mais de nouveaux renseignements arrivaient, consignés dans les Relations de 1660, 1662 et 1667. Ainsi à la date de 1666, le P. Claude Allouez précise davantage quand il écrit notamment : « Les Nadouessiouek sont peuples qui habitent au couchant d’icy ; vers la grande rivière nommée Messipi ». Peu après c’est le P. Claude d’Ablon, occupé à répandre la parole divine au pays des Illinois, qui va projeter une clarté encore plus lumineuse. Et voici comment il s’exprimait, sur la foi des indigènes, dans sa Relation de 1670 : « Leur nation bien considérable habite vers une grande rivière ; cette rivière, située à quelques journées de la baie des Puants, est large d’une lieue et davantage qu’elle vient des quartiers du Nord et coule vers le Sud ; et si loin que les Sauvages qui ont navigué sur cette Rivière, allant chercher des ennemis à combattre, après quantité de journées de navigation, n’en ont point trouvé l’embouchure, qui ne peut être que vers la Mer de la Floride ou celle de Califournie ». Or le P. d’Ablon vient d’être nommé supérieur général de la mission de la Nouvelle-France. De retour à Québec, il fait part à Talon et à Frontenac des informations qu’il tient des Illinois qui désignaient indiscutablement le Mississipi, ou ainsi que certains l’appelaient diversement : le grand lac, la grande rivière, la mer douce et la mer merveille. D’ailleurs, au cours de son entretien, ce religieux avait bien recommandé au gouverneur le P. Jacques Marquette, un autre Jésuite fort éclairé, chargé de la mission de saint Ignace à Michillimackinac, comme le plus propre à participer à l’expédition qu’on préparait en qualité de missionnaire et de collaborateur. Et Frontenac acquiesça de bonnes grâces].

La solution de cette question mettrait son auteur au premier rang des explorateurs du continent. Talon, nous l’avons dit, y prenait un vif intérêt. Il appréciait la gloire qui en reviendrait à sa patrie, et les avantages incalculables que le commerce et la navigation pourraient retirer de cette importante découverte. Talon engagea donc Frontenac à envoyer Jolliet vers le Mississipi pour lever les doutes sur le cours du fleuve. Né à Québec vers le 21 septembre 1645, Louis Jolliet [était le cinquième fils de Jean Jolliet, originaire de La Rochelle, charron et employé de la Compagnie de la Nouvelle-France, et de Marie d’Abancourt. Il fit ses études au collège des Jésuites, et y soutint brillamment une thèse en philosophie devant « toutes les puissances », c’est-à-dire le marquis de Tracy, Mgr de Laval, le gouverneur Courcelle et l’intendant Talon. Dès lors Louis Jolliet se destine à l’Église. Il entre au séminaire ; il reçoit la tonsure et les ordres mineurs. Transformation soudaine. Le jeune clerc jette le froc aux orties. Il s’oriente vers des horizons nouveaux. Après un séjour en France (1667-1668) où il se perfectionne dans l’hydrographie, Jolliet deviendra coureur de bois, trafiquant de fourrures, prospecteur de mines, et, en fin de compte, explorateur. Il voyage aux lacs Érié et Ontario, et se rend au lac Supérieur pour examiner, sur l’ordre de Talon, un gisement de cuivre. Il vit maintenant parmi les tribus sauvages riveraines, il apprend les langues algonquine et huronne ; cependant qu’il s’adonne à la traite. Rien alors ne fait soupçonner la fortune qui l’attend. Au cours de ces années actives mais ternes, aucun rêve ambitieux, nulle visée grandiose n’a hanté son cerveau ou touché son imagination. Et l’on doit reconnaître pour lui, comme pour le P. Marquette, que ce sera sans en avoir eu l’idée première, et peut-être même sans l’avoir proprement voulu, qu’ils vont accomplir un geste prestigieux qui fera leur gloire]. Jolliet avait acquis toute l’expérience nécessaire pour mener à bonne fin l’entreprise qui occupait alors les esprits.

Louis Jolliet se mit en route le 17 mai 1673 avec cinq autres Français, et rejoignit le P. Marquette à Michillimackinac. Des Maloumines (sur la rive Menominee) à qui le P. Marquette avait déjà prêché l’Évangile et qui lui étaient très attachés, apprirent avec étonnement l’objet de leur voyage. « Ne savez-vous pas, lui dirent-ils, que ces nations éloignées n’épargnent jamais les étrangers ; que les guerres infestent leurs frontières de hordes de pillards ; que la grande rivière abonde en monstres qui dévorent les hommes ; que les chaleurs excessives y causent la mort ? »

Parvenus, sur la rivière aux Renards, au dernier village visité par [Nicolas Perrot et par] les PP. Allouez et d’Ablon, les voyageurs trouvèrent les Kikapous, les Mascoutins et les Miamis, qui vivaient ensemble comme des frères. Le conseil des anciens les accueillit avec bonté et leur donna deux guides [miamis]. Aucun Européen n’avait encore pénétré au delà de cette bourgade.

Jolliet, le P. Marquette et leurs compagnons continuèrent leur navigation (10 juin). Ils chargèrent leurs canots d’écorce sur leurs épaules pour faire le portage [de 2700 pas] qui sépare la rivière aux Renards de la rivière Wisconsin. Celle-ci coule vers l’ouest. En cet endroit, les guides, effrayés de tant d’audace, les abandonnèrent. Sans s’arrêter, les explorateurs français entrèrent dans le Wisconsin, et se laissèrent glisser sur ses eaux, au milieu de solitudes profondes. C’était toujours sur les deux rives un sol uni, une végétation vigoureuse, des prairies ou de hautes forêts. Ils se croyaient encore loin de leur but, lorsque, le 17 juin, ils débouchèrent tout à coup dans le grand fleuve dont on parlait depuis si longtemps avec incertitude. [Il est à observer que la priorité de cette découverte a été attribuée successivement à trois Espagnols : Alonzo de Pineda (1519), Cabeza de Vaca (1528) et Hermando de Soto (1541).] L’existence du Mississipi ne faisait plus de doute maintenant, car sa largeur répondait à la description qu’en donnaient les indigènes. « Les deux canots, dit Bancroft, ouvrirent alors leurs voiles, sous de nouveaux cieux, à des brises nouvelles ; ils descendirent le cours calme et majestueux du tributaire de l’Océan, tantôt glissant le long de larges et arides bancs de sable, refuges d’innombrables oiseaux aquatiques ; tantôt rasant les îles qui s’élèvent au milieu du fleuve et que couronnaient d’épais massifs de verdure ; tantôt fuyant entre les vastes plaines de l’Illinois et de l’Iowa, couvertes de magnifiques forêts ou parsemées de bocages jetés au milieu de prairies sans bornes ». Ils firent ainsi soixante lieues [pendant quinze jours] sans rencontrer un seul homme. Enfin ils découvrirent, sur la rive droite, à travers une prairie, un sentier qui les conduisit, au bout de six milles, à l’entrée [du village de Peouarea (Peoria),] situé sur la rivière de Moïngouera qu’on appelle, par corruption, la rivière des Moines. Ils s’arrêtèrent et appelèrent à haute voix. Quatre vieillards vinrent au-devant d’eux avec le calumet de paix. « Nous sommes des Illinois, dirent-ils, soyez les bienvenus parmi nous. » C’était la première fois que le sol de l’Iowa était foulé par des blancs.

Ces sauvages avaient entendu parler des Français, et désiraient depuis longtemps une alliance avec eux contre les Iroquois ; lesquels à deux reprises avaient fait irruption dans leur pays, [les obligeant à fuir au delà du Mississipi]. Ils s’empressèrent d’accueillir ces hommes de la seule nation qui eût résisté aux Cantons, et qui venait encore de les châtier, comme le leur apprit Jolliet. Ils donnèrent un festin à nos Français ; ils leur apportèrent des présents. Le chef [des Peouarouas, suivi de près de six cents sauvages,] les reconduisit ensuite sur le rivage, et, pour dernière marque de son amitié, il passa au cou du P. Marquette un calumet orné de plumes de diverses couleurs, passeport inviolable chez les nations indigènes.

Le bruit que les eaux du Missouri font en se jetant dans le Mississipi leur annonça de loin l’approche de ce puissant affluent. Quarante lieues plus bas, ils atteignirent l’Ohio, [que Cavelier de La Salle avait découvert en 1669-1670], et le territoire des Chaouanons. Peu à peu l’aspect du pays avait changé. Au lieu de vastes prairies, ils ne voyaient plus que des forêts épaisses, demeures d’une race dont ils n’entendaient point la langue. Ils étaient sortis des terres de la famille algonquine, bornées au sud par l’Ohio, et étaient sur celles de la race siouse. Les Dakotas ou Sioux habitaient à l’ouest du fleuve. Ainsi les Français allaient avoir besoin d’interprètes pour se faire comprendre sur les deux rives du Mississipi, où se parlaient deux langues mères différentes de celles des Hurons et des Algonquins, dont ils savaient la plupart des dialectes.

Ils continuèrent à descendre le fleuve et parvinrent à la rivière Arkansas, vers le 33e degré de latitude nord, région qu’avait déjà visitée le célèbre voyageur espagnol Soto, en 1541. Le calumet, que le chef illinois leur avait donné, les faisait accueillir partout avec beaucoup d’égards. Le chef d’un village d’Akanseas, placé vis-à-vis l’embouchure de la rivière [(sur la rive gauche du Mississipi)] vint au-devant d’eux et leur offrit du pain de maïs. Les haches d’acier dont se servaient ces sauvages annonçaient qu’ils commerçaient avec les Européens, et qu’on ne pouvait être loin des Espagnols et du golfe du Mexique. [Au vrai, la distance était de sept cents milles]. La chaleur du climat d’ailleurs en faisait preuve. Les Français étaient parvenus dans les régions où l’on ne connaît l’hiver que par les pluies abondantes qui y règnent dans cette saison.

Ne doutant plus que le Mississipi, par la direction de son cours, ne se déchargeât dans la mer du Mexique et non dans l’océan Pacifique, comme on avait pu le penser jusque-là, les deux découvreurs ne voulurent pas aller plus loin dans un pays dont les habitants leur étaient inconnus. Ils avaient constaté que le Mississipi n’offrait aucun passage à la mer Vermeille (golfe de Californie). Au retour (17 juillet), ils remontèrent le fleuve jusqu’à la rivière des Illinois, prirent leur route par cette rivière, passèrent à Chicago et revinrent atterrir à la baie Verte sur la fin de septembre (1673), [ayant accompli un trajet de deux mille cinq cents milles], et l’un des voyages les plus retentissants de l’histoire. Ils venaient de découvrir le pays le plus riche de la terre, un sol arrosé par d’innombrables rivières, parsemé de forêts magnifiques et de prairies grouillantes de bisons, de cerfs et de toutes sortes d’oiseaux. Cette contrée, d’une fertilité prodigieuse, exporte aujourd’hui d’immenses quantités de céréales, dont une partie, depuis l’ouverture des canaux du Saint-Laurent, passe par le Canada pour aller se répandre sur les marchés de l’Europe.

Le P. Marquette demeura [dans la mission de Saint-François-Xavier (au sud de la baie Verte), cependant que Jolliet s’acheminait vers Michillimackinac où il passa l’hiver. Il en repartit au mois de mai suivant et rentra à Québec au début de l’automne (1674)]. Il apportait la nouvelle de leur découverte. Talon s’était déjà rembarqué pour la France. Jolliet, qui avait perdu ses papiers dans les rapides de Lachine au-dessus de Montréal, en descendant le fleuve Saint-Laurent, fit de vive voix son rapport à Frontenac. Il mit ensuite ce rapport par écrit, et l’accompagna d’une carte tracée de mémoire.

L’encouragement que Talon avait donné à l’entreprise lui en fait partager la gloire. Car l’on ne saurait trop honorer la mémoire de ceux qui ont contribué, tout en servant l’État, à l’agrandissement de leur patrie. [C’est peu après, en 1675, que Louis Jolliet se mariait à une jeune héritière de dix-neuf ans, Claire-Françoise Bissot, fille de Marie Couillard et arrière-petite-fille de Louis Hébert ; ils eurent sept enfants. Quatre années à peine passent. Jolliet, qu’obsède encore l’attirance d’aventures lointaines, repart pour une nouvelle expédition, dirigée cette fois, vers la baie d’Hudson, en prenant la route du Saguenay. Rendu à sa destination, il trouvait soixante Anglais installés près du rivage où ils avaient bâti trois forts. On lui offrit la somme de dix mille livres, en plus de mille livres de pension, s’il consentait à passer à l’Angleterre. À quoi Jolliet répondit fièrement « qu’il était né sujet du roi de France et se ferait gloire de le servir toute sa vie ». Ce voyage dura depuis le 13 mai jusqu’au 27 octobre 1679]. En récompense de cette réussite, mais principalement de sa grande découverte, Jolliet reçut, six ans après, la seigneurie de l’île d’Anticosti, à l’entrée du fleuve Saint-Laurent. [Au surplus il avait demandé la permission de s’établir dans le pays des Illinois. Colbert fit parvenir cette réponse : « Il faut multiplier les habitants du Canada, avant que de penser à d’autres terres, et c’est ce que vous devez avoir pour maxime à l’égard des nouvelles découvertes qui sont faites ». (Lettre à Duchesneau, 28 avril 1677). En même temps Jolliet était nommé hydrographe du roi. Au reste, de nouvelles faveurs l’attendaient. On lui avait octroyé (1679), conjointement avec un autre, la concession des îles Mingan, au nord d’Anticosti ; en 1697, il se fit donner une troisième seigneurie sur la rivière Etchemin, dans le voisinage de Québec]. Il comptait tirer beaucoup d’avantages, pour la traite et pour la pêche, [des îles Mingan et Anticosti ;] il bâtit un fort [dans cette dernière île où il demeurait pendant l’été avec sa famille. À peu près au même temps, Jolliet avait par deux fois (1690, 1694) exploré les côtes du Labrador, ce qui lui valut encore le titre de pilote royal. Cette année (1697), fort de sa riche expérience, il devient professeur et sera chargé du cours d’hydrographie à l’école de Québec. Mais sa fin était proche. Le premier parmi les découvreurs canadiens, dont la magnifique audace et les dons naturels l’égalent aux plus fameux, expirait à cinquante-cinq ans, (1700), sur une de ses terres des îles Mingan, à ce qu’il paraît]. Le nom de Jolliet a été donné à une montagne et à une ville situées sur la rivière des Plaines, dans l’État de l’Illinois actuel.

Le P. Marquette [alla visiter de nouveau les Illinois en 1675.] Ils étaient en guerre avec les Miamis et ils demandèrent de la poudre. « Je suis venu, leur répondit le Jésuite, vous parler de la prière. De la poudre ? je n’en ai point. Je viens pour faire régner la paix sur cette terre. » Il prêcha un jour devant deux mille guerriers de cette nation et une foule de femmes et d’enfants. Quoique sa santé fût épuisée par les longues fatigues de ses voyages, il se crut encore capable de retourner à Michillimackinac. [Il longeait la rive orientale du] lac Michigan, lorsque, sentant venir sa dernière heure, il se fit descendre [à l’entrée d’une petite rivière (Ludington).] On dressa au-dessus de lui une cabane de branches : ce fut là qu’il rendit l’âme (19 mai 1675). Ainsi se termina, dans le silence des forêts américaines, la vie d’un missionnaire dont [la renommée, associée à celle de Jolliet ne périra point. Son nom reste aujourd’hui encore attaché à un comté, une ville, une université et une baie dans l’État du Michigan].

La découverte du Mississipi fit sensation en Canada, quoiqu’on y fût accoutumé depuis longtemps à de pareils événements, et qu’il ne se passât plus d’année sans que l’on annonçât l’existence de nouvelles contrées et de nouvelles nations. Chacun se mit suivant la coutume, à calculer les avantages que la colonie pourrait retirer de l’immense territoire dont venait d’hériter la France. Le Mississipi tombait dans le golfe du Mexique, il n’y avait plus guère à en douter : les possessions françaises allaient donc avoir deux issues à la mer, et embrasser, entre leurs deux grands fleuves, la plus belle partie du Nouveau-Monde.

Comme on n’avait pas descendu le Mississipi jusqu’à son embouchure, quelque incertitude subsistait encore. Les pays que le fleuve traverse au-dessous de l’Arkansas étaient inconnus. Les conjectures sur la configuration de l’Amérique
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