Communication au Groupe Hugo, 14 mars 2015





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Marguerite Mouton

La vision épique dans Notre-Dame de Paris

et La Légende des siècles de Victor Hugo

Communication au Groupe Hugo, 14 mars 2015


Au cours des deux derniers siècles s’est développée d’une manière spectaculaire une littérature dite de l’imaginaire, qui fait appel d’une manière particulière à l’imagination en ce qu’elle présente un traitement spécifique des images. Or, un certain nombre de ces œuvres entretiennent à divers égards des liens avec la tradition épique, spécifiquement celle du Moyen Âge1, mais aussi avec une conception plus large, peut-être plus vague, de l’épopée, entendue comme un récit aux vastes dimensions, où les questions du groupe et des valeurs héroïques ne sont pas indifférentes.

Rapidement, cette littérature émergente a été qualifiée de « fantasy épique ». L’appellation s’est répandue, répondant à une définition énoncée par des théoriciens tels que Marshall Thymm, Robert Boyer et Kenneth Zahorski pour lesquels, dans un ouvrage de 1979 intitulé Fantasy Literature, l’œuvre de fantasy épique est un récit aux vastes dimensions, racontant les hauts faits de personnages héroïques, récit qui aurait la particularité de s’inscrire dans un « monde secondaire », dont les lois propres ne sont pas les mêmes que celles qui ont cours dans le monde réel2. Dès lors, comment comprendre ce lien entre littérature épique et littérature de l’imaginaire ?

Malgré l’existence de cette appellation populaire, de cette catégorie générique complexe, relativement récente et foisonnante qu’est la « fantasy épique », le lien entre les notions d’épopée et d’imagination, et plus spécifiquement dans un contexte moderne, n’a que très peu été exploré, dans la mesure où l’on envisage généralement, à juste titre, l’épique sous l’angle de son rapport à la question politique. Il ne s’agit pas ici d’étudier la catégorie générique de la « fantasy épique » ; mais son existence et son ampleur donnent une certaine urgence à une réflexion plus fondamentale sur la question.

Dans cette perspective, il s’est avéré fructueux de remonter un peu plus loin dans le temps, à l’un des moments d’émergence, au sein du romantisme, de ce lien entre l’épique et l’imaginaire (au sens d’un univers d’images stimulant l’imagination du lecteur), tel qu’il apparaît chez Victor Hugo3, dans NotreDame de Paris et une certaine Légende des siècles, celle du poème « La vision d’où est sortie ce livre ». Ces deux œuvres présentent en effet une combinaison significative de l’épique et de l’imaginaire, permettant d’identifier un fonctionnement particulier de l’épique, non exclusif, mais néanmoins prééminent, pour une période que l’on appellera faute de mieux « moderne ». Dans ce contexte, on définira celle-ci comme l’époque postérieure à la rupture hégélienne, dont certains ont montré combien elle menaçait la persistance possible du genre pour la suite de l’histoire littéraire et rendait nécessaire une reconfiguration de l’épique4.

On a souvent fait remarquer que l’épique, indistinctement appelé épopée mais contestant les frontières génériques d’un genre trop cloisonné, traverse l’œuvre de Hugo au-delà de la trilogie poétique de La Légende des siècles, Satan et Dieu. Il est ainsi courant de souligner la façon dont Les Misérables, que Rimbaud qualifie de « vrai poème » dans la « Lettre du Voyant », ou d’autres œuvres en prose de Victor Hugo apparaissent comme le refuge d’un épique, d’une forme narrative, progressivement dissociée de l’écriture poétique au XIXe siècle, jusqu’à l’exclusion complète proclamée par Mallarmé, selon la thèse célèbre de Dominique Combe1.

L’idée d’une distance entre poésie et récit remet en effet en cause soit la possibilité de l’épique, soit sa forme poétique, soit éventuellement sa dimension narrative. Or, l’épique peutil être ainsi dissocié du poétique ou du narratif ? Dans ce contexte, l’épique est-il possible ? Et si oui, quel épique ? Pour répondre à ces questions, j’étudierai la façon dont l’épique se trouve modifié sous la plume hugolienne, enrichi d’images qui offrent une réponse aux défis hégélien et mallarméen, et la manière dont Hugo déploie une vision, une représentation épique au-delà ou à côté du critère traditionnel de la narrativité.

Il ne s’agira donc pas de réfléchir à la façon dont la transformation morphologique ou narratologique de l’épopée est révélatrice d’une remise en cause des valeurs épiques, telles que la guerre, notamment après la crise que constitue le coup d’État de Napoléon III, question par ailleurs très bien traitée par Jean-Pierre Vidal en 2006 par exemple2. On s’attachera davantage à interroger les conditions de possibilité et les modalités d’une esthétique, d’une écriture épique « moderne », que l’on dissociera pour l’étude de la réflexion politique dont elle est le théâtre.

On examinera dans un premier temps les défis que représentent pour l’écriture épique l’esthétique de Hegel et la réflexion qui s’ensuit autour de la triade générique épique-lyrique-dramatique, ainsi que l’exclusion progressive du narratif hors de la poésie qui trouve son achèvement avec Mallarmé. Les exemples de NotreDame de Paris et de La Légende des siècles offrent alors deux modalités d’un rapport particulier de l’épique à l’imagination, capable de répondre à ces défis et permettant ainsi une continuation de l’épique par d’autres moyens : l’épique serait mode de représentation, vision du monde autant voire davantage que narration ou poésie. Un tel fonctionnement apparaît ainsi susceptible de donner une cohérence à un modèle original de l’épique moderne.
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