Alain, littérature et philosophie mêlées, sous la direction de Michel Murat et de Frédéric Worms. Éditions rue d’Ulm / Presses de l’École Normale Supérieure, «Figures normaliennes», 2012. Un vol. 11 X 22 de 221 p





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titreAlain, littérature et philosophie mêlées, sous la direction de Michel Murat et de Frédéric Worms. Éditions rue d’Ulm / Presses de l’École Normale Supérieure, «Figures normaliennes», 2012. Un vol. 11 X 22 de 221 p
date de publication29.10.2017
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Revue d’Histoire littéraire de la France


Alain, littérature et philosophie mêlées, sous la direction de Michel Murat et de Frédéric Worms. Éditions rue d’Ulm / Presses de l’École Normale Supérieure, « Figures normaliennes », 2012. Un vol. 11 x 22 de 221 p.

Précédées d’un riche ensemble de « pages sur la littérature » extraites par Emmanuel Blondel du journal, toujours largement inédit, qu’Alain tient dans les dernières années de son existence, les onze communications que Michel Murat et Frédéric Worms ont réunies font dialoguer des philosophes et des littéraires autour d’une œuvre où se mêlent et se rejoignent préoccupations philosophiques et discours critique. Comme en témoigne son organisation (« I. Écriture et lecture. Dans l’œuvre d’Alain » ; « II. Littérature et philosophie. À l’école d’Alain »), ce volume ne se contente pas de revenir aux textes où le philosophe s’exprime en critique (Stendhal, 1935 ; Avec Balzac, 1935 ; En lisant Dickens, 1945…), mais s’interroge d’abord sur la place qu’il fait aux activités de lecture et d’écriture dans son œuvre et mesure par la suite l’influence qu’il a exercée sur quelques-uns de ses élèves qui sont entrés dans la carrière des lettres. Ce faisant, choix justifié par la contribution de Frédéric Worms qui s’intéresse à l’étrange signature « par l’auteur des “propos d’Alain” », dont l’apparition est repérée dans un texte inédit (De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées, 1916), les communications réunies ici s’arrêtent surtout aux ouvrages que le philosophe publie au lendemain de la guerre, à commencer par Système des Beaux-Arts (1920), ouvrage dont il affirme, dans Histoire de mes pensées (1936), qu’il n’a jamais cessé de lui plaire et qu’aucun de ses écrits antérieurs à 1914 ne le prépare. L’entreprise des Propos d’un Normand (1906-1914), grâce à laquelle Alain entre « selon [son] opinion dans la grande famille des écrivains », s’y trouve donc minorée tandis qu’en sont absents les noms d’André Maurois et d’Henri Massis qui suivirent ses enseignements avant le conflit mondial.

Explicitant les raisons pour lesquelles le philosophe s’intéresse à des œuvres d’écriture, Guillaume Artous-Bouvet et Nathalie Froloff développent des analyses qui font comprendre pourquoi, lecteur, il est surtout attentif à des romans et commentent quelques-unes des plus denses et des plus obscures de ses formules (« L’œuvre complète de prose est le roman » ; « Le roman serait […] le poème du libre arbitre »…). Ce faisant, ils montrent pourquoi Alain fait du « propos », autre lieu de mise en œuvre de la prose et du libre arbitre, le véhicule de sa pensée. Sur ces fondements, après qu’une réflexion prenant les aspects d’une suite de « propos » est consacrée à la réception hongroise d’Alain (Enikö Sepsi), sont envisagées les études qu’il a consacrées aux écrivains, tenus pour des « génies éveilleurs », qui ont sollicité son attention : Philippe Berthier revient aux « lectures amoureuses » qu’il a proposées de Balzac et de Stendhal et Michel Jarréty aux commentaires qu’il a donnés de poèmes de Valéry et, plus largement, aux relations qu’ont nouées les deux hommes, ce qui le conduit à relativiser l’importance des commentaires du philosophe aux yeux du poète. Les contributions rassemblées dans le second moment de l’ouvrage s’arrêtent aux liens que trois de ses élèves ont entretenus avec celui qui fut leur professeur de philosophie dans la khâgne du lycée Henri IV : Georges Canguilhem (Guiseppe Bianco), Julien Gracq (Dominique Perrin) et Jean Prévost (Mireille Brangé). Elles montrent, là réside l’intérêt de leur réunion, combien furent complexes les relations des meilleurs de ses élèves avec le philosophe, qui disait plus craindre les bons maîtres que les mauvais, combien elles ont été faites de distance admirative et d’attentive méfiance, ponctuées de lentes et discrètes ruptures ou marquées d’incompréhensions mutuelles. Montrant qu’Alain est resté aux yeux de ceux qu’il a initiés à la philosophie un pédagogue et un éveilleur d’âmes, signalant qu’il leur a permis de ne pas le tenir pour un maître à penser ou à écrire, ces trois analyses viennent utilement compléter les témoignages dont nous disposons sur les activités professorales d’Alain, témoignages qui nous le montrent, conduisant sa classe, lutter contre le « style plat » ainsi qu’en témoignent les appréciations qu’il apposait sur les copies qu’il corrigeait. Aux yeux de l’historien de la littérature, ce volume présente surtout l’intérêt de s’arrêter aux pages, denses et fortes, de Système des Beaux-Arts où est développée une idée originale de la prose – idée à laquelle les écrits qu’Alain consacre par la suite à la littérature restent fidèles, qu’il suffise de songer au « propos » de 1933, bien connu, où il revient sur « le rugueux du style » et à certaines pages, évoquées également ici, d’Histoire de mes pensées. Envisagées de diverses manières, ces textes font l’objet d’analyses qui permettent de mieux comprendre la place qu’ils tiennent dans la pensée d’Alain mais également de réflexions qui les interrogent de façon à situer l’originalité de son œuvre dans le domaine de l’essayistique, de façon aussi à permettre une meilleure saisie du « style d’idées » du philosophe, que Michel Murat étudie avant de se livrer au commentaire d’un « propos ».

Aussi ce volume mérite-t-il de retenir l’attention à deux titres : parce qu’il se nourrit d’un riche dialogue entre lectures philosophiques et lectures critiques ; parce qu’il oblige à résister à une idée trop aisément reçue (que certains contributeurs disent avoir peiné à dépasser) qui voudrait que, désuète, l’œuvre d’Alain ne mérite plus l’effort qu’elle exige de ses lecteurs. Il faut donc souhaiter que ce volume, de même que les remarquables mais trop discrets bulletins que publie la Société des amis d’Alain, donne au philosophe l’occasion de retrouver des lecteurs, en particulier des lecteurs attachés à rendre aux « propos » la place qui leur est due dans une histoire littéraire de la littérature d’idées et de la critique. Les communications réunies ici montrent en effet Alain sous les traits d’un extraordinaire lecteur, mais aussi sous ceux d’un critique au sens fort et plein du terme – de sorte qu’il faut en revenir, après les avoir lues, aux notes extraites de ses pages d’écriture quotidienne qui les précèdent, notamment à celles où, éreintant les romans de Jules Romains, il dit avoir inauguré « un mouvement critique qui cherche les moyens du beau littéraire » (p. 18) et s’explique sur l’intérêt qu’il porte à la « chose littéraire » (p. 19).

Denis Pernot

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