Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643





télécharger 139.16 Kb.
titreCette histoire commence très précisément le 14 mai 1643
page1/3
date de publication30.10.2017
taille139.16 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > littérature > Documentos
  1   2   3


LE GRAND CONDE

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643.
Ce jour-là meurt le roi Louis XIII.
Venant cinq mois après le décès de son principal ministre - le cardinal de Richelieu - la disparition quasi simultanée de ce célèbre duo a pour conséquence de rebattre toutes les cartes du pouvoir en France.

Car, après le décès du roi, qui va gouverner le royaume ?
Ce n’est certainement pas le jeune Louis XIV qui n’a pas cinq ans au moment des faits.
Cela aurait pu être un conseil collégial de régence, une solution imposée de son vivant par Louis XIII, qui n’avait pas confiance en son épouse, Anne d’Autriche, infante d’Espagne, et à ce titre jugée trop proche des intérêts espagnols.
Mais dès le 18 mai 1643, la reine fait « casser » le testament politique de son époux par le Parlement de Paris, trop heureux, qu’à cette occasion, on lui reconnaisse un rôle majeur dans les affaires de l’Etat.
Anne d’Autriche sera donc seule régente du royaume jusqu’à la majorité du roi…fixée à 13 ans !
Toutefois, et à la surprise générale, elle confirme comme principal ministre le cardinal Mazarin, pourtant dernier proche collaborateur à la fois de Richelieu qu’elle détestait et de Louis XIII, avec qui elle ne s’entendait plus que par intermittence.
Dès lors, au plan intérieur, la période de régence qui s’annonce va favoriser les ambitions de beaucoup de monde, autour de trois grands partis :


  • celui de la reine et de son favori Mazarin,

  • celui des grands seigneurs du royaume et des gentilshommes de la cour qui comptent bien récupérer leurs anciennes prérogatives,… confisquées par Richelieu,

  • celui enfin du Parlement, qui espère bien profiter lui aussi de cette période de transition pour affermir ses pouvoirs législatif et judicaire.


Et notre Grand Condé, en cette année 1643, ou en est-il ?
Et bien, d’abord, il ne porte pas encore ce surnom.

Il n’est même pas « Prince de Condé », un titre réservé à son père encore vivant, mais se fait appeler plus simplement le duc d’Enghien ou encore « Monsieur le duc ».
Il est soldat au service du roi et justement, après avoir déjà rendu quelques services jugés satisfaisants, on vient de l’envoyer en Ardennes à la tête d’une armée conséquente, chargée d’arrêter la progression de l’ennemi espagnol qui a pénétré le territoire français.
Car, à l’extérieur, la France est en guerre contre l’Espagne, depuis 8 ans déjà, depuis qu’en 1635 Richelieu a convaincu Louis XIII de desserrer l’étau des Habsbourg.

De fait, à cette époque, le royaume de France est sous la pression territoriale de cette grande famille européenne.
A l’Est du territoire, avec la maison d’Autriche mais surtout dans le Nord avec la maison d’Espagne qui tient presque toute la Flandre, que l’on appelle alors les « Pays-Bas espagnols ».
Depuis cette fameuse date de 1635, français et espagnols s’entrebattent régulièrement, notamment sur le front nord, sans qu’aucune bataille ne se soit avérée décisive.
Or en mai 1643, la situation devient sérieuse…
La vacance du pouvoir en France encourage les espagnols à s’enhardir.

Ils veulent envahir le nord du territoire et tenter de prendre la forteresse de Rocroi qui bloque la route de l’Oise.
Les enjeux sont importants : Si les espagnols prennent cette ligne de défense, alors qu’ils sont déjà maîtres de la Franche-Comté, ils pourront créer un arc « Nord – Nord-Est » qui leur permettra même de menacer l’île de France, voire Paris.
C’est pourtant au jeune duc d’Enghien que l’on confie la périlleuse mission de s’opposer frontalement aux troupes espagnoles, redoutables du fait de la présence dans leurs rangs des fameux « Tercios », ces fantassins aguerris, disciplinés et organisés en phalanges romaines.
On les juge quasiment invincibles.

Bien sur, Enghien n’est pas seul.
On lui a adjoint des chefs militaires de valeur comme le maréchal Jean de Gassion, le maréchal de L'Hospital et d’autres encore… mais celui qui mène les opérations générales c’est bien Louis de Condé, duc d’Enghien,… 22 ans !!
On ne rentrera pas ici dans le détail de ce face à face, qui eut lieu le

19 mai 1643, mais l’affrontement fut violent,… en témoignent les

8 000 morts laissés sur le terrain.
Ce qu’il faut souligner, en revanche, c’est l’extraordinaire impression que laissa le duc d’Enghien à tous les témoins de cette bataille.
Il fut de toutes les charges, rameutant les troupes débandées, harcelant sans cesse l’ennemi, montrant coup d’œil et promptitude au service d’une intrépidité folle.
Au final, c’est lui qui prit la dernière initiative tactique qui fit basculer la victoire dans le camp français.

La nouvelle de cette défaite espagnole alors que l’on pensait le royaume en déliquescence fut une grande surprise en Europe et tout le monde se posa alors cette question : « Mais qui est donc ce jeune homme si valeureux et de quelle maison est-il issu ?? ».
Et bien, c’est peu de dire que notre héros vient d’une prestigieuse lignée.

C’est un ‘Bourbon-Condé’.
Les Bourbon ?

Ils descendent eux-mêmes en droite ligne de l’un des fils de Louis IX, le célèbre Saint-Louis.

Ils ont pris la couronne récemment, en 1589, à la mort du dernier Valois, Henri III.
Il y avait alors deux ramifications, la branche aînée : les bourbons Vendôme, celle du père d’Henri IV, celle qui régnera,

et la branche cadette : les bourbons Condé, celle de l’oncle d’Henri IV, premier des princes de Condé,… celle qui aurait pu régner...
Quelques décennies plus tard, notre duc d’Enghien est donc de facto cousin direct du roi de France.
Cette proximité avec le lignage royal est telle que les princes de Condé sont dits ‘Premiers princes du sang’.
En clair, et comme on vient de le laisser entendre, ces derniers sont susceptibles de devenir rois si la branche aînée des ‘Bourbon’ s’éteint à son tour,… ce qui ne sera pas le cas…
Comme déjà précisé cependant, notre Louis de Bourbon n’est encore que duc d’Enghien en 1643.

Il deviendra Prince de Condé au décès de son père en 1646 et le restera jusqu’à sa mort 40 ans plus tard, en 1686.
Le fait que cet homme fasse partie de la famille royale, ajouté à son caractère emporté - on le verra bientôt - et à ses qualités militaires va constituer on s’en doute un mélange détonnant !!

Sinon, ce futur prince, 4ème du nom (il y en aura 9 en tout), comme tout le monde, a une famille :


  • Un père, Henri, plus politique que doué pour l’art militaire, de bon conseil pour son fils et mort probablement trop tôt…

  • Une mère, Charlotte de Montmorency, qui a permis de resserrer des liens familiaux entre cette grande maison de France – Les Montmorency – et les Condé, renforçant encore la puissance de cette famille…

  • Une sœur, Anne-Geneviève, plus connue sous le nom de duchesse de Longueville, dont les aventures sentimentalo-politiques, notamment pendant la période des frondes, pourraient nourrir à elles seules un roman…

  • Un jeune frère, Armand, prince de Conti, personnage plus falot, physiquement contrefait qui sera pourtant mêlé lui aussi plus tard aux évènements de la Fronde…


Un dernier mot sur la puissance matérielle des Condé.
Ce sont des gens riches, très riches même…

Ils tirent leurs revenus de leurs terres, nombreuses, et de leurs fonctions qui sont à la fois prestigieuses et lucratives.
Lorsqu’il deviendra Prince de Condé en 1646, il multipliera les titres nobiliaires - pair, duc et comte – et les fonctions de gouverneur de plusieurs régions de France.
Malgré tout, son activité dominante reste l’art miliaire…

Nous l’avions laissé en 1643 sur sa belle victoire de Rocroi, qui avait permis de repousser les espagnols hors du territoire.
Mais cette victoire en appela beaucoup d’autres qui contribuèrent à classer l’homme parmi les grands chefs de guerre du pays.
En fait, et jusqu’en 1648, il fut même le véritable fer de lance de la politique extérieure de Mazarin.

La France était, comme déjà précisé, en guerre contre les Habsbourg. Cela voulait dire qu’il fallait protéger les frontières du nord, de l’est et du sud du pays.

Et bien, concernant son action, qu’on en juge…
Après Rocroi, le duc fait tomber la ville fortifiée de Thionville, et coupe ainsi les liaisons ennemies entre le Nord et l’Est.
En 1644, on l’envoie sur le front d’Allemagne pour annihiler le danger austro-bavarois et ce sont les magnifiques victoires de Fribourg et de Phillisburg qui permettent à la France à la fois d’occuper toute la rive gauche du Rhin et de sécuriser l’Alsace et la Lorraine,
En 1645, certaines des positions sur le Rhin étant menacées, le duc d’Enghien défait le plus grand chef militaire des Habsbourg, le général Von Mercy, à la bataille sanglante de Nordlingen.
Mercy y perdra la vie et Enghien y gagnera un grand compagnon d’armes,… le maréchal de Turenne.

En 1646, le duc d’Enghien devient Prince de Condé après la mort de son père, et cela semble décupler ses qualités…

Pour venir en aide à Gaston d’Orléans, le jeune frère de Louis XIII, qui ne s’en sort pas dans le nord du pays, Mazarin renvoie le prince en Flandres pour mâter de nouveau les espagnols et c’est la grande victoire de Dunkerque.
En 1647, Condé est même envoyé dans le sud, en Espagne, où il enregistre pour la première fois un échec,…d’ailleurs relatif puisqu’il est obligé de lever un siège en Catalogne, faute de moyens en hommes et matériels.
Mais, dès 1648, Condé est renvoyé une 3ème fois en Flandres pour vaincre cette fois-ci définitivement les troupes du gouverneur général des Pays-Bas espagnols, l’archiduc Léopold de Habsbourg.
Il le fait magnifiquement… D’abord à Ypres puis surtout à Lens.

Une victoire tellement retentissante en Europe qu’elle oblige l’archiduc à signer les fameux traités de Westphalie qui auront de très nombreuses conséquences au plan territorial, mais également au plan intérieur et nous allons voir maintenant pourquoi ?
Ces traités, au nombre de deux, sont signés en octobre 1648, l’un à Münster, qui intéresse plus particulièrement la France, l’autre à Osnabrück, qui concerne d’autres protagonistes…
Rappelons en effet que ces traités marquent une grande date dans l’histoire européenne, celle de la fin de la guerre dite de ‘Trente ans’, cette guerre meurtrière née des conflits religieux au sein du Saint-Empire romain germanique, occasionnés en particulier par les réformes luthérienne et calviniste.
Mais ceci est une autre histoire…
Revenons au traité de Münster, le seul qui nous intéresse aujourd’hui.

Il met en relation d’un côté les Provinces-Unies (les Pays-Bas d’aujourd’hui) face à l’Espagne et de l’autre, la France face au Saint-Empire.

On observe déjà qu’il n’y a pas eu de traité bilatéral franco-espagnol.

La paix entre ces deux pays ne sera pas signée à Münster et ce point est capital pour la suite des évènements ...
Alors, bien sur, qu’ont retenu les historiens de ce traité ?

Pour la France, des acquisitions territoriales (les fameux trois évêchés - Metz, Toul et Verdun – et la Haute Alsace, à l’exception de Strasbourg) et contre le Saint-Empire, son extraordinaire émiettement puisqu’il se morcelle en 350 petits états ou fiefs dont l’impuissance militaire et politique devient patente…

Et ils ont mis tout cela au bénéfice du seul Mazarin qui parachevait ainsi l’œuvre, amorcée par Richelieu en 1635, d’abaissement de la puissance des Habsbourg d’Autriche au profit de la grandeur et de l’absolutisme français.

Et c’est vrai que Münster fut une belle réussite diplomatique mais grâce à qui sur le terrain ?
Naturellement à nos deux chefs militaires, Condé et Turenne, qui ont su arrêter à l’avantage de la France une guerre sans fin, ruineuse pour le pays et dévastatrice aux frontières.
Cependant, on est en plein paradoxe…
Alors que la France vient d’obtenir en Allemagne ce qu’elle cherche depuis tant d’années, une paix avantageuse qui constitue le gage de sa sécurité présente et future, personne à Paris n’est conscient (à part le parti de la reine) de la grande œuvre accomplie et des résultats obtenus.

Car pendant que Condé volait de victoires en victoires de 1643 à 1648, la régence d’Anne d’Autriche connaissait ses premiers troubles intérieurs, annonciateurs de plus grandes difficultés encore…
Ces troubles ont commencé dès 1643, quelques jours après la victoire de Rocroi.
Soyons précis… A cette époque, quand on parle de troubles, cela signifie « conspiration contre la régente et surtout contre son âme damnée, Mazarin ».
Qui sont les conspirateurs ?

De grands ducs du royaume, on les appellera très vite ‘les Importants’ Beaufort, Vendôme, Mercoeur, Guise, d’autres encore, tous plus ou moins manipulés par une comploteuse de talent, Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, qui n’en était pas à son coup d’essai…
Que veulent-ils ? 
Récupérer leurs charges perdues du temps de Richelieu, signer une paix séparée avec l’Espagne catholique et surtout défaire le lien semblant déjà exister entre Anne d’Autriche et ce parvenu de Mazarin.
Par quel moyen ?
L’assassinat du cardinal, rien que ça….

Très vite cependant, Mazarin, grâce à son service de renseignements déjoue sans peine ce premier complot ourdi par des personnalités dont la discrétion n’est pas la vertu première.
Résultat : le duc de Beaufort, pourtant petit-fils naturel, mais reconnu, d’Henri IV, (sa grand-mère était Gabrielle d’Estrées), considéré comme le principal coupable est enfermé à Vincennes, les autres importants sont exilés…

Pourtant, tout ceci n’est qu’un galop d’essai.

D’autres soucis vont apparaître bientôt.
L’année suivante précisément, en 1644, Anne d’Autriche (et Mazarin naturellement) vont se heurter à une autre opposition plus consistante… la noblesse de robe… soit 80 % des Parlementaires…
Alors, évidemment, au début, il s’agit plutôt de batailles à fleuret moucheté, de pressions diverses, de mauvaise volonté sourde ou affichée…
Que voit-on en effet apparaître ?
Et bien tout simplement une tentative du Parlement, qui enregistre sans discuter les décisions royales en temps normal, de profiter de la situation – la minorité du roi - pour obtenir plus d’autonomie, et pour refuser accessoirement de mettre la main à la poche…
Car, ne l’oublions pas, les batailles que livrent Condé et Turenne aux frontières coûtent chères, en soldes et matériels…
Mazarin cherche en permanence de l’argent et les paysans sont déjà accablés d’impôts…

D’ailleurs, face aux récriminations régulières du Parlement, la reine est contrainte de faire passer la plupart de ses édits fiscaux par des ‘lits de justice’, séances exceptionnelles du Parlement ou l’autorité royale, ici déléguée à la régente, s’impose clairement en force.

Ce petit jeu, où la mauvaise volonté évidente des parlementaires agace au plus haut point la régente, va aller crescendo jusqu’au début de l’année 1648, période où les tensions vont considérablement s’exacerber.
Avant d’évoquer ces moments difficiles, revenons en arrière, de nouveau vers notre Prince de Condé…
Car entre deux victoires, ce dernier revient de temps en temps à la cour…

Pourquoi ces retours ? Pour diverses raisons...
D’abord, il faut savoir qu’à cette époque, il n’y a pas de guerre en période hivernale, les troupes bivouaquent en attendant la reprise des hostilités au printemps,
Ensuite, notre jeune prince, s’il est courageux et plein d’ardeur au combat est physiquement quelqu’un d’assez fragile.
Le paradoxe n’est qu’apparent, car Condé, comme chez de nombreux nobles, est le fruit de mariages successifs entre cousins et cousines.
Cette consanguinité l’handicape naturellement.

Dès lors, toute sa vie guerrière, il sera sujet à de fortes fièvres qui l’obligeront à se retirer parfois des combats et à rentrer se soigner.
Enfin, dans le milieu du pouvoir, et cela reste naturellement encore valable de nos jours, il vaut toujours mieux être présent quand certaines décisions se prennent en haut lieu …
Lorsqu’il rentre, il retrouve son épouse, née Claire-Clémence de Maillé-Brézé, l’une des nièces de Richelieu.
Quand il s’est marié avec elle, en 1641 et sur ordre de son père qui voulait à l’époque rentrer en grâce auprès du cardinal, le jeune duc avait 20 ans et son épouse 13 ans seulement.
De plus, elle n’était pas spécialement jolie…
Ce ne fut donc pas un mariage d’amour et globalement, ce sera un échec mais le couple aura trois enfants, dont seul l’aîné, l’héritier des Condé, Henri-Jules, vivra suffisamment de temps pour perpétuer le nom.
Un petit mot sur les amours de Condé.

Dans ce domaine, notre héros n’a pas défrayé la chronique.
Très laid, autoritaire et volontiers méprisant, il refroidit jusqu’aux dames de sa condition…
Il aurait eu cependant quelques liaisons rapides.

Mais on ne lui a connu qu’un seul vrai grand amour, avec Marthe de Vigean, duchesse de Fronsac, qui prendra le voile quand elle comprendra que son prince ne divorcerait jamais, après qu’un héritier viable soit né…
Au plan politique, en revanche, au fur et à mesure qu’il remporte des victoires, Condé commence à se montrer exigeant, notamment pour son fils,… l’amirauté royale par exemple, depuis que le poste anciennement tenu par un parent de son épouse, est vacant.
Bien sûr, Condé est tenu d’en référer à Mazarin.
Et naturellement ça coince déjà entre eux, parce que Condé, au-delà de son ton impérieux, commence à faire peur :
Il gagne, il est ambitieux et il est prince du sang…Cela fait beaucoup !...
Il inquiète en réalité très tôt la régente et son ministre…
Malgré tout, début 1648, Mazarin a d’autres soucis en tête.
La mauvaise humeur des parlementaires, jusque-là contenue, est en train de se transformer en une véritable « fronde » et les évènements se précipitent…
Désormais, le Parlement est franchement en colère contre le couple Anne d’Autriche/Mazarin… et pour de nombreuses raisons :
D’une part, comme déjà précisé, la guerre exige toujours plus d’argent et Mazarin se décide à employer les grands moyens.
Il augmente les taxes non seulement des bourgeois et des boutiquiers, mais cette fois-ci, impose lourdement la noblesse de robe,… qui n’est pas habituée…
Ensuite, Mazarin, toujours pour les mêmes raisons s’attaque aux privilèges divers des parlementaires.

Par exemple, il multiplie les ventes d’offices qui s’achètent auprès du roi…

Dès lors, le cours de ces charges diminue mécaniquement.
Autre exemple, il supprime temporairement les revenus de ces offices.
Bref, il multiplie les mesures confiscatoires et essaie de prendre l’argent là où il est…
Mais il n’y a pas que cela.
A l’identique de ce qui s’est fait récemment en Angleterre, certains parlementaires souhaitent désormais l’établissement d’une monarchie « encadrée » en France… qui rééquilibrerait les pouvoirs dans le pays.
Et ils partent du principe qu’il faut se hâter tant que le roi est mineur juridiquement pour créer un mouvement irréversible… sur lequel il sera difficile de revenir.
Ils veulent profiter également du fait que le couple au pouvoir Anne d’Autriche-Mazarin n’a pas du tout la même légitimité que le duo précédent Louis XIII-Richelieu.
Anne est effectivement espagnole et Julio italien !!
Rappelons même qu’en 1648 et pour beaucoup, y compris pour Condé, Mazarin, pourtant naturalisé français, est encore considéré comme un vulgaire aventurier, un nouveau Concini…
Pour arriver à leurs fins, les parlementaires s’enhardissent en mai 1648 et créent une structure, la chambre « Saint-Louis », en charge de la réforme de l’Etat… Et ça marche !!
Cette instance nouvelle impose en juillet une Charte de 27 articles limitant singulièrement le pouvoir royal, notamment en matière d’impôts nouveaux qui doivent désormais être validés par le Parlement.
La plupart des autres articles sont de même un véritable camouflet pour la reine et Mazarin…
Une monarchie à l’anglaise va-t-elle s’installer en France ?
Et bien non, car en août 1648, rappelez-vous, c’est la magnifique victoire de Condé à Lens, qui chasse définitivement les espagnols de France et qui met la royauté française en bonne position pour traiter.
La reine et son italien de ministre vont donc contre attaquer…

Mais maladroitement...
Pour tenter de reprendre la main contre cette fronde parlementaire, Anne d’Autriche donne l’ordre le 26 août 1648 de faire arrêter trois meneurs dont le conseiller Broussel.
Pas de chance cependant, c’est un homme très populaire et apprécié de la population parisienne.
Aussitôt, la foule réagit, des barricades s’amoncellent, l'hôtel de Luynes est incendié. Bientôt plus de 1200 barricades bloquent le Palais-Royal où réside Mazarin.
Ce dernier, qui privilégie toujours la formule « deux pas en avant… un pas en arrière » conseille à la reine de libérer Broussel.
Dès le 28 août, c’est fait…La population parisienne découvre à cette occasion son pouvoir d’intimidation auprès des puissants.

Elle saura s’en souvenir bientôt…
C’est tellement vrai que la Cour, confusément inquiète, décide de fuir Paris pour mettre le jeune roi à l’abri de toutes ces agitations.

On quitte donc la capitale, au grand jour, sans donner l’impression d’être sous pression, pour se rendre à Rueil d’où l’on commence un premier train de négociations.
Celles-ci ont lieu, en définitive, à Saint-Germain du 25 septembre au

4 octobre 1648 et se terminent, apparemment, par une victoire raisonnable des parlementaires qui obtiennent gain de cause sur 15 des 27 articles votés par la Chambre Saint Louis.
Apaisée, la Cour rentre à Paris et se réinstalle au Louvre.
On aurait pu en rester là et terminer ainsi de façon honorable ce conflit de pouvoir.

Mais malheureusement, il existait trop d’arrière-pensées chez les uns et chez les autres pour qu’il y n’y ait pas de rebondissements.

Sous l’influence de Condé notamment qui n’accepte pas que des « bourgeois » fassent la loi dans le royaume de France et suite à de nouvelles demandes inconsidérées de parlementaires, d’autres troubles sérieux éclatent dans Paris à l’hiver 48.
Cette fois ci, la reine a vraiment peur pour son fils et décide de s’enfuir « subrepticement » de Paris pour se rendre sans prévenir grand monde à Saint-Germain, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649.
C’est le fameux épisode où le jeune roi, ballotté d’un endroit à un autre, dans des conditions matérielles précaires, gardera un très mauvais souvenir à la fois des sautes d’humeur de Paris et de toute forme d’opposition à la royauté de droit divin.
Lui aussi, il se souviendra…
En tous les cas, cette fois-ci, c’est décidé, on ne cède plus.

C’est la guerre entre la Cour et les parlementaires de Paris et Condé va rentrer de nouveau en scène.
Car qui dit guerre dit troupes, généraux, stratégie…
Côté monarchie, c’est assez simple.

Les troupes on les a…

On fait appel à des mercenaires récupérés aux frontières et aux troupes régulières royales.
Le chef ??

Il s’impose sans problème, c’est le « Grand Condé », un surnom gagné sur tous les champs de bataille.
La stratégie, c’est le blocus de Paris car Mazarin ne veut absolument pas faire couler un bain de sang…
Pour lui, éliminer physiquement un clan le desservirait à terme…

Il sait qu’il vit principalement des divisions de ses ennemis.
Côté Parlement, c’est plus compliqué.
Les troupes sont disparates, des milices bourgeoises, peu aguerries, et des hommes de main d’une partie de la noblesse ralliée au Parlement, uniquement par rejet de Mazarin, le « gredin de Sicile » comme ils l’appellent.

Ces grands seigneurs sont d’ailleurs nombreux,… trop nombreux même.

Des problèmes de préséance se posent en permanence pour savoir qui doit conduire l’armée des frondeurs.
Curieusement, la proche famille de Condé,… son frère, le prince de Conti, sa sœur, la duchesse de Longueville et son beau-frère le duc de Longueville sont du côté des frondeurs.

Le prince de Conti réclamant même le leadership militaire.
Pourquoi cette apparente contradiction ?

Disons que la jalousie des uns vis-à-vis d’un frère trop autoritaire, la forte influence de Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, sur les autres et leur haine commune de Mazarin les a ponctuellement rassemblés.
Finalement, il y aura peu de combats.

Le siège de la capitale est efficace.
Les greniers à blé autour de Paris n'alimentent plus la ville.
Un seul véritable affrontement a lieu, celui de Charenton - meurtrier cependant - remporté facilement par Condé en février 1649, ce qui achève de persuader les frondeurs qu’ils doivent négocier.

De nouveaux pourparlers sont engagés à Rueil entre la régente et les parlementaires qui s’achèvent sur une « paix des braves » à Saint-Germain le 1er avril 1649.
La Fronde parlementaire se termine enfin.
Le bilan est mitigé…
Contre le renforcement de leurs pouvoirs judiciaires, les magistrats renoncent à limiter le pouvoir royal.

Pour l’instauration d’une monarchie « encadrée », il faudra encore attendre un peu…

Mais si la fronde des magistrats se calme, d’autres nuages s’amoncellent sur la tête de la régence.
En effet rappelons-nous : Rocroi, Lens, Charenton.
En trois circonstances, Condé a sauvé la monarchie française.

Or début 49, il est âgé de 28 ans…

C’est désormais un prince ambitieux pour lui-même et sa maison qui vient présenter en quelque sorte la note à la Reine et à son ministre.
Notre homme, à cette époque, à toutes les cartes en main…
Va-t-il remplacer Mazarin ??

Nombreux sont ceux qui le pensent même si personne ne le souhaite vraiment…étant donné son caractère…
Et pourtant….

En quelques mois seulement, d’avril 1649 à janvier 1650, le Grand Condé va accumuler tellement de fautes politiques qu’il va gâcher toutes ses chances et s’isoler complètement.
Quelles fautes ?? Il y a le choix !
Contre Mazarin d’abord : Condé ne sait pas décrypter cet homme qu’il méprise profondément (un simple roturier !!).

Ce prélat qui ne dit jamais non, qui biaise, qui gagne du temps, qui dresse les uns contre les autres, à tour de rôle…
Condé lui est entier, péremptoire et tellement orgueilleux qu’il ne s’abaisse jamais à composer, devant qui que ce soit, sauf du roi, mais ce dernier est si jeune…
Bref, quand tout le monde complote de façon plus ou moins habile contre le favori de la reine, Condé lui l’insulte sans retenue, en public parfois… ou devant la reine, sa protectrice…
Contre Gondi ensuite, le porte-parole des parisiens, « l’éminence grise » des frondeurs précédents.

Une sombre histoire de faux attentat contre Condé est imaginée par Gondi, qui tourne à la confusion de leurs instigateurs.
Résultat : Les magistrats n’y croient pas, Condé est furieux à la fois contre les parlementaires et contre son complice d’un jour qu’il accable d’injures…
Contre « Monsieur », également, le duc d’Orléans…

Tout le monde sait que ce dernier n’est pas un grand chef de guerre, ni même un fin politique… et Condé a la maladresse de le lui rappeler…
Contre la Reine enfin et surtout.

Là, c’est l’erreur suprême…
Condé ne voit pas qu’Anne d’Autriche protège l’avenir de son fils avant toute chose et qu’elle a peur du chef de guerre qu’il est devenu, de sa légitimité à prétendre au pouvoir, comme principal ministre puis qui sait ?,…, après tout, il est prince du sang…
Or voilà que Condé se pique de donner un amant à la reine, pour mieux la contrôler dit-il,… un comparse du prince,… un vague comte, du nom de Jarzé...
Quand l’importun se lance, la Reine, furieuse et humiliée, se décide enfin à sanctionner toutes les impertinences de Condé et signe un acte d’arrestation.

Mais arrêter le Prince, ce n’est pas simple.

Tout le monde a peur de Condé…

On fait donc appel, comme toujours, à la duplicité du cardinal.
Pour endormir la méfiance de notre héros, Mazarin lui envoie une lettre lénifiante et pleine de respect deux jours avant son arrestation qui a lieu le 18 janvier 1650 en plein Conseil en compagnie de son frère, le prince de Conti et du duc de Longueville, son beau-frère, eux aussi compromis.

A l'annonce de la réussite de l'opération, Gaston d'Orléans aura ce trait d’esprit :
  1   2   3

similaire:

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconSynopsis En 1936, Stefan Zweig décide de quitter définitivement l'Europe
«Mort au paradis» d’Alberto Dines qui relate très précisément le séjour de Zweig au Brésil, à travers des textes et des photos

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconLe cinéma est un très long processus d’invention qui commence sa...

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconLe cinéma est un très long processus d’invention qui commence sa...

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconII. Résumé de l’histoire 6
«Le Roi et l’Oiseau est l’histoire d’un roi très mauvais qui a des ennuis avec un oiseau très malin et plein d’expérience; IL y aussi...

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconRecherche le sens des mots suivants
«Les histoires Pressées»de Bernard Friot. Chaque histoire est une nouvelle c’est-à-dire une courte histoire où la fin est très souvent...

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconVoltaire Histoire des voyages de Scarmentado écrite par lui-même
«le Juste», à la Saint-Barthélémy, à la Conspiration des Poudres en Angleterre. Le lecteur sait donc précisément où et quand se passe...

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconIl a regné sur la France pendant 72 ans (1643 à 1715)

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconBeaucoup d’entre nous, ne sont pas très à l’aise avec cette fête...

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconJe remercie le Docteur Bernard sans laquelle l'histoire de Catia n'aurait jamais commencé
«Aimerais-tu faire une longue promenade avec moi car le Maire de Naples a retrouvé un parchemin qui raconte la légende de la «Perle...

Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643 iconHeci tanger Les Relations Sénégalo-Marocaines 2010/2011
«très satisfaisant». Les deux pays ont commencé en décembre 2008 leurs coopèrations au niveau économique, touristique, aérien, universitaire...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com