Cette histoire commence très précisément le 14 mai 1643





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titreCette histoire commence très précisément le 14 mai 1643
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« Je me défendrai devant le roi mais je garderai le silence devant Condé ».
Le vieil homme termine ainsi sa vie paisiblement, autour de ses proches, son fils, sa bru et ses petits-enfants.
Une seule ombre au tableau, son épouse n’est pas à Chantilly, et ne vit plus avec lui.
Depuis quelques années, il la tient exilée à Châteauroux.

On ne sait pas trop pourquoi.
On a parlé d’adultère, d’altération mentale…

De toute façon, comme déjà précisé, ce mariage forcé alors qu’ils étaient très jeunes fut un échec indéniable…
Quant à sa tardive conversion à la religion, après avoir lu les uns et les autres, notre conviction est faite.
Athée il fut, athée il est resté.

Mais il a indiscutablement cherché à se rapprocher de la religion, à sa façon.
Cet homme n’ayant jamais rien fait à moitié, il était le premier au combat pendant les guerres, il sera plein d’humilité et de ferveur face à Dieu…

Ce sera d’ailleurs la seule période de sa vie où il sera humble !!
Ce grand seigneur s’éteint le 11 décembre 1686, à Fontainebleau, à 65 ans.
De quoi est-il mort ?

De tous les excès de sa vie peu ordinaire.

Il serait resté jusqu’à la fin calme, lucide et maître de lui, restant jusqu’au bout le « Grand Condé ».
Louis XIV sera sincèrement affecté de la disparition de Monsieur le Prince.

C’est sur son ordre que Bossuet donnera une oraison funèbre, restée célèbre, le 10 mars 1687, à Notre-Dame de Paris à l’occasion d’une cérémonie qui fut dit-on grandiose, à la hauteur du personnage…

Nous sommes arrivés ainsi au terme de notre récit.
Un récit, qui vous l’avez entendu, vous a rappelé un épisode particulier de l’histoire de France, quand celle-ci a hésité entre la continuation vers une royauté absolue et un retour vers davantage de partage du pouvoir.
Condé et quelques autres ont tenté de changer l’orientation absolutiste donnée par les deux règnes précédents, ceux d’Henri IV et de Louis XIII.

Sans succès finalement, malgré le sang versé et le lourd tribut payé par les gens des campagnes…
Par la suite, avec le règne de Louis XIV, la monarchie française atteindra donc son apogée avant de décliner inexorablement.
Si l’on revient au personnage de Condé, et que l’on veut terminer par un florilège de ce que les historiens ont écrit sur lui, vous verrez que tout le monde semble d’accord sur le fait qu’il fut un personnage hors normes, complexe, voire bizarre…en tous les cas difficile à classer.
Lisons ce qu’ont écrit sur lui trois historiens de renom, deux français et un étranger, sachant que leurs propos résument assez bien ce qu’en pense l’historiographie contemporaine.
Simone Bertière tout d’abord qui tente de donner un sens au comportement général de notre héros :
« Que vise Condé ? Le pouvoir... Certes pas pour l’exercer. Il n’a aucune envie de diriger le royaume.

Ce qu’il veut, c’est ne rencontrer aucun obstacle à ses désirs, ne dépendre de personne, être le chef d’un clan tout puissant et tenir entre ses mains le sort de tous.

Devant les progrès de l’autorité royale, c’est le rêve secret de tous les grands, nostalgiques du temps où leurs ancêtres étaient maîtres absolus dans leurs fiefs. Il leur faut pour cela être en mesure de se faire craindre (….). On reconnaît donc un très grand seigneur à l’ampleur et à la qualité de sa clientèle. A l’égal d’un roi finalement… »
Pierre Goubert ensuite, qui retrace avec talent, et en quelques mots, les défauts et qualités de Monsieur le Prince :
« Le prince de Condé était un Bourbon, ce qui semblait n’être arrivé qu’à lui. (…). Une vaste culture, beaucoup de curiosité, une intelligence rapide, le coup d’œil lucide du très grand capitaine, un courage éperdu (…), un scepticisme philosophique allant jusqu’à l’athéisme, le dévergondage illimité propre à la plupart des princes ;
Mais aussi une saleté aussi prononcée que sa fascinante laideur ; une audace, une témérité qui n’étaient dépassées que par l’insolence et parfois la fureur ; une ambition féroce, mais qui ne savait trop à quoi s’appliquer ; une force de la nature en forme d’ouragan, qui n’apprit à se contrôler que beaucoup plus tard ; le tout dominé par un orgueil illimité, celui de sa race… »
Enfin terminons par cette très belle étude, subtile, d’un historien néerlandais Ernst Kossmann :
« Les ennemis de Condé ont toujours voulu voir dans ses actes une cohérence qui n’y était pas.

L’ambition de Condé était aussi insatiable qu’elle était indéfinissable ; elle était sans limites aussi bien qu’elle était sans but. Elle embrassait tout sans distinction. Mais ce qui manquait complètement à Condé, c’était une vision politique.
Il voulait du pouvoir, de l’argent, du prestige, mais ne savait que faire de toutes ces richesses. Il demandait et exigeait hautement toutes sortes de grâces, mais il n’avait nulle envie de donner une base solide à un pouvoir toujours très discuté.
Concernant son engagement dans la fronde, il se doutait de rester vraisemblablement bien seul à la continuer, et il se connaissait assez pour savoir que sa fierté lui défendrait de renoncer à une décision prise.

Il y a, malgré tout quelque chose de grand dans cet homme sans nuances, mais pourtant très compliqué.

Il y a quelque chose d’admirable dans son endurance et son insouciance, parce qu’elles semblent sortir d’un esprit profondément égoïste, mais en même temps capable d’un héroïsme nonchalant et sans prétention.

Il y a dans la sévérité de son caractère si peu aimable quelque chose d’étonnant qui contraste avec la pénible légèreté d’un homme faible comme Orléans, d’un aventurier comme Retz, d’un diplomate comme Mazarin.

Tandis que les autres frondeurs semblent jouer pour le jeu, et trop souvent sans aucune élégance, Condé paraît vivre son destin en l’acceptant comme tel.

Il est peut être le seul homme sérieux de la Fronde, d’un sérieux qui pénètre jusque dans son immoralité, jusque dans son égoïsme, jusque dans les profondeurs de son ambition puérile, jusque dans la désinvolture hautaine avec laquelle il se résigne à être dupe. »
De fait, ces trois témoignages résument assez bien le personnage.
Le Grand Condé, finalement peut être le dernier des grands féodaux, un homme référence de l’Ancien Régime, version noblesse d’épée, tellement « raccord » » avec un roi comme Louis XIV que ce dernier le repêcha toujours… malgré ou à cause de ses insolences répétées.
Un personnage que vous pouvez découvrir ou redécouvrir à Chantilly, où un musée entier lui est consacré ainsi qu’à sa famille…

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