Sur la corde raide





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Sur la corde raide

Mike Kenny
L’AUTEUR

Mike Kenny est né au Pays de Galle. Il est l’un des auteurs majeurs du théâtre Jeune Public de Grande-Bretagne. Parmi ses œuvres, on trouve des textes originaux mais aussi des adaptations de classiques de la littérature enfantine. En France il est principalement publié chez Actes Sud/Heyoka jeunesse.

En 2005 est créé « Sur la corde raide » (festival Odyssées 78/CDN de Sartrouville), qui tournera ensuite pendant trois ans. Le texte a été écrit en 2004, à la mort de son père. Le plus jeune de ses fils avait alors trois ans. C'est un texte de théâtre d' « apprentissage », dont Mike Kenny dit aujourd'hui qu'on ne le publierait plus –tant il va contre la pensée dominante, selon laquelle il faudrait tout dire aux enfants.

LE TEXTE

« Sour la corde raide » : un titre à la fois métaphorique, et très concret. Qu'est-ce que se tenir « sur la corde raide » ? C’est d’abord, au sens strict (pour le funambule) marcher sur un fil et garder l'équilibre: dans le texte de Mike Kenny, Papy Stan dit à Esmé que sa grand-mère est « partie rallier le cirque » et que parfois, elle « enfile sa robe à paillettes Prend son parapluie rose Et marche sur la corde raide ». A un premier niveau de lecture, ce titre désigne donc, littéralement, la posture impressionnante du funambule, capable de s’élever dans les airs, et de prendre de la hauteur sans tomber. Mais l’hypothèse d’une grand-mère funambule est ici bien évidemment une image : et c’est donc au sens figuré de l’expression que le titre renvoie. Que signifie alors se tenir « sur la corde raide » ? C’est être dans une situation périlleuse, dans un équilibre fragile, menacé – situation qui demande qu’on sache faire preuve d’habileté. De quoi cette image peut-elle être ici la métaphore ? Qui donc est là « sur la corde raide » ? De quelle habileté s’agit-il de faire preuve ?

- Papy Stan, tout d’abord, se trouve dans un équilibre (affectif) instable : sa femme n’est plus auprès de lui, il doit lutter contre la chute (dans le chagrin). Il se débat aussi dans la difficulté à dire la chose à Esmé, sans la choquer ou la faire souffrir trop. D’un côté le silence, qui serait mensonge, de l’autre la vérité crue, qui serait comme un coup porté : difficulté à trouver les mots.

- Mais chacun d’entre nous ne se trouve-t-il pas aussi, d’une certaine manière, « sur la corde raide » ? Ne sommes-nous pas toujours dans un équilibre fragile, oscillant entre plaisir et souffrance, joie et peine, santé et maladie, amour et solitude, bonheur et malheur ? Difficulté à trouver l’équilibre. Plus globalement, c'est la vie elle-même qui peut être pensée comme une suspension fragile, entre la naissance et la mort : Pascal dit de l'homme dans ses Pensées qu'il est un « néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout ». De ce point de vue, vivre c’est alors par définition se tenir sur une corde raide, tendue entre deux infinis et entre deux néants (avant la naissance, après la mort). Il est d’ailleurs question de façon récurrente dans le texte du temps où Esmé était encore dans le ventre de sa mère (en parallèle du temps présent de la disparition). Difficulté, parfois, à supporter cette condition.

- Enfin, la corde raide du funambule est en hauteur, bien au-dessus de nos têtes. Elle désigne ici la mort de Mamie Queeny, qui a rejoint un « autre monde », que Papy Stan apparente à un cirque. La mort est donc ici associée à une forme d'élévation, et de légèreté. Mourir, ce serait donc en un sens se délester ? Se libérer de la pesanteur du corps ? Quelque chose comme l'âme ou l'esprit pourrait-il alors prendre de la hauteur ? La métaphore de l'élévation, très présente dans les pensées religieuses, est également souvent convoquée lorsqu'il s'agit de parler de la mort à des enfants : ainsi on dira volontiers qu'un tel s'est « envolé », ou qu'il est « parti au Ciel » .

PISTES DE TRAVAIL : INTERPRETATIONS ET QUESTIONNEMENTS
CE QUI DEMEURE / CE QUI CHANGE

Comme un leitmotiv dans le texte il est rappelé que « Certaines choses demeurent pareilles Et d’autres changent ». Cette alternance continuité / changement constitue comme un refrain – dont on retrouve encore le sens dans l’image de la marée qui monte et redescend. Le texte rappelle dans l'ensemble que ce qui reste le même est souvent associé à quelque de rassurant : la stabilité rassure.

- Permanence rassurante des lieux, tout d’abord, et des choses : « Il y avait la table et sa nappe à carreaux L’évier et sa fêlure Le sablier L’odeur de chou bouilli C’était tout pareil ». Retrouver des lieux identiques, qui semblent ne pas offrir de prise au temps qui passe, c’est éprouver que le réel est fidèle. A peine arrivée Esmé fait d’ailleurs le tour de la maison pour voir ce qui est resté identique et ce qui a changé : manière de se réapproprier les lieux, et d’être là chez soi, dans un univers familier.

- Les rites et les habitudes constituent aussi des repères. A plusieurs reprises Esmé réclame d’avoir ou de faire ce qu’elle a toujours eu ou fait : « Mamie me raconte toujours une histoire « « Faisons ce que nous faisons toujours les jours de chaleur et de soleil / les jours de nuage et de vent » « Tu me portes toujours sur tes épaules » « Mamie me fait toujours du pudding au pain beurré ». Pouvoir continuer de faire ce qu'on a toujours fait, c'est s'assurer que le temps ne détruit pas tout.-

- La stabilité rassure aussi en ce qu'elle permet de croire en des sentiments eux-mêmes durables. Si les lieux restent les mêmes,  et les habitudes, et si « tous les ans » on peut donc (plus ou moins) passer les mêmes vacances, c'est que les personnes que nous associons à ces lieux et à ces temps sont elles aussi toujours là, et leur amour toujours présent, éternellement présent, et inchangé. Lorsque Esmé reprend les mêmes jeux avec son grand-père, les jours de pluie comme les jours de beau temps, elle retrouve intacte leur complicité, leur joie, leur attachement.
- Les mêmes mots reviennent enfin, pour dire les mêmes choses – et les répétitions, nombreuses dans le texte, viennent rythmer celui-ci, à l'image du mouvement de la mer. Le refrain de la marée dit clairement le retour récurrent du même et de l'autre, la permanence sous le changement: « La mer emporte tout Et ne laisse plus que Bouts de bois, galets et coquillages ». Si tout semble donc passer, disparaître, être emporté – sur le rivage demeurent galets et coquillages, éternellement ramenés.

Nombreuses sont donc les choses qui « demeurent » – mais nombreuses aussi celles qui « changent ». Tous les changements sont-ils faciles à accepter? Certes non. Certains le sont, tels ceux que la météo nous impose, ou encore le fait même de grandir ; mais d'autres le sont beaucoup moins , rapetisser  ou vieillir par exemple, car ils sont le signe d'une perte.

Enfin le changement en lui-même peut inquiéter, qui va souvent de pair avec l'inconnu, ou la disparition. Si des choses disparaissent, si des lieux changent, si des habitudes se perdent, comment s'assurer en effet, par exemple, que l'amour de ceux qui nous sont chers ne va pas lui aussi disparaître ? Pire – que ceux qui nous sont chers ne vont pas eux-même disparaître ? Or voilà bien la peur ultime, dont la peur du changement n'est qu'une métonymie, cette peur qui est au cœur même de ce livre : la peur de la mort (d'autant plus intense qu'elle se fonde sur une certitude).

LA DISPARITION

Tout au long de ce récit, Esmé va progressivement prendre conscience que sa grand-mère ne reviendra pas, et va simultanément accepter cette disparition, et même la surmonter : « Ca ira quand même », finit-elle par dire à son grand-père, dans la dernière scène du texte. Cette acceptation est rendue possible par la juste connaissance de cette réalité que jusqu'alors elle n'avait fait qu'éprouver ou pressentir confusément : Mamie Queenie « ne reviendra jamais ».

Dès le début du texte, l'absence est évidente. Esmé l'éprouve d'emblée mais elle ne la nomme pas d'abord directement, seulement par la négative, en recensant tous les lieux où sa grand-mère n'est pas (« pas dans le salon » ; « pas dans le jardin », etc). Petit à petit, cette absence se révèle plus criante et plus inquiétante. Le sommeil d'Esmé est alors perturbé, son humeur altérée.

Papy Stan ne répond pas vraiment aux questions, ou de manière très allusive ; il ajourne d'abord le moment de l'explication (« te raconterai plus tard »), puis il admet qu'elle « est partie », tout en n'expliquant pas précisément ni où ni quand ni comment, ni ce que cette disparition signifie. Progressivement le lieu de l'absence va être nommé, et c'est l'image du cirque qui va faire alors office d'explication. Mamy Queenie n'est plus là car elle est « ailleurs », dans un lieu « beaucoup plus agréable » qu'ici, et où elle a toujours rêvé d'être –mais où pourtant on ne peut pas se rendre parce qu'il est « trop loin » ou encore parce qu'il est « trop tard »... Ce cirque utopique permet de rendre compte de l'absence, et de dire d'une certaine manière ce qu'on ne peut pas dire autrement.

COMMENT (NE PAS) DIRE LA MORT AUX ENFANTS 

La grande angoisse de l'être humain, c'est la mort –la sienne propre mais aussi celle des autres. Comment supporter la disparition de ceux qu'on aime ? Comment ne pas se sentir abandonné ? Comment ne pas s'inquiéter de ce qui peut advenir après (la vie) ? Ce qu'on ignore est toujours inquiétant, nous avons donc besoin de réponses ou, à défaut, d'hypothèses : est-on d'une certaine manière libéré ? Est-on toujours là, mais d'une autre façon ? Dans le souvenir des autres? Dans un autre lieu et/ou un autre temps? Par le dialogue avec Papy Stan, Esmé peu à peu comprend que sa grand-mère ne « reviendra jamais » : sans que jamais pourtant le mot « mort » ne soit prononcé.

Papy Stan ment-il à Esmé ? Sa parole n'est pas mensonge, mais elle est euphémisme, et/ou métaphore. C'est une parole « ouverte », qui se veut surtout apaisante. La prise de conscience d'Esmé se fait peu à peu, à son rythme, à travers des mots qui se situent finalement par delà le vrai et le faux. La pudeur et la crainte de faire souffrir sont en effet à distinguer du simple « mensonge » : la fin visée est tout autre, puisque c'est ici la sensibilité (de l'enfant) qu'il s'agit de protéger.

A sa façon, et surtout à son rythme, Papy Stan permet donc à Esmé de découvrir progressivement la vérité, ou plutôt – car tel est bien au fond l'enjeu – de l'accepter. Accepter la mort, c'est comprendre qu'elle fait partie de la vie, que nous n'avons pas toujours existé et que nous n'existerons pas toujours, comprendre donc que la vie est mouvement, et processus. « La marée monte La marée descend » : en écho à ce mouvement de la mer, on peut songer encore à la célèbre formule d'Héraclite : « Tout coule. On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau ».

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