I. De la didactique du français à la didactique de la littérature La constitution d’une didactique du français et non des lettres dans les années 701





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4. Conjuguer lecture subjective et communauté interprétative


Il s’agit donc de jeter désormais un regard positif sur ce qui apparaît comme la marque d’un investissement personnel : identification et illusion référentielle appartiennent à l’expérience littéraire et sont grandement préférables à la posture d’extériorité. Il ne faut donc pas hésiter à inviter les élèves à s’exprimer sur leurs plaisirs ou déplaisirs de lecture. On modifie le rapport au texte construit dans la lecture scolaire en développant une « didactique de l’implication » du sujet lecteur de l’œuvre. Mais se garder de censurer les traces dans le discours des élèves d’un investissement personnel, imaginaire et fantasmatique ou moral n’est pas renoncer à l’étude de l’œuvre dans sa dimension formelle et objectivable ni renoncer à évaluation des conduites interprétatives.

Car la subjectivité du lecteur peut excéder la réponse aux injonctions du texte et surgir de manière imprévisible là où elle n’est pas attendue. Jusqu’à quel point le sujet lecteur peut-il métamorphoser le texte ? quelles limites donner à cette reconfiguration ? et comment construire la posture du lecteur expert à partir des diverses lectures subjectives si, comme l’écrivent G. Langlade et M.-J. Fourtanier, « l’investissement subjectif du lecteur vaut d’abord en tant que mode d’accès aux œuvres »53 ? Une première réponse consiste à se fonder sur les « limites de l’interprétation », telles que les a définies Umberto Eco, entre l'inaccessible intention de l'auteur et la discutable intention du lecteur, il y a l'intention du texte. Celui-ci est aussi son propre garde fou pour tout lecteur sensé, de bonne foi, et doué des connaissances encyclopédiques minimales requises : l’intention du texte, c’est ce minimum de consensus qui permet de poser des bases interprétatives et de réfuter des interprétations inacceptables.

Mais on peut aussi, selon une perspective pragmatique opposée à celle d’Eco se fonder sur la notion de « communauté interprétative », qu’on doit à Stanley Fish : pour lui, les gestes interprétatifs, les normes de l’acceptable et de l’inacceptable ne sont concevables qu’au sein de communautés interprétatives qui donnent aux subjectivités individuelles leurs formes, leurs limites, leurs pensées. Avec cette notion, l’opposition entre subjectivité et objectivité n’a plus lieu d’être. Pour Fish, les significations « sont à la fois subjectives et objectives : elles sont subjectives parce qu’inhérentes à un point de vue particulier et donc non universelles ; et elles ont objectives parce que le point de vue qui les délivre est public et conventionnel plutôt qu’individuel ou singulier. »54 Ainsi, les étudiants de Fish ont pu analyser comme poème des mots proposés à dessein au tableau (qui étaient en fait des noms de linguistes indiqués aux étudiants du cours précédent) parce qu’en tant que membres d’une communauté littéraire travaillant sur la poésie religieuse, ils savaient déjà ce qu’était un poème et s’étaient interdit de penser que les noms disposés sur le tableau comme un poème n’étaient pas nécessairement un poème religieux. Les consciences des lecteurs sont constituées par « un ensemble de notions conventionnelles qui, une fois mises en marche, constituent à leur tour un objet conventionnel, et vu conventionnellement » (p. 69). On comprend à l’intérieur des présupposés d’un contexte. Nul ne peut dire que ses actes interprétatifs lui sont absolument propres, mais ils lui échoient en vertu de sa position dans un environnement socialement organisé où ils sont toujours partagés.

Quelles conséquences en tirer pour l’explication littéraire en classe ? A la différence des étudiants de Stanley Fish qui constituaient déjà une communauté littéraire, celle de nos élèves est encore en grande partie en construction, même si leurs lectures sont en fait déjà largement conditionnées par la communauté interprétative que constitue la société où ils vivent.

La classe doit donc être pensée comme lieu d’émergence et de confrontation de lectures subjectives.
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