«Renouvelons aussi toute vieille pensée». Ce sont ces mots, empruntés à une ode de Du Bellay [1]





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J’ai vu ton ami, j’ai vu ton amie ;

Mérante et Rosa ; vous n’étiez point trois.

Fils, ils ont produit une épidémie

De baisers parmi les nids de mon bois.[55]

Dans la première strophe de Vieille chanson du jeune temps, le deuxième vers, comporte une sorte de rime interne entre « bois » et « moi » :

Je ne songeais pas à Rose ;

Rose au bois vint avec moi ;

Nous parlions de quelque chose,

Mais je ne sais plus de quoi.[56]

Or cette « rime » rappelle celle d’une chanson populaire intitulée La Rose au boué :

Mon père ainsi qu’ma mère

N’avaient fille que moué (bis)

N’avaient fille que moué.

La destinée,

La rose au boué (bis)

N’avaient fille que moué.

La destinée au boué.[57]

Il semble donc bien que Hugo ait souvent voulu faire entendre quelque chose qui rappelle la chanson, mise à l’honneur dès son premier recueil, et ce, pas seulement dans les poèmes intitulés « chansons ». C’est d’ailleurs seulement dans les Chants du crépuscule qu’apparaissent pour la première fois deux poèmes intitulés « chanson » : Nouvelle Chanson sur un vieil air et Autre chanson. On peut se demander ainsi si la pièce XXI des Contemplations : « Elle était déchaussée, elle était décoiffée… » ne peut pas être mise en rapport avec la chanson. Sa thématique est celle de la pastourelle (avec la rencontre du poète et de la « belle fille […] sauvage ») et des nombreuses chansons qui traitent de la rencontre de la « Bergère » et du « monsieur »[58], et, s’il n’y a pas à proprement parler un système de bouclage par répétition, il y a une reprise, dans la dernière strophe, de la thématique de la première :

Strophe 1 :

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,

Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;

Moi qui passais par là, je crus voir une fée,

Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?

Strophe 4 :

Comme l’eau caressait doucement le rivage !

Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,

La belle fille heureuse, effarée et sauvage,

Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.[59]

Nombreux sont donc les poèmes qui chantent chez Hugo, mais liberté est laissée au lecteur d’établir ou non un lien entre le poème et le genre de la chanson. Entre les « chants », les « voix intérieures » et les « chansons », les frontières sont ténues : « toutes paroles mises en vers [ne sont-elles pas] chansons »[60] ?

 



[1] Du Bellay, Œuvres poétiques, recueils lyriques, Paris, Droz, 1912, t. 3, p. 28.

[2] Titre d’un ouvrage de C. Noblot, paru en 1740 chez H.-L. Guérin.

[3] Sous-titre d’une nouvelle édition faite par Lacurne de Sainte-Palaye en 1752, de l’Histoire ou romance d’Aucassin et Nicolette (l’intitulé « histoire ou romance » est aussi dû au traducteur.

[4] Les Troubadours modernes, ou amusements littéraires de l’armée de Condé, Constance, 1797.

[5] Victor Hugo, préface de 1826 des Odes et Ballades, dans Œuvres poétiques, Paris, Gallimard, 1964, t. 1, p. 279.

[6] Cf. Henri-François Bauer, Les Ballades de Victor Hugo, Paris, 1935, p. 1-34.

[7] A.-J.-U. Hennet, La Poétique anglaise, 3 volumes, Paris, 1806, cité par Paul Bénichou, Nerval et la chanson folklorique, Paris, Corti, 1970, p. 102.

[8] Victor Hugo, Ode douzième, Odes et Ballades, dans Œuvres poétique, t. 1, p. 434.

[9] Julien Tiersot, La chanson populaire et les écrivains romantiques, Paris, Plon, 1931, p. 44.

[10] Notre-Dame de Paris, II, 7, dans Œuvres complètes, Roman I, présentation, notices et notes de Jacques Seebacher, Paris, Robert Laffont, collection « Bouquins », 1985, p. 566.

[11] Ibid., VI, 4, p. 658.

[12] Ibid., X, 4, p. 802.

[13] Gérard de Nerval, Les Filles du Feu, « Chansons et légendes du Valois », dans Œuvres complètes, t. 3, p. 569.

[14] Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, IX, 5, p. 768-769.

[15] L’agencement des trois vers de « Elle est bien habillée… » (aba) rappelle celui des trois vers (aba) de la chanson de Béranger Ma Grand-Mère (Béranger, Œuvres complètes, t. 1, p. 17), cité dans Les Misérables :

Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu.

(Victor Hugo, Les Misérables, 4e partie, Livre 8e, ch. 4, dans Œuvres complètes, Roman II, notice et notes de Guy et Annette Rosa, Paris, Robert Laffont, collection « Bouquins », 1985, p. 805).

[16] Jacques Peletier du Mans, Art poétique, dans Francis Goyet, Traités de poétique et de rhétorique de la Renaissance, p. 286.

[17] Victor Hugo, Préface de 1826, dans Œuvres  poétiques, t. 1, p. 283.

[18] Dans Victor Hugo, Œuvres poétiques, t. 1, p. 522.

[19] Victor Hugo, Les Misérables, 5e partie, livre 6, ch. 1, p. 1076.

[20] Une chanson de Béranger de 1814, La Grande Orgie, joue également de ces timbres rimiques rapprochés :

Le vin charme tous les esprits ;

        Qu’on le donne

              Par tonne.

Que le vin pleuve dans Paris,

Pour voir les gens les plus aigris

                  Gris.

(Béranger, Œuvres complètes, t. 1, p. 89).

[21] Dans Cromwell, d’ailleurs, elle ne peut être reliée à une inspiration médiévale, puisque l’action de la pièce se situe au XVIIe siècle. 

[22]Victor Hugo, Cromwell, III, 1, p. 1444

[23] Ibid., p. 875.

[24] Il peut y avoir aussi une allusion à une chanson de Béranger, intitulée La Double Chasse, publiée en 1816 sur le même thème du mari trompé et qui se terminait par ce couplet :

Chasseur, tu rapportes la bête,

Et ton cor enfle le son.

Tonton, tonton, tontaine, tonton.

L’amant quitte alors sa conquête,

Et le cerf entre à la maison.

Tonton, tonton, tontaine, tonton.

(Chanson mentionnée  par Pierre Albouy dans Victor Hugo, Œuvres poétiques, t. 1, p. 1292).

[25] Victor Hugo, Œuvres poétique, I, p. 528.

[26] Ibid., p. 521-522. Les termes en gras sont ceux qui diffèrent d’une strophe à l’autre.

[27] Ibid., p. 535-540.

[28] Victor Hugo, Œuvres poétiques, I, p. 519-520.

[29] Victor Hugo, Préface de 1826, Œuvres poétiques, p. 279.

[30] L’édition de 1828 des Odes comportait en épigraphe la citation suivante de Hafiz : « Ecoutez : je vais vous dire des choses du cœur. »

[31] Victor Hugo, Oeuvres poétiques, I, p. 280.

[32] Victor Hugo, Œuvres poétiques, I, p. 484. Sur l’ode de Ronsard, cf. ci-dessus, p. 71.

[33] Ibid., p. 487.

[34] Ibid., p. 486.

[35] Il a tout aussi cavalièrement modifié le premier vers dont l’original est : « A vous, troupe légère… »

[36] Il s’agit de la sixième strophe du poème :

La voyez-vous croître,

La tour du vieux cloître,

Et le grand mur noir

Du royal manoir ?

[37] Du Bellay, Œuvres poétiques, recueils lyriques, Paris, Droz, 1912, t. 3, p. 28.

[38] Victor Hugo, Préface de 1826, dans Œuvres poétiques, I, p. 280.

[39] Ibid.

[40] Ibid., p. 266.

[41] Ibid.

[42] Ibid.

[43] Boileau, Art Poétique, chant II, vers 71-72.

[44] Préface de 1826, dans Œuvres poétiques, I, p. 284.

[45] Ménage, dans ses Observations sur Malherbe, écrit : « Les rimes masculines ferment mieux la période que les féminines » (Cité par Georges Lote, Histoire du vers français, t. V, p. 268).

[46] Une telle structure rimique n’est pas non plus aussi systématique dans les Méditations lamartiniennes.

[47] Cité par Pierre Albouy dans Victor Hugo, Œuvres poétiques, I, p. 1231.

[48] Victor Hugo, Préface de l’édition originale des Orientales, dans Œuvres poétiques, I, p. 577.

[49] De la même façon, « Les Bleuets », dans Les Orientales (ibid., p. 663), a porté le titre raturé de  « Chansonnette ».

[50] Ibid., p. 625 et 651. Le titre de Nourmahal la Rousse n’est pas sans rappeler la chanson Jeanne-La-Rousse de Béranger, que connaissait certainement Victor Hugo.

[51] Ibid., p. 798.

[52] Ibid., p. 131. Voir aussi « A la belle impérieuse », p. 112.

[53] Victor Hugo, Œuvres poétiques, II, p. 151.

[54] Victor Hugo, Œuvres poétiques, II, p. 611.

[55] Victor Hugo, Œuvres poétiques, III, p. 130.

[56] Victor Hugo, Œuvres poétiques, II, p. 520.

[57] Marc Robine, Anthologie de la chanson française, p. 739. Il y a plusieurs variantes de cette chanson, comme me le rappelle (en m’en chantant une ! ) Annie Ubersfeld.

[58] La première strophe du poème de Hugo rappelle un certain nombre d’incipits de chansons : « Le long de ce rivage, le long de ce ruisseau, j’aperçois à l’ombrage la jeune Isabeau », « L’autre jour à la promenade le long de ces, turlututu, le long de ces, mironton tontaine, le long de ces verts prés, j’ai rencontré une bergère, une jeune beauté », « Bonjour Nanon, belle bergère, que fais-tu dans ce vallon, assise sur la verte fougère… » (dans Patrice Coirault, Répertoire des chansons françaises de tradition orale, Ouvrage révisé et complété par Georges Delarue, Yvette Fédoroff et Simone Wallon, Paris, Bibliothèque de France, t. 2 : « La vie sociale et militaire », 2000, p. 45-63).

[59] Victor Hugo, Œuvres poétiques, II, p. 521.

[60] Dante Alighieri, De l’éloquence en langue vulgaire, Dante Alighieri, De l’éloquence en langue vulgaire, II, 2, traduction d’André Pézard, dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1965, p. 599.
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