Version mise a jour jean Boutier Le «Grand Tour» des élites britanniques dans l’Europe des Lumières : La réinvention permanente des traditions





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Trois tours pour un tuteur, ou les ressources d’une tradition


C’est au moment où le « Grand Tour » devient une formule en apparence très routinisée, et que l’on rencontre, dans les grandes villes européennes, des « sociétés » temporaires de jeunes voyageurs qui, au lieu de se mêler à la société locale, continuent de vivre entre eux et participent curieusement à l’émergence d’une sorte de « nationalisation » de l’expérience du voyage, que J. Black, après avoir pris connaissance de plusieurs centaines de témoignages britanniques laissés par ces jeunes voyageurs, note, au moment de conclure son livre, qu’il y a « an astonishing variety of the written records left behind »24. Cette diversité est le fruit de la grande « variety » des voyageurs, de leurs origines sociales, de leurs façons de voyager, plus encore de leur très grand nombre. Black toutefois ne s’essaie pas à les définir ou de les caractériser, comme si cette diversité importait moins que les structures matérielles qu’il a décrites par le menu et qui donneraient de fait au Grand Tour sa cohérence.

Pour essayer de rendre compte cette forte plasticité au moment même où le Grand Tour connaît son apogée, il est sans doute plus approprié de considérer son histoire non comme un processus séculaire de formalisation, c’est-à-dire de simplification et d’appauvrissement, mais, à l’opposé, comme un processus de diversification, d’enrichissement des diverses « formules » qui, loin de se succéder les unes aux autres, continueraient d’exister les unes à côté des autres ou, plus exactement peut-être, les unes au contact des autres25. C’est la force de cette co-présence que je voudrais démontrer ici, en suivant non pas directement quelques voyageurs mais un tuteur britannique, Joseph Spence, dont la correspondance, récemment éditée, permet de retracer les expériences dans leur diversité26.

Fils du recteur d’une modeste paroisse du Hampshire, Winnal, Joseph Spence, né en avril 1699, fait montre très tôt de grands dons littéraires27. Envoyé très jeune à Eton, puis accepté dès 1715 dans la très recherchée « public school » de Winchester, il entre à Magdalen Hall College (Oxford) en avril 1717, avant de devenir « fellow » de New College en 1720. Il est « bachelor of arts » en 1724, « master of arts » en 1727. A cette date, il avait déjà pris les ordres religieux et venait de publier, sans nom d’auteur, des dialogues sur la récente traduction de l’Odyssée d’Homère, œuvre du poète Alexander Pope28. C’est probablement le succès rencontré par cet ouvrage, et peut-être les faveurs alors reçues de Pope lui-même, qui lui font attribuer en 1728 la charge de professeur de poésie à Oxford. Mais Spence se laisse alors attirer par la charge de tuteur – « bearleader », pour reprendre l’expression consacrée – de jeunes gens de la noblesse désireux d’effectuer leur « grand tour ».
1730-1733 : avec Lord Middlesex

Si Spence jouit d’une bonne réputation, il ne connaît aucune langue étrangère vivante – il est vrai que son éducation classique lui a donné une bonne connaissance du latin, du grec et des civilisations antiques, indispensable pour partir à la découverte de l’Italie – et n’a encore aucune expérience en la matière. C’est par l’intermédiaire de Pope qu’il est engagé en septembre 1730 pour conduire sur le continent Charles Sackville, fils aîné de Lionel Cranfield Sackville, premier duc de Dorset, et d’Elizabeth Colyear, fille du Lieutenant-Général Walter Philip Colyear. Les Sackville, désormais comte de Middlesex et duc de Dorset (comte de Dorset depuis 1604), sont une très ancienne famille, remontant à la conquête normande. Le jeune homme, entré à Christ Church College (Oxford) en novembre 1728, vient d’obtenir son « master of arts » le 15 septembre 1730 à l’âge de 19 ans. Après les préparatifs habituels, le voyage débute peu avant Noël. De ce Grand Tour, que Sackville effectue sous le nom de Lord Middlesex, nous savons fort peu de chose29. Il a probablement emprunté l’itinéraire qui s’était fixé à partir du milieu du XVIIe siècle, accomplissant d’abord un tour de France, séjournant probablement à Paris, mais peut être à Caen et à Orléans – les deux villes où l’on parle le meilleur français, selon un avis communiqué à Spence peu avant le départ –, avant de se rendre en Italie. C’est seulement à Florence que nous retrouvons la trace de Middlesex, dans l’été 1732, plus d’un an et demi après avoir quitté l’Angleterre. Le séjour se révèle ici emblématique du « cosmopolitisme » des Lumières.

Middlesex arrive à Florence au moment où se crée (nous ignorons la date précise) la première loge maçonnique de la ville, qui compte parmi les toutes premières d’Italie. A l’instar de celles, contemporaines, de Naples, Venise, Livourne, Ferrare, Gênes ou Milan, elle se forme peut-être au lendemain du voyage en Italie de francs-maçons anglais, dont Thomas Howard, duc de Norfolk, en 172930. Liée initialement à la petite communauté anglaise, elle s’ouvre, dans l’été 1732, aux milieux intellectuels hétérodoxes de Florence31. Le 4 août, note en effet en anglais dans ses Efemeridi Antonio Cocchi, professeur de médecine théorique à l’université de Pise depuis 1727 et transféré à Florence en 1729, « ...in the evening I was received among the Free Masons, and remained to supper. Their master was Mister Shirly [Shirley], others were capt. Spens [Joseph Spence], Mr. Clarke, capt. Clarcke, Mild. Middlesex, Milord Robert Montague, Mr Frolik, Mr. Collins, Baron Stosch ; initiates with me were Sr. Archer and Mr. Harris32. » A ce moment, tous les membres de la loge sont encore des Anglais, à l’exception de trois Allemands, le baron prussien Philip von Stosch, ancien espion à Rome pour le roi d’Angleterre banni pour positions peu catholiques et arrivé depuis peu à Florence33, un certain Frölich, autrichien originaire de Carinthie (identifié par N. Hans), et un chanteur allemand, non mentionné par Cocchi mais déjà affilié à la loge, Gaetan Berenstadt34. Aucun indice n’a été retrouvé permettant d’avancer, comme certains l’ont dit, que Middlesex aurait été le fondateur de la loge. Il y occupe toutefois une position éminente : dans une lettre adressée à tous les frères et datée du 30 septembre 1732, Spence et Middlesex signent en tant que surveillants (« wardens »), en dessous de Shirley, toujours « master » de la Loge35. Dans les mois suivants, Middlesex devient probablement à son tour vénérable de la loge, puisqu’une médaille, signée Lorenzo Natter, a été conservée, portant à son verso le visage du vénérable entouré de la légende « CAROLUS SACKVILLE MAGISTER FL.[ORENTINUS]36 ». Middlesex vit intensément cette sociabilité maçonnique. La lettre du 30 septembre invite par exemple tous les frères à se rendre « in a regular procession with gloves, aprons, & » jusqu’à Fiesole ; là, ils examineront, « according to the strict rules of masonry », les vestiges romains de la ville, « Building, Pillars and other noble remains of our art by our Brothers the old Romans there antienly erected » ; ils doivent ensuite s’en retourner à la Villa Settimiana pour tenir leur Loge.

Que le premier contact des maçons anglais avec les Florentins passe par Cocchi (avec lequel Spence entretient aussitôt des relations37) n’est pas étonnant : Cocchi, jeune médecin né en 1695 à Bénévent, d’une famille originaire du Mugello, au nord de Florence, s’est d’abord établi vers 1718 à Livourne, puis à Florence où sa bonne connaissance de la langue anglaise en fait rapidement le médecin préféré de la nombreuse communauté anglaise. C’est alors qu’il lie connaissance avec Theophilus Hastings, comte de Huntingdon, qui lui propose de devenir son médecin personnel et de l’emmener avec lui en Angleterre. Ayant accepté, Cocchi séjourne à Londres de mars 1723 à juillet 1726. A l’aller et au retour, il effectue, en deux fois, un vaste tour d’Europe – inverse du Grand Tour à la britannique quoique fort proche par l’itinéraire et les principales étapes –, par Venise, Bolzano, Strasbourg et Paris à l’aller, les Flandres, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche au retour38. Dès lors, Cocchi est un des Florentins auxquels s’adressent régulièrement les Anglais de passage, en particulier par l’intermédiaire de l’aubergiste Collins, via Ghibellina, qui compte parmi l’un des premiers membres de la Loge39. Par le biais de Cocchi, ce sont les milieux intellectuels les plus actifs auxquels les francs-maçons anglais, dont désormais Spence et Middlesex, peuvent désormais avoir accès. Nous ignorons quels Florentins furent initiés à la loge de Florence durant le séjour de Middlesex et de son tuteur. Mais, dès lors, comme nous venons de le saisir, que le Grand Tour apparaît comme un outil efficace de transferts culturels de tous ordres, il est tentant de considérer que la présence de Spence, familier d’Alexander Pope, est peut-être au départ de la diffusion de l’œuvre de Pope en Italie. En 1739, l’abbé G. M. Buondelmonti préface la traduction du poème de Pope intitulé en italien Il riccio rapito, œuvre d’Andrea Bonducci publiée à Florence par le libraire-éditeur Francesco Moücke40. Or Buondelmonti fait partie, dans les années 1730, de la loge florentine, et Bonducci sera très lié aux milieux maçonniques41. Le circuit est probablement plus complexe, car il faudrait prendre en compte le voyage que Buondelmonti fait à son tour, peu après, en Angleterre ; mais cela n’efface pas le rôle initial de Spence. Ainsi un Grand Tour en apparence des plus « traditionnels » dans sa forme, ses étapes et son déroulement est-il aussi porteur d’innovations fortement marquées à l’empreinte des Lumières.

Après deux années et demie de voyage, Middlesex rentre en Angleterre. Il est élu en 1734 député d’East Grinstead à la Chambre des Communes. Avec un certain nombre d’autres « anciens » du Grand Tour qui, issus en grande majorité de l’aristocratie anglaise, sont passés par les « public schools » puis par Oxford ou Cambridge avant d’effectuer leur voyage sur le continent, Middlesex participe à la fondation, au tout début de 1734, de la très active et influente « Society of Dilettanti », où il se fera remarquer par sa passion active pour la musique et le théâtre42.
1737-1738 : avec J. M. Trevor of Trevallyn

Quatre ans plus tard, Spence est à nouveau sollicité pour accompagner durant son Grand Tour le jeune John Morley Trevor of Trevallyn, qui vient d’être reçu « bachelor of arts » à Oxford, où il était au collège de Christ Church. Trevor est un proche des Pelham. Le départ à lieu en mai 1737. Le voyage débute cette fois par les Pays-Bas. Le cousin du voyageur, Robert Hampden-Trevor, les accueille dans la capitale, La Haye, où il exerce la fonction de secrétaire de l’ambassadeur du roi d’Angleterre. Le voyage se poursuit par Paris, où Spence et son élève passe le mois de juillet, avant de se diriger vers le Val de Loire. Spence semble avoir oublié les conseils reçus à l’automne 1730, avant le départ pour son premier tour, lorsqu’un ami lui avait indiqué Caen et Orléans comme les lieux où la population parle le meilleur français. Spence retrouve ici les pratiques des voyageurs des années 1570 et suivantes, lorsque les villes du Val de Loire étaient devenues des résidences recherchées par les voyageurs anglais. Amboise, Tours, Blois, Saumur, Angers ou Loudun avaient ainsi vu affluer les jeunes étrangers, alors qu’apparaissait localement la profession de maître de langue43. Dans son fameux Diary, un siècle avant Spence, John Evelyn note lors de son premier voyage en France, qu’il s’installe à Blois (28 avril 1644) « where the language is exactly spoken ». Quelques jours plus tard, continue Evelyn, « I took a master of the language, and studyed the tongue very diligently ; recreating my selfe sometimes at the Mail, & sometimes about the town ». Il reste à Blois jusqu’au 15 septembre, soit près de cinq mois, avant de passer par Tours et par Bourges où, là aussi, « the French tongue is purely spoken »44. Spence suit exactement les mêmes étapes et s’installe dans les mêmes lieux, fort longuement à Blois, puis à Tours45. Il ne faudrait pas y voir toutefois la simple continuation passive d’une habitude ancienne. Les données se sont modifiées depuis la seconde moitié du XVIIe siècle. Au lendemain du règne de Louis XIV, le français est devenu la langue internationale, celle aussi bien de la diplomatie que de la culture, une dimension qu’il n’avait pas un siècle et demi plus tôt.

A Noël 1737, quelque sept mois après avoir quitté Londres, Trevor est rappelé en Grande-Bretagne où, comme lord Middlesex quelques années plus tôt, il vient d’être désigné comme candidat à la Chambre des Communes, dans la circonscription de Lewes46. Et le tour s’achève là même où il ne devait que commencer, sans que nous puissions connaître le programme que Spence avait élaboré. Raison de plus pour ne pas interpréter un tel programme, réduit malgré lui à sa phase initiale, comme une évolution ou une rupture par rapport au tour précédent. A l’évidence, Spence a voulu répondre à des besoins particuliers en proposant cette formule. Au même moment, il donne son avis sur les buts idéaux d’un voyage sur le continent à un autre jeune Anglais, William Burrell Massingberg, qui séjourne alors à Paris : « I need not tell you that the chief thing for a gentleman to attend to anywhere abroad, is the laws and constitutions, the polity and temper of the nation he is in ; its good, and its bad institutions ; its strengths, and its weakness. The chief point for a gentleman to drive in England, especially in our days, is to make some appearance in our Parliament : and all these things may be of use to him on some occasion or another there. All this sort of knowledge is better got from the conversation of knowing men, than from books. »47 Spence repropose ainsi la grande tradition anglaise qui fait du Tour le moment central de la formation de l’homme d’Etat, autour d’un apprentissage politique que recherchait déjà l’aristocratie anglaise du temps de la reine Elisabeth, mais en introduisant très certainement une réflexion politique sur les formes des gouvernements qui déjà fortement ébauchée dans ces années 1730-174048.
1739-1741 : avec Lord Lincoln

Moins de deux ans après ce second retour, Spence est sollicité une troisième, et dernière, fois pour accompagner un jeune noble sur le continent. Cette fois-ci, il s’agit du petit-fils de Thomas, premier Lord Pelham, Henry Fiennes Clinton, fils de Henry Clinton, conte de Lincoln, payeur général des forces et connétable de la Tour, et de Lucy Pelham, sœur des deux ministres, Thomas, duc de Newcastle, et Henry Pelham49. En avril 1730, il est devenu 9e comte de Lincoln. Eduqué à Eton, puis à Christ College, Oxford, il s’embarque à Calais le 14 septembre 1739. Lord Lincoln a dix-neuf ans, et le tour qu’il commence suit un troisième modèle, qui met l’accent sur l’éducation aristocratique en effectuant un long séjour dans une académie nobiliaire50, auprès d’une cour – la seule cour royale italienne, rappelons-le – qui est alors considérée comme « the politest in Europe »51, celle de Turin. Ces académies, qui se sont développées à travers l’Europe à partir de l’Italie dans les dernières décennies du XVIe siècle et les premières du siècle suivant, enseignent une culture nobiliaire, issue de l’Italie de la Renaissance et du modèle du “cortegiano” : les connaissances pratiques, pour l’essentiel les arts militaires, qui vont des mathématiques pratiques à l’escrime en passant par l’histoire ou la géographie, sont inséparables du perfectionnement des pratiques corporelles que doit maîtriser le parfait courtisan et de la connaissance des formes de la civilité de cour et des arts mondains. La politique et les beaux-arts n’y occupent plus guère de place, alors que l’art équestre, dont les traités italiens se diffusent à partir des années 1550, constitue l’un des centres de gravité du système52.

Lord Lincoln ne s’attarde guère en traversant la France ; par Abbeville, Amiens et Chantilly, il gagne Paris où il ne reste qu’une semaine. Puis, par Dijon, Lyon, Chambéry et le col du Mont-Cenis, il arrive à Turin le 11 octobre, soit moins d’un mois après son départ d’Angleterre. Il s’installe alors à l’académie royale de la ville53, où il va séjourner pendant près d’un an54. Ce long séjour anticipe curieusement sur le fameux avis que Lord Chesterfield, quelques années plus tard, adressera à son fils, justement à propos de l’académie de Turin : « ...the important point, and the important place, is Turin ; for there I propose your staying a considerable time, to pursue your studies, learn your exercises and form your manners. [...] One year is the most that I propose you should stay at Turin ; and that year, if you employ it well, perfects you [...] I look upon that year as your decisive year of probation. [...] I will now tell you what I expect and insist upon from you at Turin : First, that you pursue your Classical and other studies, every morning.[...] Secondly, that you learn, uninterruptly, your exercises of riding, dancing and fencing : Thirdly, that you make yourself master of the Italian language : and lastly, that you pass your evenings in the best company. I also require a strict conformity to the hours and rules of the Academy. If you will but finish your year in this manner at Turin, I have nothing further to ask of you ; and I will give you everything that you can ask for me : you shall after that be entirely your own master. »55

Ouverte en janvier 1678 à l’initiative de Maria Giovanna Battista, veuve de Charles Emmanuel II et régente de Savoie, l’académie, selon la notice en français diffusée quelques mois plus tard pour la faire connaître aux noblesses de l’Europe, enseigne « tout ce qui est capable de former l’esprit et le corps d’un gentilhomme »56. A travers des turbulences de tous ordres, à la suite de diverses fermetures et réouvertures, l’académie est réformée à nouveau en 1730 et confiée au chevalier Tana. Des trois classes qu’elle comporte alors, la dernière est réservée aux jeunes « cavalieri » qui, accompagnés de leurs gouverneurs et valets, viennent parfaire leur éducation. Avec 17 élèves en 1731, 14 en 1732, 20 en 1733, elle connaît un certain succès, que confirme surtout son rayonnement international. Sept britanniques y séjournent en septembre 1737 ; en décembre 1739, en même temps que Lord Lincoln, séjournent un Irlandais, un marquis toscan, un autre marquis, sarde, un gentilhomme polonais, un capitaine suisse et un comte allemand, accompagné de son gouverneur, de Bohême, une sorte de microcosme des élites européennes57.

Ce qui impressionne Spence, c’est d’abord la qualité de l’enseignement qui y est proposé, tant par son organisation que par ses programmes et le niveau des maîtres qui y enseignent. Le professeur d’Oxford semble y prendre plaisir à retrouver les avantages, et les charmes de la vie universitaire. « ‘Tis to me quite a college life : for we are very regular in our hours », écrit Spence à sa mère58. Ce que précise, sans trop de surprise, le jeune lord en écrivant à son oncle, le duc de Newcastle : « All the masters are extremely good and take a great deal of pains. We begin riding at 8 o’clock in the morning, dance at 10, fence at 11, all dine together at half an hours after 12, the governor and sub-governor with us, who are both men of quality and have been particularly obliging to me. »59 A l’extérieur, l’originalité de la société piémontaise est immédiatement perceptible. L’emprise que la guerre et le monde militaire exercent sur la capitale de l’état de Savoie rend sans doute Turin particulièrement adapté aux besoins des Anglais, ce que Spence décrit à sa mère : « The temper of this nation at present seems to be warlike : they have a military air, and there’s scarce a gentleman in the country that does not know how to manage his arms and ride a war horse »60. Faudrait-il alors discerner une tentation militaire dans une partie de l’aristocratie anglaise ? La question devrait être approfondie, dès lors qu’il est désormais bien connu que l’armée britannique n’a pas gagné d’autonomie par rapport à la société civile, et plus encore est restée subordonnée au pouvoir politique, tout au long d’une période qui a pourtant vu une croissance considérable de la puissance militaire de la Grande-Bretagne61.

Turin donne aussi l’occasion au jeune Lord Lincoln d’entretenir une importante correspondance politique avec son oncle le duc de Newcasttle et son secrétariat, à raison de deux à trois lettres par semaine62. A peine arrivé en ville, il est accueilli par Arthur Villettes, alors secrétaire du résident britannique depuis 1734 auprès du roi de Piémont-Sardaigne et futur résident lui-même, qui les conduit à la cour, en résidence au palais de Venaria Reale, le pavillon de chasse construit à la fin du XVIIe siècle par Charles Emmanuel II63. C’est toujours Villette qui introduit Lord Lincoln « to all the assemblies which we have here every night and all the best company in Turin ». Le voyage est donc le moyen privilégié du contact direct avec les aristocraties et leur sociabilité mondaine, jusqu’aux sommets de la « société des princes » : « The King [Charles Emmanuel III] in particular has been extremely civil to me : I had the honour last week of dining and hunting with his Majesty ; we had a chase of five hours and a half, and I gained much honour in stopping the hounds as they were runnning the wrong deer »64. Il n’en reste pas moins que la mondanité piémontaise, malgré ses fastes et son exotisme – durant le Carnaval, on se déplace à travers la ville dans des traîneaux en forme d’oiseaux ou de bêtes sauvages, tirés par des chevaux –, se ressent d’un certain rigorisme. Et Spence, dès janvier 1740, commence à rêver des plaisirs romains, de la noble grandeur de la ville, capitale des arts et de l’antiquité, seul endroit où le goût peut se former et s’affiner, plus encore où l’aristocratie britannique peut meubler ses châteaux de tableaux, de statues et d’antiquités que fournit ce « great storehouse »65 qu’est Rome.

Lord Lincoln et son tuteur regagnent l’Angleterre en novembre 1741. Il est devenu l’un des héritiers possibles des Pelham, au moment même où ces derniers deviennent les personnages centraux du Cabinet, avec Henry Pelham, de 1744 à 1746, et de 1746 à 1754, puis avec son frère Thomas Pelham-Holes, duc de Newcastle, de 1756 à l’avènement de Georges III. Dès 1742, les bons et loyaux services de Spence sont récompensés par la chaire de « regius professor » d’histoire moderne à Oxford. Il achève alors son seul livre savant, commencé en 1732 lors de son séjour à Florence avec Lord Middlesex sous le titre de « Noctes Fiorentinae » ; ce traité, consacré à la mythologie des anciens Romains, paraît en 1747 sous le titre de Polymethis, or an Enquiry concernaing the agreement between the Works of the Roman Poets and the Remains of the Antient Artists et connaît quatre éditions au cours du XVIIIe siècle. Quant à Lord Lincoln, il renforce ses liens avec les Pelham en épousant en octobre 1744 Catherine, la fille aînée de Henry. S’il conserve parmi les Whigs une réelle influence tout au long de sa vie, il se refusera à tout rôle réel dans la vie politique, tout en accumulant les honneurs, dont le titre de second duc de Newcastle-under-Lyne, reçu en héritage de son oncle en novembre 1768.

En plein siècle des Lumières, le Grand Tour, étudié dans son déroulement effectif et non simplement à travers les ouvrages qui cherchent à prescrire ce que devrait faire le parfait voyageur, se révèle être une forme vivante. Loin d’avoir trouvé une forme canonique, stabilisée et quelque peu appauvrie, le Grand Tour manifeste une forte diversité, que les trois cas que nous avons, partiellement, examinés ici, sont loin d’épuiser. Pour ce faire, il ne cesse de s’alimenter aux diverses traditions qu’il a constitué pour satisfaire les besoins ou les exigences des voyageurs en train d’achever leur éducation, traditions que le Tour ne cesse d’enrichir et de diversifier. Ainsi les multiples ressources qu’offrent les solutions en apparence les plus traditionnelles voire les plus routinisées peuvent-elles être mobilisées pour résoudre les questions les plus actuelles. De cette dynamique, les tuteurs, milieu intellectuel et professionnel encore trop insuffisamment étudié, sont en grande partie les moteurs. Ce sont eux qui élargissent l’impact du Grand Tour sur la société, et en ont fait l’un des vecteurs efficaces de nombreux transferts culturels dans l’Europe moderne.

Ainsi une approche trop évolutionniste qui verrait, avec le passage des années, un tour « pédagogique » progressivement remplacé par un Tour mondain, nous proposerait-elle une vision très déformée de cette pratique, au sein de laquelle n’ont jamais cessé de coexister, et ce probablement dès les origines, l’étude et la mondanité. Plus encore, malgré l’essor dune littérature pratique et le fait que connaître devient de plus en plus reconnaître, c’est-à-dire observer autour de soi ce que les livres ont déjà décrit et ordonné, le Grand Tour continue d’inventer. C’est ce mélange complexe de routine et d’innovation qui constitue l’une des marques fortes du Tour, et peut être plus généralement du voyage, où l’existence d’itinéraires fortement définis a très certainement nourri, comme une sorte d’antidote, le goût, voire la passion du vagabondage.



1 Sur ce point, je me permets de renvoyer à mon étude récente, « Le grand tour : une pratique d’éducation des noblesses européennes (XVIe-XVIIIe siècles) », in Le voyage à l’époque moderne, Bulletin de l’Association des Historiens modernistes des Universités, n°27, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2004, p. 7-21.

2 Pour une introduction à cette littérature, cf. Justin Stagl, « The Methodising of Travel in the 16th Century. A Tale of Three cities », History and Anthropologyy, IV, 1990, p. 303-338 ; un inventaire en est donné dans Justin Stagl, Apodemiken. Eine räsonnierte Bibliographie der reisetheoretischen Literatur des 16., 17. und 18 Jahrhunderts, Paderborn-Munich-Vienne-Zurich, F. Schöningh, 1983.

3 Pour un état des travaux, en plein essor, sur voyages et déplacements, cf. Daniel Roche, Humeurs vagabondes. De la circulation des hommes et de l’utilité des voyages, Paris, Fayard, 2003 ; Le voyage à l’époque moderne, Bulletin de l’Association des Historiens Modernistes des Universités, n°22, 2004, n°22.

4 Calendar of State Papers. Domestic Series, Edward VI, Mary, Elizabeth, 1547-1580, Londres, 1856 ; Reign of Elizabeth, 1581-1590, Londres, 1865, passim.

5 Malcolm William Wallace, The Life of Sir Philip Sidney, Cambridge, Cambridge University Press, 1915, p. 114.

6 Cité par Henry Kamen, The Iron Century. Social Change in Europe, 1550-1660, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1971, p. 294.

7 Juste Lipse, Epistolarum selectarum centuria prima, Anvers, 1586, p. 53-65 (lettre d’Anvers, 3 avril 1578).

8 Par exemple, William Cecil, Earl of Salisbury, “ Journall of his Travayles in France... ”, août-octobre 1609, in Calendar of the Manuscripts of the most honourable the Marquess of Salisbury..., Londres, Historical Manuscript Commission, XXI, 1970, p. 104 ; le journal est rédigé en français.

9 Lettre de John Schaw, tuteur de Henry et Alexander Erskine, à leur père, Earl of Mar, Saumur, 22 décembre 1617, in Manuscripts of the Earl of Mar and Kellie. Supplement, Londres, Historical Manuscript Commission, 1930, p. 82.

10 Luigi Monga (éd.), « Thomas Abdy’s unpublished Travel Journal through France and Italy (1633-1635) », Bollettino del CIRVI, VII, n°13, 1986, p. 71 (expression en français dans le journal d’Abdy) ; L. Stone, The Crisis ..., op. cit., éd. ital., p. 761 (récit de voyage de 1636).

11 Richard Lassels, The Voyage of Italy, or a compleat Journey through Italy, Paris, V. Du Moutier, 1670, 2 vol. ; trad. fr., Voyage d'Italie, Paris, L. Billaine, 1671, 2 vol. ; cf. Edward Chaney, The Grand Tour and the Great Rebellion. Richard Lassels and the "voyage of Italy" in the Seventeenth Century, Genève, Slatkine, 1985.

12 A l’évidence, la dénomination et les distinctions qu’elle établit ne sont pas propres à Lassels. Ainsi Sir John Reresby effectue-t-il en mai-juin 1655 le « little tour or circuit of France », soit un aller et retour entre Saumur et Bordeaux ; J. Reresby, Memoirs, Andrew Browning (éd.), Glasgow, Jackson, 1936, p. 8.

13 William Bromleys, Remarks on the Grande Tour of France and Italy. Lately performed by a Person of Quality, Londres, T. Bassett, 1692.

14 « The travels of three English gentlemen, from Venice to Hambourg, being the grand tour of Germany, in the year 1734 », Harleian Miscellany, IV-VIII, 1809-1811.

15 Par exemple, voyage du florentin Lorenzo Strozzi, Florence, Archivio di Stato, Casino dei Nobili di Firenze 13, p. 338 (8 octobre 1695). Sur l’usage de l’expression chez les Italiens, Gino Benzoni, « Italiani in viaggio (fine secolo XVII-inizio secolo XIX) », Ateneo Veneto, XXVI, 1988, p. 281-291.

16 De ce point de vue, le guide de Thomas Nugent, The grand tour. Containing an exact description of most of the cities, towns, and remarkable places of Europe…, Londres, 1749, rééd., 1756 et 1778, a probablement stabilisé un usage désormais très répandu.

17 John Walter Stoye, « The Grand Tour in the Seventeenth Century », Journal of Anglo-Italian Studies, I, 1991, p. 62-73.

18 George B. Parks, « Travel as Education », in The Seventeenth Century. Studies in the History of English Thought and Literature from Bacon to Pope, Londres, Oxford University Press-Stanford University Press, 1951, p. 264-290 (citations, p. 265).

19 Cf. J. Burke, « The Grand Tour and the Rule of Taste », in Studies in the Eighteenth Century, R.F. Brissenden (éd.), Canberra, Australian National University, 1968, p. 231-250.

20 G. B. Parks, op. cit., p. 280.

21 Richard Stanton Lambert (éd.), Grand Tour. A Journey in the Tracks of the Age of Aristocracy, New York, E.P. Dutton & co, 1937 ; Paul Franklin Kirby, The Grand Tour in Italy (1700-1800), New York, S. F. Vanni, 1952 ; Christopher Hibbert, The Grand Tour, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1969.

22 C’est l’orientation essentielle du dernier livre important consacré au Grand Tour des Britanniques : Jeremy Black, The British Abroad. The Grand Tour in the Eighteenth Century, Stroud, Allan Sutton/New York, St. Martin’s Press, 1992. Il faut noter que l’analyse de l’ « expérience » a récemment réapparu comme une préoccupation centrale dans certains travaux consacrés au Grand Tour : cf., par exemple, Chloe Chard, Pleasure and Guilt on the Grand Tour : Travel Writing and Imaginative Geography, Manchester, Manchester University Press, 1999.

23 Sur le fait divers comme effet de réel dans le discours du voyageur, Percy G. Adams, Travelers and Travel Liars, 1660 – 1800, New York, Dover Publications, 1980.

24 J. Black, op. cit., p. 301.

25 C’est d’ailleurs ce que suggérait, discrètement, G. B. Parks, op. cit., qui constatait la continuité de la dimension politique du voyage jusqu’à la fin du XVIIe siècle, époque à laquelle « it was no longer dominant » (p. 269-270).

26 Slava Klima (éd.), Joseph Spence. Letters from the Grand Tour, Montreal-Londres, McGill-Queens’University Press, 1975.

27 Pour la biographie de Spence, cf. le bref article du Dictionary of National Biography, Sidney Lee (ed.), Londres, Smith, Elder and Co., LIII, 1898, p. 336-338, et surtout Austin Wright, Joseph Spence. A Critical Biography, Chicago, Chicago University Press, 1950.

28 [Joseph Spence], An Essay on Pope’s Odyssey : in which some particular beauties and blemishes of that work are consider’d, Londres, J. and J. Knapton, Oxford, S. Wilmot, 1726 ; « duplicate copy », avec nouvelle page de titre l’année suivante, 1727, Oxford, S. Wilmot. Le livre connaît au moins deux rééditions dans les années qui suivent : 2e éd., 1737, Londres, Printed for S. Wilmot, bookseller in Oxford, and sold by S. Birt, in Ave-Mary Lane, and T. Longman in Pater-noster Row ; An essay..., in five dialogues, 3e éd., Londres, R. Dodsley, 1747 ; reprint, New York-Londres, Garland publishing, 1976.

29 S. Klima, op. cit., p. 2-6.

30 Carlo Francovich, Storia della massoneria in Italia. Dalle origini alla Rivoluzione francese, Florence, La Nuova Italia, 1974, p. 41. Nous retrouvons là un des thèmes approfondis récemment par les travaux de Pierre-Yves Beaurepaire : « Le succès de la franc-maçonnerie, note-t-il, ne peut se comprendre que s’il est replacé dans l’économie et la culture de la mobilité des élites européennes », L’Europe des francs-maçons. XVIIIe-XXIe siècles, Paris, Belin, 2002, p. 103.

31 Cette loge a fait l’objet d’une importante littérature, souvent redondante, et pas toujours sûre : Ferdinando Sbigoli, Tommaso Crudeli e i primi framassoni in Firenze. Narrazione storica corredata di documenti inediti, Milan, N. Battezzati, 1884 ; John Heron Lepper, « The Earl of Middlesex and the English Lodge in Florence », Ars Quatuor Coronatorum, Being the Transactions of the Quatuor Coronati Lodge n. 2076, London, LVIII, 1947, p. 6-47 ; M. P. Azzuri, « Sull’istituzione della prima loggia massonica in Firenze, 1732 », Lumen Vitae, II, 1955, p. 379-392 ; Nicholas Hans, « The Masonic Lodge in Florence in the Eighteenth Century », Ars Quatuor Coronatorum ..., LXXI, 1958, p. 109-112 ; E. Baldi, L’alba. La prima loggia massonica a Firenze. L’inquisizione e il processo a Crudeli, Florence, Coppini, 1959 ; Franco Venturi, Settecento Riformatore, Turin, Einaudi, 1969, p. 54-58 ; C. Francovich, op. cit., p. 49-86 ; J. A. Ferrer Benimeli, « La prima loggia a Firenze », in M. Moramarco, 250 anni di massoneria a Firenze, Foggia, Bastogi, p. 1-21 ; Fabio Bertini, « La massoneria in Toscana dall’età dei Lumi alla Restaurazione », in Zeffiro Ciuffoletti, Le origini della massoneria in Toscana (1730-1890), Foggia, Bastogi, 1989, p. 43-71.

32 Le texte a été cité pour la première fois par Andrea Corsini, Antonio Cocchi. Un erudito del « Settecento », Milan, G. Agnelli, 1928, p. 20.

33 Cf. Fabia Borroni Salvadori, « Tra la fine del granducato e la Reggenza. Filippo Stosch a Firenze », Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa. Classe di lettere e Filosofia, s. III, vol. VI, 1978, p. 565-614.

34 Cf. Maria Augusta Timpanaro Morelli, « Su Gaetano Berenstadt contralto (Firenze, 1687-1734) e suoi amici », Studi italiani, IX, 1997, p. 145-211.

35 Archivio Baldasseroni, Florence, Carte Cocchi, 232/1 ; le texte en est publié par N. Hans, op. cit., p. 110.

36 M. P. Azzuri, op. cit., planche 4.

37 Une lettre de Spence à Cocchi, datée du 26 août 1732, est conservée dans Archivio Baldasseroni, Carte Cocchi, 232/1. Spence reprendre sa correspondance durant son troisième Grand Tour, qui constituera son second voyage d’Italie en décembre 1740 et février 1741 ; quelques lettres, datées de Londres en 1745 et 1751, sont également conservées dans les Carte Cocchi (56/2, 336/4, 56a/2, 61/3). Enfin, Spence rapporte longuement ses conversations avec Cocchi dans ses Anecdotes, observations and characters of books and men. Collected from the conversations of Mr. Pope and other eminent persons of this time..., Londres, Carpenter, 1820 (Oxford University Press, 1966, n°1469-1492).

38 A. M. Megale Valenti, « Il viaggio europeo di A. Cocchi attraverso le sue Efemeridi », Miscellanea di storia delle esplorazioni, V, 1980, p. 77-146.

39 Cf. par exemple le cas de John Swinton (1703-1777), qui séjourne à Florence du 12 au 21 mars 1731 dans l’auberge de Collins. Le premier florentin qui vient le voir est Antonio Cocchi, « the most learned man in Florence, and the most excellent grecian in Italy. He is now collating a very antient MS of Philo Judaeus for Dr. Mangey who is preparing a new Edition of that author for the learned world in England » ; Swinton rencontre Cocchi à plusieurs reprises durant son séjour. A noter qu’il rencontre également le baron Stosch, « the first antiquary in Europe », lui aussi membre de la Loge : Jeremy Black (éd.), « Florence in 1731 », Bollettino del CIRVI, VII, n°14, 1986, p. 309-315 (édition de la partie florentine du journal de Swinton). Sur le lien entre Collins et Cocchi, cf. Miriam Fileti Mazza et Bruna Tomasello, Antonio Cocchi primo antiquario della Galleria Fiorentina, Modène, Panini, 1996, p. XIV.

40.Alexander Pope, Il riccio rapito poema eroicomico del signore Alessandro Pope tradotto dall’inglese in verso toscano..., Firenze, nella stamperia di Francesco Moucke, 1739 (le nom du traducteur, A. Bonducci, figure dans le texte ; c’est à lui qu’est adressée la lettre de l’abbé Giovanni Maria Buondelmonti, qui sert de préface, p. 5-21) ; rééd., In Firenze e in Venezia, 1750 ; édition augmentée, Il riccio rapito e le lodi di Neuton poemi inglesi tradotti in versi toscani dal sig. Andrea Bonducci..., In Napoli, a spese di un amico del traduttore, 1760. Sur la traduction de Bonducci, cf. Maria Augusta Morelli Timpanaro, Per una storia di Andrea Bonducci (Firenze, 1715-1766), lo stampatore, gli amici, le loro esperienze culturali e massoniche, Rome, Istituto storico italiano per l'età moderna e contemporanea, 1996, p. 131-316.

Le poème de Pope (The Rape of the Lock. An heroi-comical poem, in five cantoes), avait été publié à Londres, chez Bernard Lintott, en 1714.

A noter qu’un autre membre florentin de la loge, le poète Giuseppe Cerretesi, sera aussi le traducteur d’un texte de Pope, les Moral Epistles : cf. J. H. Lepper, op. cit., p. 15, 20-21.

41 Sur les relations maçonniques de Bonducci, cf. M. A. Morelli Timpanaro, Per una storia di Andrea Bonducci... op. cit. ; C. Francovich, op. cit., p. 54.

42 Sur les Dilettanti, François-Charles Mougel, « Une société de culture en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle. La société des Dilettanti (1734-1800) », Revue historique, CCLIX, 1978, p. 389-414.

43 Par exemple, la ville de Saumur compte deux maîtres de langue française en 1644 : Elie Brackenhoffer, Voyage en France, 1643-1644. Traduit d'après le manuscrit du Musée historique de Strasbourg par Henry Lehr, Introduction de Jacques Hatt, Paris, Berger-Levrault, 1925, p. 212. Une première liste de maîtres de langue pourrait être établie à partir de l’ouvrage de Kathleen Lambley, The Teaching and Cultivation of the French Language in England during Tudor and Stuart Times, Manchester, Manchester University Press, 1920, p. 211-237, 341-359.

44 John Evelyn, Diary, E.S. De Beer (éd.), Oxford, Clarendon Press, 1955, II, p. 140-142, 146, 153.

45 S. Klima, op. cit., lettres 57, 61-62, datées de Blois, 69, datée de Tours.

46 S. Klima, op. cit., p. 7.

47 Lettre du révérend Patrick Saint Clair, 1738, citée par J. Black, op. cit., p. 221.

48 Sur le lien entre Grand Tour et réflexion politique, Heinz-Joachim Müllenbrock, « The political implications of the Grand Tour : Aspects of a specifically English contribution to the European travel literature of the age of Enlightenment », TREMA, n°9, 1984, p. 7-21.

49 Cf. le bref article du Dictionary of National Biography, op. cit., XI, 1887, p. 96.

50 Sur le lien entre Grand Tour et académies pour la noblesse, je me permets de renvoyer à J. Boutier, « Le Grand Tour des gentilshommes et les académies d'éducation pour la noblesse : France et Italie, XVIe-XVIIIe siècle », in Rainer Babel et Werner Paravicini (éd.), Grand Tour. Adeliges Reisen und europäische Kultur von 14. bis zum 18. Jahrhundert. Akten der internationalen Kolloquien in der Villa Vigoni 1999 und im Deutschen Historischen Institut Paris 2000, « Beihefte der Francia », 60, Ostfildern, Thorbecke, 2004, p. 239-255.

51 Avis du révérend Patrick Saint-Clair, 1738, cité par J. Black, The British abroad..., op. cit., p. 39.

52 Sur cette centralité de l’art équestre, cf. l’essai très éclairant de Pierangelo Schiera, « Socialità e disciplina : la metafora del cavallo nei trattati rinascimentali e barocchi di arte equestre », dans Il potere delle immagini. La metafora politica in prospettiva storica, Walter Euchner, Francesca Rigotti, Pierangelo Schiera (éd.), Bologne, Il Mulino, 1993, p. 143-182.

53 L’académie royale des nobles de Turin a fait l’objet de diverses études, notamment Norbert Conrads, Ritterakademien der frühen Neuzeit. Bildung als Standesprivileg im 16. und 17. Jarhundert, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1982, p. 239-265 ; Walter Barberis, Le armi del Principe. La tradizione militare sabauda, Turin, Einaudi, 1988, p. 177-185. Depuis la rédaction de cette étude, les travaux de Paola Binachi ont renouvelé le sujet, en particulier « In cerca del moderno. Studenti e viaggiatori inglesi a Torino nel Settecento », Rivista storica italiana, CXV, 2003, p. 1021-1051, et « ‘ Quel fortunato e libero paese ‘. L’accademia reale e i primi contatti del giovane Alfieri con il mondo inglese », dans alfieri e il suo tempo. Atti del Convegno internazionale, Torino-Asti, 29 novembre-1 dicembre 2001, éd. par Marco Cerruti, Maria Corsi, Bianca Danna, Florence, Olschki, 2003, p. 89-112.

54 Le dernier Grand Tour de Spence est remarquablement documenté par sa correspondance publiée par Slava Klima, op. cit., p. 223 sq. ; quelques lettres ont échappé à l’éditeur, dont celles qui sont adressées à Antonio Cocchi, le médecin florentin rencontré lors du premier tour, et conservées dans l’Archivio Baldasseroni à Florence, 2/1 (Rome, 17 décembre 1740), 1/1 (Rome, 31 décembre 1740), 245/2 (Rome, 11 février 1740). Ces deux dernières lettres ont été récemment publiées par M. Fileti Mazza et B. Tomasello, op. cit., p. 49.

55 Cette instruction, non datée (entre février et avril 1749) est citée par N. Conrads, op. cit., p. 252-253. Chesterfield expose ses désirs à propos de l’académie de Turin dans d’autres lettres, entre autres The letters of Philip Dormer Stanhope, Fourth Earl of Chesterfield, Bonamy Dobrée (éd.), Londres, Eyre and Spottiswoode, 1932, IV, n°1616, p. 1293, 10 janvier 1749 ; n°1624, p. 1312, 28 février 1749 ; n°1633, p. 1332, 19 avril 1749 ; n°1639, p. 1342, 15 mai 1749.

56 Archivio di Stato, Turin, Pubblica Istruzione, Regia accademia militare già Accademia Reale, m. 1 da inventariare, notice imprimée sur l’institution de l’académie, Turin, 1679. Une notice voisine, en latin, datée de 1677, figure in m. 1 d’addizione.

57 S. Klima, op. cit., lettres de Spence, Turin, 16 et 23 décembre 1739, p. 235-236. Cf. M. Wynne, « Some British diplomats, some grand tourists and some students from Great Britain and Ireland in Turin in the Eighteenth Century », Studi piemontesi, XXVI, 1996, p. 145-160.

58 S. Klima, op. cit., lettre de Spence, Turin, 24 octobre 1739, p. 226.

59 S. Klima, op. cit., lettre de Lord Lincoln au duc de Newcastle, Turin, 25 novembre 1739, p. 230.

60 S. Klima, op. cit., lettre de Spence, Turin, 16 décembre 1739, p. 234. Sur la dimension militaire de la noblesse piémontaise, cf. W. Barberis, op. cit., en particulier la seconde partie, consacrée à l’hégémonie des militaires sur la société civile ; Sabina Loriga, Soldats. Un laboratoire disciplinaire : l’armée piémontaise au XVIIIe siècle, Paris, Mentha, 1991.

61 Cf. les analyses de John Brewer, The Sinews of Power. War, Money and the English State, 1688-1783, Londres, Routledge, 1989, en particulier p. 42-63.

62 S. Klima, op. cit., lettre de Spence, Turin, 13 octobre 1739, p. 224.

63 Sur l’architecture des rois de Savoie, Vera Comoli Mandracci, « Turin, modèle d’urbanisme et d’architecture pour les capitales européennes des XVIIe et XVIIIe siècles », in Henry A. Millon (dir.), Triomphes du Baroque. L’architecture en Europe, 1600-1750. Musée des beaux-arts, Marseille, Paris, Hazan, 1999, p. 349-369.

64 S. Klima, op. cit., lettre de Lord Lincoln au duc de Newcastle, Turin, 13 octobre 1739, p. 226, 25 novembre 1739, p. 230.

65 S. Klima, op. cit., lettre de Spence, Turin, 13 janvier 1740, p. 242.
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