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Rappel : théorie des fonctions du langage, fondée sur théorie de la communication. Jakobson dénombre 6 fonctions : référentielle (dénotative) / expressive (émotive) / conative (orientée vers le destinataire) / phatique (destinée à maintenir ou interrompre la communication) / métalinguistique (le langage qui parle du langage –scientifique, épistémologique-) / poétique (vise le message en tant que tel, le langage qui attire l’attention sur lui-même –esthétique-)
LE STRUCTURALISME
2. Interne à la France = Claude Lévi-Strauss : travail d’anthropologie, influencé par le marxisme et la psychanalyse. Travail sur les sociétés dites ‘primitives’ : les questions de parenté, le tabou de l’inceste, la transmission de la langue. Anthropologie structurale et Tristes Tropiques (1955), La pensée sauvage (1962), Mythologiques (1964 : Le cru et le cuit , œuvre en 3 volumes, dont le dernier paraît en 1968).

Remarque : les débuts du structuralisme concernent explicitement d’abord l’anthropologie. (le problème le plus sérieux = son extension, son application à des domaines hors « sciences » (comme les mathématiques ou la linguistique), tels que la littérature et la philosophie.

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Pendant ce temps, en Angleterre : au tournant du siècle, Oscar Wilde, Walter Pater et T.S. Eliot (et plus encore aux USA) se crée un courant qu’on appelle le New Criticism. Dès les années 30, ce mouvement qui est proche du formalisme russe dans ses conceptions, remet en cause l’hégémonie de l’histoire littéraire biographique et sociale. C’est le rejet de l’illusion génétique (genetic fallacy) qui explique l’œuvre par causes externes. Le rejet de l’intentionnalité de l’œuvre (intentional fallacy) qui l’explique en la référant à son auteur. Le rejet de l’illusion affective (affective fallacy) qui l’aborde à partir des émotions qu’elle éveille chez le lecteur. Le New Criticism prône un retour au texte, à la lecture microscopique, à l’analyse des propriétés structurales du poème ; l’œuvre est isolée et considérée comme un objet verbal et un système clos
Conclusion = des deux côtés de l’Atlantique (sauf en France malgré l’œuvre critique d’un Paul Valéry, par exemple) l’ insistance est mise sur le langage par opposition à tout autre paramètre constitutif de la littérature.

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Application 1. = « Les Chats », poème de Baudelaire, analysé par Jakobson et Levi-Strauss en196211.

Critique par M. Riffaterre (article célèbre de 1972) qui reproche à Jakobson et Lévi-Strauss de négliger la pertinence esthétique des propriétés mises en évidence par l’analyse. Exemple : le cas de l’examen des variations infimes dans la distribution des voyelles liquides à l’intérieur de certains vers / comme constituant une correspondance formelle à certains développements thématiques.

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ROLAND BARTHES (1915-1980)

Il conduit à bouleverser la critique littéraire et pousse dans ses conséquences le formalisme naissant (à la fin du règle de Lanson) qui était à l’origine de l’orientation prise par la critique en France jusque dans les années 60 (malgré des gens comme Proust ou Valéry plus proches du formalisme, on en est resté à l’histoire littéraire, à la division en genres et écoles, et à la critique biographique). Barthes dénonce la prétention de l’histoire littéraire à dire la vérité sur l’œuvre par imposition d’un sens unique que les moyens de l’exégèse historique, philologique et biographique permettraient de découvrir.

Citation clé :

Le problème, du moins celui que je me pose, est en effet de parvenir à ne pas réduire le Texte à un signifié, quel qu’il soit (historique, économique, folklorique ou kérygmatique), mais à maintenir sa signifiance ouverte. In Analyse structurale et exégèse biblique, 1972.

L’auteur n’est plus tenu comme origine de l’œuvre, il tisse des chaînes de discours qui s’entremêlent dans l’œuvre (étymologie du mot texte = tissu)

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Application 2. « La Vérité sur le cas de M. Valdemar » (titre original = « The facts in the case of M. Valdemar », Edgar Allan Poe, 1845): Barthes passe de l’analyse structurale (type Jakobson) à l’analyse textuelle proprement dite.12
COURS N° 3


  1. Les suites / prolongements du structuralisme.

  2. Bakhtine et ses concepts clés : le dialogisme / le carnaval polyphonique / le chronotope  Intertextualité (J. Kristeva)

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1. Les suites ou dérivés du structuralisme. Ils appartiennent au modèle dit « analytique ». Conteste l’empire du sujet et lui substitue le primat du langage. Souvent un champ d’analyse fait appel à d’autres pour la construction d’une lecture. Pas d’étanchéité radicale des catégories ; plutôt divers plans d’analyse du texte (diverses strates). Toutes cependant interrogent le processus de formation de la signification, la lecture du sens de l’œuvre. Exemples de prolongements :

 la narratologie : Gérard Genette dans Figures (I, II et III ; ed. Seuil, coll. Poétique)

 poétique et stylistique : Booth (The Rhetoric of Fiction-1961, Chicago) / Forster (Aspects of the Novel) = à l’origine de la notion de point de vue / Frye (Anatomy of Criticism -1957 -= réflexion globale sur le statut de l’œuvre littéraire ; classification des différents types de fictions- cf Empson -1930, classification des diverses formes d’ambiguïté poétique)

 sémiotique et sémiologie : Umberto Eco / Greimas / Barthes // Culler –Lodge - Sontag

 dans le « post-structuralisme » on trouve : la déconstruction / l’intertextualité / le post-modernisme (Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Julia Kristeva, Frank Kermode, Philippe Sollers, Philippe Lyotard …)

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Influence grandissante de la philosophie sur la critique (Paul Ricoeur, Gilles Deleuze, Jacques Lacan, Michel Foucault- cf infra, cours n° 4).
2. BAKHTINE (1898 -1975)

1929 : petit livre sur la poétique de Dostoïevski / 1946 : soutenance d’une thèse en littérature russe à l’université de Moscou (sur Rabelais) qui fit scandale.

Dans son tout premier texte (1924), il prend position contre le formalisme russe, affirmant qu’il faut en finir avec la rupture entre d’un côté le formalisme abstrait et l’idéologisme qui ne l’est pas moins. Constat: les deux sont nécessaires.

Ouvrage à lire = Esthétique et Théorie du Roman (1975- Gallimard 1978), qui rassemble 4 grands textes (« études ») écrits entre 1934 et 1941. C’est le volet central d’un triptyque dont le Dostoïevski et le Rabelais forment les 2 côtés. S’y élabore une véritable théorie du Roman (la littérature selon Bakhtine a été auparavant étudiée selon les seuls critères de la poétique au sens étroit, soit avec application des catégories stylistiques traditionnelles, basées sur l’étude des tropes). Or, il existe des spécificités au Roman qui est un genre qui ne fait pas bon ménage avec les autres genres, qui les transcende, un anti-genre, toujours inachevé, qui se développe sur les ruines des genres clos (la tragédie, la comédie, l’épopée…). Il n’existe pas dans le Roman d’unité de style car il n’existe pas d’unité du langage (au sens d’un système de formes normatives générales) ; le style du roman, c’est un assemblage de styles, le langage du roman, c’est un système de « langues » / « sens de « dialecte individuel » de « parole » -cf Saussure.

Concepts principaux :

Le dialogisme / le plurilinguisme (hétéroglossie) et la polyphonie / le rire carnavalesque / + satire ménipée / notion de chronotope.

 le roman polyphonique = par excellence l’œuvre de Dostoïevski (D. comme prophète de la Révolution) / rire carnavalesque de Rabelais (= p.14 + p.15 de l’ouvrage Esthétique et Théorie du Roman)

 l’histoire du genre romanesque est liée à celle de la conscience linguistique. Le roman naît, selon Bakhtine, d’une attitude nouvelle, réflexive et critique, vis-à-vis du langage, à partir du moment où celui-ci cesse d’être purement et simplement vécu du dedans, comme un absolu, pour être saisi du dehors, entendu comme langage, distancié, relativisé. Historiquement, la genèse du roman est lié aux époques où l’absolutisme autoritaire de la langue unique, consubstantielle d’une société et d’une civilisation, est remis en question par le surgissement, à l’horizon culturel, d’une ou plusieurs langues étrangères : l’époque hellénistique, l’empire romain, l’aube de la Renaissance, lorsque les langues nationales de l’Europe occidentale se substituent au latin. Remise en question liée aussi à la présence, en parallèle à la « grande littérature », des genres parodiques qui la réfléchissent dans le miroir du rire. Parodie = exemple le plus simple de langage bivoque, où le parodiste superpose son intention comique à l’intention sérieuse du parodié. Rire = contre-culture populaire / Rabelais / attitude fondamentalement nouvelle vis-à-vis du langage, du mot.

 Satire ménipée = association du grotesque, du fantastique, et de la profondeur philosophique (= Rabelais encore mais aussi le Satiricon de Petrone, par ex.)

 chronotope = p. 19 (même ouvrage)

La popularisation de Bakhtine se fera en France entre autres par Julia Kristeva qui en développera le concept d’intertextualité.

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Application : Gillermo CABRERA INFANTE (auteur cubain, 1929-2005)

 Ex. de La Havana par un Infante Difunto : dans ce titre (roman publié en 1979), l’intertextualité est à la fois musicale, avec l’écho au titre de l’œuvre de Maurice Ravel, Pavane pour une infante défunte, et littéraire, dans sa veine autobiographique puisque l’« Infante » difunto dont il est question n’est autre que l’auteur lui-même, bien sûr.

 Ex. de Tres Tristes Tigres (ce roman, publié en 1965, est un festival de références littéraires à des auteurs multiples et de nationalités variées, dont Lewis Carroll, Joyce, Faulkner, Hemingway mais aussi Marcel Proust, le portugais Fernando Pessoa, ou encore les principaux romanciers et poètes cubains).

Parmi les auteurs favoris de Cabrera Infante, se trouve Lewis Carroll, dont l’épigraphe de Tres Tristes Tigres reproduit cette phrase, tirée de Alice au Pays des Merveilles: « Elle essaya même de s’imaginer à quoi peut ressembler la flamme d’une chandelle quand la chandelle est fondue ». Ce roman extrêmement « polyphonique » comporte aussi, entre autres prouesses formelles : une page – de droite – écrite à l’envers (image miroir de la page de gauche imprimée en regard, autre hommage à L. Carroll et au passage d’Alice « de l’autre côté du miroir ») / un segment imprimé en forme de calligramme (encore une fois, hommage à Carroll- cf le poème en forme de queue de souris) / une double page noire (elle figure l’évanouissement du personnage-narrateur et fait référence à l’existence, dans l’œuvre de Laurence Sterne The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gentleman – 1768-, d’une page noire destinée à signifier la mort de l’oncle du héros.)
Quelques extraits :

  • « La seule chose que je sais13 c’est que je m’appelais souvent Bustrophoton ou Boustrophotomaton ou Busneforoniepece, et Silvestre était Bustrophénix ou Bustrophélice ou Bustrofitzgeneral […] Buonofarniente, BusnofaitDante, Bustopédante, Bustopétant, Bustopétard, Bustofêtard, Bustoféérique, Bustoféroce : toutes variantes qui marquaient les variations de l’amitiés : des mots comme un thermotsmètre14 […] » (3TT, 215-216)




  • Marseille Prou / Jules Averne / Shylock Holmes / Silvlaise Cendre d’Art

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  • « la 5è Eve nue » / « Prosopopeye le Marin » / l’« Encyclicopedia Tyrannica »

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  • « Cuba est une île d’équivoques dites par un bègue ivre qui signifient toujours la même chose » (3TT, 135 / TTT, 136). //

L’intertextualité est là au moins à deux niveaux.

Le premier est la référence à peine déguisée à ce célèbre passage du monologue de Macbeth (Shakespeare -1611) : “ It (=Life) is a tale told by an idiot / full of sound and fury, signifying nothing.” (Acte V, sc. 5, v. 31) [trad ; française = « … un conte, plein de bruit et de fureur, qui ne signifie rien. »

Le second est le titre du roman de William Faulkner (The Sound and the Fury  -1928-), lui-même inspiré de Shakespeare.

COURS N° 4 : FOUCAULT / DELEUZE
I. Michel Foucault (1926-1984)

En préambule : il y a nécessité à sortir de l’écueil d’un Foucault aseptisé, convenu, vaguement sociologue des normes et des marges, figure de l’extrême gauche. Ses thèses sont toujours controversées. Elles ont paru exclusivement liées au structuralisme (sans doute à tort). Philosophe ET historien, Foucault ne reconnaît en fait que l’appellation d’archéologue (ce qui est enfoui et rend compte d’une culture). C’est ainsi qu’il met en place / étudie l’archéologie du silence imposé aux fous, l’archéologie du regard médical, celle du savoir en général, celle de la société disciplinaire (dispositif carcéral).

Son œuvre consiste à placer l’activité particulière du philosophe dans le travail du diagnostic : « que sommes-nous aujourd’hui ? Quel est cet ‘aujourd’hui’ dans lequel nous vivons ? DE qui, de quoi suis-je sommes- nous le jouet ? (nous sommes entourés de pièges qui nous privent de notre vérité.)

L’intérêt de Foucault se porte sur « la discontinuité anonyme du savoir ». Il a voulu introduire à la racine de la pensée : le hasard, le discontinu, la matérialité.
 Foucault appartient à la tendance responsable de l’influence grandissante de la philosophie sur la critique (littéraire).
Genèse / fondements : Marxisme et phénoménologie (Heidegger / cf Sartre) sont le terreau dont il s’affranchira peu à peu, grâce à lecture de Nietzsche, Bataille, Blanchot, Klossowski.

Influence de Nietzsche sur sa pensée : « depuis Nietzsche, la philosophie a pour tâche de diagnostiquer et ne cherche plus à dire une vérité qui puisse valoir pour tous et pour tous les temps ».
Champs auxquels il s’est intéressé : la folie, la médecine, l’exclusion, le droit, le libéralisme, la sexualité. Philosophe mais toujours dans une perspective historique.

Fait de la philosophie un ACTE, une pratique engagée dans le présent, un outil pour construire sa propre vie : va de l’histoire au « souci de soi », du politique à l’éthique et à l’esthétique.
Ouvrages principaux :

  • Histoire de la Folie à l’âge classique (1961)

  • Les Mots et les Choses (1966) + L’ordre du discours (1971 = Leçon inaugurale au Collège de France)  = plus partic. sur le langage donc utile dans une perspective de critique litt. au 1er degré. Dans la même perspective : l’Archéologie du Savoir (1969)

  • Surveiller et Punir (1975)

  • Histoire de la sexualité : 3 tomes : La Volonté de savoir (1976) / L’usage des plaisirs (1984) / Le souci de soi (1984)


Les Mots et les Choses : « livre par lequel le scandale ‘anti-humaniste’ arriva ». Description des déterminations formelles qui organisent secrètement le savoir. L’homme (ne pas confondre avec les hommes comme espèce vivante) est un simple « pli historique » formé par les savoirs, appelé à se défaire, à disparaître devant l’avènement du langage comme nouveau déterminant universel de la pensée : tout est langage, échange de signes, communication…

« Finalement, la seule patrie réelle, le seul sol sur lequel on puisse marcher, la seule maison où l’on puisse s’arrête et s’abriter, c’est bien le langage, celui qu’on a appris depuis l’enfance ».

On a fait de Foucault le chantre de la mort de l’homme ; le jugement est à affiner : anti-humaniste peut-être, mais défenseur de l’individu assurément.
Les mots de Foucault :

Archéologie / généalogie / éthique / folie /résistance /discours /norme /discipline (réflexion sur détention / prisons…// lié à la Norme) / pouvoir  /histoire / biopolitique /sexualité /contrôle /subjectivation

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Généalogie : Dès Les Mots et les Choses, il qualifie son projet d’une archéologie des sciences humaines comme une généalogie nietzschéenne que comme une recherche structuraliste. Foucault s’oppose à l’unicité du récit historique et à la recherche de l’origine (conception téléologique) ; il travaille au contraire à partir de la dispersion et la diversité, du hasard des commencements et des accidents ; pas de rétablissement de la continuité de l’histoire, cherche à restituer les événements dans leur singularité.

Ethique (in Histoire de la Sexualité) : distinction morale / éthique. Morale = ensemble valeurs et règles proposés aux individus et aux groupes. Elles est prescriptive. Ethique = la manière dont chacun se constitue soi-même comme sujet moral du code.

Folie : rupture au XVIIe (âge classique) avec la représentation médiévale de la folie (circulation / lieu de passage : de la vie à la mort, du monde à l’au-delà, du tangible au secret… en bref une zone indéterminée qui donnerait accès aux forces de l’inconnu). Ligne de partage raison / déraison, folie = au-delà du savoir, soit menace ET fascination. Folie = l’Autre (c’est-à-dire le contraire) de la raison selon le discours de la raison elle-même.

Discours : ensemble d’énoncés qui peuvent appart. A des champs différents mais obéissent aux mêmes règles de fonctionnement. Règles = pas seulement ordre linguistique ou formelles, mais reproduisent un certain nombre de partages historiquement déterminés : l’ordre du discours propre à une période particulière = fonction normative et réglée. Met en œuvre des mécanismes d’organisation du réel via la production de savoirs, stratégies et pratiques.

Pouvoir : jamais LE pouvoir comme entité cohérente, unitaire et stable mais « relations de pouvoir » avec conditions historiques d’émergence complexes et avec effets multiples. Pas de principe de pouvoir premier et fondamental mais un agencement où se croisent les politiques, les savoirs et les institutions, et où le type d’objectif poursuivi ne se réduit pas à la domination mais n’appartient non plus à personne , et varie dans l’histoire.

Histoire : concept de rupture. Reprise de Nietzsche. Critique de l’Histoire conçue comme continue, linéaire et pourvue d’un telos // formulation d’une véritable pensée de l’événement (histoire ‘mineure’) // problématisation du rapport philosophie et histoire en dehors du doublet ‘philosophie de l’histoire – histoire de la philosophie’. « L’un de mes buts est de montrer aux gens que bon nombre de choses qui font partie de leur paysage familier – qu’ils considèrent comme universelles – sont le produit de certains changements historiques bien précis. Toutes mes analyses vont contre l’idée de nécessités universelles dans l’existence humaine. »

Rôle critique de l’histoire. « L’histoire a pour fonction de montrer que ce qui est n’a pas toujours été, c’est-à-dire que c’est toujours au confluent de rencontres, de hasards, d’une histoire fragile, précaire, que se sont formées les choses qui nous donnent l’impression d’être les plus évidentes. »
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Grandes étapes d’une pensée en mouvement, qui a évolué au fil de ses recherches et se présente avant tout comme non figée :

1. Démédicaliser la maladie. Médicalisation et pouvoir médical : insistance sur la médecine. Pas science méd. comme objet d’une archéologie du savoir, mais réflexion sur le pouvoir de la médecine. (Histoire de la folie) : comment est-on passé de l’expérience médiévale humaniste de la folie à notre expérience ‘moderne’, qui confine la folie dans la maladie mentale, l’exclut et l’aliène. Impératif de surveillance et de sécurité pour régulation de la population.

Penser la Folie : le cogito de Descartes instaure – selon Foucault – la raison classique sur base d’un rejet de la folie. Topologie de l’exclusion : ou bien on est responsable (ayant à répondre de ses actes) ou bien irresponsable, c’est-à-dire hors de la circulation politique de la parole.

  1. Impossible conjonction du sujet et de la folie (il est impossible de dire ‘je suis fou’ –cf Barthes lisant Poe : il est impossible de dire ‘je suis mort’ –)

  2. Le folie est toujours connaissance par l’autre de ce qui lui est étranger. La folie implique donc la communauté et donc le politique. Si le sujet de Descartes est celui qui, pour pouvoir être celui qui pense, doit poser sa propre folie comme impossible, la certitude sur laquelle il se fonde suppose qu’il y ait des fous, ce qui ne peut être attesté que par au moins UN autre qui l’incarne.


2. L’humanisme en question : les années 60s sont les années du langage, de la Littérature, les années structuralistes, celles de Les Mots et les Choses (au cœur de l’actualité qui est alors celle du structuralisme, des sciences de l’homme, Dumézil, Lévi-Strauss, Lacan, Althusser, Barthes, la nouvelle vague, le nouveau roman…). Foucault entreprend une exploration systématique de l’expérience littéraire moderne et contemporaine. Essais littéraires sur Bataille, Blanchot, Raymond Roussel. Foucault pense l’écriture mais aussi la peinture comme acte philosophique.  Littérature (La Bibliothèque Imaginaire). Placée sous le signe de l’éclatement, de la dispersion, de la réflexivité. Circulation sans fin des discours (précède de peu Derrida). Pas de vérité, pas de Sens (unique) : plus de parole première à interpréter ou à traduire, mais une circulation indéfinie dans une Bibliothèque fantasmagorique. « La modernité comme anti-Renaissance ».


  1. Le pouvoir. Cela donne réflexion sur l’institution, le système carcéral avec Surveiller et punir (1975). Projet d’enfermer pour redresser : société disciplinaire = un des moyens par lesquels le pouvoir s’assure la maîtrise des individus. La question, qui est celle du pouvoir, de ses techniques, des modalités de son exercice, des stratégies et des tactiques, de ses rapports avec le savoir (Savoir / Pouvoir = résumé) prend alors une place comparable à celle occupée jusqu’alors par le thème marxiste de l’exploitation. L’inévidence carcérale. Surveiller et punir = texte qui a durablement révolutionné l’approche du phénomène carcéral. (Approche différente cependant de l’enfermement psychiatrique). Fait une histoire et une généalogie de --. La prison n’a que 150 ans d’existence. Naissance de la prison lors de la 2è moitié du 18è. (Durant le siècle suivant, les US et l’Europe vont se couvrir de prisons). Prisons nées dans l’ombre des Lumières qui n’ont pas seulement inventé les libertés, qui ont aussi promu les disciplines qui en sont la rigoureuse mais sinistre contrepartie. Surveiller et Punir nous aura rendu la prison moins familière. La prison est rendue à ce qu’elle est : une institution historiée de part en part (incluse dans l’Histoire) et de ce fait, ouverte en droit à des mutations radicales. Se profile donc par conséquent son inéluctable bien que lointaine disparition.


4. La construction de soi. C’est en particulier les 2 derniers volumes de l’histoire de la sexualité.  Théorie de la sexualité. Solidaire de sa théorie du pouvoir. Son hist. de la sexualité = interrogation sur la façon dont les pratiques et les discours ont contribué à faire de la sexualité à la fois un enjeu de pouvoir et un instrument de subjectivation (processus par lequel on obtient la constitution d’un sujet, ou mieux, d’une subjectivité. / se constituer comme sujet de sa propre existence). Théorie élaborée à partir de 1968, où intense illusion que la ‘répression’ de la sexualité (l’interdit, les tabous sociaux) était en train de céder devant les audaces des générations nouvelles (utopie de la ‘libération sexuelle’).
Foucault et les Etats-Unis

Il est vrai que l’œuvre de F. n’est pas spécialement localisée en France. Il a multiplié toute sa vie les voyages (Suède, Pologne, Allemagne, USA, Canada, Brésil, Japon), occasion à chaque fois de se décentrer, de se rendre étranger à sa propre culture.

Foucault = « l’oracle californien » (fin 70s et années 80s). Des foules assistent à ses conférences. Entrée aux US, comme Barthes avant lui et immédiatement après Derrida et Deleuze, par l’intermédiaire des départements de littérature (« seuls bastions où soient autorisés les dangereux produits de contrebande théorique du post-structuralisme français »).

Il faut distinguer un Foucault français et un Foucault américain : « mauvaise lecture » (sens de Bloom), forme de trahison (mais moins que dans certains cénacles parisiens) qui fait de lui un modèle prescriptif et opératoire (qu’il récusait).

 aujourd’hui : la référence à Foucault reste constante aux US, des études gays aux études post-coloniales, de l’art social à la théorie littéraire. Malheureusement, elle sous-tend une théorie du complot majoritaire et établissement de contre-normes identitaires (cf. dérives du genre affirmative action / discrimination positive …)
pour conclusion: l’œuvre de Foucault est beaucoup moins univoque que l’image qu’on en donne généralement, plus « en mouvement », plus opaque, avec certes une filiation nietzschéenne mais aussi l’influence de Bataille. C’est une œuvre surréaliste autant qu’anarchiste, « toutes faces sombres peu propice à la domestication académique ».
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