Publication semestrielle du Centre d'Etudes Afro-américaines et





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Caraïbe-Antilles



Sala-Molins, Louis. L'Afrique aux Amériques; Le Code noir espagnol. Paris: Presses Universitaires de France, 1992. 184 p. et Le Code noir ou le calvaire de Canaan. Paris: Presses Universitaires de France, 1987 (2eme édition, 1988). 292 p. 160 F

A la passionnante lecture du récent ouvrage de Sala-Molins nous n’avons pu résister au désir de le comparer au précédent, consacré au Code noir français. Bien nous en a pris car cette prose enflammée desille les yeux les plus aveuglés par le mythes de la France libérale, concernant notamment, les gens libres de couleur. Il apparait, en effet que la mouture (destinée à la Louisiane) de 1724 du Code d’abord publié en 1685 donne un coup de frein à l’affranchissement des sang-mêlés. Une réponse du 13 Octobre 1766 d’un Ministre de la Marine à un gouverneur lui demandant à partir de quelle génération les sang-mêlés peuvent entrer dans la classe des Blancs est claire: “Il faut observer que tous les nègres ont été transportés aux colonies comme esclaves, que l’esclavage a imprimé une tache ineffaçable sur ceux qui se trouvent d’un sang-mêlé et que, par conséquent, ceux qui en descendent ne peuvent jamais entrer dans la classe des Blancs. Car s’il était un temps où ils pourraient être réputés blancs, ils jouiraient alors de tous les privilèges des Blancs et pourraient, comme eux, prétendre à toutes les places et à toutes les dignités, ce qui serait absolument contraire aux constitutions des colonies.“ Une ordonnance tardive mais rétroactive de 1773 leur interdit même de porter des noms de blancs: il doivent “ajouter à leur nom un surnom tiré de l’idiome africain ou de leur métier et couleur, mais qui ne pourra jamais être celui d’une famille blanche de la colonie. Des ordonnances insistent constamment sur l’interdiction des mariages entre blancs et femmes de couleur libres. A l’Article 59, “Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres: voulons que le mérite d’une liberté acquise produise en eux, tant pour leurs personnes que pour leurs bien, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à tous autres sujets”, s’ajoute en 1724 “le tout cependant aux exceptions prévues par l’article 57 des présentes.” Ceci barre l’accès à la noblesse, à la classe des Blancs, aux charges dans la judicature et les milices. Et tout habitant qui se mariera avec une négresse ou une mulâtresse ne pourra être officier, ni posséder aucun emploi de fonctionnaire dans les colonies. Car la probité ne peut censément se rencontrer “dans une naissance aussi vile que celle d’un mulâtre”. Jamais un métis libre ne saurait être assimilé juridiquement à un Blanc car le sang le lui interdit. Glissement de l’esclavagisme au racisme: le métissage s’est produit; et le Code noir préserve, sans contradictions majeures, et sur des critères purement raciaux l’hégémonie des Blancs. Racisme flagrant qu’il faut détecter dans l’esclavagisme franco-antillais et dans le silence tonitruant des Lumières. Un auteur de ‘époque, A.J. Bonnemain, n’écrit-il pas: “Victime de l’avarice de l’industrieux Hollandais, du luxe du pétulant Français, traité avec mépris par le fier et ingénieux Anglais, (le Noir) passe une vie moins dure, moins humiliante avec l’indolent et grave Espagnol et y il vit avec plus de justice, plus d’égalité, avec l’actif et voluptueux Portugais. (...) Plus raisonnables et plus humains que les autres peuples, beaucoup d’Anglo-Américains font de leur esclaves les compagnons de leurs travaux et de leur table; ils les vêtent, les instruisent, et les traitent en frères. Là on permet l’essor de leur âme d’où rejaillit l’étincelle d’un esprit à qui il ne manque pas d’être cultivé.” Retenons ceci, nous dit Sala-Molins: le Code noir, dont on a tant vanté la positivité, place l’esclave noir des Français au dernier échelon de l’échelle du bonheur. L’auteur dénonce aussi le mythe de la liberté noire sur le sol français. On constate un “déluge” de nègres en France-- quelques milliers en réalité- et on interdit l’accès en France “à tout noir, mulâtre ou autres gens de couleur.” Esclaves abandonnés ou émancipés, marins sans attaches, serviteurs sont rejetés de partout et se mêlent au monde du crime. Moqués et poursuivis par la haute société et le peuple, ils cultivent à leur insu l’image négative que toute la France se fait de l’Afrique. La maxime constante que “tout esclave en entrant en France devient libre de plein droit” n’est pas bonne. L’auteur nous apprend que Les Lumières occultent scandaleusement le Code noir. .“Montesquieu et Rousseau n’ont rien voulu voir. Voltaire a, paraît-il, touché des dividendes de la traite. Raynal assurément. De Buffon nous ne dirons rien. Condorcet, Grégoire et les autres choisiront en définitive des critères raciaux et par conséquent des techniques d’élevage pour mener le bétail noir au seuil de l’humanité: le droit tout de suite pour les sang-mêlés à la nature régénérée par le sperme des Blancs; pour les Noirs dont les veines ne charrient qu’affreux mélange de négritudes, soixante-dix ans d’attente.” (p. 273). Même la Société des Amis des noirs n’est pas exempte de racisme. Henri Grégoire exhorte le mulâtre libre à fouetter avec moins d’ardeur les pauvres noirs, se souvenant que “si désormais les Blancs sont ses frères, les Noirs sont toujours ses géniteurs.” En fait les Amis des Noirs s’en tiennent à des mesures humanitaires pour les nègres et à l’égalité civique pour les hommes de couleur: ”...quel inconvénient y aurait-il à accorder ces droits incontestables aux hommes de couleur libres, qui ne diffèrent point des Blancs dont ils tirent leur origine, et qui possédant la plus grande partie des terres de nos colonies, sont les plus intéressés à la prospérité publique?“ (Cité p. 270) Le décret d’abolition de 1792, jamais appliqué, restera un coup politique bassement politicien et la vision napoléonienne du problème afro-antillais revient à réinstaurer le Code et dresser encore plus haut les barrières juridiques et raciales entre les Noirs et les métis, les métis et les Blancs. Leclerc reçoit l’ordre d’expulser de Saint-Domingue toute Blanche qui aura eu des rapports sexuels avec les Noirs. On envisage le renvoi des Noirs des Antilles en Afrique, interdit totalement leur séjour en France et fait expulser de l’Ecole Polytechnique de Paris les étudiants d’origine africaine. Enfin, le 28 avril 1848, sera promulgué le décret d’abolition de l’esclavage mais la traite sera encore pratiquée clandestinement et, en 1849, L’Abolitionniste français proône un système semblable pour l’Algérie. Voici du code du roi de France une lecture impitoyable, portée par le lyrisme d’un pamphlétaire et qui démonte les rouages de cette machine d’oppression et de déshumanisation. Horreur et confusion du lecteur! Dans une introduction-exégèse qui représente la moitié de L’Afrique aux Amériques , l’auteur de Le Code noir ou le calvaire de Canaan récidive avec bonheur. Le “codigo carolino” est un avatar-avorton, copie souvent maladroite du code du Roi Soleil Elaboré sur le tard, à la veille des Révolutions, à commencer par la noire -celle de Saint-Domingue, il fait un peu piètre figure en comparaison mais le philosophe catalan montre qu’il ne manque ni de perversité dans ses attendus retors ni de puissance coercitive. Son introduction fait à merveille, une lecture du non-dit, déchiffrant en creux les tentatives de libération noire que les articles du code visent, en relief, à réprimer. On s’attendait, certes, à ce que les légistes sévissent à l’égard des esclaves rebelles ou “paresseux”. On découvre qu’il en est de même à l’égard des Noirs libres et des mulâtres. Catholique et porte-parole de Sa Sainte Mère l’Eglise ou pas, il s’agit en effet pour le pouvoir blanc de creuser sans cesse le fossé entre les races, qui doit rester infranchissable en dépit des ponts que les mulâtres, ce “mal inévitable”, jettent sans cesse sur le gouffre entre la (quasi) servitude de la liberté assortie de la citoyenneté. Ainsi réglementera-t-on ces emblèmes du statut de caste que sont le costume et les éléments de la toilette. L’article 2 des lois somptuaires précise : “Les Noires libres ou esclaves ainsi que les mulâtresses de la première génération ne pourront pas utiliser de mantille au lieu du mouchoir avec lequel elles doivent se couvrir. Les Noirs ne peuvent porter ni épée ou bâton, ni chapeau galonné d’or ou d’argent. S’il ne sont pas officiers des milices régulières, ils ne pourront pas porter d’habits de soie. “ Et l’article 3,” L’orgueil et la vanité de ces individus sont tels qu’ils déploient pour les enterrements ou les funérailles le même apparat que les Blancs : présence des communautés religieuses, suaires, croix, confréries sans nombre, choeurs musicaux pendant les offices ecclésiastiques. La musique leur est désormais interdite dans leur funérailles. Et s’ils veulent un accompagnement de croix et de suaires, il leur en coûtera une contribution de quatre réales d’argent et par suaire, à verser à la caisse de l’hôpital. “ Mais en quoi donc tout cela concerne t-il l’américaniste ou le francophone? D’une part, le comparatisme est toujours éclairant. Et surtout, il ne faut pas oublier que la Louisiane était espagnole aux jours ou le codigo fut promulgué: on voit alors combien les quarteronnes “placées” et les enterrements en musique (ancêtres des jazz funerals?) de la Nouvelle Orléans pouvaient en être affectés. Reste à savoir dans quelle mesure ces lois somptuaires furent effectivement respectées... Deux ouvrages à lire absolument. Pour la prose décapante de ce Catalan au grand coeur autant que pour sonder le mécanisme huilé du Code noir les “douces horreurs” du codigo espagnol.

Michel Fabre



Régis Antoine. La littérature franco-Antillaise (Haïti, Guadeloupe et Martinique). Paris: Karthala. 1993. 375

La réputation de l’auteur des Les Ecrivains français et les Antilles comme spécialiste de cette zone n’est plus à faire. Le présent volume est à la fois une histoire et une exploration thématique et idéologique de cette littérature. Celle-ci débute avec les écrits d’avant l’Emancipation, que l’auteur connait bien, ceux des planteurs et aussi la vision des esclaves. Plus loin, le chapitre sur “Haïti chérie” fait une belle place à Jacques Roumain et Jacques Stephen-Alexis. On notera aussi un excellent chapitre sur la transition assurée par René Maran-La Revue du Monde noir- Légitime Défense -l’Etudiant noir - Le cahier.. de Césaire et Tropiques Césaire lui-même reçoit, aussitôt après, un traitement détaillé. Les influences du marxisme et surréaliste, le pôle que représentent les poèmes de Saint John Perse, puis un débroussaillement de l’exotisme antillais servent de jalons et presque de préambule à un acheminement vers la section finale qui traite en détail de la modernité littéraire aux Antilles . Populisme, antillanité, diglossie, affectivité sont autant de points d’ancrage d’une réflexion qui a pour centre l’oeuvre d’une importance capitale qu’est celle d’Edouard Glissant, mais qui traite aussi de Maryse Condé, Daniel Maximin, etc. La littérature franco-antillaise, conclut Antoine, “s’offre au loisir et aux enquêtes come un gisement qu’il est possible d’aborder selon des diagonales multiples: articulation à l’économie sociale, à l’oralité, aux musiques infiniment présentes; transit de termes d’un côté à l’autre de l’océan, rééquilibrage thématique par apparition de genres nouveaux, sans toutefois qu’on s’y limite ou qu’on s’y enlise.” (p. 372) Refusant la réduction à l’errance, à l’érotisme comme à la “question noire”, Antoine considère que les clichés qui ont perduré jusqu’à présent font place à une approche élargie. L’écrivain antillais, “refusant le gratuité et le dépaysement ludique, recompose les éléments de sa littérature “en un corps réactivé” par de nouvelles préoccupations..
Walmsley, Anne. The Caribbean Artists Movement, 1966-1972. A Literary and Cultural History. London: New Beacon Books (76 Stroud Green Road, London N4 3EN), 1992. 356 p. $ 15.95

Cette première histoire systématique d’un important mouvement littéraire et artistique qui compta parmi ses fondateurs des personnages aussi prestigieux que Wilson Harris, Andrew Salkey, C.L.R. James, Orlando Patterson, ne peut manquer de faire figure de chronique de toute une époque. Celle-ci fut essentiellement et visiblement marquée par l’avènement du Black Power, mais les attendus et les ramifications politico-culturelles d’une idéologie et d’une esthétique qui se voulaient le plus souvent caribéennes, sinon noires, se trouvent également explorées avec perspicacité. Vraie mine de renseignements (on se réjouira de trouver une évaluation du trop peu connu Faustin Charles), cet ouvrage est aussi une introduction aux problèmes qui se situent encore aujourd’hui au coeur des relations entre la métropole et la périphérie, non seulement dans l’espace des relations anglo-caribéennes mais aussi dans le cadre de la “Londres des nègres”, durant ces vingt dernières années. L’exemple de la Seconde conférence du CAM, celle de 1968, et les confrontations, dégénérant en crise dont elle fut le théâtre marquent bien, entre autres, les difficultés à harmoniser les échanges entre idéologie et créativité, les liens entre militantisme et liberté personnelle; Anne Walmsley , notons le, avait déjà donné une excellente évaluation du talent original d’Aubrey Williams dans The Art of Aubrey Williams (1990). Le présent ouvrage déborde largement du cadre des arts plastiques, même si Clifton Campbell et une douzaine d’autres peintres reçoivent également l’attention qu’ils méritent.

Michel Fabre




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