L'interdiction du parti communiste espagnol en france en septembre 1950





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Tel était le vrai but de l'opération : chasser du territoire français le P.C.E., perçu comme le véritable état-major de l'inexistant (en 1950) mouvement de guérilleros, élément gênant pour la réalisation du projet militaire des Etats-Unis, visant à l'installation de bases militaires en Espagne.

Et le journaliste de poursuivre :

A première vue, l'action menée hier ne paraît justifier ni les cris de triomphe ni les protestations indignées, et sa portée semble vraiment trop limitée pour qu'on puisse penser qu'il y ait grand chose de changé aux moyens, avoués ou non, dont l'URSS dispose en territoire français.65

62 Le Monde, 9 septembre 1950, p. 4.

63 Parallèlement à l'interdiction du P.C.E., le Journal officiel annonçait la dissolution du P.S.U.C, ainsi que de
l'Association «Les amis de Mundo Obrero » (cf. Journal officiel, 9 septembre 1950, p. 9 691) et la fermeture
des journaux Mundo Obrero et Trebal, respectivement organes du P.C.E. et du P.S.U.C. (cf. Journal officiel,
9 septembre 1950, p. 9 692).

64 Le Monde, 9 septembre 1950, p. 4.

65 Ibid.

Laissons de côté l'URSS et les prétendus moyens (avoués ou non) dont elle semblait disposer en France à cette époque et signalons l'aveu d'A. F. que ni les résultats obtenus par la police ni les cris de joie de la presse de droite n'étaient justifiés.

Une question élémentaire se pose : ce fiasco était-il dû à l'incompétence des promoteurs de cette opération (D.S.T., gouvernement, police, médias) ou bien résultait-il de l'absence de matière, du simple constat qu'il n'y avait rien à tirer de toute cette opération ?

Une autre question élémentaire doit obligatoirement être posée : un peu plus de deux cents communistes étrangers furent arrêtés en 48 heures sur l'ensemble du territoire français, non seulement pour intelligence avec un pays étranger, mais pour participation à la préparation d'un coup armé contre la France. La presse, Le Monde en tête, s'empressa de ressortir le spectre du bras armé du P.C.E., le mouvement des guérilleros. Et tout cela dans des termes et avec des images droit sorties d'un film d'aventure, en parlant des Espagnols regroupés en une Agrupaciôn de Fuerzas armadas Republicanas Espanolas, organisme inventé de toutes pièces par la D.S.T., qui, selon Le Monde :

furent placés sous le commandement du général Lister [...], formés en commandos, ils furent ensuite disposés tout le long de la chaîne pyrénéenne pour y constituer une sorte de 'ceinture armée', camouflés dans des chantiers d'entreprise forestière [...]. Quelle devait être en définitive la destination pratique de ce maquis bien adossé aux Pyrénées ? Dans leur système de fermes-fortifications, les éléments du Parti Communiste Espagnol avaient-ils mission, en cas de conflit, de 'tenir' la frontière pyrénéenne ? C'est une opinion que la police ne pouvait pas être en mesure de confirmer.66

Deux choses à signaler : pour « tenir » la frontière pyrénéenne en cas de conflit, le P.C.E. aurait dû avoir sous ses ordres des milliers de guérilleros. Si tel avait été le cas, comment expliquer qu'il n'y ait eu que 148 Espagnols arrêtés le 7 septembre 1950, tous dans

66 « La surveillance continue dans la région de Toulouse », Le Monde, 12 septembre 1950, p. 4.

Cf. I. Falcón, Asalto a los cielos. Mi vida junto a pasionaria, Ediciones Temas de Hoy, Madrid, 1996,

pp.267-268.

la capitale française et les grandes villes de province, aucun dans la chaîne pyrénéenne ? Ces détenus étaient en partie des femmes ou des personnes âgées, comme le docteur Bonifaci et son épouse.

Combien eut-il de présentations au parquet parmi les personnes arrêtées ? Combien d'inculpations ? Combien de condamnations ? Aucune.

Les personnes arrêtées furent ou bien expulsées en hâte vers l'Allemagne de l'Est 67ou bien envoyés en Corse ou en Afrique du Nord, en attendant d'être invitées par un pays d'accueil. Bien entendu, on peut rappeler que de tout temps et dans tous les pays, on a toujours renvoyé dans leur pays d'origine les étrangers déclarés personne non gratae. C'est ce qu'il adviendra des quelques ressortissants russes, polonais, hongrois. Mais les Espagnols déclarés « agents d'une puissance étrangère » étant apatrides, aucun Etat ne pouvait plus les défendre.

La consigne donnée par la direction du P.C.E. à ses cadres et ses dirigeants à la veille du coup du 7 septembre était d'éviter de se faire arrêter et, en cas d'arrestation et de reconduite à la frontière, de ne formuler aucune demande en vue d'être dirigé vers un pays étranger. Cela explique que la plupart des détenus, suivant les consignes, refusèrent d'être dirigés vers un autre pays étranger et se virent expédiés en Corse et en Afrique du Nord. Seule une minorité rompit la discipline et choisit l'Allemagne68.

Plusieurs semaines après la rafle du 7 septembre, la direction du P.C.E., constatant que la situation de dizaines de cadres internés en Corse et en Afrique du Nord devenait

68 Cf. « De nombreux étrangers arrêtés en France ont été reconduits ce matin à Kehl », Le Monde, 9 septembre 1950, p. 4. Irène Falcon explique dans ses mémoires les péripéties que connut le groupe d'Espagnols conduits à la frontière de l'Allemagne de l'Est et les modalités du transfert des Espagnols de l'autre côté du rideau de fer. Parmi ces Espagnols se trouvait Angel Alvarez, membre du Bureau Politique, qui commit une double faute, celle d'avoir permis à la police française son arrestation (n'ayant pas changé de domicile à temps) et le fait de donner son accord pour être dirigé vers la R.D.A. Cette double faute lui valut l'exclusion du Bureau Politique et du Comité Central. Même sa fille, plus tard, paya les erreurs de son père, se voyant traitée par la Pasionaria comme une pestiférée. Dans les archives d'E. Lister, nous avons retrouvé une lettre de la Pasionaria où celle-ci s'indigne

insupportable, décida de modifier sa position et organisa, en accord avec les P.C. des pays de l'Est, le transfert de ses militants en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Hongrie et en R.D.A. Prague, avec la présence d'A. Mije, V. Uribe et E. Lister, devint le centre d'une nouvelle émigration communiste espagnole, celle établie dès 1951 dans la plupart des démocraties populaires.

Ainsi naquit la deuxième émigration espagnole : la première étant celle qui se constitua à la fin de la guerre civile et se distribua de par le monde, en France et en Amérique latine fondamentalement ; la deuxième, celle qui se forma à partir du coup policier du 7 septembre 1950, constituée exclusivement de dirigeants et cadres du P.C.E. et répartie dans quatre pays socialistes, la RDA69, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Pologne. La Roumanie (Bucarest) deviendra le cinquième pays d'accueil de l'émigration communiste espagnole, composée essentiellement de fonctionnaires du P.C.E. travaillant à Radio Espana Independiente, station de radio du P.C.E. destinée à émettre quotidiennement envers l'Espagne70.

Une partie de la direction (S. Carrillo, F. Anton et un groupe du Comité Central) resta à Paris clandestinement.

L'expulsion du P.C.E de France eut comme résultat direct une nouvelle division de la direction du P.C.E., qui à son tour fut la cause principale du début de l'ascension de S. Carrillo vers le poste de secrétaire général du Parti.

du fait que « esa nina [cette fille en espagnol peut très bien se traduire par cette garce- E.L.] ait pu bénéficier du privilège de venir étudier à Moscou ». Cf. Correspondance d'E. Lister - D. Ibarruri.

69 Le collectif espagnol fut réparti dans deux villes : Berlin et Dresde. Plusieurs personnalités républicaines
(communistes) résidèrent durant de longues années en Allemagne de l'Est : Manuel Sânchez Arcas, fameux
architecte, auteur du projet de la cité universitaire de Madrid, construite juste avant la guerre civile et qui fut,
durant la bataille de Madrid, l'un des lieux des combats acharnés, où se distinguèrent les premiers
interbrigadistes allemands. En 1946, M. Sânchez Arcas devient l'ambassadeur à Varsovie du gouvernement
républicain en exil. A partir de 1957, il s'installa à Berlin où il décéda en 1969. Une autre personnalité qui résida
quinze ans à Berlin fut José" Reanau, l'un des plus grands peintres-affichistes durant la guerre d'Espagne. Emigré
au Mexique en 1939, il travailla avec le célèbre David Alfaro Siqueiros. Sans oublier Celestino Uriarte, héros de
la résistance anti franquiste, arrêté en 1946 aux Asturies, condamné à mort, évadé et qui, à partir de 1959, fut le
responsable de l'organisation communiste espagnole en RDA où il mourut en 1977, étant membre du Bureau
Politique du Parti Communiste Ouvrier Espagnol.

70 L. Galán, Después de todo. Recuerdos de un periodista de la "Pirenaica", Ed. Anthopos, Barcelona, 1988.

A partir de 1951, existèrent pratiquement trois centres de direction du parti : Moscou avec Dolorès Ibarruri et Fernando - Claudin, Prague avec V. Uribe, A. Mije et E. Lister et Paris où résidaient S. Carrillo et F. Anton, rejoints plus tard par Jorge Semprun.

L'attitude des autorités françaises envers le P.C.E. dans les années suivantes montre bien que la France, tout en maintenant l'interdiction du Parti espagnol sur son territoire, toléra de façon manifeste le fonctionnement de la direction de ce parti à Paris dans une condition de semi-clandestinité71.

Nous pouvons affirmer que la période relativement courte de l'après-guerre (1945-1950) dans l'histoire de l'émigration communiste espagnole en France fut marquée par les efforts du P.C. visant à trouver une voie politique menant à la disparition du régime franquiste, but suprême de l'ensemble de l'opposition républicaine en exil. La profonde division qui opposait entre elles les différentes composantes de cette opposition en exil fut, à son tour, la cause majeure qui permit aux diplomaties occidentales, les Etats-Unis et l'Angleterre en particulier, de mener l'action diplomatique qui assura le maintien d'un régime antidémocratique en Espagne et qui, en même temps, garantissait l'ordre indispensable permettant, suite à la signature, le 26 octobre des accords militaires entre l'Espagne et les Etats-Unis, la transformation de la Péninsule ibérique en un nouveau « Gibraltar atomique »72 américain, un "porte-avions" des Etats-Unis.73

71 A partir de 1956, pratiquement toute la direction du P.C.E. vivait et travaillait à Paris grâce à l'aide et à la

collaboration du P.C.F. Cf. S. Carrillo Memorias, op. cit., pp. 543-544.

12 Cf. F. Giral, op. cit.,-p. 182.

73 F. Gordon Ordas, op. cit., p. 256. ' -
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