Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres





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sauver l'eau», d’éteindre la vendetta par son sacrifice, et il meurt en ayant fait promettre à Délira d'attribuer sa mort aux «mauvaises fièvres de ce pays de Cuba». L'événement frappe le village d'étonnement. Annaïse accourt, révélant ainsi qu'elle était unie à Manuel ; «le visage transfiguré par la souffrance», elle reproche à Dieu son injustice ; lavant le corps avec Délira, elle découvre la vérité et accepte aussi de la taire pour respecter sa «dernière volonté». Tout en fabriquant le cercueil de son ami, Laurélien se remémore son enseignement.. Annaïse est là malgré l'opposition de sa mère, et on espère qu'elle sait où se trouve la source, car, déjà, «chaque nègre tirait son plan». Le lendemain matin, des prières sont lues et le corps est béni par un «Père Savane». Délira souhaite à son fils de trouver «le chemin de ce pays de Guinée où tu reposeras en paix avec les Anciens de ta race» ; elle souhaite aussi pouvoir partir avec son fils «dans la grande savane de la mort». La fosse a été creusée près du village et elle est refermée par Laurélien qui se promet de ne pas oublier les paroles de Manuel.

Le soir même, Délira se rend chez Larivoire et lui fait rassembler ses gens pour remplir sa «mission» : leur répéter les dernières paroles de Manuel. Gervilen n'est pas là : il a quitté Fonds-Rouge. Aussi les autres sont-ils unanimes à accepter la réconciliation et à organiser «le coumbite».
Dans un épilogue intitulé “La fin et le commencement”, «les choses ont repris leur place, elles ont repris leur cours», mais Bienaimé n'est plus qu’«un homme foudroyé» par la douleur. «Depuis plus d'un mois, les habitants travaillent en coumbite» et «ils ont suivi point par point les indications de Manuel. Il est mort, mais c’est toujours lui qui guide». Délira et Annaïse vont assister au premier jaillissement de l'eau dans le canal et dans les rigoles, ce qui ferait que «bientôt, cette plaine aride se couvrirait d’une haute verdure» et, à ce moment même, Délira regrettant son fils, Annaïse «prit la main de la vieille et la pressa doucement contre son ventre où remuait la vie nouvelle».
Analyse
(la pagination est celle de l’édition des Éditeurs français réunis, 1946)
Intérêt de l’action
Le livre suit un déroulement bien net, apparemment sur deux pistes parallèles : l’idylle entre Manuel et Annaïse, conçue sur le modèle de ‘’Roméo et Juliette’’, et la recherche de l’eau sur laquelle règne un mystère, qui prend l’allure d’une aventure. Manuel en est donc le moteur : il va amener à bouger, à revivre, à progresser un village immobile, presque mort faute d'eau et que les dieux ont abandonné, monde de la détresse, de la désolation et de la haine également, le livre s'ouvrant sur un désespoir total : «Nous mourrons tous .» dit la vieille Délira, la misère, comme toujours, faisant remonter à la surface de vieilles rancœurs, Fonds-Rouge étant donc divisé en deux camps.

L’obstacle, c’est la vendetta et, surtout, l’opposition du méchant de service, Gervilen, qui apporte des péripéties et provoque la tragédie. L’attentat survient habilement et sournoisement (tant par l’acte que par la discrétion de l’auteur) en fin de chapitre : «Il n’eut pas le temps de parer le coup [...] Il chancela et s’affaissa. La torche s’éteignit» (page 177, derniers mots du chapitre XII). On n’apprend que dans le chapitre suivant qu’il a reçu des «coups de poignard» (page 178).

Mais, en fait, les deux pistes sont étroitement unies («les deux choses sont amarrées comme la liane et la branche», page 112), surtout dans l’épilogue, quand lors du «coumbite» qui est le résultat de la recherche de l’eau, Annaïse annonce l’enfant à venir, autre preuve que l'avenir est aux habitants de Fonds-Rouge. La mort de Manuel est donc dépassée. Il meurt, certes, mais pour se répandre encore plus souverainement dans la vie de la communauté pour laquelle sa vie a été sacrifiée. L'idée de cette victoire sur son humanité mortelle se trouve aussi implicitement exprimée dans le fait que sa fiancée attend un enfant. Jacques Roumain a su, dans la dernière scène, évoquer la co-résurrection de la terre et de Manuel : «Les habitants surgissaient en courant du morne, ils lançaient leurs chapeaux en l'air, ils dansaient, ils s'embrassaient ./ - Maman, dit Annaïse d'une voix étrangement faible. Voici l'eau. / Une mince lame d'argent s'avançait dans la plaine et les habitants l'accompagnaient en criant et en chantant. / Antoine marchait à leur tête et il battait son tambour avec orgueil. / - Oh Manuel, Manuel, Manuel, pourquoi es-tu mort? gémit Délira. - Non, dit Annaïse et elle souriait à travers ses larmes, non, il n'est pas mort. / Elle prit la main de la vieille et la pressa doucement contre son ventre où remuait la vie nouvelle.» (page 219).

Il survivra dans les chants de ses compagnons et dans le fils que sa femme Annaïse va bientôt mettre au monde : «Ce qui compte, c'est le sacrifice de l'homme. C'est le sang du nègre. Rédemption du peuple
Ce conflit où se mêlent un fléau naturel, I’amour et la haine des êtres humains, la lutte d'un homme exceptionnel venu d'ailleurs, qui a une autre expérience, qui a pris une distance, pour sauver son village de la sécheresse et de la discorde, prend les dimensions et le ton d’une épopée. On y retrouve le thème biblique du paradis perdu et retrouvé grâce au sacrifice du sauveur, la tragédie voyant le déroulement inéluctable d’une sorte de drame liturgique. Ce sauveur a un destin comparable à celui du Christ, comme le suggère son nom (Manuel étant une réduction d’Emmanuel, autre nom du Christ) : il a bien montré sa volonté de se sacrifier et on déclare «que sa mort soit pour vous le recommencement de la vie» (page 212). Il faut une victime pour qu’il y ait une catharsis, que son message passe et qu’ensuite le Bien, le Progrès se réalisent.
Gouverneurs de la rosée” est aussi une émouvante histoire d'amour : deux jeunes gens, Manuel et Annaïse, se sentent mutuellement attirés en dépit de la vendetta du fait qu’ils appartiennent à des clan ennemis (schéma analogue à celui de “Roméo et Juliette”). Ils sont aussi comme Adam et Ève : «au commencement du monde» où «il y avait une femme et un homme comme toi et moi», et ils s'étreignent sur la terre même.Leur idylle est menacée : «Il y a nous et il y a les autres. Et entre les deux : le sang. On ne peut enjamber le sang.» (page 65). L'hostilité est enracinée à un tel point dans les consciences que le seul fait d'entendre prononcer le nom d'un des ennemis provoque une sorte de réflexe d'agressivité. La première rencontre des amoureux nous fournit une illustration de cet état d'esprit ; ils se rencontrent, ils se sentent attirés l'un par l’autre, mais le moment critique arrive quand ils se reconnaissent comme appartenant aux familles ennemies : «- Alors, dit Manuel, ton nom c'est Annaïse. - Oui, Annaïse, c'est mon nom. - Moi-même, on m'appelle Manuel. - C’est icitte que je reste. - Moi-même, je ne vais pas loin non plus. Je te dis merci pour la connaissance. Est-ce que nous nous reverrons encore? / Elle détourna la tête en souriant. - Parce que j'habite comme qui dirait porte pour porte avec toi. - En vérité ! Et de quel côté? - Là-bas dans le tournant du chemin. Pour certain que tu connais Bienaimé et Délira : je suis leur garçon. / Elle arracha presque sa main de la sienne, le visage bouleversé par une sorte de colère douloureuse. - Hé, qué pasa? s'écria-t-il. / Mais déjà elle traversait la barrière et s'en allait rapidement sans se retourner.» (pages 35-36).

Les rendez-vous secrets permettent aux deux amants de se connaître davantage. Cependant, même dans les transports de la passion, ils n'oublient pas le monde concret et ses problèmes. Cet amour permet à Manuel (et donc à Roumain) d’avoir une interlocutrice à qui il peut exposer ses vues.
La chronologie est à peu près constamment linéaire. Il y a un retour en arrière lorsque Manuel se souvient de la bagarre (qui prouve l’habileté de Jacques Roumain à raconter une action physique violente) lors de la grève à Cuba (page 50). Le récit est fait au passé, mais le présent intervient pour de courts moments (pages 182-183, 190).
Le point de vue est, en général, objectif. Mais on peut constater des intrusions du narrateur : «que voulez-vous» (page 114) - «dites-moi» (page 114) - «J’ai entendu dire que...» (page 119) - «Et maintenant, ce Manuel qui se conduisait comme s’il allait tomber du mal caduc, quand donc, par la barbe du Saint-Esprit, pardon, mon Dieu, j’ai blasphémé, je ne le ferai plus, mea culpa, quand donc finiraient tous ces emmerdements?» (page 125) - «je dis» (page 127) - « Avant midi, le bruit que Manuel avait découvert une source s’était répandu à travers le village. Nous avons un mot pour ça, nous autres nègres de Haïti : le télégueule que nous disons » (page 147)

Le monologue intérieur peut venir se mêler à la narration (page 13) où s’introduit aussi le style indirect libre car ainsi c’est Hilarion en fait qui parle quand le narrateur dit : «Il fallait foutre le Manuel sous clef, dans la prison du bourg» (page 161).
La focalisation ne se fait pas toujours sur Manuel.
‘’Gouverneurs de la rosée’’ est un roman habile, marqué par un tragique simple qui éclate çà et là éclate en scènes inoubliables.

Intérêt littéraire
Cette histoire est portée, d’une part, par une langue savoureuse, et, d’autre part, par un souffle poétique irrésistible.
Jacques Roumain joue de plusieurs langues.

D’abord, il restitue la langue parlée à Haïti, le créole, qui fait partie des créole français parce que sa base lexicale est en grande partie fondée sur le vocabulaire français (les «parler-français» [page 47]), bien que sa grammaire soit restée en grande partie d'origine africaine. On trouve des mots :

- «coumbite» (traduit en note : «travail agricole collectif», page 16)

- « malanga » : légume qui ressemble à la patate douce et au taro et est l’aliment de base dans les Antilles (page 122).

On trouve même des phrases :

- «Femme-la dit, mouché, pinga ou touché mouin, pinga-eh» (traduit en note : «La femme dit : Monsieur, prenez garde à ne pas me toucher, prenez garde», page 18)

- «A tè, m'ap mandé qui moune : Qui en de dans caille là? Compè répond : C'est mouin avec cousine mouin. Assez-é.» (traduit en note : «À terre, je demande : Qui est dans la case? Le compère répond : C'est moi avec ma cousine. Assez, eh !», page 19)

- «Mouin en dedans déjà. En l'ai-oh ! Nan point taureau passé taureau. En l'ai, oh.» (traduit en note : «Je suis déjà là-dedans. En l'air, oh. Il n'y a pas plus taureau que le taureau - En l'air, oh !», page 19)

- «P’tite mouin, ay pitite mouin» (traduit en note : «Mon petit, ah, mon petit», page 37)

- «Pissé qui gaillé, pas cumin» (traduit en note : «Le pissat dispersé n’écume pas. Équivaut à “pierrre qui roule n’amasse pas mousse”», page 44)

- «Papa Legba, l’ouvri barrié-a pou nous, ago yé !

Atibon Legba, ah l’ouvri barrié-a pou nous, pou nous passer

Lo n’a rivé, n’a remercié loa yo

Papa Leggba , mait’e trois carrefours, mai’te trois chemins, mait‘e trois rigoles

L’ouvri barrié-a pou nous, pou nous entrer

Lo n’a entré, n’a remercié loa yo

(traduit en note : «Papa Legba, ouvre la barrrière pour nous, afin que nous puissions passer, ago yé. Atibon Legba, ah, ouvre la barrière pour nous afin que nous puissions passer. Lorsque nous serons arrivés, nous remercierons les loa.... Papa Legba, maître des trois carrefours, maître des trois chemins, maître des trois rigoles - Ouvre la barrière pour nous, pour que nous puissions entrer - Lorsque nous serons entrés nous remercierons les loas.», page 69 )

- «Bolada Kimalada, ô Kimalada

N’a fouillé canal la, ago

N’a fouillé canal la, mouin dis : ago yé

Veine l’ouvri, sang couri

Veine l’ouvri, sang coulé, ho

Bolada Kimalada, ô Kimalada» (traduit en note : «Bolada Kimalada, ô Kimalada - Vous fouillerez le canal, prenez garde - Vous fouillerez le canal, je dis : prenez garde - La veine est ouverte, le sang court - Ô la veine est ouverte, le sang coule - Bolada Kimalada, ô Kimalada» (page 75)

- «Legba-si, Legba saigné, saigné

Abobo

Vaillant Legba

Les sept Legba Kataroulo

Vaillant Legba

Alegba-sé, c’est nous deux

Ago yé » (page 76)

- «Pa’ quel excés dé bonté vous vous êtes cha’gé di poids dé nos crimes, vous avez souffé’ine mô crielle pou’ nous sauvé dé la mô» (page 193).
Ce qui est censé être le bon français, le «français français» (page 48), est déformé par la prononciation : «Mademoiselle, depuis que jé vous ai vur, sous la galérie du presbytè, j'ai un transpô' d'amou' pou' toi. J'ai déjà coupé gaules, poteaux et paille pou' bâtir cette maison de vous. Le jou de not' mariage les rats sortiront de leurs ratines et les cabrits de Sor Minnaine viendront beugler devant notre porte. Alô' pou' assurer not' franchise d’amour, Mademoiselle, je demande la permission pour une petite effronterie. Mais Sor Mélie me retire sa main, ses yeux font des éclairs, et elle me répond : «Non, Mussieu, quand les mangos fleuri et les cafés mûriront, quand le coumbite traversé la riviè' au son des boulas, alô' si vous êtes un homme sérieux, vous irirez réconnait'e mon papa et ma maman.» (page 48) - «Mussieu» (page 82) - «proléteurs» (page 99) - «Pa’ quel excés dé bonté vous vous êtes cha’gé di poids dé nos crimes, vous avez souffé’ ine mô crielle pou’ nous sauvé dé la mô» (page 193) - «Ma’chons ou combat, à la gloi-oi-re...» (page 199) - «un petit quèque chose» (page 206).
Mais la plupart du temps, Jacques Roumain emploie seulement une langue populaire française ancienne (dont certains mots s’emploient aussi au Québec) :

- «abusant» (page 94) ;

- «adieu» qui se dit pour «bonjour» (page 85)

- «ajoupa» (en note : “case”, page 126)

- «avalasse» : «tomber à l’avalasse» (page 198) : averse

- «bailler» (donner) : «baille-moi la main» (pages 37, 141) - «pas baillé le temps» (page 38) - «baille-moi ton as» (page 86) - «bailler d’explications» (page 89) - «baille-moi un morceau de charbon» (page 124)

- «barré» (« barrière ») : «la savane servait de barrré au bétail» (page 83)

- « bassette » : « une poule bassette » (page 203) : naine

- «battouels des lessiveuses» (page 165) : « battoirs »

- «baugé» (page 176) : « vautré dans sa bauge »

- «bêtiser» (page 23) : « faire des bêtises », « batifoler »

- «boissonnier» (page 144) : ivrogne

- «boucan» (feu) : «la fumée des boucans de charbonniers» (page 55) - «une nouvelle bûche rallume un boucan» (page 200)

- «cabrouet» (page 45) : déformation de «cabriolet»?

- «cadaches» (page 58) : « cacahouètes » qui sont comparées à des «araignées»

- «carabans» (en note : «pièges», page 110)

- «case» («maison») : «On pourrait bâtir une case» (page 102)

- «causer» (nom : « conversation », « discours ») : «de causer en causer» (page 47) - «faire un grand causer» (pages 90, 95) - «
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