Préparation du voyage d’études en Inde





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Session 9

Préparation du voyage d’études en Inde
Mira KAMDAR, chercheur, World Policy Institute

La société indienne, un aperçu

Vendredi 5 avril 2013
Auteur et experte de l’Inde, je rédige « Le mot de l’Inde » pour le Courrier international (publication à venir d’un recueil de ces articles). Bien que paru en 2008, mon livre Planet India : l’ascension turbulente d’un géant démocratique (Actes Sud) est toujours d’actualité. Il retrace les grandes tendances de ce pays en plein essor, ses contradictions, ses zones de friction mais aussi ses possibilités, ses espoirs et ses ambitions.

Je sors prochainement India in the 21st century (Oxford University Press).

On m’a demandé de vous brosser à grands traits la société indienne en abordant les castes, les femmes, l’agriculture, l’éducation et l’alimentation. Ces cinq thèmes sont en effet essentiels pour cette Inde en plein devenir.
Un pays à plusieurs vitesses

Vous allez visiter un pays compliqué, à la fois riche et contradictoire, en pleine mutation et particulièrement dynamique. Vous observerez des pas en avant mais aussi des pas en arrière ou de côté. Vous constaterez immédiatement que l’Inde est un pays à vitesses multiples. Il ne s’agit pas d’un pays monolithique avançant de manière uniforme. Les indiens eux-mêmes ont tendance depuis quelques années à parler de leur pays sous deux noms différents :

  • India pour qualifier ce pays où se développent l’informatique, les tours résidentielles, les grandes routes ; c’est l’Inde branchée à la réalité que nous vivons en Occident, l’Inde des centres commerciaux que l’on trouve partout et où l’on peut acheter n’importe quelle marque de luxe ;

  • Bhârat, le nom d’origine sanskrite, pour désigner l’Inde agricole, l’Inde des pauvres, l’Inde qui n’arrive pas à avancer, l’Inde des conflits religieux et des violences sexuelles.

Cette double appellation souligne les avancées de l’Inde à au moins deux vitesses très différentes.
L’Inde et la crise

Actuellement, l’Inde est en crise. En 2010, son taux de croissance dépassait 9 %. Le premier ministre Manmohan Singh exprimait alors l’espoir qu’il dépasse 10 %, estimant même que si le taux de croissance ne dépassait pas 10 %, il serait impossible pour l’Inde de tirer au-dessus du seuil de pauvreté les 450 millions d’indiens qui vivent encore avec moins d’un euro par jour. Depuis, il y a eu la crise économique mondiale. L’Inde est restée épargnée pendant une courte période parce que sa demande intérieure représente une bonne partie de son activité économique. Toutefois, s’étant de plus en plus engagée dans l’économie mondiale, l’Inde n’a pu finalement échapper à la crise qui touche tous les pays. Son taux de croissance ne dépassera guère 6 % en 2013. Si nous nous en tenons aux propos du premier ministre, ce taux est loin d’être suffisant pour que les indiens très pauvres (qui représentent au moins 1/3 de la population) puissent bénéficier du progrès de leur pays.

Par ailleurs, l’Inde traverse également une crise de gouvernance. En Une du magazine News week, on a pu voir une photo de Manmohan Singh accompagnée du titre : celui qui déçoit. Le premier ministre déçoit autant le monde des affaires, qui estime que le gouvernement n’a pas fait suffisamment d’efforts pour continuer le processus de la libéralisation de l’économie, que ceux qui se soucient des pauvres qui n’arrivent pas encore à bénéficier de la croissance économique de la dernière décennie. De nombreux scandales de corruption ont éclaté (Commonwealth Games puis scandale dans les télécommunications suivi de l’emprisonnement de l’ancien ministre des télécommunications, etc.). La corruption touche au plus haut comme au plus bas niveau. Un des anciens premiers ministres de l’Inde, Rajiv Gandhi, estimait que sur chaque roupie dépensée par le gouvernement pour améliorer le sort des pauvres seuls 10 centimes arrivaient aux destinataires.

Le viol collectif d’une jeune indienne a connu un retentissement mondial du fait de la réaction des indiens qui se sont précipités dans la rue. Cela témoigne de l’attachement des indiens à la démocratie. Cet attachement est une grande source d’espoir pour ce pays qui affronte de nombreux défis et traverse une crise économique et de gouvernance. Les indiens n’hésitent pas à manifester et à exprimer leur opinion. Les scandales de corruption ont également suscité des manifestations importantes. Suite au viol collectif, il y a eu un regain d’activités dans le domaine civil avec la création de nombreuses associations. Les jeunes sont très impliqués. Néanmoins le problème de la violence sexuelle et le sort des femmes et des filles restent préoccupants.
Un pays jeune

L’Inde connaîtra en 2014, comme tous les 5 ans, des élections générales. 800 millions d’indiens (l’équivalent de la population de l’Europe et des États-Unis) seront appelés aux urnes, parmi lesquels 100 millions voteront pour la première fois. 65 % des indiens ont moins de 35 ans. Cette jeunesse explique une bonne partie du dynamisme du pays. A Bangalore, vous serez surpris par l’âge des personnes travaillant sur les campus des sociétés informatiques. En 2030, l’âge moyen d’un indien sera de 29 ans contre 37 ans pour un chinois, 42 ans pour un américain et 45 ans pour un européen. En Occident, nous vivons dans des sociétés plutôt vieillissantes. L’Inde est le pays qui va rester le plus jeune le plus longtemps avec sa population en passe de devenir la plus importante du monde. Sa population atteindra 1,6 milliards de personnes avant de se stabiliser.
Les castes

Le système de castes reste difficile à comprendre pour les étrangers. Il s’agit d’un système d’organisation sociale hiérarchique qui date d’au moins 1200 av JC. Ce système est divisé en quatre strates :

  • les brâhmanes, qui étaient chargés de l’interprétation et de la perpétuation des textes religieux transmis oralement pendant très longtemps et même encore aujourd’hui. Aujourd’hui, on trouve des brâhmanes dans tous les domaines d’activités.

  • Les kshatriya, la caste des guerriers donc l’aristocratie.

  • Les vaishya, la caste des marchands.

  • Les sudra, la caste des paysans.

S’ajoutent à ces quatre strates les intouchables, c’est-à-dire les personnes qui n’appartiennent à aucune caste et s’occupent de tout ce qui est considéré comme impur ou sale (collecte des ordures, faire disparaître les animaux morts, etc.).

Ce système est assez facile à comprendre si l’on se réfère à la société féodale en Europe qui s’organisait autour de la noblesse d’épée, la noblesse de robe, les bourgeois et les paysans.

Les Britanniques ont codifié le système des castes. On trouve dans chacune des castes des centaines, voire des milliers, de sous-castes.

Récemment, le gouvernement indien a fait des efforts pour donner une chance à des personnes qui souffraient d’une discrimination telle qu’elles ne pouvaient pas avancer dans la vie. Le gouvernement a ainsi établi un système de quotas qui consiste à réserver des places à des personnes de « basses castes » dans le secteur public, dans les universités et dans les administrations. Ce système de réservation fait l’objet d’un contentieux dans la société indienne car il n’existe pas dans le secteur privé, la partie la plus dynamique de la société indienne. Dans le secteur privé, l’activité reste dominée par les hautes castes.
Les femmes

Le sort des femmes en Inde n’est pas brillant. Par rapport aux femmes des autres pays, elles ont en général la vie assez dure. Elles sont moins instruites que les hommes, vivent moins longtemps et ont plus de problèmes de santé. En raison de l’avortement sélectif, certaines régions connaissent une disproportion croissante entre les garçons et les filles (877 filles pour 1000 garçons dans le Haryana).

L’Inde étant un pays de contradictions, on y trouve également des femmes extrêmement puissantes (chefs d’entreprises, présentatrices tv, milieu associatif). Les jeunes femmes en milieu urbain (la population à majorité rurale a tendance à se déplacer de plus en plus vers les villes), surtout dans la classe moyenne émergente, sont très actives. Elles font des études, elles travaillent et ont un mode de vie comparable à celui des femmes occidentales.
L’éducation

Selon le rapport sur l’état de l’éducation en Inde en 2012, le nombre d’enfants indiens scolarisés n’a jamais été aussi élevé. Plus de 96 % des enfants indiens sont scolarisés en primaire. Néanmoins, la qualité de leur instruction est très déficiente. Les élèves de 5e ont par exemple le niveau moyen de lecture d’un enfant de 6 ans. Par ailleurs, les étudiants (excepté ceux qui intègrent des écoles d’élite ou des écoles privées) ne reçoivent pas une formation valable qui permette leur embauche par les industries indiennes. Ces dernières fournissent donc des efforts importants pour former elles-mêmes leurs employés.
L’agriculture

L’Inde (premier exportateur de lait et de viande de bœuf) est l’un des pays agricoles les plus riches et les plus importants du monde. L’Inde produit également énormément de céréales et d’autres produits agricoles. Il lui reste toutefois du chemin à parcourir dans le traitement des produits bruts (conservation, réfrigération, transport rapide, distribution dans les centres urbains) et la collaboration entre petits exploitants et grandes surfaces. En effet, il persiste un décalage important entre la situation de la plupart des agriculteurs (exploitants de moins d’un hectare n’ayant accès ni à l’irrigation ni aux prêts) et les grandes surfaces qui exercent un puissant lobbying pour entrer en Inde. Le gouvernement indien a précipitamment entamé quelques réformes fin 2012 pour faciliter l’entrée en Inde des grandes surfaces. Pour alimenter ces grandes surfaces, la filière entre les petits producteurs et les points de distribution reste à créer.

L’Inde comme la Chine est en train de louer et d’acheter des terrains immenses en Afrique pour l’exploitation agricole. Avec l’augmentation de sa population, malgré son potentiel agricole, elle risque d’avoir des problèmes pour nourrir sa population dans le futur. Elle cherche donc à délocaliser sa production agricole en Afrique.
L’alimentation

L’Inde vient de voter un projet de Right to Food Act, le droit à la nourriture. Ce projet de loi dit que tout Indien a droit à un certain nombre de calories par jour. Comment garantir que tout Indien qui a faim pourra trouver un soutien alimentaire grâce à ce projet de loi ? Il existe déjà des points de distribution gouvernementaux de céréales (riz, blé), de lait et de quelques autres produits agricoles. Il existe également un grand programme (Hot lunch programme) qui offre à de nombreux écoliers pauvres un repas chaud le midi dans les écoles primaires.

L’augmentation de la population, le changement climatique qui risque de frapper durement le pays, les problèmes d’inondation et de sécheresse constituent des risques majeurs pour la production agricole en Inde. Un livre sur l’impact du changement climatique sur la production agricole mondiale estimait que la production agricole en Inde risquait de diminuer de 60 % d’ici 2080 alors même que la population indienne augmenterait de 400 millions de personnes. Ceci explique pourquoi l’Inde recherche toutes les solutions possibles, y compris la délocalisation de sa production agricole.

Questions / Réponses


  • Étant gendarme, ma question sera relative à la sécurité. Quels sont les risques éventuels d’attentats, les conflits existants en Inde ?

La sécurité est un vaste sujet qui englobe plusieurs dimensions. En Inde, la police manque de formation et de moyens. Les policiers sont très mal payés et donc sujets à la corruption. Les vidéos de l’attentat terroriste à Mumbai en 2008 montraient des policiers armés de vieux fusils tandis que les terroristes étaient équipés de mitraillettes.

Dans les grandes villes, les postes de secours, qui permettraient aux équipes de police et de pompiers de répondre rapidement à une situation urgente, sont insuffisants. Les pompiers ont mis trois jours pour éteindre l’incendie de l’hôtel du Taj Mahal.

Bien que toutes les religions soient présentes en Inde, au quotidien, les gens vivent paisiblement les uns à côté des autres. Je me rends seule en Inde et je ne m’y suis jamais sentie menacée. Vous ne vous sentirez pas menacés pendant votre séjour sauf événement exceptionnel. En effet, un événement qui offense une partie de la population (soit hindoue, soit musulmane) peut rapidement entraîner des émeutes ou des mouvements de foule (ceci s’explique en partie parce que la population vit dans un état permanent de frustration). Dans ce cas, il faut simplement se terrer dans son hôtel et se faire tout petit !

Des projets collaboratifs entre la France et l’Inde visent à aider les forces de l’ordre à faire face à des menaces de sécurité. La solution passe en premier lieu par la professionnalisation des forces de l’ordre et de la sécurité indiennes.

  • Les castes ont-elles une origine tribale ? Peut-on identifier génétiquement ou morphologiquement l’appartenance à une caste ?

Comment l’Inde fait-elle pour être le premier pays exportateur de viande de vaches, alors que ces dernières sont considérées comme des divinités ?

Justement, comme peu de vaches sont tuées et mangées en Inde, les vaches trop vieilles pour produire du lait sont exportées à l’étranger !

Il n’y a pas d’origine tribale aux castes. Il existe beaucoup d’ethnies différentes en Inde. La division en castes n’a pas de fondement génétique. Grossièrement (j’insiste sur ce point), vous remarquerez que les personnes de hautes castes sont en général plus grandes et ont un teint moins foncé. Les personnes de basses castes sont, encore en général, plus petites et de teint plus foncé. Ceci peut tout simplement s’expliquer par le fait qu’elles ne sont pas aussi bien nourries depuis des générations.



  • La participation aux élections et l’implication politique des citoyens sont-elles fortes ? Les indiens élisent-ils leur gouvernement au suffrage direct ?

La participation aux élections est très élevée, d’autant que les politiciens incitent les gens à voter en leur promettant des radios, des frigos, du cash !

Il ne s’agit pas d’un suffrage direct. Les indiens ne votent pas directement pour le premier ministre mais pour élire les membres du Parlement. C’est le parti politique qui remporte la majorité au Parlement qui désigne ensuite le premier ministre.

En 2014, il est fort probable qu’arrive au gouvernement une coalition de partis politiques. Il existe 7 partis politiques nationaux et 52 partis dans les États reconnus officiellement par la commission électorale indienne et 1035 partis, qui ne sont pas officiellement reconnus mais qui figurent sur la liste de la commission électorale. Cette démocratie est foisonnante et complexe.

4 ou 5 partis sont importants au niveau national. Ils vont chacun remporter un certain nombre de sièges au Parlement et marchander entre eux pour former un gouvernement. Le gouvernement de coalition se formera sans doute autour de l’un des deux grands partis suivants :

  • le parti du Congrès, actuellement au pouvoir, qui est le parti historique depuis la fondation du pays en 1947 mais dont le dernier héritier Rahul Gandhi inspire peu les électeurs,

  • le parti nationaliste hindou, un parti de droite dont le candidat sera vraisemblablement Narendra Modi, le ministre en chef de l’État de Gujarat, un état plus développé économiquement que sur le plan humain. Narendra Modi est entaché par un massacre de musulmans qui s’est produit sous son gouvernement en 2002.

Les élections de 2014 seront intéressantes. Le choix portera entre deux camps mais chacun devra à mon avis recourir à une coalition.



  • On entend beaucoup parler de la place des femmes mais peu de la place des mouvements des droits des femmes, voire des mouvements féministes. Quel est l’état des lieux en Inde de ces mouvements ? Quelle est la place des femmes en politique ?

Dans toute l’Asie du sud, un certain nombre de femmes sont devenues chefs d’État parce qu’elles étaient les veuves ou les filles d’un homme d’État. Certaines femmes occupent une place au Parlement grâce à leur mari. Des efforts du gouvernement indien visent à égaliser la proportion des hommes et des femmes en politique. Au niveau des panchayat, organisme de base de la gouvernance indienne dans les villages, les femmes doivent désormais constituer la moitié des membres.

Il existe de nombreux mouvements féministes indiens. Par exemple, la Pink Sari Brigade, un mouvement féministe du Rajasthan, est composée de femmes vêtues de saris roses qui humilient publiquement les maris qui battent leurs femmes. Des femmes indiennes militantes (féministes mais aussi dans d’autres domaines comme l’agriculture) sont célèbres : Vandana Shiva, Mallika Sarabahai, Urvashi Butalia, etc. Les mouvements féministes datent du mouvement indépendantiste auquel les femmes ont participé massivement. Cela étant dit, la société indienne reste profondément patriarcale. Traditionnellement, la société indienne s’organise de sorte que les garçons restent dans la maison parentale à vie. Les filles partent vivre dans la famille de leur mari à laquelle elles apportent souvent une dot très élevée, qui pousse leur famille à s’endetter. C’est une des explications du phénomène d’avortement sélectif et de la disproportion filles/garçons. Dans cette Inde qui se modernise, en pleine effervescence économique, les familles qui veulent améliorer leur situation matérielle considèrent les filles comme un désavantage et les garçons comme un atout. Elles font donc tout pour n’avoir que des garçons. Il faut que cela change.

Comme je le disais, de plus en plus de jeunes femmes font des études supérieures. D’ailleurs, le fait que la jeune femme victime du viol collectif ait été un symbole de l’ambition de l’Inde moderne explique en partie la réaction qu’a suscitée ce crime. La première de sa famille à suivre des études supérieures, elle était soutenue dans cette démarche par ses deux parents. Son agression s’est déroulée alors qu’elle sortait du cinéma où elle avait vu l’Odyssée de Pi en compagnie d’un copain. Cette jeune femme incarnait l’Inde moderne, une Inde à laquelle ses agresseurs pauvres, sans éducation et sans espoir de décrocher un bon poste ne pouvaient accéder.



  • Ma première question porte sur la diaspora indienne. Dans les pays du Golf (Arabie saoudite, Qatar, Émirats), on voit énormément d’indiens, en grande partie très qualifiés. Ces indiens expliquent d’ailleurs venir dans ces pays pour trouver un emploi à la hauteur de leur qualification. Ils ne représentent probablement qu’une petite partie de la population indienne. Cette fuite des cerveaux vers les pays riches constitue-t-elle un problème pour l’Inde ?

Ma deuxième question porte sur la complexité de l’administration indienne. Quand une entreprise ouvre des filiales en Inde, elle tombe dans un système d’une complexité effroyable. Cette complexité ralentit-elle le développement de l’Inde ? Les indiens sont-ils conscients de cette complexité ? Si oui, qu’est-ce qui est mis en œuvre pour simplifier les démarches ?

Concernant votre deuxième question, il est évident que la complexité des démarches ralentit la croissance de l’Inde. Mais, cela va déjà mieux qu’avant, à l’époque du régime des permis. Toutes les entreprises implantées en Inde ou voulant s’y implanter se plaignent des démarches. Les indiens en ont conscience mais il est très difficile de changer les choses d’une part parce que ces multiples démarches créent des emplois et d’autre part à cause de la corruption (chaque démarche offre l’opportunité de toucher de l’argent !). D’où une résistance à changer cette situation.

Concernant votre première question, je fais moi-même partie de la diaspora indienne. Mon père, qui était ingénieur aéronautique et a fait ses études au MIT, est parti d’Inde en 1949. La diaspora indienne comptera bientôt 40 millions de personnes.
Le Courrier international a publié fin mars cette infographie sur la diaspora indienne.
La diaspora a différentes origines au cours de l’histoire :

  • indiens exportés par les anglais pour travailler dans les plantations (Fidji, Guyane, îles caraïbes),

  • émigration des indiens vers les États-Unis et le Canada à partir des années 1960 quand les lois sur l’immigration ont été modifiées afin de permettre aux cerveaux d’immigrer et de contribuer à la bataille contre les soviétiques,

  • exportation de la main d’œuvre indienne vers les États du Golf,

  • mondialisation de l’économie qui conduit les gens hautement qualifiés à chercher la meilleure situation dans le monde.

Depuis une dizaine d’années, on a assisté à un mini phénomène de retour des émigrés indiens hautement qualifiés. Bien qu’ayant fait leur carrière à l’étranger, ces émigrés regrettaient d’avoir quitter leur pays et ont profité de la croissance de l’économie indienne et de l’explosion des industries informatiques pour revenir. Leur profil est très recherché par les sociétés indiennes, américaines et européennes car ils connaissent les deux cultures.



  • Quelle est l’histoire officielle enseignée aux enfants sur le bilan de la colonisation ? Est-ce un bilan uniforme ou nuancé ?

Les deux ! Les choses sont même encore plus compliquées que cela. Comme tous les pays postcoloniaux, l’Inde a sa mythologie nationale, d’autant qu’elle était le premier pays à devenir indépendant après la deuxième guerre mondiale. S’ajoute à cela la stature des pères fondateurs de l’Inde qui se prêtent également à une mythologie grandiose. Tous les pays n’ont pas le Mahatma Gandhi comme père fondateur ! On n’enseigne moins un discours de mépris à l’égard des anglais, tel qu’il existait avant l’indépendance, que le travail accompli par les fondateurs pour libérer le pays. Les indiens sont fiers de leur indépendance.

Certaines personnes, en particulier dans les classes supérieurs, pensent que la vie était mieux sous les anglais (absence de corruption, trains ponctuels, etc.) mais elles sont minoritaires.

Les choses se compliquent car la colonisation britannique n’est pas la seule narration historique contestée. Le discours sur l’histoire des musulmans en Inde est très contesté, notamment par les nationalistes hindous qui nourrissent plus de ressentiments à l’égard des Moghols qu’à l’égard des Anglais. S’ajoute à cela les revendications de gouvernements régionalistes, tel le Shiv Sena dans l’État du Maharashtra. Mumbai est désormais le nom officiel de Bombay. Ce nom a été imposé par le gouvernement régionaliste du Shiv Sena pour signifier que cette ville n’est pas cosmopolite mais appartient aux gens de l’État du Maharashtra.



  • Vous n’avez pas abordé la relation de l’Inde avec le Pakistan. Cette question, liée à la genèse de l’Inde moderne, est à mon avis centrale.

D’autre part, vous avez parlé du traumatisme de certains nationalistes indiens par rapport à l’époque moghole. Actuellement, des gens d’extrême droite en Europe récupère ces thèses nationalistes indiennes en affirmant que le massacre des hindouistes par les mongoles a constitué le premier génocide de l’histoire.

Lorsque les Britanniques sont partis, ils ont divisé l’Inde (ce à quoi était totalement opposé le Mahatma Gandhi). Certains musulmans voulaient la création d’un état islamique parce qu’ils pensaient qu’ils ne seraient jamais protégés dans une Inde majoritairement hindou (80 % des indiens sont hindous, 13 % musulmans). Le Pakistan a été donc créé dans la confusion avec des frontières arbitraires. Il y a également le problème du Cachemire, dont la population était majoritairement musulmane mais le rajah hindou. Au moment de l’indépendance des deux pays, les musulmans se sont rués vers le nouveau Pakistan et les hindous et les Sikhs vers l’Inde. Des millions de personne ont perdu la vie dans ces mouvements. Les blessures psychologiques de la naissance du Pakistan et de l’Inde à l’indépendance restent des plaies mal cicatrisées. La question du Cachemire reste très vive et est à l’origine des attentats en Inde par des islamistes ainsi que des attentats contre les mosquées par des hindous. Récemment, un Cachemiri a été condamné à la pendaison par la cour suprême indienne, non parce qu’il était coupable mais parce que « la conscience de la nation l’exigeait » d’après la justice indienne. Cela a conduit à de nouvelles émeutes au Cachemire. 700 000 hommes de l’armée indienne occupent le Cachemire. L’Inde est la seule démocratie qui occupe militairement des parties de son territoire. Cette question est très loin d’être résolue.


Indexation thématique :

10. Économie de la connaissance et globalisation > Compétitivité et puissance ; pays émergents

11. Environnement, développement durable, énergie > Agriculture ; sécurité alimentaire

15. Sciences humaines et sociales > Géographie ; Géopolitique ; Histoire
Mots clés : Inde, croissance économique, démographie, place des femmes, agriculture, alimentation, castes, éducation, diaspora, Pakistan



Cycle national 2012-2013

Sciences et Progrès : réalités, paradoxes et utopies

©IHEST


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