Malheurs, États et nations en gestation (1303-1519)





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HISTOIRE POLITIQUE DE L’EUROPE OCCIDENTALE

Tome 1 B
Ces mille ans qui ont fait l’Europe (800-1806)

De l'empire de Charlemagne

à la dissolution du Saint Empire romain germanique
Christophe JENTA

Sylvain BIANCHI

QUATRIÈME PARTIE : L’EUROPE AUX TEMPS DES

MALHEURS, États et nations en gestation (1303-1519)

Crises, famines, guerres, peste

Cette période est d’abord marquée chronologiquement par une crise économique et démographique qui apparaît dans les années 1280. Alors que la croissance des ressources s’arrête, la croissance démographique continue. On assiste dès cette époque et selon une formule consacrée, aux « premiers craquements dans un monde plein. » Les grandes famines, comme celle de 1315-1317, réapparaissent.

Cette période est ensuite marquée par l’entrecroisement de nombreuses et longues guerres, plus ou moins intenses et souvent très localisées. Plus que de guerres frontales et massives, on peut parler d’un état de guerre endémique.
Enfin, les effets de ces crises et ces guerres sont accentués par ceux des grandes épidémies à partir du milieu du XIVème siècle. La peste s’installe périodiquement à partir de 1347 (et jusqu’en 1720 !) sur l’ensemble du territoire européen. 25 millions de personnes, soit 1/3 de la population européenne, périt durant la première phase dite de la Peste noire, de 1347 à 1352.
La gestation des États dans la douleur et la diversité

Malgré ces malheurs du temps, ou peut-être grâce à eux, les « entités » nées de la dislocation de l’Empire carolingien (Empire germanique, royaumes, principautés, villes), se transforment profondément et d’une manière irréversible. Leurs différences de nature n’empêchent pas une commune évolution et tous les territoires, petits ou grands, deviennent de véritables États.
Partout, le système féodal laisse place à un système administratif. A la tête de l’État, distinguons les grands offices (chancelier, connétable), les services centraux de l’Hôtel du prince, mi- domestiques, mi- politiques (chambellan, bouteiller) et les grands corps de l’État à vocation judiciaire (le Parlement en France) ou financière (Chambre des comptes). Le critère essentiel de la modernité d’un État moderne réside également dans l’existence de nombreux agents locaux : en France les baillis ou les sénéchaux, les élus (qui répartissent les impôts au nord du royaume), les sheriffs dans les shires, les comtés anglais, les corregidores castillans,….
Cependant, la féodalité ne disparaît pas, elle change de nature. Le contrat apparaît et se développe, surtout en Angleterre (la « féodalité bâtarde »). Un homme s’engage à accomplir des services précis, moyennant une somme d’argent. Il n’y a ni hommage, ni vassalité, ni fief. On jauge la puissance d’un prince à l’importance de sa clientèle sous contrat. La noblesse, c’est-à-dire la société politique de l’époque, reste le partenaire privilégié du prince, même si les conflits sont nombreux, notamment contre la haute noblesse, les magnats. Les nobles (et non les bourgeois) peuplent les offices royaux qui les enrichissent. En échange des services rendus, l’État royal confère aux nobles les moyens de leur existence et il leur rend un peu de l’honneur qu’ils ont perdu lors des désastres militaires. La contrepartie est que le guerrier-chevalier se mue en officier et en prud’homme. Autre conséquence, les nobles qui jusqu’à présent se regroupaient en lignages plus ou moins indépendants, forment désormais un corps. On peut dire qu’à la fin du Moyen Âge, l’État crée la noblesse.
La genèse de l’État moderne est inséparable du développement de la guerre d’État et de la fiscalité d’État.

Les appels à l’ost féodal et les guerres privées ont tendance à disparaître (plus difficilement dans l’Empire), laissant place aux guerres d’État qui sont plus techniques (apparition de l’artillerie) et plus coûteuses (armées de mercenaires mené par un capitaine ou un condottiere en Italie, armées permanentes à partir de 1450).

Les redevances seigneuriales se maintiennent mais elles sont complétées par la fiscalité d’État, les impôts (fouage ou taille, fiscalités indirectes). Un principe s’impose alors : « pas d’impôts sans consentement des sujets », d’où la nécessité pour le prince de réunir les assemblées représentatives : parlement (Angleterre), diète (Empire), cortes (Espagne), états (France). Toutefois, à partir du XVème siècle, en France notamment, les catégories qui composent ces assemblées (nobles, clergé, notables des villes) sont exemptées et deviennent des privilégiés. Par conséquent, ces assemblées n’ont plus de raison d’être et l’impôt devient permanent.

Le « modèle français » impressionne par son étendue et notamment celle du domaine royal (2/3 du royaume en 1328), sa continuité territoriale, la puissance de sa démographie, de ses finances et surtout de sa monarchie centralisatrice. Cependant, plusieurs types d’États apparaissent :

  • Les monarchies centralisées : France, Angleterre, Castille ;

  • Les monarchies fédératrices comme l’Aragon regroupant trois États, Aragon, Catalogne et Valence ;

  • La confédération impériale du Saint Empire ;

  • Une confédération républicaine comme la Suisse ;

  • Des cités-États indépendantes en Italie, seigneuries princières ou républiques aristocratiques.


La légitimité des pouvoirs vient du sang (rois de France, Angleterre, Naples, Espagne), ou de l’élection (Empereur, rois de Hongrie, de Pologne,…, doge de Venise, prince de Florence) mais la tendance est générale qui pousse vers l’hérédité.
Les souverains, maîtres des États les plus puissants.
La constitution d’un État puissant va de pair avec le développement de la souveraineté. Pour s’affirmer, la royauté se place à partir du XIIème siècle comme suzeraine dans la hiérarchie féodale. Cette prépondérance royale de suzeraine devient souveraine à partir des années 1260.

Ainsi, en 1145, l’abbé Suger l’analyse en deux points. Premièrement, le roi est suzerain, primus inter pares, le premier entre ses pairs, et par conséquent il se situe au sommet de la pyramide féodale. Deuxièmement et à ce titre, il ne doit l’hommage à personne et doit pouvoir obtenir, en tant que souverain, l’obéissance de l’ensemble des habitants de son royaume qui deviennent, surtout à partir du XVème siècle, ses « sujets ».
En 1500, l’État moderne existe mais là où le prince ne peut faire accepter ni son action ni ses agents par le « pays », sa genèse est bloquée ou ralentie. L’État moderne qui a un avenir ne tolère pas de médiation entre le prince souverain et le sujet obéissant qui conserve paradoxalement une certaine autonomie. Ainsi, cette curieuse formule accompagnant en Espagne certains ordres royaux : « Qu’il soit obéi mais qu’il ne soit pas mis en pratique » !

Les souverainetés sont nées de la lutte contre la théocratie européenne. Au XIIIème siècle, les théologiens comme saint Thomas d’Aquin redécouvrent Aristote et le droit naturel de l’État.
Au XIème siècle, les Grégoriens, en tendant à rendre moins sacrale, plus laïque, la personne de l’empereur et indirectement celles des rois, ont amorcé un glissement qui devait favoriser, quelques décennies plus tard, la renaissance du droit romain. L’idée d’empire évolue d’une idée chrétienne vers une idée que l’on peut qualifier d’idée romaine de l’empire, avec référence à l’Antiquité.
Au XIIIème siècle, l’aristotélisme, d’une part, le droit romain, d’autre part, ont été les deux courants de pensée qui ont menacé, atteint et finalement ruiné les bases même de la théocratie pontificale. Saint Thomas d’Aquin (mort en 1274) emprunte à la pensée d’Aristote l’idée d’un ordre social autonome, indépendant de l’ordre religieux. Saint Thomas s’est ainsi trouvé conduit à prendre le contrepied de l’augustinisme. Il l’a pris fondamentalement et à deux points de vue qui sont liés. Le premier est relatif au rapport de la nature et de la grâce. Pour saint Augustin, adoptant les rigueurs de l’ordre platonicien, la nature était en quelque sorte venue se fondre dans la grâce jusqu’à perdre son autonomie. Au contraire, saint Thomas, dans le sens du relativisme aristotélicien, distingue nature et grâce et dans un deuxième temps, reconnaît à l’État une autonomie.

Les nations européennes naissent au sein des États.
L’idée de théocratie décline à partir de la fin du XIIIème siècle et il faut reconnaître que le développement de la souveraineté du roi de France a beaucoup contribué à ce déclin. C’est à peu près à ce moment où les princes établissent leurs États et leurs souverainetés, que leurs sujets prennent conscience de ce qu’ils constituent, au sein de ces États, des nations.

Chapitre XV : 1273-1519 : LE SAINT EMPIRE, MONARCHIE ÉLECTIVE ET CONFÉDÉRATION DE 350 ÉTATS ALLEMANDS
1273-1438 : Le Saint Empire a définitivement perdu sa souveraineté européenne, même si le titre impérial garde tout son prestige. Il devient définitivement une monarchie élective, indépendante de la Papauté, dominé par l’aristocratie, pour une large part “allemande”, mais aussi italienne, composé d’une multitude de petits États quasi-indépendants. Le contraste avec le puissant voisin Capétien à l’ouest, État monarchique en pleine expansion centralisatrice, est saisissant. D’ailleurs, de nombreux princes allemands sont inféodés au « Très-Chrétien ».
L’empereur et les sept électeurs se partagent la souveraineté. En 1356, la Bulle d’or de l’empereur Charles IV codifie définitivement l’élection impériale.
Après 20 ans d’interrègne, Rodolphe 1er de Habsbourg est élu empereur en 1273. L’élection impériale, en devenant définitivement la règle, contribue à aggraver l’affaiblissement de la monarchie et empêche toute centralisation. Fait nouveau, sept électeurs s’accaparent le droit de désigner mais aussi de déposer le roi, et deviennent ainsi les véritables maîtres de l’empire et de la noblesse : les archevêques de Mayence, Trèves et Cologne, le Palatin du Rhin, le roi de Bohême, l’électeur de Saxe et le margrave de Brandebourg. La Bulle d’or de l’empereur Charles IV en 1356 codifie cette élection impériale et renforce les pouvoirs des sept électeurs. L’empereur est tenu de les consulter une fois par an. Les princes, dans leur ensemble, sont toutefois plus préoccupés par leur Land que par le Reich.

En 1273, Charles 1er d’Anjou, roi de Sicile propose la candidature de son neveu Philippe III, roi de France. Cette candidature est rejetée par le Papauté qui ayant refusé en son temps l’encerclement des Hohenstaufen, refuse ici l’encerclement des Capétiens. Elle est surtout rejetée par les princes allemands qui ne veulent pas d’un souverain non allemand, qui ne veulent pas d’un empereur puissant et qui rejettent l’hégémonie capétienne. Ces trois caractéristiques de l’élection impériale vont perdurer dans les siècles suivants. Finalement, le caractère allemand de l’Empire prend le pas sur son caractère universel. Le « roi des Romains » est sacré après son élection. S’il veut être empereur, il doit faire le voyage à Rome pour y être couronné par le pape. Rodolphe 1er renonce à ce voyage. Deux empereurs, Henri VII (1308-1313) et Louis IV de Bavière (1313-1347) tentent de remettre pied en Italie, sans succès. En 1356, la Bulle d’Or passe sous silence l’approbation et la confirmation du titre impérial, revendiquées par le souverain pontife. Charles IV a choisi de régler le problème en ne le posant pas. La dramatique histoire entre la Papauté et l’Empire est close. En 1452, Frédéric III de Habsbourg fut le dernier empereur couronné à Rome. Toutefois, « le royaume d’Italie » reste une terre d’empire.

Trois dynasties se succèdent en alternance sur le trône impérial : les Habsbourg (Autriche), les Wittelsbach (Bavière) et les Luxembourg : Rodolphe 1er de Habsbourg (1273) ; Adolphe 1er de Nassau (1292) ; Albert 1er de Habsbourg (1298) ; Henri VII de Luxembourg (1308) ; Louis IV de Bavière Wittelsbach (1314) ; Charles IV Luxembourg (1347) ; Wenceslas 1er Luxembourg (1378) ; Robert 1er Wittelsbach (1401) ; Sigismond 1er Luxembourg (1410).
Une mosaïque d’États

Même si cela concerne l’ensemble des terres germaniques, le contraste est toutefois frappant entre une mosaïque de micro-États au sud, et notamment dans les anciennes possessions des Hohenstaufen (Alsace, Souabe, Franconie), et au contraire des États plus vastes au nord car en pleine expansion vers l’est.
Les villes, principal soutien de l’empire

Face à la puissance de la noblesse, les villes en pleine expansion et situées essentiellement au sud du Main et sur les côtes de la Mer Baltique (avec la Hanse) sont les principaux soutiens de l’Empire qui seul peut les protéger contre leur principal problème, les Fehden. Ces guerres privées, sont menées essentiellement par des chevaliers-brigands, les Raubritter, qui comme les villes, bénéficient de l’immédiateté impériale (vassalité directe), et instaurent un climat d’insécurité sur l’ensemble du Reich.
Un empereur souverain mais sans réel pouvoir

Au-dessus de la mêlée, le rôle de l’empereur, avec l’aide la diète, est de maintenir la cohésion et la paix dans l’Empire. Toutefois, les terres impériales patiemment constituées par les Hohenstaufen, ont été en grande partie accaparées par les princes et l’empereur manque donc cruellement de moyens financiers pour mener à bien cette mission. Il doit souvent compter sur ses propres revenus. Alors que le roi d’Angleterre Edouard III perçoit 700 000 florins de revenus, le roi de France Jean II, deux millions (!), l’illustre empereur Charles IV n’en perçoit que 150 000 !

Même si la personne de l’empereur ne s’aventure plus au-delà des Alpes, la souveraineté impériale se maintient en Italie, même après le XVème siècle. Aux villes et aux princes italiens, elle permet d’acquérir une légitimité en obtenant des titres impériaux (vicariat, ducs, comtes,…). Aux empereurs, elle permet en distribuant ces titres, d’encaisser des sommes (parfois) énormes : en 1311, Henri VII encaisse quelque 300 000 florins des villes italiennes. Gian Galeazzo Visconti, seigneur de Milan, obtient le titre ducal de l’empereur Venceslas contre 100 000 florins ! En 1450, Francesco Sforza devient duc de Milan mais il ne se préoccupe pas d’obtenir l’investiture impériale. Son fils Ludovic, constatant son absence de légitimité aux yeux des autres princes, l’obtient contre 400 000 ducats.

Cet interventionnisme impérial peut aussi occasionner un rejet si l’empereur essaie de prendre parti dans les affaires italiennes (c’est le cas de Henri VII lors de sa campagne italienne de 1310-1313).
1438-1519 : Les Habsbourg deviennent les maîtres du Saint Empire.
À partir de 1438, malgré le système électif, l’Empire passe définitivement aux mains des Habsbourg qui le réorganisent. Sous Frédéric III, la Diète, “parlement” de l’Empire, devient le Reichstag (1489), composé de trois collèges : les princes-électeurs et les ducs, les autres princes ecclésiastiques et laïcs et les villes impériales. Ne peuvent faire partie de ces deux derniers collèges que les princes et les villes ayant obtenu l’immédiateté impériale. A la diète de 1495, Maximilien 1er (1493-1519) tente d’instaurer la Paix perpétuelle. Puis, il instaure de véritables institutions communes : Chancellerie, Conseil (Reichrat) et Tribunal suprême (Reichkammergericht). En 1512, il partage les parties allemande et bourguignonne en dix cercles. Cette réorganisation n’empêche pas la lente désintégration de l’Empire.

Entre l’Empire et l’Italie du nord, la Confédération suisse acquiert en 1499, après avoir combattu les Habsbourg (depuis 1291) et Charles le Téméraire, une indépendance de facto.
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